Le journal de l'asiablanc

Le journal de l'ASIABLANC

le temps

La Mongolie se réveille sous une vague de bise douce sans doute venue d'Europe, c'est ce qu'on doit appeler
les échanges culturels, il fait très froid en France et très doux ici, à peine moins 20C. L'an passé le 5 janvier il faisait moins 47C sur la route de l'aéroport.

Ce radoucissement va permettre à la neige de tomber, une belle neige moelleuse qui couvrira la glace des pistes: habituellement en Mongolie il ne neige qu'au début de l'automne et au printemps, c'est à dire au moment du Rallye,
l'hiver il fait vraiment trop froid.

L'an dernier j'étais sur les pistes début mars, le soleil jaune d'Asie illuminait chaque instant de notre périple: c'était grand.

A demain.Michael.


Et un p'tit biniou du mardi

Il m'en souvient, j'avais toujours voulu, depuis que je suis ici, traverser les grandes steppes sur un
side: j'avais déjà gravi les pentes de Djargarlan avec une vieille jupiter tousseteuse, un avant-goût quoi,
et puis l'occasion s'est présentée: un ami Anglais qui lui aussi s'incrustait dans le pays acheta une Oural.

Il était fébrile et comptait sur moi pour maîtriser la bête que j'ai feint de connaître. Nous l'avons
apprivoisé à deux, cela n'a pris que quelques jours et ma douce et moi avons adopté la sœur jumelle de son
étalon, à peine un mois plus tard.

Notre première sortie fut houleuse: c'était au mois d'août, la mousson comme on dit, des pluies torrentielles. Ce jour là ce n'est pas la moto qui fut la première arrosée…je ne sais quel cousin de la cousine de machin…un coup de pied de barrique comme on
dit en Bretagne.Voyez, le plus curieux ne fut pas le fait que ma tendre et douce dut, du side, m'indiquer la piste sinueuse
mais que à l'arrivée elle baigne jusqu'à la ceinture dans le bateau du side... la péniche était étanche et ma tendre transie et noyée jusqu'au pot.

Etrange machine en effet.. tiens une autre ..vous n'y auriez pas pensé. En Mongolie il n'y a que des pistes qui portent les cicatrices des roues qui les trépignent… les roues, les roues.. toutes de même écartement...
bien sûr mon Général, alors les sillons servent de guide .. bien sûr. Mais pour l'Oural?
Vous voyez le coup venir : gagné, un écartement de roues différent de celui des pouets pouets russico japomongolo… Et alors ? Alors çà tire à gauche ou a droite, çà tire, je n'insiste pas vous voyez quoi.!

Çà va tirer !…C'est grand à demain.



Pour momo(personnel)

Momo

Momo je vais t'expliquer:

Tu sais Momo ici les grenouilles de bénitier, la chair qui pêche selon la loi du Grand Guignol chevelu, çà n'a jamais existé ! Jamais! Les femmes, elles sont libres, pas coupables, libres dans leurs têtes et généreuses (des deux seins)!

…Un jour que j'errais avec Pouet-pouet, plutôt chétive-mou ce jour-là - elle me faisait un coup de graisse dans le carbu - un grand coup de vent de Zobi Gobi me poussa près d'une yourte ( pas yaourte Momo!) lambeautique …

Il était nuit, et dans le désert, les coyotes ajustaient les cordes de leurs larynx pour le concert du soir. Le Chef de famille qui m'accueillit siégeait, comme il se doit, le pot écrasé sur son plumard.Il m'adjura de son hospitalité la plus Mongole et, joignant le geste à la parole, il empoigna la croupe de sa soumise comme on empoigne un gigot de chevreau. Il me signifiait par là une offrande que je me devais d'accepter, à savoir honorer une cuisse des steppes, sûrement bien ferme et nerveuse sous l'effort et ci-devant étalée… la cuisse( et le reste) de sa dulcinée !…La galante fut ravie du changement survenu au menu du soir…

Ainsi va la vie en ces gorges profondes, étranges et lointaines et pourtant si proche pour qui sait voir, écouter.. et goûter..

Tu verras Momo, c'est grand!


Le journal

Bon Momo çà va! Maintenant c'est Mimi qui va être jalouse.

Je parlais l'autre jour des Mongols des villes et des Mongols des champs, je vais y revenir: à la réflexion, ces gens ont une mentalité différente de la notre tu sais.

Un jour j'ai hurlé après un Mongol qui venait de me truander, c'est une seconde nature tu sais. Le Grand Genggis Khan lui-même a mis plus de 30 ans à unifier ses troupes,il a été trahi par ses frères et oncles de sang, (il a occis son cadet qui lui faisait de l'ombre...) et seulement vingt années pour conquérir le monde. Ici, il y a des serrures partout et des barricades dans chaque village et chacun trahit tout le monde et lycée de Versailles. Je disais donc qu'il y a un problème de confiance évident que l'on trouve dans toute l'Asie extrême orientale et que l'on peut entre autre attribuer au fait qu'il est difficile de lire sur le visage d'un Asiatique un sentiment, bon ou mauvais….ils sont toujours d'accord avec nous, en apparence!

Un matin donc, de toute ma voix de stentor encalminé, j'ai hurlé après un Mongol. Mais hélas c'était en public. Je ne sais plus qui disait qu'il ne fallait jamais faire perdre la face à un Asiate…Je l'ai payé très cher.

A la campagne, la curiosité naturelle de ces gens l'emporte sur leur roublardise. Leurs générosité est celle qui naît de la nécessité d'être humain: cette humanité est survie lorsque la bise souffle ses courant d'air à moins 45 dans les vallées sinueuses.

Ces Mongols de l'intérieur se mettent en quatre pour connaître l'étranger, l'approcher, le sonder, ils se plieront en serviette de table pour nous satisfaire, c'est magique parfois et cela aussi vient du fond des âges. La rencontre avec notre modernité stupide faire bien souvent sourire, à notre détriment.

C'est grand

Ce matin, la bise sibérienne nous accoutume aux grands froids qui ne sont pas loin: il fait moins 31 ( à l'ombre)

A demain

 

Le journal

Mais rassure toi Mimi, il y en aura pour toi aussi, sois pas jalouse Mimi.
Tu sais les mongols ils sont beaux, ils sonts fiers, basanés et arrogants du regard, le torse droit, fougueux sur leurs montures, et puis je me suis toujours demandé pourquoi les Européennes qui visitaient ce pays revenaient souvent, très souvent, l'année suivante... Maintenant je sais…c'est flatteur.

Bon, tu me diras: il n'aiment pas les hommes (et les Chinois), mais enfin, ils ne sont pas agressifs. La société, ici, est trop permissive pour çà, c'est un des bienfaits du Bouddhisme, pas de refoulés mais, mais Mimi nos Tartares, ils font tout à cheval…(il faut un certain entrainement)! Mais je t'assure, si tu es prêtes à travailler dur pour eux, du levant à la nuit des coyotes... t'as tes chances!

Mimi; je voulais aussi te dire: t'inquiète pas pour la cuisine, le matin c'est booz, le midi c'est booz et le soir c'est booz.. Et bientôt pour vous tous ce sera le booz du motard... Ah les booz parties sous la voute du Grand Nord. Demain je t'envoie la recette pour t'entrainer.

Mimi; ici c'est étrange, il n'a jamais fait si doux pour un mois de Janvier. Je crois que çà va neiger. Une belle neige bien moelleuse pour le rallye.


Çà va etre grand Mimi.

 

 

Le Journal


Bon c'est décidé on va interdire le rallye aux jeunes de plus de 80 balais.
C'est pas vrai quoi !!!! Je vais expliquer, effectivement c'est très dur de piloter ces engins à trois roues et puis surtout çà ne répond aux ordres que si vous les donnez en Russe. Pour les leçons voir Arlette…

En fait, tous seront surpris. Cette machine se conduit comme un corbillard les soirs de pleine lune: c'est doux et bien réglé ( les écartements), c'est un vrai plaisir de sillonner les pistes.

Mon ami Jean Luc est venu de France me voir le printemps dernier: il avait bonne mémoire de sa mobylette des années…( avant la guerre!). En quelques heures il a maitrisé avec grand plaisir la bete que je lui avait confiée et qu'il compte d'ailleurs rapatrier en France.
Les étapes: Ah oui, la première et la dernière font plus de 300 kilomètres. Pas de panique!! Il s'agit des seules pistes goudronnées du pays et le retour que j'ai fait de nombreuses fois depuis Bulgan, par exemple, se fait en moins de 6 heures.

La moyenne générale devrait tourner autour de 40 kilomètres/heure sans oublier que nous gravirons des pentes ardues, et que nous croiserons sur des pistes du temps du grand Gingghis (mon grand père).

Pour la logistique Momo, tu verras: tout est bien prévu, fourgon matos, fourgon mécanique, fourgon cantine, radio communications, assistance médicale et policière…et tutti. Mais Momo n'hésite pas à me poser des questions c'est un plaisir.

C'est grand !

A demain.
Michael
.

le Journal

"mimi"
Lis moi çà mimi c'est fifi .Fifi, elle est venue souvent en Mongolie, elle est accroc fifi, elle voyage
sur un beau nuage lorsqu'elle est ici. J'ai reçu çà ce matin:

"MONGOLIE

De la démesure dans l’immensité et le grandiose, dans le silence, seulement troublé par le bruit sourd du
martellement des sabots de nos chevaux sur l’herbe rase et roussie de la steppe d’automne ou sur le tapis
doré des aiguilles de mélèzes. Au-dessus, changeant à chaque instant, le ciel nous
couve, nous entoure, nous enlace. Sur la droite, il s’obscurcit et se plombe, annonciateur de grêle ou de
neige. Face à nous, c’est le bleu-soleil et à l’ouest, il s’est paré de voiles gris qui s’étirent
doucement. Derrière, insolent et rieur, il nous envoie un petit vent pour nous pousser vers ces montagnes,
partout présentent, qui nous invitent.
Inlassablement, nous allons vers elles, mais elles sont si loin, il faut galoper et encore galoper.
Nulle contrainte : nous goûtons à la liberté sur nos
vaillants petits coursiers jusqu’à ne plus sentir la pesanteur de notre corps, entre la terre et le ciel,
entre le bonheur et le ...bonheur. Plantée au beau milieu de nulle part, une yourte. Nous
attachons nos chevaux à une corde tirée haut entre deux piquets de bois. Nous entrons sans frapper,
franchissons le seuil du pied gauche en nous inclinant très bas pour ne pas heurter le chambranle de la
porte, ce qui offenserait ses habitants. Nous sommes invitées à nous asseoir, à gauche, et à
boire le thé au lait -symbole de grande hospitalité- accompagné de pain maison, de fromage de yack, de
crème et de yaourt (« plus bon que ça, tu meurs ! ! ! »).
Le délice à l’état pur...
La barrière de la langue nous fait découvrir les silences qui parlent.
La yourte est chaude et chaleureuse. Nos hôtes, pauvres parmi les pauvres, nous offrent leur
nourriture : quelle leçon pour nous qui avons tout et pas assez encore.
Nous devons partir, regretter d’avoir à quitter déjà cet endroit magique et ces gens accueillants,
simplement.
La porte s’est ouverte : la steppe... les montagnes...
le ciel... nos chevaux... nos amis...le bonheur !.

Fifi brin d’acier."

C'est grand.

 

Le Journal

Ah les solos!, Toujours un problème, j'en sais quelque chose: mon voisin ne m'invite plus, il a peur que j'décoiffe sa grosse moitié. Cà fait 10 ans que j'la vis cette trouille du célib..

Momo, je f'rai ce raid avec toi… côte à côte, chacun sur sa Jup !!

T'inquiète pas...je viens de dégotter 4 vieilles Jupiters de la guerre sino-japonaise.

Quoi tu connais pas?? Ecoute j'te laissse chercher, c'est moi qui fait tout l'boulot ici!

Sérieux Momo, si ton pote il est solo pas de PB, il vient, seulement dis lui de s'inscrire quick, j'en ai que 4 de ces guimbardes. Cà grimpe tu sais, 2 cylindres, 2 roues et tout et tout, Russe bien sûr, mais le Russe, comparé au Mongol, tu l'goise en 2 jours.

Tiens pour ton info, apprend que l'Chinois c'est kif maternelle à coté du Mongol. On m'demande toujours si je le parle le Chinois. J'sais pas moi, j'ai pas essayé… Mais l'Mongol; alors là: dans le texte. C'est shakespearien les soirs de nuits d'été…

Ce matin Momo, un p'tit coup de bise: il ne neigera plus. Oh, pas les grands froids, un p'tit moins 27° de derrière la Sibérie, que çà t'les glace quand même..Mais quand le jour se lève et que les paillettes de glace en suspension brillent aux premiers rayons, il te faut voir çà Momo: c'est grand

A demain

 

Le journal

Pour Mimi, comme promis: la recette.

- Accès Soir
- Recette du Booz à la truite à l'usage des Français.

Le booz mongol ( prononcez bouze ) est le plat national: il est servi matin, midi et soir. Il constitue,
avec le fameux Khur chuur, la base de la nourriture locale . L’un comme l’autre se composent
d’une pâte galette fourrée d’un morceau de mouton bouilli.

Nous sommes fiers de vous présenter notre nouvelle
recette à usage des Français.

1)- Prendre un billet d’avion Paris -Moscou-UB; ne pas trop traîner à Moscou. A l’arrivée en Mongolie saluer
respectueusement les casquettes galonnées de la douane.

2)- Se diriger vers la première yourte disponible.

3)- S’accoutumer, entre autres, à l’odeur de booz ( trois
années)

4)- Partir pecher la truite . Ça mord mieux au Mercoury: le grand marché situé près du cirque (une truite pour
6 personnes).

5)- Acheter la farine : trois sortes, bleu, verte ou rouge, les différences restent un mystère.

6)- Faire la pâte à l’eau : 200 gr de farine pour 20 booz,un œuf.

7)- Mettre la main à la pâte.

8)- Important : acheter une bouteille de Vodka Koukoute,boire la Vodka et se servir de la bouteille
pour rouler la pâte (mieux vaut travailler à plusieurs en cuisine) et l'aplatir en petites galettes
de 10 cm ou 8cm pour la petite booz dite bouzinette.

9)- Découper la truite en petit cubes : la passer au congel pour une découpe plus aisée ( c’est à dire la
sortir sur le balcon 5 minutes en hiver).

10)- Saler, poivrer, épicer la truite, rouler dans la farine.

11)- Fourrer la galette en ajoutant une petite cuillère de crème fraîche et une goutte de vinaigre. Fermer en
pinçant la galette, à la mongole.

12)- Passer à l’étuve achetée au Grand Magasin d’Etat, ce pendant 20 minutes.

13)- Servir chaud ou froid au petit déjeuner ou au dessert du soir.

Si vous avez perdu votre billet d’avion , restez chez vous et contactez :
Maître Queux-ès-booze Michael.

Et surtout aboozez vous bien, mais n’en aboozez pas!

Le journal

Je reviens te parler.
Je rentre juste du désert
Gwenael Sacrebleu!

Je suis parti il y a 15 jours pour reconnaitre le parcours qui sera le notre pour ce raid printanier.
Un parcours que je connais bien, comme je connais la plupart de ces pistes qui conduisent à l'Ouest, au Nord, au Sud.
Au pied des montagnes de Zafran j'ai voulu continuer Nord, comme prévu, pour rejoindre le Lac Kvovghul. Il faisait doux pour ce Tsagaan Tsar (nouvel an Mongol) et la glace de la piste fondait à la lumière vive des premiers rayons.
Elle reglaçait à la tombée de la nuit laissant une pellicule argentée rendant la piste impraticable.
Je me suis souvenu de ce que disent les Mongols lorsqu'ils n'ont aucun intéret commercial à défendre avec nous, les gadgos:
-" la région de Zafran, inconnue est la plus belle de Mongolie."
J'ai obliqué plein Ouest par dessus les cols dans les criques, les gorges, les vallées, Ouest, Nord Ouest jusqu'à Tosontgerel, au Plein Sud et Uliastai et cette piste qui descend, monte... vide, pleine de soleil de rocaille lunaire, de musique de vents vieux du fond des tremps, ces cols encore, les plus grands coups dans les mirettes depuis bien longtemps, longtemps: pour respirer enfin, souffler, aimer.
Le rallye ne passera pas sur ce lac à touristes. Je viens de tout réinventer, de tout poser chez ces nomades de l'Ouest, brulés de peau, accueillants, durs. Aucune infrastructure. Nous descendrons jusqu'au Gobi pour souffler encore et tendre la joue aux bises de l'Est: les premières gazelles émigrent par milliers.

Gwe'nael tu vas nous rejoindre toi et tes amis dans cette grande aventure.

Michael




|Index|