Rondeau - Triolet
 
Sommaire
Rondeaux
Triolets
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Rondeaux
 
 
 
Regrets sur la mort du Rondeau
 

Pleurez mes yeux, et vous fondez en eau,
Toute ma joie est enclose au tombeau.
Un jeune enfant, ma chère nourriture
Vient d'être mis dans cette sépulture.
Qui le croirait ! c'est le petit Rondeau.
Je fus son père, et sa mère Isabeau.
Ô vous jadis qui le vîtes si beau,
Chaste Julie, après cette aventure,
Pleurez.

Et toi, Phébus, trace de ton pinceau
Dessus sa tombe un superbe tableau,
Où soient dépeints en moult belle figure
Les plus hauts faits du feu petit Voiture ;
Pour vous, passants, voyant cet écriteau,
Pleurez.

Vincent VOITURE (1597-1648)
 
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Que doit on pendre à Bayeux?
 

A Bayeux il est une broderie
Que l'on prend pour une tapisserie
Glorifiant nos ancêtres les Normands.
Nos vieux en décousaient tout en brodant
Un sage : "Allons enfants de la patrie
Qu'un sang impur abreuve nos . . ." prairies.
Gloire à nos trisaieux des cidreries!
Gloire à nos aieux, bisaieux sanglants
A Bayeux!

Des us du Moyen Age l'on se rit
Dans nos démocraties pleines d'esprit;
Pourtant en ces temps là toujours saignants
Les rosbifs de rosbifs fous et méchants
N'étaient pas pendus dans les boucheries
A Bayeux!

©Rolland Pauzin - 26-01-2002 - Rondeau
 
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Pleure fillette
 

Pleure fillette, tu es seule.
Un oncle à la morale veule
A poignardé ton innocence
Pour une brève jouissance
En guise d'amuse-gueule.

Encor cachée dans cette meule
De foins aux piqûres immenses
Tu cries adieu a ton enfance.
Pleure fillette.

Toujours tu seras sa filleule
Toujours tu te sentiras seule
Perdue dans une froide errance.
Auras-tu la force et la chance
Un jour de lui casser la gueule?
Pleure fillette.

©Rolland Pauzin - 19-11-2001 - Rondeau
 
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L'aigle impérial...
 

Une lèvre sans baiser
D'agneau pauvre et délaissé
Pleure quand un beau matin
L'impérial aigle américain
Tournoie sur sa proie blessée.

Bouches, venez m'embrasser,
Geint-elle, à trop m'embraser
Vous brûlez, ah c'est malin!
Une lèvre sans baiser.

La bête gémit brisée,
Mal guidée, trop épuisée,
L'oiseau la mange sans faim,
En semant la haine aux fins
Fonds du monde pour dresser
Une lèvre sans baiser.

©Rolland Pauzin - 22-10-2001 - Rondeau
 
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Fut-il jamais douceur de coeur pareille
 

Fut-il jamais douceur de coeur pareille
À voir Manon dans mes bras sommeiller ?
Son front coquet parfume l'oreiller ;
Dans son beau sein j'entends son coeur qui veille.
Un songe passe, et s'en vient l'égayer.

Ainsi s'endort une fleur d'églantier,
Dans son calice enfermant une abeille.
Moi, je la berce ; un plus charmant métier
Fut-il jamais ?

Mais le jour vient, et l'Aurore vermeille
Effeuille au vent son bouquet printanier.
Le peigne en main et la perle à l'oreille,
À son miroir Manon court m'oublier.
Hélas ! l'amour sans lendemain ni veille
Fut-il jamais ?

Alfred de MUSSET (1810-1857) - Poésies nouvelles
 
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Rondo cubico-surealo-picasso-burlesque
 

Aux latrines du musée Picasso
Ulysse cherchait de beaux lavabos;
Par d'érudites investigations
Il les trouva suspendus au plafond.
Mettant la main vers son petit oiseau
Il fut surpris de tenir un pied-bot
Quand . . . la peine sous son front mi-rabot
mi-copeau coula sans bonne raison
Aux latrines du musée Picasso

Il était jaune et giclait vers le haut
Ce jet peiné qui soulageant ses maux
Forma un petit oiseau - un pinson -
Qui cuicuitait le bonheur en chanson :
"Heureux qui comme Ulysse a fait un saut
aux latrines du musée Picasso".

©Rolland Pauzin. 17-1-2002 - Rondeau
 
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Rondeau
 

Votre beau thé, moins rare que vos yeux,
Votre thé vert, fleuri, délicieux,
Qui vaut quasi dix mille francs la livre,
Moins que la fleur de vos yeux il enivre
Et fait rêver qu'on s'en va dans les cieux.

J'ai bu les deux arômes précieux ;
Et jusqu'au jour dans mon lit soucieux
Il m'a sonné des fanfares de cuivre,
Votre beau thé.

Je vous voyais passer parmi les Dieux,
Dans un grand char aux flamboyants essieux ;
Et sous la roue en or, n'osant vous suivre,
J'ai mis mon front, et j'ai cessé de vivre
En bénissant, écrasé mais joyeux,
Votre beauté.

Jean RICHEPIN (1849-1926) - Les caresses
 
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O, Mon Rondo...
 


Rondos, croquons
Nos snobs, nos cons,
Nos sots zozos.
Rotons gros mots,
Bon mots profonds.

Mordons, frondons
Rossons, moquons,
Concoctons nos
Rondos.

O, ronronnons,
Rondo-ronron
Molto pronto. . .
Slow . . . Non troppo. . .
Sonnons nos bons
Rondos.

©Zorro - 14-02-2002 - Rondo + Lopogrosmots
 
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A un poète ignorant
 

Qu'on mène aux champs ce coquardeau,
Lequel gâte (quand il compose)
Raison, mesure, texte et glose,
Soit en ballade ou en rondeau.

Il n'a cervelle ne cerveau.
C'est pourquoi si haut crier j'ose :
" Qu'on mène aux champs ce coquardeau. "

S'il veut rien faire de nouveau,
Qu'il oeuvre hardiment en prose
(J'entends s'il en sait quelque chose) :
Car en rime ce n'est qu'un veau,
Qu'on mène aux champs.

Clément MAROT (1497-1544) - (Recueil : L'Adolescence clémentine)
 
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Libre de quoi?


Libre de rester dans son coin
De manger des pâtes de coing
De parler des petits oiseaux
De l'amour toujours aussi beau
Et de ne pas faire de foin.

Libre de regarder moins loin
De prier ou serrer les poings
Et d'écrire de sots rondeaux.
Libre!

Mais surtout ne dérangeons point
Les bons penseurs qui prennent soin
De prêcher leur sacré credo
Comme au temps béni des fachos
Et de leur zone libre et moins
Libre.

©Rolland Pauzin. 16-1-2002 - Rondeau

 
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Rondeau de la suffisance
 

Des vers d'amour, j'en ai rarement fait.
Je ne sais pas murmurer : "je t'adore"
En rythmes doux, qu'inspiré, l'on décore
Des mots subtils, par lesquels est parfait
Le très cher lien, qui toujours, veut éclore.

Je crois qu'un jour, Daudet vit le préfet,
Dans un grand bois, consommer le forfait
De mal rimer - je dis ce qu'on ignore....
Des vers d'amour.

Je produirais sûrement mon effet
Si j'en faisais, mais je suis satisfait
De mes succès de brillant matamore...
Quand je serai le vieux beau qu'on honore,
J'ouvrerai pour un minois stupéfait
Des vers d'amour.

(sanatorium de Clavadel - 1914 - pour Gala) 
 
Paul Eluard
 
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Rondeau
 

Des ailes, des ailes, des ailes
Comme dans le chant de Ruckert. (1)
Théophile Gautier


Devant mourir, les roses sont plus belles
Et les oiseaux ont des chants bien plus vifs.
Les passions franchissent les récifs
Pour caresser les corps les plus rebelles.

Tout l'univers tient des propos lascifs
Et veut jouir des choses éternelles, 
Devant mourir.

Moi je voudrais, un temps, avoir des ailes,
Mettre en mes vers tous mes pensers rétifs,
Saisir, fixer des rythmes fugitifs, 
Mais je suis las et fais des ritournelles
Devant mourir. 

(1) Frédéric Ruckert, poète allemand très populaire (1789-1866)

(sanatorium de Clavadel - 1914 - pour Gala)

Paul Eluard 

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Le ballon du bonheur
 

Le ballon du bonheur
S'éloigne du p'tit coeur.
Vite! Cours lui après
Ou il va s'échapper
Ce sacré bourlingueur.

Surmontant ta frayeur
Tu chasses ses rondeurs
Mais ne peux rattraper
Le ballon du bonheur.

Les nuits, de pleur en pleurs,
Tu vis ton film d'horreur
Où tes courtes foulées
Doivent laisser filer,
Combien à contrecoeur !
Le ballon du bonheur.

©Rolland Pauzin. 5-1-2002 - Rondeau
 
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Les yeux bleus 

Tes yeux bleus comme deux bluets
Me suivaient dans l'herbe fanée
Et près du lac aux joncs fluets
Où la brise désordonnée
Venait danser des menuets.

Chère Ange, tu diminuais
Les ombres de ma destinée,
Lorsque vers moi tu remuais
Tes yeux bleus.

Mes spleens, tu les atténuais,
Et ma vie était moins damnée
À cette époque fortunée
Où dans l'âme, à frissons muets,
Tendrement tu m'insinuais
Tes yeux bleus.

Maurice Rollinat, Les Névroses, 1883


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Rondeau de la neige
 

Tombe la neige !
Triste manège :
Moucher, toussir,
Prendre élixir,
Au lit gésir.

Maint déplaisir
Mon mal rengrège.
Tombe la neige.

Pardonnerai-je ?
Ou hairai-je ?
Je n'ai loisir
De rien choisir.
Sur tout désir
Tombe la neige.

André Mary - Rimes et bacchanales - 1935
 
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Le thon en rondel

Le ton monte entre le thon
Et la sirène à tétons;
Les insultes nagent bas
Dans les profondeurs des bas-
fonds où la main de teutons
N'a jamais mis un peton.
"Mais peut-on où peut-on pas",
Le thon
Tonne, "être un thon de bon ton
Quand ton tonton de Canton
Traite nos têtes d'abats
En chantant tout haut : A bas!
A bas le thon! Abattons
Le thon!"

©Rolland Pauzin - 28-03-2002 - Rondeau

 
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Rondeau de Jeannot

Jeannot de Paris, bras ballant,
Va de Montrouge à la Villette.
On lui vend pour truites merlans,
Gratteculs pour mirobolans,
Quignon dur pour miche moufflette.

Son sens ne vaut pas une gimblette,
Son goût vaut une poire blette ;
C'est le modèle des chalands,
Jeannot.

Tous escogriffes, camps-volants,
Dormeuse ou marchand d'amulette,
Astroloc, faiseur de bilans,
Folliculaires pestilents,
Lui font avaler la boulette.
Jeannot !

André Mary (rimes et bacchanales -1935)

 
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Ma foi, c'est fait de moi ...

Ma foi, c'est fait de moi. Car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau.
Cela me met en une peine extrême.
Quoi treize vers : huit en eau, cinq en ème !
Je lui ferais aussitôt un bateau.

En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en huit, en invoquant Brodeau,
Et puis mettons : par quelque stratagème.
Ma foi, c'est fait.

Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant je suis dedans l'onzième,
Et si, je crois que je fais le douzième.
En voilà treize ajusté au niveau.
Ma foi, c'est fait !

Vincent VOITURE (1597-1648)

 
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Potions magiques : le Mage est X

O, que les temps ont changé ! Astérix
Tenait tête aux cieux comme un grand phénix,
Au bords des routes la foule celtique
Applaudissait ses exploits athlétiques
Mais aujourd'hui, de la chapelle six-
-tine au pentagone en passant par l'X
On mettrait sur son nom un gros bel X
D'un poing ferme empli de vadiums magiques.
O, que les temps ont changé ! 

Admirez tous ces ex - propres - : Dierickx
Hinault, Guimard. . . couvert d'or et d'onyx,
Honnis si peu. C'est la course cyclique,
La loterie : un beau panégyrique
Ou le grand coup de godasse au coccyx !
O, que les temps ont changé ! 

©Rolland Pauzin - 20-07-2002 - Rondeau

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Je ne sais comment . . . 

Je ne sais comment je dure,
Car mon dolent cour fond d'ire
Et plaindre n'ose, ni dire
Ma douloureuse aventure.

Ma dolente vie obscure.
Rien, hors la mort ne désire ;
Je ne sais comment je dure.

Et me faut, par couverture,
Chanter que mon cour soupire ;
Et fait semblant de rire ;
Mais Dieu sait ce que j'endure.
Je ne sais comment je dure.

Christine de Pisan (1364 ? - 1431).

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Verset ou rondeau
 

Repos éternel donne à cil,
Sire, et clarté perpétuelle,
Qui vaillant plat ni écuelle
N'eut oncques, n'un brin de persil.

Il fut ras, chef, barbe et sourcil,
Comme un navet qu'on ret ou pèle.
Repos éternel donne à cil.

Rigueur le transmit en exil
Et lui frappa au cul la pelle,
Nonobstant qu'il dit : " j'en appelle ! "
Qui n'est pas terme trop subtil,
Repos éternel donne à cil.

Villon

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Mort - Rondeau  

Mort, j'appelle de ta rigueur, 
Qui m'as ma maîtresse ravie, 
Et n'es pas encore assouvie 
Se tu ne me tiens en langueur: 
Onc puis n'eus force ne vigueur; 
Mais que te nuisoit elle en vie, 
Mort? 
Deux étions et n'avions qu'un coeur; 
S'il est mort, force est que devie, 
Voire, ou que je vive sans vie 
Comme les images, par coeur, 
Mort! 

Villon 1456

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La bière brune
 

La bière brune se referme, tard ce soir.
Après tant d'espoirs apportés par ton sang noir
Tu déclaras qu'il n'y aurait plus d'au revoirs.
Les funérailles vont voir la procession noire
Faire la queue goulûment devant le comptoir:

Les bruyants Dubliners noyés dans la Guinness,
Les Corkonians dans la Murphy enchanteresse.
          La bière brune se referme.

Dans ce pays de légende toi la négresse
Au chef doré tu es ma seule vrai maîtresse
Mais ce soir, mon amante, tu me laisses choir
Et verses ta dernière perle de sang noir
- élixir de déesse - dans mon entonnoir.
Le cercueil est prêt, il n'attendait que mes fesses.
          La bière brune se referme.

©Rolland Pauzin - 11-5-2001
 
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De sa grande amie
 

Dedans Paris, ville jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie demoiselle
Qui soit d'ici en Italie.
 

D'honnêteté elle est saisie,
Et crois (selon ma fantaisie)
Qu'il n'en est guère de plus belle
            Dedans Paris.
 

Je ne la vous nommerai mie,
Sinon que c'est ma grande amie ;
Car l'alliance se fit telle
Par un doux baiser que j'eus d'elle,
Sans penser aucune infamie,
            Dedans Paris. 

Clément Marot 

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De celui qui entra de nuit chez s'amie
  

De nuit et jour faut être aventureux
Qui d'amours veut avoir biens plantureux :
Quant est de moi, je n'eus onc crainte d'âme,
Fors seulement, en entrant chez ma Dame,
D'être aperçu des Langars dangereux.
 

Un soir bien tard me firent si peureux,
Qu'avis m'était qu'il était jour pour eux :
Mais si entrai-je, et n'en vint jamais blâme
            De nuit et jour.
 

La nuit je pris d'elle un fruit savoureux,
Au point du jour vis son corps amoureux,
Entre deux draps, plus odorants que Baume.
Mon Oeil adonc, qui de plaisir se pâme,
Dit à mes Bras : vous êtes bien heureux
            De nuit et jour. 

Clément Marot
 

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Rondeau Du Voyageur

O voyageur, debout! c'est la diane,
et nous avons dormi de longue-main:
l'heure a sonné de nous tendre la main.
Selle ton bai, je prends mon alezane.

L'un tire au sud, l'autre à la tramontane,
Cueilleras-tu l'épine ou le jasmin?
   O' Voyageur?

Pour moi, je crains la nuit sous le platane
plus qu'à midi la poudre du chemin:
serons-nous pas des étrangers demain?
Tout homme est seul parmi la caravane.
  O' Voyageur!

"La Petite Illustration" No. 786 -
Poesies: No. 8, 22 Aout 1936

Andre Mary

 
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Rondeau Des Fleurs

O douces fleurs silencieuses,
patience et toute bonté,
o pucelles très gracieuses,
salut en grande humilité!

Modèles de bénignité,
charitables, officieuses,
   O douces fleurs!

Vous qui gardez, dévotieuses,
la divine immobilité,
quand vous mourez, délicieuses,
c'est en odeur de sainteté,
   O douces fleurs!

"La Petite Illustration" No. 786 -
Poesies: No. 8, 22 Aout 1936

Andre Mary

 
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Au mois de mai …  

 Au mois de mai, l'amoureuse Isabelle
Et le galant qui soupire pour elle
Sont nés tous deux, et de là seulement
Vient leur amour, vient leur contentement
Et de leurs voeux la rencontre éternelle.
 

Jamais pigeon, en trémoussant de l'aile,
Ne baisa mieux sa compagne fidèle,
Ni ne sut mieux alléger son tourment,
            Au mois de mai.
 

Ils sont épris d'une ardeur mutuelle,
Et si l'amour en la saison nouvelle
Dedans les coeurs prend quelque accroissement,
Ne doutons point que cet heureux amant
N'ait au plus tard la fleur de cette belle
            Au mois de mai. 

Claude Malleville
  

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Petit mort pour rire
 

Va vite, léger peigneur de comètes !
Les herbes au vent seront tes cheveux ;
De ton oeil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans les pauvres têtes...

Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes
Foisonneront plein ton rire terreux...
Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes...

Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux,
Boîtes à violon qui sonnent le creux...
Ils te croiront mort - Les bourgeois sont bêtes -
Va vite, léger peigneur de comètes ! 
 

(1873) Tristan Corbière 

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 De triste coeur  
 

De triste coeur chanter joyeusement
Et rire en deuil c'est chose fort à faire,
De son penser montrer tout le contraire,
N'issir doux ris de dolent sentiment,

Ainsi me faut faire communément,
Et me convient, pour celer mon affaire,
De triste coeur chanter joyeusement.

Car en mon coeur porte couvertement
Le deuil qui soit qui plus me peut déplaire,
Et si me faut, pour les gens faire taire,
Rire en pleurant et très amèrement
De triste coeur chanter joyeusement. 

(vers 1430) Christine de Pisan

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Vous qui vivez à présent en ce monde
 

Vous qui vivez à présent en ce monde
Et qui vivez souverains en vertu,
Vous est-il point de la mort souvenu ?
Vos pères sont en la fosse parfonde
Mangés des vers, sans lance et sans écu,
Vous qui vivez à présent en ce monde
Et qui régnez souverains en vertu.
 

Avisez-y et menez vie ronde,
Car en vivant serez froid et chanu,
Car en la fin mourrez dolent et nu.
Vous qui vivez à présent en ce monde
Et qui régnez souverains en vertu
Vous est-il point de la mort souvenu ? 

 
(vers1400) - Eustache Deschamps
 

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Entre deux draps 
 

Entre deux draps de toile belle et bonne,
Que très souvent on rechange, on savonne,
La jeune Iris au coeur sincère et haut,
Aux yeux brillants, à l'esprit sans défaut,
Jusqu'à midi volontiers se mitonne.
 

Je ne combats de goûts contre personne :
Mais franchement sa paresse m'étonne ;
C'est demeurer seule plus qu'il ne faut
        Entre deux draps.
 

Quand à rêver ainsi l'on s'abandonne,
Le traître amour rarement le pardonne ;
À soupirer on s'exerce bientôt ;
Et la vertu soutient un grand assaut,
Quand une fille avec son coeur raisonne
        Entre deux draps

Vers 1690 - Antoinette Deshoulières


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RONDEAU  dans Pantagruel

Pour ceste foys que à vous, dame très belle, 
Mon cas disoys; par trop feustes rebelle 
De me chasser sans espoir de retour, 
Veu que à vous oncq ne feis austere tour 
En dict, ny faîct, en soubson ny libelle. 

Si tant à vous deplaisoit ma querelle, 
Vous pouviez par vous, sans maquerelle, 
Me dire: " Amy, partez d'icy entour 
Pour ceste foys" 
Tort ne vous fays, si mon cueur vous decelle, 
En remonstrant comme l'ard l'estincelle 
De la beaulté que couvre vostre atour; 
Car rien n'y quiers, sinon qu'en vostre tour 
Me faciez de hait la combrecelle 
Pour ceste foys.

Rabelais, Pantagruel, 1532

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RONDEAU  - Dans Gargantua, 1534

En chiant l'aultre hyer senty 
La guabelle que à mon cul doibs; 
L'odeur feut aultre que cuydois: 
J'en feuz du tout empuanty. 
O! si quelc'un eust consenty 
M'amener une que attendoys 
En chiant! 
Car je luy eusse assimenty 
Son trou d'urine à mon lourdoys; 
Cependant eust avec ses doigtz 
Mon trou de merde guarenty 
En chiant. 

Rabelais, Gargantua, 1534

 

 
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Triolets

Quand Colette

Quand Colette Colet colie
Elle le prend par le colet.
Mais c'est trop grant mélancolie,
Quand Colette Colet Colie.
Car ses deux bras à son col lie
Par le doux semblant de colet
Quand Colette Colet colie,
Elle le prend par le colet.

Guillaume de Machaut (1300 ? - 1377) 

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Mon coeur s'ébat 
 

Mon coeur s'ébat en odorant la rose
Et s'éjouit en regardant ma dame :

Trop mieux me vaut l'une que l'autre chose.
Mon coeur s'ébat en odorant la rose.

L'odeur m'est bon, mais du regard je n'ose
Jouer trop fort, je vous le jur' par m'âme.
Mon coeur s'ébat en odorant la rose
Et s'éjouit en regardant ma dame. 

 
Triolet - vers 1390 - Jean Froissart

 

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Rondeaux mignons   
     

  La rosée 
S'envole et remonte aux cieux 
Quand le soleil radieux 
L'a baisée. 
Ainsi les pleurs de mes yeux 
S'évaporent, quand tu veux, 
En rosée. 

 

Rossignol, 
Ton doux chant sous la ramée 
Semble la voix enrhumée  
De Guignol, 
Lorsque de ma bien-aimée 
Chante la voix parfumée, 
Rossignol. 

 

L'hirondelle 
S'en revient quand le printemps 
A chassé les noirs autans 
A coups d'aile. 
Ainsi tes ris éclatants 
Ramènent de mes vingt ans 
L'hirondelle. 

 

Mes amours 
Sont comme un vin qui détonne 
Et fait craquer de l'automne 
Le velours. 
Et je chante, et je festonne, 
Et je ris, lorsque j'entonne 
Mes amours. 

Jean Richepin,Les Caresses, 1877   
     

 

 

 

Musset, Voiture, Eluard, Mallarmé, Nelligan, Richepin, Marot, Mary...

 Zorro (alias Pauzin)