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Surdités de transmission à tympan normal. A propos de 505 cas (Young Je SHIN)

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 6-discussion    7-conclusion   8-references bibliographiques    

MATERIEL ET METHODES

1. Population

Cette étude a porté sur 505 cas : 474 opérations " primaires " et 31 révisions de surdité de transmission à tympan normal.

1.1. Critères d’inclusion et d’exclusion

Les patients inclus présentaient une surdité de transmission à tympan normal. Ils avaient bénéficié d’un scanner des rochers de façon systématique. Ils avaient tous été opérés dans le centre où s’est déroulée cette étude et ont bénéficié d’au moins une évaluation audiométrique postopératoire deux mois après l’intervention. Lorsque l’évaluation audiométrique à un an était disponible, elle était présentée dans nos résultats (53,1% des patients).

Afin d’avoir un recul suffisant pour l’évaluation audiométrique (un an), et pour ne pas biaiser les résultats, nous n’avons pas inclus les patients opérés pendant l’année de l’étude (1999). De même, hormis deux patients, nous avons exclu les patients opérés avant 1989, pour des raisons liées à la qualité du scanner.

Nous avons exclu de l’étude les séquelles traumatiques de la chaîne ossiculaire, l’ostéogenèse imparfaite et la maladie de Paget.

1.2. Profil audiométrique

Pour l’étude du profil audiométrique de ces patients, nous avons réparti les patients otospongieux selon leur profil audiométrique en 5 classes:

2. Type d’étude

Cette étude était en partie rétrospective et reposait sur l’analyse des dossiers des patients opérés. Elle était prospective pour l’analyse des données génétiques.

3. Etude génétique

Un questionnaire portant sur les antécédents familiaux a été élaboré en collaboration avec le service de Génétique de l’hôpital Purpan. Il a permis de distinguer trois groupes :

Nous avons répertorié le lien de parenté en trois degrés : 1° degré (parents, enfants, fratrie), 2° degré (grands-parents, petits-enfants, oncles et tantes), 3° degré (cousins).

Ce questionnaire a été adressé à 437 patients opérés d’otospongiose et inclus dans l’étude. Nous avons reçu 211 réponses complètes (48%).

4. Etude tomodensitométrique

L’examen tomodensitométrique a été effectué dans quatre centres de Radiologie, y compris celui dans lequel se déroulait l’étude, dans 89 % des cas. Dans trois centres, l’étude procédait en coupes jointives de 1 mm avec chevauchement de coupes (incrément de 0,5 mm). Dans un centre (C.P.), les coupes étaient jointives de 0,5 mm avec incrément de 0,3 mm.

Dans cette étude rétrospective, l’analyse des résultats radiologiques était basée en premier lieu sur le compte rendu écrit de l’examen radiologique. Une deuxième lecture a été effectuée par deux neuroradiologues (D.S., B.E.) qui ne connaissaient pas les circonstances cliniques ayant motivé la demande de scanner. Cette " relecture " a porté sur plus de 200 scanners " douteux ". Lorsqu’il y avait discordance avec le premier diagnostic radiologique, cette deuxième interprétation supplantait la première.

Nous avons utilisé une classification des foyers otospongieux en 4 catégories :

- Avec extension à l’endoste cochléaire

- Sans extension à l’endoste cochléaire

- Taille : petit (< 2 mm), moyen (2-4 mm), grand (> 4 mm) lorsque cette distinction était possible compte tenu de la nature rétrospective de cette étude.

5. Technique anesthésique

Une anesthésie locale a été effectuée dans 97,3 % des cas, et une anesthésie générale dans 2,7% des cas. Dans cette étude, nous avons inclus 16 patients opérés en ambulatoire depuis 1996. Notre expérience de la chirurgie de l’otospongiose en ambulatoire est rapportée dans une autre étude .

6. Chirurgie

6.1. Voie d’abord

Nous avons utilisé une voie transméatale dans 96% des cas et une voie endaurale dans 4 % des cas. La corde du tympan a été conservée dans 87 % des cas. Nous avons utilisé un laser Argon (HGM°) avec une sonde Endo-Oto-Probe HGM° (fibre de 200 microns) pour la réalisation de 277 platinotomies de février 90 à Mars 97 puis un laser KTP (Aura°) avec une fibre optique (Accustat° de Laserscope°) à partir de cette date pour 103 platinotomies. Dans les otospongioses, une platinotomie calibrée sans interposition était réalisée en première intention : platinotomie au laser calibrée à la fraise diamantée de 0,6 ou 0,7 mm Skeeter Oto-Tool System (J.B.Causse). Après la mise en place de la prothèse, l’orifice platinaire était comblée : dans les platinectomies, avec un greffon veineux ou une greffe de fascia, et dans les platinotomies, par du tissu conjonctif ou de la graisse prélevés derrière l’oreille. Dans certains cas, aucun comblement n’était effectué.

6.2. Découvertes per-opératoires

6.2.1. Diagnostic positif d’otospongiose

Lors de l’exploration de caisse, la première étape consistait à affirmer l’ankylose stapédo-vestibulaire. Cette étape impliquait de bien voir la platine, le ligament annulaire et l’étrier, ainsi que l’éminence pyramidale après résection adéquate du cadre et une hémostase parfaite. Nous palpions directement l’étrier à l’aide d’un instrument de Rosen appliqué sur la branche postérieure, ou parfois sur la platine elle-même. Il ne devait y avoir aucun mouvement au niveau de la platine et plus précisément au niveau du ligament annulaire, qui doit être intègre.

Dans le cas où il y avait un doute sur la mobilité de l’étrier, nous recherchions l’absence de reflet au niveau de la fenêtre ronde par palpation directe de l’étrier ou du manche du marteau après s’être assuré de la liberté de l’articulation incudo-malléaire.

La deuxième étape consistait à affirmer la nature otospongieuse de l’ankylose stapédo-vestibulaire en visualisant les foyers et à noter leur topographie.

Nous avons distingué 4 aspects macroscopiques du foyer otospongieux :

- Foyer non visible (type I de Portmann, cité dans Magnan )

- Foyer antérieur (type II et III de Portmann)

- Foyer complet (type IV de Portmann)

- Foyer oblitérant (type V de Portmann)

6.2.2. Diagnostic positif de malformation mineure

Lors de l’exploration de caisse, le manche du marteau était palpé afin de rechercher une fixation de la tête du marteau.

L’état de la longue apophyse de l’enclume et l’état de l’articulation incudo-stapédienne était évalué : aspect grêle, agénésie de la longue apophyse etc...

La mobilité de l’étrier devait théoriquement être vérifiée par la palpation directe de la partie antérieure de la platine car celle-ci pouvait paraître mobile lorsque les branches étaient malformées. La palpation était dans quelques cas limitée à la branche postérieure. Nous avons noté des fixations platinaires totales ou partielles. En cas de fixation complète de la platine, il ne devait y avoir aucun mouvement au niveau de la platine. Le ligament annulaire était ensuite inspecté à la recherche d’un défaut de développpement. Nous avons également noté la malformation de la superstructure de l’étrier lorsque celle-ci existait.

En présence d’une mobilité douteuse d’un des osselets, le réflexe de la fenêtre ronde était recherché. L’aspect de la fenêtre ronde était sytématiquement noté.

Nous avons adopté la classification de Charachon-Barthez pour classer les aplasies mineures (figure 15, page 56) :

Type IIIa : Les deux fenêtres sont anormales.

Type IIIb : Une des deux fenêtres est anormale.

Type IVa : Les deux fenêtres sont anormales.

Type IVb : Une des deux fenêtres est anormale.

6.2.3. Diagnostic positif de tympanosclérose

D’après Magnan , trois aspects anatomocliniques de la fixation de l’étrier par de la tympanosclérose peuvent être individualisés:

 

6.2.4. Diagnostic positif de malformations du nerf facial

Dans certains cas, nous avons noté une variation anatomique du nerf facial. Par procidence, nous entendons une protrusion du nerf facial qui vient recouvrir la fenêtre ovale qui devient étroite. Par dénudation (ou déhiscence), nous parlons d’un canal facial incomplètement refermé exposant partiellement les fibres du nerf facial. Le nerf facial pouvait être à la fois procident et dénudé.

7. Prothèses

7.1. Type de prothèse utilisée

Pour 437 patients otospongieux (en dehors des révisions), 432 prothèses ont été utilisées :

7.2. Longueur des prothèses

La longueur moyenne de la prothèse était de 4,31 mm (ET = 1,74). Chez l’homme, elle était de 4,30 mm (ET = 0,2), et chez la femme de 4,31 mm (ET = 2,16).

8. Analyse des données audiométriques

Les résultats audiométriques étaient présentés de la manière la plus proche possible des recommandations du " Commitee on Hearing and Equilibrium " de " l’American Academy of Otolaryngology-Head and Neck Surgery " .

Le Rinne pré- ou post-opératoire était calculé à partir des quatre fréquences 0,5, 1, 2, 4 kHz. Pour déterminer le Rinne post-opératoire, nous utilisions la conduction osseuse (CO) post-opératoire et non pas la CO pré-opératoire, suivant les recommandations de ce comité. L’amélioration post-opératoire de la CO (Gain CO) par rapport à la CO pré-opératoire était mesurée à partir des trois fréquences 1, 2, 4 kHz. L’amélioration de la CO se traduisait par un chiffre positif et sa détérioration par un un chiffre négatif (exemple -1,5 dB). L’amélioration post-opératoire de la conduction aérienne ou gain auditif (Gain CA) par rapport à la CA pré-opératoire est mesurée à partir des quatre fréquences 0,5, 1, 2, 4 kHz. Finalement, la fermeture du Rinne se calculait par la différence entre le Rinne pré-opératoire et le Rinne post-opératoire.

Un chiffre positif reflètait un Rinne post-opératoire moins important que le Rinne pré-opératoire. En l’absence de réponse en conduction aérienne (CA), la réponse était chiffrée à 120 dB. En l’absence de réponse en conduction osseuse (CO), la réponse était chiffrée à 80 dB.

Nous avons mentionné dans tous les cas l’écart-type des moyennes exprimées entre parenthèses, toujours selon les recommandations du Comité pré-cité.

Néanmoins, pour que les résultats soient analysables par rapport aux données de la littérature antérieures à ces recommandations, nous avons distingué les patients présentant une conduction aérienne post-opératoire meilleure (ou moins bonne de 10 dB au maximum) par rapport à la conduction osseuse pré-opératoire, sur les 500, 1000 et 2000 Hz comme patients présentant un résultat satisfaisant ou un succès.

Ces définitions sont résumées dans le tableau ci-dessous.

 

 

Abréviation

Signification

Fréquences utilisées

Rinne post-op.

CA post-op - CO post-op.

0,5, 1, 2, 4 kHz

Gain CO

CO pré-op - CO post-op.

1, 2, 4 kHz

Gain CA

CA pré-op - CA post-op.

0,5, 1, 2, 4 kHz

Fermeture du Rinne

Rinne pré. - Rinne post.

0,5, 1, 2, 4 kHz

"Résultat satisfaisant"

ou " succès "

CA post-op - CO pré-op.

≤ 10 dB.

0,5, 1, 2 kHz

9. Groupes contrôles

Groupe contrôle " radiologique "

Pour analyser et comparer les audiogrammes des patients présentant un foyer péricochléaire, nous avons établi un groupe contrôle " radiologique " de 384 patients ne présentant pas de foyer péricochléaire. Cent quatre vingt dix neuf patients avaient un contrôle audiométrique à un an.

Les données audiométriques pré-opératoires et les résultats de ces patients sont résumés dans le tableau ci-dessous.

TABLEAU A. Moyenne et écart-type des résultats audiométriques pré- et post-opératoires : Groupe sans foyer péricochléaire (groupe contrôle)

N

CO

CA

Rinne

GO 1000

GO 2000

GO 4000

Gain CO

Pré-op.

384

21,5

(11,2)

51,1

(15,3)

29,6

(9,3)

Post-op

384

18,7

(10,7)

30

(13,6)

11,3

(7,1)

3,4

(8,8)

5,7

(9,1)

-0,2

(10,3)

3

(7,5)

1 an

199

19,9

(12,3)

31,4

(15,2)

11,5

(7,1)

2,5

(11,3)

6,3

(11,6)

-1,7

(12,2)

2,4

(9,7)

Légendes : Pré-op = pré-opératoire, Post-op = post-opératoire à 2 mois, 1 an = post-opératoire à 1 an, N = nombre de rochers étudiés, CO = conduction osseuse, gain CO, 1000 à 4000 = gain moyen en conduction osseuse, 1000 à 4000 Hz, Am.Rin = variation du Rinne entre le pré- et le post-opératoire

Groupe contrôle : diamètre de la prothèse

Pour comparer les résultats des patients opérés avec une prothèse de 0,4 mm de diamètre, nous avons également utilisé un groupe contrôle clinique de 351 patients pour lequel une prothèse métal de 0,6 mm de diamètre avait été mise en place. Cent quatre-vingt huit patients ont eu un contrôle audiométrique à 1 an. Les données audiométriques pré-opératoires et les résultats de ces patients sont résumés dans le tableau ci-dessous.

TABLEAU B. Moyenne et écart type des résultats audiométriques pré- et post-opératoires : groupe contrôle (piston fil métallique diamètre 0,6 mm)

N

CO

CA

Rinne

Gain CO

Gain CA

Am. Rin

% BR

Pré-op.

351

22,5

(12,6)

52,7

(16,3)

27,7

(8,8)

Post-op

351

19,6

(12,7)

30,5

(15,7)

11

(6,8)

3,1

(7,7)

22,2

(12,6)

19,3

(10,6)

74,6 %

1 an

188

21

(13,9)

32,4

(17,5)

11,4

(6,1)

2,6

(9,5)

21,3

(14,9)

18,9

(11,8)

71,8%

Légendes : Pré-op = pré-opératoire, Post-op = post-opératoire à 2 mois, 1 an = post-opératoire à 1 an, N = nombre de rochers étudiés, CA = conduction aérienne, CO = conduction osseuse, gain CA = gain moyen en conduction aérienne, gain CO = gain moyen en conduction osseuse, Am.Rin = variation du Rinne entre le pré- et le post-opératoire, % ER = pourcentage de bons résultats.

Groupe contrôle : otospongiose infra-radiologique

Pour comparer les résultats des 32 patients présentant une otospongiose infra-radiologique et ayant bénéficié d’une stapédotomie, nous avons également utilisé un groupe contrôle de 90 patients qui présentaient un foyer radiologique et pour lesquels une stapédotomie avait été réalisée avec mise en place d’une prothèse métal de 0,6 mm de diamètre, sélectionnés au hasard.

TABLEAU C. Moyenne et écart-type des résultats audiométriques pré- et post-opératoires : groupe contrôle (foyer antérieur)

N

CO

CA

Rinne

Gain CO

Gain CA

Am. Rin

% BR

Pré-op.

90

22

(11,4)

49,7

(14,8)

27,7

(8,8)

Post-op

90

18,4

(10,1)

29,5

(13,3)

11,1

(7,1)

3,6

(6,8)

20,2

(10,7)

16,6

(10,2)

72,8%

1 an

90

18,5

(10,3)

29,4

(13,4)

10,9

(6,1)

3,8

(8,1)

20,3

(12,5)

16,8

(10,6)

70,7%

Légendes : Pré-op = pré-opératoire, Post-op = post-opératoire à 2 mois, 1 an = post-opératoire à 1 an, N = nombre de rochers étudiés, CA = conduction aérienne, CO = conduction osseuse, gain CA = gain moyen en conduction aérienne, gain CO = gain moyen en conduction osseuse, Am.Rin = variation du Rinne entre le pré- et le post-opératoire, % ER = pourcentage de bons résultats.

Pour comparer les résultats des 21 patients âgés de plus de 70 ans et ceux présentant une surdité profonde, nous avons également utilisé un groupe contrôle de 90 patients de moins de 70 ans, sélectionnés au hasard.

TABLEAU D. Moyenne et écart-type des résultats audiométriques pré- et post-opératoires : groupe contrôle (patients de moins de 70 ans)

N

CO

CA

Rinne

Gain CO

Gain CA

Am. Rin

% BR

Pré-op.

90

22

(11,4)

49,7

(14,8)

27,7

(8,8)

Post-op

90

18,4

(10,1)

29,5

(13,3)

11,1

(7,1)

3,6

(6,8)

20,2

(10,7)

16,6

(10,2)

72,8%

1 an

90

18,5

(10,3)

29,4

(13,4)

10,9

(6,1)

3,8

(8,1)

20,3

(12,5)

16,8

(10,6)

70,7%

Légendes : Pré-op = pré-opératoire, Post-op = post-opératoire à 2 mois, 1 an = post-opératoire à 1 an, N = nombre de rochers étudiés, CA = conduction aérienne, CO = conduction osseuse, gain CA = gain moyen en conduction aérienne, gain CO = gain moyen en conduction osseuse, Am.Rin = variation du Rinne entre le pré- et le post-opératoire, % ER = pourcentage de bons résultats.

10. Analyse statistique

L’analyse des données statistiques a été réalisé en collaboration avec le service d’Epidémiologie (Hôtel-Dieu Saint-Jacques, Toulouse).

Les tests utilisés étaient les tests de Mann-Whitney , de Student et le test exact de Fisher.