Rondeaux Triolets______________________________________________________________________________
Libre de quoi?
Libre de rester dans son coin
De manger des pâtes de coing
De parler des petits oiseaux
De l'amour toujours aussi beau
Et de ne pas faire de foin.
Libre de regarder moins loin
De prier ou serrer les poings
Et d'écrire de sots rondeaux.
Libre!
Mais surtout ne dérangeons point
Les bons penseurs qui prennent soin
De prêcher leur sacré credo
Comme au temps béni des fachos
Et de leur zone libre et moins
Libre.
©Rolland Pauzin. 16-1-2002 - Rondeau
(1) Frédéric Ruckert, poète allemand très populaire (1789-1866)
(sanatorium de Clavadel - 1914 - pour Gala)
Paul Eluard
Tes yeux bleus comme deux bluets
Me suivaient dans l'herbe fanée
Et près du lac aux joncs fluets
Où la brise désordonnée
Venait danser des menuets.
Chère Ange, tu diminuais
Les ombres de ma destinée,
Lorsque vers moi tu remuais
Tes yeux bleus.
Mes spleens, tu les atténuais,
Et ma vie était moins damnée
À cette époque fortunée
Où dans l'âme, à frissons muets,
Tendrement tu m'insinuais
Tes yeux bleus.
Maurice Rollinat, Les Névroses, 1883
Le ton monte entre le thon
Et la sirène à tétons;
Les insultes nagent bas
Dans les profondeurs des bas-
fonds où la main de teutons
N'a jamais mis un peton.
"Mais peut-on où peut-on pas",
Le thon
Tonne, "être un thon de bon ton
Quand ton tonton de Canton
Traite nos têtes d'abats
En chantant tout haut : A bas!
A bas le thon! Abattons
Le thon!"
©Rolland Pauzin - 28-03-2002 - Rondeau
Jeannot de Paris, bras ballant,
Va de Montrouge à la Villette.
On lui vend pour truites merlans,
Gratteculs pour mirobolans,
Quignon dur pour miche moufflette.
Son sens ne vaut pas une gimblette,
Son goût vaut une poire blette ;
C'est le modèle des chalands,
Jeannot.
Tous escogriffes, camps-volants,
Dormeuse ou marchand d'amulette,
Astroloc, faiseur de bilans,
Folliculaires pestilents,
Lui font avaler la boulette.
Jeannot !
André Mary (rimes et bacchanales -1935)
Ma foi, c'est fait de moi. Car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau.
Cela me met en une peine extrême.
Quoi treize vers : huit en eau, cinq en ème !
Je lui ferais aussitôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en huit, en invoquant Brodeau,
Et puis mettons : par quelque stratagème.
Ma foi, c'est fait.
Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant je suis dedans l'onzième,
Et si, je crois que je fais le douzième.
En voilà treize ajusté au niveau.
Ma foi, c'est fait !
Vincent VOITURE (1597-1648)
O, que les temps ont
changé ! Astérix
Tenait tête aux cieux comme un grand phénix,
Au bords des routes la foule celtique
Applaudissait ses exploits athlétiques
Mais aujourd'hui, de la chapelle six-
-tine au pentagone en passant par l'X
On mettrait sur son nom un gros bel X
D'un poing ferme empli de vadiums magiques.
O, que les temps ont changé !
Admirez tous ces ex -
propres - : Dierickx
Hinault, Guimard. . . couvert d'or et d'onyx,
Honnis si peu. C'est la course cyclique,
La loterie : un beau panégyrique
Ou le grand coup de godasse au coccyx !
O, que les temps ont changé !
©Rolland Pauzin - 20-07-2002 - Rondeau
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Je ne sais comment . . .
Je ne sais comment je
dure,
Car mon dolent cour fond d'ire
Et plaindre n'ose, ni dire
Ma douloureuse aventure.
Ma dolente vie obscure.
Rien, hors la mort ne désire ;
Je ne sais comment je dure.
Et me faut, par
couverture,
Chanter que mon cour soupire ;
Et fait semblant de rire ;
Mais Dieu sait ce que j'endure.
Je ne sais comment je dure.
Christine de Pisan (1364 ? - 1431).
Verset ou rondeau
Repos éternel donne à
cil,
Sire, et clarté perpétuelle,
Qui vaillant plat ni écuelle
N'eut oncques, n'un brin de persil.
Il fut ras, chef, barbe
et sourcil,
Comme un navet qu'on ret ou pèle.
Repos éternel donne à cil.
Rigueur le transmit en
exil
Et lui frappa au cul la pelle,
Nonobstant qu'il dit : " j'en appelle ! "
Qui n'est pas terme trop subtil,
Repos éternel donne à cil.
Villon
Mort, j'appelle de ta
rigueur,
Qui m'as ma maîtresse ravie,
Et n'es pas encore assouvie
Se tu ne me tiens en langueur:
Onc puis n'eus force ne vigueur;
Mais que te nuisoit elle en vie,
Mort?
Deux étions et n'avions qu'un coeur;
S'il est mort, force est que devie,
Voire, ou que je vive sans vie
Comme les images, par coeur,
Mort!
Villon 1456
De sa grande amie
Dedans Paris, ville
jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie demoiselle
Qui soit d'ici en Italie.
D'honnêteté elle est
saisie,
Et crois (selon ma fantaisie)
Qu'il n'en est guère de plus belle
Dedans
Paris.
Je ne la vous nommerai
mie,
Sinon que c'est ma grande amie ;
Car l'alliance se fit telle
Par un doux baiser que j'eus d'elle,
Sans penser aucune infamie,
Dedans
Paris.
Clément Marot
De celui qui entra de nuit chez
s'amie
De nuit et jour faut
être aventureux
Qui d'amours veut avoir biens plantureux :
Quant est de moi, je n'eus onc crainte d'âme,
Fors seulement, en entrant chez ma Dame,
D'être aperçu des Langars dangereux.
Un soir bien tard me
firent si peureux,
Qu'avis m'était qu'il était jour pour eux :
Mais si entrai-je, et n'en vint jamais blâme
De nuit
et jour.
La nuit je pris d'elle
un fruit savoureux,
Au point du jour vis son corps amoureux,
Entre deux draps, plus odorants que Baume.
Mon Oeil adonc, qui de plaisir se pâme,
Dit à mes Bras : vous êtes bien heureux
De nuit
et jour.
Clément Marot
O voyageur, debout! c'est la diane,
et nous avons dormi de longue-main:
l'heure a sonné de nous tendre la main.
Selle ton bai, je prends mon alezane.
L'un tire au sud, l'autre à la
tramontane,
Cueilleras-tu l'épine ou le jasmin?
O' Voyageur?
Pour moi, je crains la nuit sous le
platane
plus qu'à midi la poudre du chemin:
serons-nous pas des étrangers demain?
Tout homme est seul parmi la caravane.
O' Voyageur!
"La Petite Illustration" No.
786 -
Poesies: No. 8, 22 Aout 1936
Andre Mary
O douces fleurs silencieuses,
patience et toute bonté,
o pucelles très gracieuses,
salut en grande humilité!
Modèles de bénignité,
charitables, officieuses,
O douces fleurs!
Vous qui gardez, dévotieuses,
la divine immobilité,
quand vous mourez, délicieuses,
c'est en odeur de sainteté,
O douces fleurs!
"La Petite Illustration" No.
786 -
Poesies: No. 8, 22 Aout 1936
Andre Mary
Au mois de mai …
Au mois de mai,
l'amoureuse Isabelle
Et le galant qui soupire pour elle
Sont nés tous deux, et de là seulement
Vient leur amour, vient leur contentement
Et de leurs voeux la rencontre éternelle.
Jamais pigeon, en
trémoussant de l'aile,
Ne baisa mieux sa compagne fidèle,
Ni ne sut mieux alléger son tourment,
Au mois
de mai.
Ils sont épris d'une
ardeur mutuelle,
Et si l'amour en la saison nouvelle
Dedans les coeurs prend quelque accroissement,
Ne doutons point que cet heureux amant
N'ait au plus tard la fleur de cette belle
Au mois
de mai.
Claude Malleville
Petit mort pour rire
Va vite, léger
peigneur de comètes !
Les herbes au vent seront tes cheveux ;
De ton oeil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans les pauvres têtes...
Les fleurs de tombeau
qu'on nomme Amourettes
Foisonneront plein ton rire terreux...
Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes...
Ne fais pas le lourd :
cercueils de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux,
Boîtes à violon qui sonnent le creux...
Ils te croiront mort - Les bourgeois sont bêtes -
Va vite, léger peigneur de comètes !
(1873) Tristan Corbière
De
triste coeur
De triste coeur chanter
joyeusement
Et rire en deuil c'est chose fort à faire,
De son penser montrer tout le contraire,
N'issir doux ris de dolent sentiment,
Ainsi me faut faire
communément,
Et me convient, pour celer mon affaire,
De triste coeur chanter joyeusement.
Car en mon coeur porte
couvertement
Le deuil qui soit qui plus me peut déplaire,
Et si me faut, pour les gens faire taire,
Rire en pleurant et très amèrement
De triste coeur chanter joyeusement.
(vers 1430) Christine
de Pisan
Vous qui vivez à présent en ce
monde
Vous qui vivez à
présent en ce monde
Et qui vivez souverains en vertu,
Vous est-il point de la mort souvenu ?
Vos pères sont en la fosse parfonde
Mangés des vers, sans lance et sans écu,
Vous qui vivez à présent en ce monde
Et qui régnez souverains en vertu.
Avisez-y et menez vie
ronde,
Car en vivant serez froid et chanu,
Car en la fin mourrez dolent et nu.
Vous qui vivez à présent en ce monde
Et qui régnez souverains en vertu
Vous est-il point de la mort souvenu ?
(vers1400) - Eustache Deschamps
Entre deux draps
Entre deux draps de
toile belle et bonne,
Que très souvent on rechange, on savonne,
La jeune Iris au coeur sincère et haut,
Aux yeux brillants, à l'esprit sans défaut,
Jusqu'à midi volontiers se mitonne.
Je ne combats de goûts
contre personne :
Mais franchement sa paresse m'étonne ;
C'est demeurer seule plus qu'il ne faut
Entre deux draps.
Quand à rêver ainsi
l'on s'abandonne,
Le traître amour rarement le pardonne ;
À soupirer on s'exerce bientôt ;
Et la vertu soutient un grand assaut,
Quand une fille avec son coeur raisonne
Entre deux draps
Vers 1690 - Antoinette Deshoulières
Pour ceste foys que à
vous, dame très belle,
Mon cas disoys; par trop feustes rebelle
De me chasser sans espoir de retour,
Veu que à vous oncq ne feis austere tour
En dict, ny faîct, en soubson ny libelle.
Si tant à vous
deplaisoit ma querelle,
Vous pouviez par vous, sans maquerelle,
Me dire: " Amy, partez d'icy entour
Pour ceste foys"
Tort ne vous fays, si mon cueur vous decelle,
En remonstrant comme l'ard l'estincelle
De la beaulté que couvre vostre atour;
Car rien n'y quiers, sinon qu'en vostre tour
Me faciez de hait la combrecelle
Pour ceste foys.
Rabelais, Pantagruel,
1532
En chiant l'aultre hyer
senty
La guabelle que à mon cul doibs;
L'odeur feut aultre que cuydois:
J'en feuz du tout empuanty.
O! si quelc'un eust consenty
M'amener une que attendoys
En chiant!
Car je luy eusse assimenty
Son trou d'urine à mon lourdoys;
Cependant eust avec ses doigtz
Mon trou de merde guarenty
En chiant.
Rabelais, Gargantua, 1534
Quand Colette
Quand Colette Colet colie
Elle le prend par le colet.
Mais c'est trop grant mélancolie,
Quand Colette Colet Colie.
Car ses deux bras à son col lie
Par le doux semblant de colet
Quand Colette Colet colie,
Elle le prend par le colet.
Guillaume de Machaut (1300 ? - 1377)
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Mon coeur s'ébat
Mon coeur s'ébat en
odorant la rose
Et s'éjouit en regardant ma dame :
Trop mieux me vaut
l'une que l'autre chose.
Mon coeur s'ébat en odorant la rose.
L'odeur m'est bon, mais
du regard je n'ose
Jouer trop fort, je vous le jur' par m'âme.
Mon coeur s'ébat en odorant la rose
Et s'éjouit en regardant ma dame.
Triolet - vers 1390 - Jean Froissart
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La rosée
S'envole et remonte aux cieux
Quand le soleil radieux
L'a baisée.
Ainsi les pleurs de mes yeux
S'évaporent, quand tu veux,
En rosée.
Rossignol,
Ton doux chant sous la ramée
Semble la voix enrhumée
De Guignol,
Lorsque de ma bien-aimée
Chante la voix parfumée,
Rossignol.
L'hirondelle
S'en revient quand le printemps
A chassé les noirs autans
A coups d'aile.
Ainsi tes ris éclatants
Ramènent de mes vingt ans
L'hirondelle.
Mes amours
Sont comme un vin qui détonne
Et fait craquer de l'automne
Le velours.
Et je chante, et je festonne,
Et je ris, lorsque j'entonne
Mes amours.
Jean Richepin,Les Caresses,
1877
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Musset, Voiture, Eluard, Mallarmé, Nelligan, Richepin, Marot, Mary... Zorro (alias Pauzin)
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