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| L'image des bibliothèques vous
a séduit ? Envie d'en savoir plus ? Voici quelques aspects choisis
de la profession de bibliothécaire et quelques-unes de ses servitudes
(qui font la grandeur des bibliothécaires).
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| Situation générale | Dans les années 1990, le nombre
d'étudiants a augmenté de près de 50 %. Les locaux
universitaires n'ayant pas connu la même évolution, les étudiants
se retrouvent dans des amphis bondés, des TD surchargés,
des secrétariats débordés... .Les services de bibliothèques
connaissent le même problème de surpeuplement. En 1970, dans
une bibliothèque, l'étudiant disposait de 0,73 m² et
en 1996, il n'a plus que 0,48 m² (norme recommandée : 1,5 m²).
En terme de personnel, l'évolution est terrible. En 1970, il y avait
4 personnes pour 1000 étudiants, il n'y a plus que 2,5 bibliothécaires
pour 1000 étudiants en 1996, la norme théorique étant
un encadrement de 5,75 personnes pour 1000 étudiants (source
: BBF, t. 41, n° 5, 1996).
Ces conditions de travail déplorables sont source de découragement pour certains étudiants (souvent issus des classes populaires) et explique en partie l'échec à l'université dans le 1er cycle : moins de 4 étudiants sur 10 obtiennent leur DEUG en 2 ans (source : Libération du 23 août 2000). Comment remédier à cette situation et tenter de la justifier voire de la maintenir tout en préservant le budget de l'Etat ? Cherchons bien.... Limitons-nous aux services de bibliothèques. Il y a trop d'étudiants par rapport aux capacités de la bibliothèque ? Puisqu'il s'agit d'une mauvaise et d'une sous utilisation des locaux, il suffit d'étaler la fréquentation, de partager les locaux entre les lecteurs : si on augmente les horaires d'ouverture, chacun pourra profiter des services de la bibliothèque à un moment de la journée. Il n'y a pas assez de personnel ? Il faut mettre les livres en libre accès, développer les nouvelles technologies, rendre le personnel polyvalent. Enfin, il faut développer l'autonomie des étudiants. L'université, ce n'est pas le lycée, elle n'est pas là pour tenir la main des étudiants. Là où c'est très fort, c'est lorsque certains bibliothécaires reprennent eux-mêmes ce discours d'autonomie accrue. |
| Horaires d'ouverture | Les horaires d'ouverture d'une bibliothèque
sont parfois très importants et la volonté des différents
ministres de l'éducation nationale et autres élus est d'ouvrir
davantage les bibliothèques pour améliorer le service rendu
aux usagers et conquérir de nouveaux publics (l'amélioration
du service offert n'est conçu qu'en termes quantitatifs). En 1988,
la moyenne d'ouverture était de 40 heures par semaine. Aujourd'hui,
l'objectif est pour l'instant une moyenne de 60 heures minimum. Ce qui
signifie des ouvertures tôt le matin et jusque tard dans la nuit,
le samedi et le dimanche. Ces horaires particuliers impliquent la présence
de personnels et notamment des magasiniers. Personnellement, je dois assurer
1 fois toutes les 5 semaines des permanences jusqu'à 20 h. et 1
ou 2 samedis matin par an (en 1998, 47 % des actifs a travaillé
au moins un samedi dans l'année d'après l'INSEE). Des bibliothèques
parisiennes ouvrent jusqu'à 22 h voire plus, la BNF est ouverte
le dimanche. Les bibliothèques américaines et leurs horaires
d'ouverture très étendus constituent un modèle pour
tous nos responsables. Comme vous avez pu l'observer dans un épisode
de Felicity, ce type d'ouverture
se fait largement sans l'aide de bibliothécaires et grâce
à l'emploi d'étudiants. Pourquoi pas ? Les étudiants
veulent des livres en libre accès, considèrent la BU comme
un lieu d'étude privilégié (à la Bibliothèque
Sainte-Geneviève, 2 lecteurs sur 3 ne consultent pas les ouvrages
mis à leur disposition), ont peu recours au personnel qualifié
(à la BPI, 1 personne sur 5 fait appel à un bibliothécaire).
Dans ces conditions, une ouverture élargie des BU grâce à
l'emploi de moniteurs étudiants, sans personnel qualifié,
peut être envisagée. Ce raisonnement peut avoir de nombreuses
conséquences sur les BU, leur fonctionnement, l'évolution
du métier de bibliothécaire.
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| Contacts avec le public | Comme une bibliothèque est faite
pour accueillir du public, le personnel doit forcément travailler
dans de vastes locaux, soumis à tous les courants d'air et parfois
difficiles à chauffer ou climatiser. Ce n'est pas sans conséquence
sur la santé du personnel. Le personnel est aussi confronté
à des publics nombreux, sources de bruits et chuchotements incessants,
parfois difficiles, impatients, turbulents, insultants, violents, fous.
Des anecdotes ? Le fils d'un ministre actuel voudrait être traité
selon son rang à la BNF et heureusement le personnel sait respecter
sa digne filiation ; un lecteur se plaint d'être surveillé
par les services secrets de son pays et il voit des espions partout dans
ma bibliothèque, un jour il a pris au col un membre du personnel
; un étudiant empêché de consulter un site de bourse
(nous bloquons l'accès certains sites internet) pour surveiller
son portefeuille d'actions juste après le krach des valeurs technologiques
à Wall Street au printemps 2000 est furieux et profère des
menaces de violences physiques à l'encontre d'un collègue.
Et que penser de cela : Jorge Luis Borges, écrivain argentin, a
été bibliothécaire dans une ville de province, on
a retrouvé un cadavre dans sa bibliothèque. Le travail en
bibliothèque n'est pas aussi tranquille qu'on peut le penser, on
dit même qu'il serait stressant.
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| Evolution de carrière | L'évolution de carrière
et conditions salariales : comme dans toute la fonction publique, l'évolution
de carrière est difficile. Pour changer de corps, il faut passer
un concours. Certaines personnes, notamment en bas de l'échelle
hiérarchique et surtout salariale, ont du mal à réussir
ces concours et vont rester bloquer dans leur fonction et salaire (d'où
aigreur). En ce qui concerne les salaires, ce sont les traitements pratiqués
dans la fonction publique. En 1998, selon l'INSEE,
le salaire annuel net moyen est de 148120 F dans le secteur public (130790
F dans le secteur privé). Personnellement, je suis bibliothécaire
adjoint spécialisé (catégorie B, bac + 2), j'ai débuté
en 1997 à l'indice brut 322 soit l'indice nouveau majoré
(INM) 302 et un traitement net de 6820 F, j'ai droit à une prime
de technicité forfaitaire (7830 F/an versés selon les établissements
en une ou plusieurs fois) et une prime d'heures supplémentaires
(4086 F/an versés selon les établissements en une ou plusieurs
fois). Je n'atteindrai jamais l'indice nouveau majoré maximum de
531. Un magasinier spécialisé (catégorie C) débute
à l'INM 224, un magasinier en chef à l'INM 249, un inspecteur
de magasinage à l'INM 274, un bibliothécaires (catégorie
A, bac + 3) débute à 7300 F net environ, un conservateur
a un salaire supérieur. L'INM et donc la rémunération
s'accroissent régulièrement selon l'ancienneté et
les différents accords salariaux conclus entre les syndicats et
le gouvernement : je suis actuellement à l'INM 334 et je touche
7667 F net.
A propos, j'ai fait grève 1 jour pour la 1ère fois en janvier 2001. Cela m'a coûté 314 F. en moins sur mon traitement et 22 F. en moins sur ma prime de technicité forfaitaire trimestrielle. |
| Invasion de l'informatique | Quelque soit notre fonction, nous passons
beaucoup de temps devant un écran d'ordinateur. L'informatique sert
à la recherche documentaire, au catalogage, aux acquisitions d'ouvrages,
à la gestion des prêts et retours de livres. Beaucoup de personnes
n'ont malheureusement pas de culture informatique de base. Elles éprouvent
alors des difficultés, des appréhensions dès qu'elles
n'utilisent plus l'ordinateur en dehors du logiciel voire des fonctions
du logiciel documentaire pour lesquels elles ont été formées.
C'est bien dommage car l'informatique est de plus en plus présente
dans notre travail : il faut apprendre à interroger de nouveaux
cédéroms bibliographiques, s'adapter aux nouvelles versions
de logiciels, réaliser des guides du lecteur, des pages en html,
renseigner les lecteurs sur la façon de sauvegarder des documents
sur disquette, etc. Son importance est telle que toute panne informatique
est douloureusement ressentie par tout le monde et les pannes sont fréquentes.
L'informatique a aussi des conséquences sur la santé du personnel.
Les longues heures passées devant un écran provoquent des
maux assez connus : maux de tête, yeux larmoyants, poignets douloureux,
perte d'acuité visuelle (?), mal de dos, crises de nerfs, envie
de tout casser.
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| Travail saisonnier | Un autre aspect du travail est qu'il est
un peu saisonnier. Nos activités suivent le calendrier scolaire
ou universitaire. C'est ainsi que nous avons plus de contact avec le public
de la rentrée jusqu'au printemps. En dehors de cette période
de pointe, les bibliothèques sont assez calmes, les lecteurs sont
beaucoup moins nombreux et sollicitent moins le personnel, il y a moins
de livres à traiter et il peut arriver que nous n'ayons plus de
travail du tout. C'est alors la période idéale pour réaliser
ce que notre jargon professionnel appelle le récollement, autrement
dit l'inventaire de la bibliothèque. Ce travail normalement annuel
consiste à vérifier les ouvrages que nous avons effectivement
en rayon, puis de les comparer avec ceux indiqués sur nos registres
pour connaître quels sont les livres manquants (volés, égarés,
déplacés). Concrètement, on doit prendre chaque livre
un par un et enregistrer son code barre sur un ordinateur : il y a beaucoup
d'ouvrages dans une bibliothèque... (355000 vol. en moyenne). Le
travail se déroule sur quelques jours, il est monotone, pénible
parfois et nous sommes tous contents lorsqu'il est terminé.
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| Horaires de travail | Pour ce qui concerne nos horaires de travail,
c'est normalement l'ancienne durée légale hebdomadaire de
39 heures qui s'applique. Cependant, en France, avec le vote de la loi
sur les 35 h et les différents accords signés dans les entreprises,
la durée moyenne hebdomadaire est en train de baisser selon l'INSEE,
elle est actuellement de 37 heures. Personnellement, je dois travailler
37 h 30 (je travaille plus que la moyenne ma parole) et je bénéficie
de 45 jours de congés par an. Dans d'autres bibliothèques,
notamment dans le sud de la France, le personnel jouit d'horaires de travail
plus réduits et de vacances plus longues. Les heures supplémentaires
n'existent pas ou alors elles font l'objet de compensation horaire.
L'application de la loi sur les 35 heures peut poser des problèmes dans les entreprises. Conscient des difficultés, le gouvernement a décidé d'accorder des aides financières, des délais de mise en oeuvre de la loi aux différents agents économiques. Les petites PME par exemple pourraient faire face à une brusque hausse de leurs coûts, à des problèmes d'organisation. Elles ont donc jusqu'en 2002 pour appliquer les 35 heures. La fonction publique ayant les mêmes contraintes que les petits patrons n'appliquera la nouvelle loi sur les horaires de travail qu'en 2002 elle aussi. Mais allons-nous travailler moins ? L'Etat ne le souhaite pas (comme le patronnat). Fin 1999, il a envoyé un commando spécial d'inspecteurs des finances, de l'administration, de l'éducation nationale dans différents établissements. Sa mission : évaluer les horaires de travail de tous les fonctionnaires. Méthode : éplucher tous les dossiers personnels, tenir compte des pauses, compensations horaires, vacances, congés pour maladie... Bien entendu, il s'agit pour l'Etat de prétendre que les 35 heures s'appliquent déjà dans l'Education nationale. |
| Les mutations | Une fois le concours réussi, nous sommes nommés dans une bibliothèque quelque part en France. Il est rare de pouvoir débuter dans la région et encore moins dans la ville que nous désirons désespérément. Beaucoup d'entre nous ont commencé à Paris puisque sur les 84 bibliothèques et services de documentation universitaires en France, 27 sont implantés dans la région Ile-de-France. Nous pouvons demander par la suite notre mutation, cela est prévu dans le code de la fonction publique. Malheureusement, ce n'est pas toujours simple. Le poste convoité doit être vacant. Une commission paritaire composée de représentants de l'administration et du personnel se réunit et distribue les postes. Elle doit souvent choisir une seule personne parmi toutes celles qui ont demandé la même affectation, elle doit donc établir des priorités. Depuis quelque temps, il semble que l'avis du directeur de l'établissement dans lequel on souhaite travailler soit important. Il faut donc rencontrer votre futur directeur et se présenter comme à un véritable entretien d'embauche. Cet entretien est d'autant plus nécessaire que l'on brigue un poste à "responsabilités" et que certains postes sont désormais associés à un certain profil professionnel. Cette pratique semble se répandre et s'appliquer à toutes les catégories de fonctionnaires, les directeurs ne souhaitant pas voir débarquer des inconnus. |