| "Je ne sais si j'ai besoin de dire que
chez un peuple libre, comme les Américains, tous les citoyens ont
le droit d'accuser tous les fonctionnaires publics devant les juges ordinaires
et que tous les juges ont le droit de condamner les fonctionnaires publics,
tant la chose est naturelle. Ce n'est pas accorder un privilège
particulier aux tribunaux que de leur permettre de punir les agents du
pouvoir exécutif quand ils violent la loi. C'est leur enlever un
droit naturel que de le leur défendre."
Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1840 |
| "La civilisation de l'écriture
est en mutation, les objectifs culturels s'élargissent et s'enrichissent
sous l'effet d'intenses mutations techniques et intellectuelles, de nouveaux
dynamismes se mettent en oeuvre, et l'on commence à entrevoir à
quelles conditions l'immense trésor de la culture écrite
pourrait se métamorphoser en un tout vivant et cohérent,
rendu accessible à tous, pénétrable et familier. L'idée
même de "patrimoine écrit" contient ce pari qui pourrait être
l'un des plus beaux défis de notre temps : le projet de transformer
ce gigantesque monument de mémoire en un espace quotidien de pratique
des savoirs, de dialogue des cultures et de renouvellement de la pensée."
Pierre Marc de Biasi, "Pour une politique d'enrichissement du patrimoine écrit" in : Trésors de l'écrit |
| "Le secret de tout bon bibliothécaire
est de ne jamais lire, de toute la littérature qui lui est confiée,
que les titres et la table des matières.
Celui qui met le nez dans le contenu est perdu pour la bibliothèque." Robert Musil, L'homme sans qualités |
| "Lorsque le livre était un exemplaire
unique, dont la fabrication exigeait un nombre d'heures de travail considérable,
il apparaissait naturellement comme un "monument"... quelque chose de plus
durable encore qu'une architecture de bronze. Qu'importait qu'une première
lecture en fût longue et difficile, il était bien entendu
qu'on avait un livre pour la vie.
Mais à partir du moment où
des quantités d'exemplaires semblables ont été lancés
sur le marché, on a eu tendance à faire comme si la lecture
d'un livre le "consumait", obligeant par conséquent à en
acheter un autre pour le "repas" ou le loisir suivant, le prochain voyage
en chemin de fer.
Michel Butor, Essais sur le roman |
| "La littérature n'arrive à
être un art d'agrément, de culture ou d'oubli qu'avec le temps,
le répit, l'oeil impersonnel et froid que les générations
jettent sur elles de temps à autre comme des gestionnaires ou des
gérantes. Un poème ou un récit est toujours l'esclave
des modes ou des antipathies. Il y a même des écrivains qu'on
ne rencontrera jamais.
On ne sait pas quand et comment la littérature se fait ou se défait ; elle s'apparente aux vins fins, à l'amitié. Les adolescents la dévorent, les adultes la dénichent. A mesure que le temps, au coeur des mots, travaille, troue, perce, ronge comme une taupe le subtil édifice ou se détourne de l'amande qui n'a jamais le même goût, la même dureté, l'Histoire rend la littérature proverbiale. Faire qu'un auteur soit définitif, tel est le projet, l'ambition de certains croquants des oeuvres anciennes et contemporaines." Jean Cayrol, Le coin de table |
| "Nous sommes tous constitués de
morceaux, d'extraits d'histoire, de littérature, de droit international...
Et s'ils nous demandent ce que nous faisons, vous pourrez répondre
: Nous nous souvenons..."
Ray Bradbury, Fahrenheit 451 |
| "La musique !... Qu'est-ce que cela veut
dire ?... Il est permis de supposer que Jean-Sebastien Bach aurait su tranquillement
trouver la réponse à une pareille question, et sans doute
aussi François Couperin, Roland de Lassus, Grégoire le Grand
et Aristoxène de Tarente. Plus près de nous, Jean-Philippe
Rameau et Joseph Haydn devaient avoir quelque idée claire de la
chose. Pour Mozart, cela est déjà moins sûr. Quant
à Beethoven, il commence à s'interroger gravement sur la
nature même de son art et sur sa finalité véritable...
Aujourd'hui, grâce à toutes les facilités accordées par le progrès technique, et singulièrement en ce qui concerne l'enregistrement du son, l'expérience musicale s'est élargie dans des proportions vertigineuses. Non seulement la culture occidentale a enrichi son musée de toutes les musiques du passé, mais elle accueille aussi des traditions étrangères à la sienne. Il n'est plus guère possible, à présent que toute la musique du monde est offerte à l'homme de culture occidentale, d'en récuser la presque totalité en vertu de quelques principes dont on a découvert qu'ils ne sont pas plus immortels qu'universels. La musique se présente sous mille visages, c'est-à-dire qu'il est de plus en plus difficile de connaître son visage. Le fait n'est paradoxal qu'en apparence : plus notre connaissance de la musique est étendue et moins nous savons, en fin de compte, ce qu'elle est." P. B. in Encyclopaedia universalis |
| "On s'acharne, depuis 1945, à transférer
systématiquement à la machine ce qui relève de la
capacité décisionnelle de l'homme. Une société
qui délègue à la "technique" des éléments
de son fonctionnement social le plus intime, évite... de se poser
la question des réformes politiques qu'il faudrait mettre en oeuvre
dans ce domaine. La généralisation de l'informatique comme
outil de gestion du social va de pair avec le développement intense
du conservatisme politique et "la fin des
idéologies" qu'évoque un connaisseur en la matière, Francis Fukuyama". Philippe Breton, "L'esprit et la matière", in La technoscience. Les fractures du discours |
| "Les spots (publicitaires) sont les seuls
films efficaces et bien faits"
Entretien avec Jean-Luc Godard in Cahiers du cinéma, n° 19 |
| "Aucun poète, aucun artiste, dans
quelque art que ce soit, n'a son sens complet par lui-même. Le comprendre,
l'estimer, c'est estimer ses rapports avec les poètes et les artistes
du passé. On ne peut pas le juger tout seul ; il faut le mettre,
pour l'opposer ou le comparer, au milieu des morts. J'entends ceci comme
un principe non pas simplement historique mais esthétique".
T.-S. Eliot in Essais choisis |
| "Comme les bibliothècaires borgésiens
de Babel qui cherchent le livre qui leur donnera la clé de tous
les autres, nous oscillons entre l'illusion de l'achevé et le vertige
de l'insaisissable. Au nom de l'achevé, nous voulons croire qu'un
ordre unique existe qui nous permettrait d'accéder d'emblée
au savoir ; au nom de l'insaisissable, nous voulons penser que l'ordre
et le désordre sont deux mêmes mots désignant le hasard.
Il se peut aussi que les deux soient des leurres, des trompe-l'oeil destinés à dissimuler l'usure des livres et des systèmes. Entre les deux en tout cas il n'est pas mauvais que nos bibliothèques servent de temps à autre de pense-bête, de repose-chat et de fourre-tout". Georges Pérec in : Penser-classer |
| "La vie est un cadeau"
Jarod |