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Concours de conservateur
Annales Oral
1995
 
rapport de jurys
 
commentaires de textes, exemples
Les sujets du concours de conservateur sont édités par l'ENSSIB. Ils sont donc assez faciles à se procurer. Voici néanmoins quelques exemples.
 
"Je ne sais si j'ai besoin de dire que chez un peuple libre, comme les Américains, tous les citoyens ont le droit d'accuser tous les fonctionnaires publics devant les juges ordinaires et que tous les juges ont le droit de condamner les fonctionnaires publics, tant la chose est naturelle. Ce n'est pas accorder un privilège particulier aux tribunaux que de leur permettre de punir les agents du pouvoir exécutif quand ils violent la loi. C'est leur enlever un droit naturel que de le leur défendre."  

 Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1840

 
 
"La civilisation de l'écriture est en mutation, les objectifs culturels s'élargissent et s'enrichissent sous l'effet d'intenses mutations techniques et intellectuelles, de nouveaux dynamismes se mettent en oeuvre, et l'on commence à entrevoir à quelles conditions l'immense trésor de la culture écrite pourrait se métamorphoser en un tout vivant et cohérent, rendu accessible à tous, pénétrable et familier. L'idée même de "patrimoine écrit" contient ce pari qui pourrait être l'un des plus beaux défis de notre temps : le projet de transformer ce gigantesque monument de mémoire en un espace quotidien de pratique des savoirs, de dialogue des cultures et de renouvellement de la pensée."  

 Pierre Marc de Biasi, "Pour une politique d'enrichissement du patrimoine écrit" in : Trésors de l'écrit

 
 
"Le secret de tout bon bibliothécaire est de ne jamais lire, de toute la littérature qui lui est confiée, que les titres et la table des matières.  

Celui qui met le nez dans le contenu est perdu pour la bibliothèque."  

 Robert Musil, L'homme sans qualités

 
 
"Lorsque le livre était un exemplaire unique, dont la fabrication exigeait un nombre d'heures de travail considérable, il apparaissait naturellement comme un "monument"... quelque chose de plus durable encore qu'une architecture de bronze. Qu'importait qu'une première lecture en fût longue et difficile, il était bien entendu qu'on avait un livre pour la vie.  

Mais à partir du moment où des quantités d'exemplaires semblables ont été lancés sur le marché, on a eu tendance à faire comme si la lecture d'un livre le "consumait", obligeant par conséquent à en acheter un autre pour le "repas" ou le loisir suivant, le prochain voyage en chemin de fer.  
 (...)  
 Telle est la pente sur laquelle resque de glisser aujourd'hui le commerçant du livre, danger si pressant qu'on a pu voir dans ces années un éditeur fort connu édicter pour sa maison la règle suivante : tout ouvrage qui n'était point épuisé dans l'année serait inéluctablement pilonné, tel un marchand de colifichets ne voulant pas s'encombrer d'articles périmés.  
 (...)  
 L'éditeur incapble de considérer son métier comme autre chose qu'une branche du journalisme coupe la branche ur laquelle il assis. Si cette histoirre n'a vraiment pas besoin d'être relue, s'il est absolument inutile de revenir en arrière, pourquoi ne pas l'écouter par l'intermédiaire d'un transistor, d'un magnétophone ou d'un pick-up, joliment dite par un acteur au goût du jour qui restituera à tous les mots leur intonation ?"  

 Michel Butor, Essais sur le roman

 
 
"La littérature n'arrive à être un art d'agrément, de culture ou d'oubli qu'avec le temps, le répit, l'oeil impersonnel et froid que les générations jettent sur elles de temps à autre comme des gestionnaires ou des gérantes. Un poème ou un récit est toujours l'esclave des modes ou des antipathies. Il y a même des écrivains qu'on ne rencontrera jamais.  

On ne sait pas quand et comment la littérature se fait ou se défait ; elle s'apparente aux vins fins, à l'amitié. Les adolescents la dévorent, les adultes la dénichent. A mesure que le temps, au coeur des mots, travaille, troue, perce, ronge comme une taupe le subtil édifice ou se détourne de l'amande qui n'a jamais le même goût, la même dureté, l'Histoire rend la littérature proverbiale.  

Faire qu'un auteur soit définitif, tel est le projet, l'ambition de certains croquants des oeuvres anciennes et contemporaines."  

 Jean Cayrol, Le coin de table

 
 
"Nous sommes tous constitués de morceaux, d'extraits d'histoire, de littérature, de droit international... Et s'ils nous demandent ce que nous faisons, vous pourrez répondre : Nous nous souvenons..."  

 Ray Bradbury, Fahrenheit 451

 
 
"La musique !... Qu'est-ce que cela veut dire ?... Il est permis de supposer que Jean-Sebastien Bach aurait su tranquillement trouver la réponse à une pareille question, et sans doute aussi François Couperin, Roland de Lassus, Grégoire le Grand et Aristoxène de Tarente. Plus près de nous, Jean-Philippe Rameau et Joseph Haydn devaient avoir quelque idée claire de la chose. Pour Mozart, cela est déjà moins sûr. Quant à Beethoven, il commence à s'interroger gravement sur la nature même de son art et sur sa finalité véritable...  

Aujourd'hui, grâce à toutes les facilités accordées par le progrès technique, et singulièrement en ce qui concerne l'enregistrement du son, l'expérience musicale s'est élargie dans des proportions vertigineuses. Non seulement la culture occidentale a enrichi son musée de toutes les musiques du passé, mais elle accueille aussi des traditions étrangères à la sienne. Il n'est plus guère possible, à présent que toute la musique du monde est offerte à l'homme de culture occidentale, d'en récuser la presque totalité en vertu de quelques principes dont on a découvert qu'ils ne sont pas plus immortels qu'universels. La musique se présente sous mille visages, c'est-à-dire qu'il est de plus en plus difficile de connaître son visage. Le fait n'est paradoxal qu'en apparence : plus notre connaissance de la musique est étendue et moins nous savons, en fin de compte, ce qu'elle est."  

 P. B. in Encyclopaedia universalis

 
 
"On s'acharne, depuis 1945, à transférer systématiquement à la machine ce qui relève de la capacité décisionnelle de l'homme. Une société qui délègue à la "technique" des éléments de son fonctionnement social le plus intime, évite... de se poser la question des réformes politiques qu'il faudrait mettre en oeuvre dans ce domaine. La généralisation de l'informatique comme outil de gestion du social va de pair avec le développement intense du conservatisme politique et "la fin des  
idéologies" qu'évoque un connaisseur en la matière, Francis Fukuyama".  

 Philippe Breton, "L'esprit et la matière", in La technoscience. Les fractures du discours

 
 
"Les spots (publicitaires) sont les seuls films efficaces et bien faits"  

 Entretien avec Jean-Luc Godard in Cahiers du cinéma, n° 19

 
 
"Aucun poète, aucun artiste, dans quelque art que ce soit, n'a son sens complet par lui-même. Le comprendre, l'estimer, c'est estimer ses rapports avec les poètes et les artistes du passé. On ne peut pas le juger tout seul ; il faut le mettre, pour l'opposer ou le comparer, au milieu des morts. J'entends ceci comme un principe non pas simplement historique mais esthétique".  

 T.-S. Eliot in Essais choisis

 
 
"Comme les bibliothècaires borgésiens de Babel qui cherchent le livre qui leur donnera la clé de tous les autres, nous oscillons entre l'illusion de l'achevé et le vertige de l'insaisissable. Au nom de l'achevé, nous voulons croire qu'un ordre unique existe qui nous permettrait d'accéder d'emblée au savoir ; au nom de l'insaisissable, nous voulons penser que l'ordre et le désordre sont deux mêmes mots désignant le hasard.  

Il se peut aussi que les deux soient des leurres, des trompe-l'oeil destinés à dissimuler l'usure des livres et des systèmes.  

Entre les deux en tout cas il n'est pas mauvais que nos bibliothèques servent de temps à autre de pense-bête, de repose-chat et de fourre-tout".  

 Georges Pérec in : Penser-classer

 
 
"La vie est un cadeau"  

Jarod