Comprendre sa maladie

 

L'IMPACT DES SYMPTOMES ET DES CONCEPTIONS MEDICALES


Si les manifestations physiques de la maladie ont comme origine le vécu psychique et si la guérison commence après cette modification du vécu qu’est la solution du conflit, il n'en reste pas moins que la vie psychique ne s'arrête pas et que le "ressenti" du patient demeure sensible à tout nouveau choc éventuel. Il s'agit donc de porter attention à la façon dont le patient va vivre sa maladie et notamment sa phase de réparation souvent plus pénible que la phase conflictuelle.

Une première possibilité concerne l'impact sur le malade de ses propres symptômes qu'il vivrait donc sur un plan conflictuel. Si le vécu subjectif de ces symptômes est de même nature que le conflit initial, il peut y avoir un cercle vicieux plus difficile à résoudre. Exemples: l'impotence d'une affection articulaire qui ravive le conflit de manque d'agilité ; les paralysies qui ravivent le conflit de ne pas pouvoir fuir sa situation ; l'apparition d'une lésion cutanée qui ravive le conflit de souillure etc. Et si le vécu amène des chocs d'une autre nature, cela rajoutera alors à la complexité du tableau clinique. Ce risque de cercle vicieux n'a guère de rapport direct avec l'impact médical proprement dit mais il peut être influencé par les croyances du patient en la matière. Le bagage de ces croyances commence dès l'enfance ("Habille-toi bien pour ne pas attraper un refroidissement" ; "N'embrasse pas untel qui a un rhume" ; "Ton oncle est mort d'une grave maladie, un cancer"). Il s'enracine surtout par l'inondation des médias écrits et audiovisuels où l'on montre toujours plus de maladies graves mais sans jamais d'allusion au vécu des patients.

Bien plus fréquent et important est l'impact des conceptions médicales sur le psychisme de l'individu, ce que nous appelons l'impact iatrogène (du grec iatros signifiant le médecin). Les populations dites civilisées qui héritent des connaissances scientifiques couvent déjà toute une série de hantises médicales : artériosclérose, accidents vasculaires, dégénérescence cérébrale, microbes divers avec le HIV en tête de liste etc. Et surtout le cancer : cette tumeur envahissante, d'origine inconnue, qui fait des petits partout et qui justifie les thérapeutiques les plus incisives. Toutes ces craintes constituent une toile de fond sur laquelle prendront naissance les pires conflits à la suite de certains diagnostics.

Il faut bien se rendre compte que des mots comme "cancer" n'ont pas du tout la même coloration subjective pour le médecin et le patient. Pour le médecin dans l'exercice de sa profession, c'est un diagnostic parmi d'autres dans le catalogue descriptif des pathologies. Mais sa bonne foi dans I'"objectivité" de ce diagnostic et son désir d'aider le patient à l'assumer n'empêche pas que pour le patient, le cancer est synonyme de menace grave, de souffrance, de mutilation, de mort.

Prenons comme premier exemple l'itinéraire aussi triste que fréquent, d'une femme ayant une tumeur mammaire suite à un drame sentimental. Si cette tumeur a entraîné l'ablation du sein et que la femme ne surmonte pas le choc de cette amputation, le conflit de dévalorisation dans sa féminité se traduira par un cancer osseux. Celui-ci n'a donc rien à voir avec la lésion du sein mais procède d'un nouveau conflit d'une tout autre nature. Vu le suivi intensif dont bénéficie cette patiente, ces lésions osseuses seront souvent découvertes avant même que la solution de ce deuxième conflit ne provoque les douleurs caractéristiques de l'os qui se répare. On lui justifie un traitement complémentaire pour cette malheureuse extension de son cancer que sont ces "métastases osseuses". C'est alors un troisième choc encore différent : la peur de mourir devant la progression d'un mal pour lequel tout ce qu'elle a déjà enduré se révèle inutile. Ce conflit de peur induit des proliférations dans les alvéoles pulmonaires. Si elle n'a pas la chance de (ou plus exactement les ressources pour) faire rapidement une pneumonie qui témoignerait du nettoyage microbien de ses lésions après la solution de ce dernier conflit, le diagnostic de nouvelles métastases, à présent pulmonaires, sonnera le commencement de la fin : c'est ici une réactivation du troisième conflit qui verra flamber les lésions correspondantes aux poumons.

La fin de ce premier exemple introduit à une règle simple que le lecteur aura sans doute déjà déduite : si l'impact psychique du diagnostic est de même nature que le conflit initial à l'origine de la maladie diagnostiquée, ce diagnostic aggrave la maladie en question ; sinon il provoquera d'autres conflits et donc d'autres affections. Prenons ici un deuxième exemple très typique : la sclérose en plaques. A l'origine de cette pathologie, il y a un conflit de ne pas pouvoir supporter une situation et surtout de ne pas pouvoir y échapper. La fréquence et l'intensité des accès dépendent des aléas du conflit et le patient récupère en général totalement. Comme le diagnostic échappe souvent à la sagacité médicale, cette première période peut durer des années. Mais un jour, le couperet du verdict tombe et au-delà des grands discours, le vécu du patient peut se résumer en quelques mots: "Je suis atteint d'une dégénérescence progressive de mon système nerveux. On ne sait pas d'où ça vient. C'est incurable. " Et c'est bien ici un conflit de même nature: comment supporter le spectre de la chaise roulante et comment y échapper puisque la science est unanime ?

Nous avons surtout évoqué l'impact iatrogène à propos des pathologies graves mais il doit être pris en considération dans tous les cas : sentiment d'amoindrissement de se voir étiqueté "arthrosique" alors qu'on a seulement résolu des conflits de dévalorisation ; crainte pour son cœur parce qu'on a fait un infarctus qui n'est qu'un passage obligé après un conflit de devoir se battre ; inquiétudes morbides à propos de son immunité parce qu'on a passé une période de conflits chaque fois résolus et ayant fait appel à l'aide microbienne etc.

Ceci nous amène à réfléchir sur le "sens" et le danger d'un diagnostic purement descriptif. Des diagnostics comme infarctus, cancer, accident vasculaire cérébral, sclérose en plaques, sida, nous font automatiquement plonger dans notre mémoire pour en repêcher les cas les plus terrifiants que l'on aura vus ou entendus ; ce qui ne fera qu'amplifier toujours la crainte de la maladie. Avec un bon sens élémentaire, on devrait au moins compléter un diagnostic classique avec une cotation de gravité suffisamment précise. Et dans ce cas, on préférerait de loin avoir une sclérose en plaques ou un "cancer" dont le conflit n'a duré qu’une semaine plutôt qu'une crise d'arthrose ou une bronchite dont le conflit a duré six mois... et à la condition d'avoir compris le processus de la maladie en général.

Une remarque encore sur le dépistage dont les campagnes de publicité augmentent dans le corps médical, ce qui amène le public à y recourir de plus en plus fréquemment. Cette pratique est logique quand on considère que la majorité des tumeurs restent longtemps sans manifestations cliniques et qu'une tumeur jugée cancéreuse - et dès lors ne pouvant s'arrêter d'elle-même - doit être extirpée du corps pour avoir une chance de guérir. Mais les lois biologiques nous font comprendre d'autres réalités : les "cancers" sont parfaitement réversibles dès que le conflit est résolu et se transforment alors souvent en tumeurs bien enkystées, inoffensives et inactives. De même, la présence d'anticorps témoigne bien du contact avec un micro-organisme mais ce contact, qu'il ait donné lieu à un travail infectieux ou qu'il n'ait été qu'un simple passage sans conséquence n'est le plus souvent qu'une mémoire de notre organisme qui identifie tous les visiteurs. D'autre part, parmi les gens qui ont déjà vécu quelques dizaines d'années, qui n'a pas vécu l'un ou l'autre conflit important de quelques semaines ou quelques mois et passé à l'époque plus ou moins inaperçu ? Et qui ne possède donc pas quelque part dans son corps un polype, un kyste ou une tumeur quelconque qui a la même signification... qu'un cratère de bombe cinq mois ou dix ans après l'explosion qui eu lieu pendant une guerre? Pour ces patients qui ont souffert à une époque de leur vie mais qui ont retrouvé leur rythme de croisière, le dépistage (de plus en plus performant dans la détection des "anomalies") les plonge brutalement dans un cauchemar d'anxiété et souvent de mutilation et de traitement astreignant. Concrètement, les tumeurs qui évoluent en phase conflictuelle active finiront par se manifester cliniquement et dans ce cas le geste essentiel est d'aider le patient à résoudre son conflit. Et la majorité des tumeurs se manifestent surtout en phase de solution par suite des phénomènes inflammatoires et/ou infectieux qui accompagnent cette réparation. Si l'on tient à se faire dépister, autant le faire lucidement en cherchant d'abord à savoir si l'anomalie éventuellement détectée est vraiment évolutive ou s'il s'agit seulement d'une simple séquelle résiduelle. Le meilleur dépistage est encore de faire un tour d'horizon de l'existence actuelle du patient et d'explorer son état psychique, nerveux et général.