Rondels 
 
Sommaire
 
Divers
Maurice Rollinat
Charles D'Orléans
Nelligan
Banville
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Divers

 

Prenez dans chaque main 

Prenez dans chaque main de l'homme
Tourmenté par un soin ardu
De savoir ce qu'il vous faut, du
Bouton de rose ou de la pomme

Pour chasser le malentendu,
En lui disant que c'est tout comme
Prenez dans chaque main de l'homme
Tourmenté par un soin ardu.

Si, damoisel ou majordome,
Il a, près de vous, confondu
La fleur qu'on respire éperdu
Et le fruit qui ne se consomme,
Prenez dans chaque main de l'homme.

                      Mallarmé - Rondels I

 

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Rien au réveil que vous n'ayez 

Rien au réveil que vous n'ayez 
Envisagé de quelque moue 
Pire si le rire secoue 
Votre aile sur les oreillers 

Indifféremment sommeillez 
Sans crainte qu'une haleine avoue 
Rien au réveil que vous n'ayez 
Envisagé de quelque moue 

Tous les rêves émerveillés 
Quand cette beauté les déjoue 
Ne produisent fleur sur la joue 
Dans l'oeil diamants impayés 
Rien au réveil que vous n'ayez 

                      Mallarmé - Rondels II

 

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Rondeau 

Au fil de l'eau les jours s'en vont 
un jour un autre et la semaine 
doux noyés au fil de la Seine 
je suis le badaud sur le pont. 

Je suis le noyé vagabond 
le jour de l'An Noël emmène 
au fil de l'eau les jours s'en vont 
un jour un autre et la semaine. 

Crachons dans l'eau pour voir le rond 
pleurons ta jeunesse lointaine 
cœur fou qui court la prétentaine 
l'eau ne revoit jamais l'amont. 

Au fil de l'eau les jours s'en vont. 

(Nino Ferrer) 

(Texte soumis aux droits d'auteur - 
Réservé à un usage privé ou éducatif.) 

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Maurice Rollinat (1846-1903)

 

Le vent d'été 

Le vent d'été baise et caresse
La nature tout doucement :
On dirait un souffle d'amant
Qui craint d'éveiller sa maîtresse.

Bohémien de la paresse,
Lazzarone du frôlement,
Le vent d'été baise et caresse
La nature tout doucement.

Oh ! quelle extase enchanteresse
De savourer l'isolement,
Au fond d'un pré vert et dormant
Qu'avec une si molle ivresse

Le vent d'été baise et caresse.

Maurice Rollinat, Les Névroses, 1883

 

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La folie

La tarentule du chaos
Guette la raison qu'elle amorce.
L'Esprit marche avec une entorse
Et roule avec d'affreux cahots.

Entendez hurler les manchots
De la camisole de force!
La tarentule du chaos
Guette la Raison qu'elle amorce.

Aussi la Mort dans ses caveaux
Rit-elle à se casser le torse,
Devant la trame obscure et torse
Que file dans tous les cerveaux
La tarentule du chaos.

Maurice Rollinat, Les Névroses, 1883.

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Les lèvres pâmées

Les lèvres des femmes pâmées
Ont des sourires qui font peur
Dans la convulsive torpeur
Qui les tient à demi fermées.

Quand leurs plaintes inanimées
S'exhalent comme une vapeur,
Les lèvres des femmes pâmées
Ont des sourires qui font peur.

Le désir qui les a humées
Recule devant leur stupeur,
Et le mystère enveloppeur
Clôt dans ses gazes parfumées
Les lèvres des femmes pâmées.

Maurice Rollinat, Les Névroses, 1883

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Le chasseur en soutane

Il tire aussi bien qu'il pérore,
Le grand curé sec et rustaud.
- Pour s'en aller chasser plus tôt,
Il dit sa messe dès l'aurore.

Ce n'est pas en vain qu'il explore
Le bois, la brande et le plateau !
Il tire aussi bien qu'il pérore,
Le grand curé sec et rustaud.

Mais son tricorne qu'il décore
D'une plume de cailleteau
Se profile au flanc du coteau.
Un coup part !… C'est un lièvre encore.
Il tire aussi bien qu'il pérore.

Maurice Rollinat, Dans les brandes, 1877

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L'écureuil 

Le petit écureuil fait de la gymnastique
Sur un vieux chêne morne où foisonnent les guis.
Les rayons du soleil, maintenant alanguis,
Ont laissé le ravin dans un jour fantastique.

Le paysage est plein de stupeur extatique ;
Tout s'ébauche indistinct comme dans un croquis.
Le petit écureuil fait de la gymnastique
Sur un vieux chêne morne où foisonnent les guis.

Tout à l'heure, la nuit, la grande narcotique,
Posera son pied noir sur le soleil conquis ;
Mais, d'ici là, tout seul, avec un charme exquis,
Acrobate furtif de la branche élastique,
Le petit écureuil fait de la gymnastique.

Maurice Rollinat, Dans les brandes, 1877

 

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Charles D'Orléans 
 
 

Dedans mon Livre de Pensée
  

Dedans mon Livre de Pensée,
J'ai trouvé écrivant mon coeur
La vraie histoire de douleur,
De larmes toute enluminée,
 

En effaçant la très aimée
Image de plaisant douceur,
Dedans mon Livre de Pensée !
 

Hélas ! où l'a mon coeur trouvée ?
Les grosses gouttes de sueur
Lui saillent, de peine et labeur
Qu'il y prend, de nuit et journée,
Dedans mon Livre de Pensée ! 

 Charles d'Orléans
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Que nous en faisons

Que nous en faisons
De telles manières,
Et douces et fières,
Selon les saisons !

En champs ou maisons,
Par bois et rivières,
Que nous en faisons
De telles manières !

Un temps nous taisons,
Tenant assez chères
Nos joyeuses chères,
Puis nous apaisons.
Que nous en faisons ! 

Charles d'Orléans 

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Fermez-lui l'huis au visage

Fermez-lui l'huis au visage
Mon coeur, à Mélancolie
Gardez qu'elle n'entre mie
Pour gâter notre ménage

Comme le chien plein de rage
Chassez-la, je vous en prie
Fermez-lui l'huis au visage
Mon coeur, à Mélancolie

C'est trop plus notre avantage
D'être sans sa compagnie
Car toujours nous tance, et crie,
Et nous porte grand dommage.
Fermez-lui l'huis au visage

Charles d'Orléans


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Dieu, qu'il la fait bon regarder

Dieu, qu'il la fait bon regarder
La gracieuse, bonne et belle !
Pour les grands biens qui sont en elle
Chacun est prêt de la louer.

Qui se pourrait d'elle lasser ?
Toujours sa beauté renouvelle.
Dieu, qu'il la fait bon regarder
La gracieuse, bonne et belle !

Par deçà ni delà la mer
Ne sais dame ni demoiselle
Qui soit en tous biens parfaits telle.
C'est un songe que d'y penser.
Dieu, qu'il la fait bon regarder ! 

Charles d'Orléans (années vers 1465)

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Jeunes amoureux nouveaux

Jeunes amoureux nouveaux,
En la nouvelle saison,
Par les rues, sans raison
Chevauchent faisant les sauts.

Et font saillir des carreaux
Le feu, comme de charbon :
Jeunes amoureux nouveaux
En la nouvelle saison.

Je ne sais si leurs travaux
Ils emploient bien ou non ;
Mais piqués de l'éperon
Sont autant que leurs chevaux,
Jeunes amoureux nouveaux

Charles d'Orléans

 

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Emile Nelligan

 

Billet céleste

Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges,
Un soir je m'en allai chez la Sainte adorée,
Où se donnait, dans la salle de l'Empyrée,
Pour la fête du Ciel, le récital des anges.

Et nul garde pour lors ne veillant à l'entrée,
Je vins, le corps vêtu d'une tunique à franges,
Le soir où l'on chantait chez la Sainte adorée,
Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges.

Des dames défilaient dans des robes oranges;
Les célestes laquais portaient haute livrée,
Et, ma demande étant par Cécile agréée,
Je l'écoutai jouer aux divines phalanges,
Plein de spleen nostalgique et des rêves étranges!

Emile Nelligan

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Les Carmélites

Parmi le deuil du cloître elles vont solennelles,
Et leurs pas font courir un frisson sur les dalles,
Cependant que du bruit funèbre des sandales
Monte un peu la rumeur chaste qui chante en elles.

Au séraphique éclat des austères prunelles
Répondent les flambeaux en des gammes modales ;
Parmi le froid du cloître elles vont solennelles,
Et leurs pas font des chants de velours sur les dalles.

Une des leurs retourne aux landes éternelles
Trouver enfin l'oubli du monde et des scandales ;
Vers sa couche de mort, au fond de leurs dédales,
C'est pourquoi, cette nuit, les nonnes fraternelles

Dans leur cloître longtemps ont marché solennelles.

(motifs poetique) Emile Nelligan


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Le boeuf spectral

Le grand boeuf roux aux cornes glauques
Hante là-bas la paix des champs,
Et va meuglant dans les couchants
Horriblement ses râles rauques.

Et tous ont tu leurs gais colloques
Sous l'orme au soir avec leurs chants.
Le grand boeuf roux aux cornes glauques
Hante là-bas la paix des champs.

Gare, gare aux desseins méchants!
Belles en blanc, vachers en loques,
Prenez à votre cou vos socques !
A travers prés, buissons tranchants,

Fuyez le boeuf aux cornes glauques.

Emile Nelligan

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Sainte Cécile

La belle Sainte au fond des cieux
Mène l'orchestre archangélique,
Dans la lointaine basilique
Dont la splendeur hante mes yeux.

Depuis que la Vierge biblique
Lui légua ce poste pieux,
La belle Sainte au fond des cieux,
Mène l'orchestre archangélique.

Loin du monde diabolique
Puissé-je un soir mystérieux,
Ouïr, dans les divins milieux
Ton clavecin mélancolique,
Ma belle Sainte, au fond des cieux.

Emile Nelligan


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Placet

Reine, acquiescez-vous qu'une boucle déferle
Des lames de cheveux aux lames du ciseau,
Pour que j'y puisse humer un peu de chant d'oiseau,
Un peu de soir d'amour né de vos yeux de perle?


Au bosquet de mon coeur, en des trilles de merle,
Votre âme a fait chanter sa flûte de roseau.
Reine, acquiescez-vous qu'une boucle déferle
Des lames des cheveux aux lames du ciseau?

Fleur soyeuse aux parfums de rose, lis ou berle,
Je vous la remettrai, secrète comme un sceau,
Fut-ce en Eden, au jour que nous prendrons vaisseau
Sur la mer idéale où l'ouragan se ferle.
Reine, acquiescez-vous qu'une boucle déferle?

Emile Nelligan

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Roses d'octobre


Pour ne pas voir choir les roses d'automne,
Cloître ton coeur mort en mon coeur tué.
Vers des soirs souffrants mon deuil s'est rué,
Parallèlement au mois monotone.

Le carmin tardif et joyeux détonne
Sur le bois dolent de roux ponctué ...
Pour ne pas voir choir les roses d'automne,
Cloître ton coeur mort en mon coeur tué.

Là-bas, les cyprès ont l'aspect atone;
A leur ombre on est vite habitué,
Sous terre un lit frais s'ouvre situé;
Nous y dormirons tous deux, ma mignonne,
Pour ne pas voir choir les roses d'automne.

Emile Nelligan

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Potiche


C'est un vase d'Egypte à riche ciselure,
Où sont peints des sphinx bleus et des lions ambrés:
De profil on y voit, souple, les reins cambrés,
Une immobile Isis tordant sa chevelure.

Flamblantes, des nefs d'or se glissent sans voilure
Sur une eau d'argent plane aux tons de ciel marbrés:
C'est un vase d'Egypte à riche ciselure
Où sont peints des sphinx bleus et des lions ambrés.

Mon âme est une potiche où pleurent, dédorés,
De vieux espoirs mal peints sur sa fausse moulure;
Aussi j'en souffre en moi comme d'une brûlure,
Mais le trépas bientôt les aura tous sabrés ...
Car ma vie est un vase à pauvre ciselure.

Emile Nelligan

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Rondel a ma pipe 

Les pieds sur les chenets de fer, 
Devant un bock, ma bonne pipe, 
Selon notre amical principe, 
Rêvons à deux, ce soir d'hiver. 

Puisque le ciel me prend en grippe, 
(N'ai-je pourtant assez souffert ?) 
Les pieds sur les chenets de fer, 
Devant un bock, ma bonne pipe, 

Preste, la mort que j'anticipe 
Va me tirer de cet enfer 
Pour celui du vieux Lucifer. 
Soit ! nous fumerons chez ce type, 

Les pieds sur les chenets de fer. 

(Emile Nelligan) 

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Clair de lune intellectuel

Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
Elle a l'éclat parfois des subtiles verdeurs
D'un golfe où le soleil abaisse ses antennes.

En un jardin sonore au soupir des fontaines,
Elle a vécu dans les soirs doux, dans les odeurs;
Ma pensée est couleur de lumières lontaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.

Elle court à jamais les branches pretentaines,
Au pays angélique où montent ses ardeurs,
Et, loin de la matière et des brutes laideurs,
Elle rêve l'essor aux célestes Athènes.
Ma pensée est couleur de lunes d'or lointaines.

(Emile Nelligan) 

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Le puits hanté

Dans le puits noir que tu vois là
Gît la source de tout ce drame.
Aux vents du soir le cerf qui brame
Parmi les bois conte cela.

Jadis un amant fou, voilà,
Y fut noyé par une femme.
Dans le puits noir que tu vois là
Gît la source de tout ce drame.

Pstt! n'y viens pas! On voit l'éclat
Mystérieux d'un spectre en flamme,
Et l'on entend, la nuit, une âme
Râler comme en affreux gala,
Dans le puits noir que tu vois là.

(Emile Nelligan) 

Dans les Poésies complètes, on trouve dix-sept rondels: "Clair de lune intellectuel" (41), "Placet" (67), "Le Missel de la morte" (75), "Rondel à ma pipe" (91), "Confession nocturne" (126), "Sainte Cécile" (135), "Billet céleste" (136), "Les Carmélites" (147), "Evantail" (159), "Potiche" (168), "Marches funèbres" (174), "Le Puits hanté" (175), "Le Boeuf spectral" (179), "Noël de vieil artiste" (187), "Roses d'octobre" (192), "Fra Angelico" (227), et "La terrasse aux spectres" (275). 

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Théodore Banville

I - Le Jour

Tout est ravi quand vient le Jour
Dans les cieux flamboyants d'aurore.
Sur la terre en fleur qu'il décore
La joie immense est de retour.

Les feuillages au pur contour
Ont un bruissement sonore;
Tout est ravi quand vient le Jour
Dans les cieux flamboyants d'aurore.

La chaumière comme la tour
Dans la lumière se colore,
L'eau murmure, la fleur adore,
Les oiseaux chantent, fous d'amour.
Tout est ravi quand vient le Jour

Theodore Banville

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II - La Nuit

Nous bénissons la douce Nuit,
Dont le frais baiser nous délivre.
Sous ses voiles on se sent vivre
Sans inquiétude et sans bruit.

Le souci dévorant s'enfuit,
Le parfum de l'air nous enivre;
Nous bénissons la douce Nuit,
Dont le frais baiser nous délivre.

Pâle songeur qu'un Dieu poursuit,
Repose-toi, ferme ton livre.
Dans les cieux blancs comme du givre
Un flot d'astres frissonne et luit,
Nous bénissons la douce Nuit.

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III - Le Printemps

Te voilà, rire du Printemps!
Les thyrses des lilas fleurissent.
Les amantes qui te chérissent
Délivrent leurs cheveux flottants.

Sous les rayons d'or éclatants
Les anciens lierres se flétrissent.
Te voilà, rire du Printemps!
Les thyrses de lilas fleurissent.

Couchons-nous au bord des étangs,
Que nos maux amers se guérissent!
Mille espoirs fabuleux nourrissent
Nos coeurs gonflés et palpitants.
Te voilà, rire du Printemps!

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IV - L'été

Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.
Il brûle tout, hommes et choses,
Dans sa placide cruauté.

Il met le désir effronté
Sur les jeunes lèvres décloses;
Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.

Roi superbe, il plane irrité
Dans des splendeurs d'apothéoses
Sur les horizons grandioses;
Fauve dans la blanche clarté,
Il brille, le sauvage Été.

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V - L'Automne

Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil,
Embrase le coteau vermeil
Que la vigne pare et festonne.

Père, tu rempliras la tonne
Qui nous verse le doux sommeil;
Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil.

Déjà la Nymphe qui s'étonne,
Blanche de la nuque à l'orteil,
Rit aux chants ivres de soleil
Que le gai vendangeur entonne.
Sois le bienvenu, rouge Automne.

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VI -    L'Hiver

Au bois de Boulogne, l'Hiver,
La terre a son manteau de neige.
Mille Iris, qui tendent leur piège,
Y passent comme un vif éclair.

Toutes, sous le ciel gris et clair,
Nous chantent le même solfège;
Au bois de Boulogne, l'Hiver,
La terre a son manteau de neige.

Toutes les blancheurs de la chair
Y passent, radieux cortège;
Les Antiopes de Corrège
S'habillent de martre et de vair
Au bois de Boulogne, l'Hiver.

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VII -L'Eau

Jeanne en riant marchait dans l'Eau,
Baignant au flot sa jambe nue.
Sur cette blancheur inconnue
Frissonnait l'ombre d'un bouleau.

L'alouette par un solo
Vint célébrer sa bienvenue;
Jeanne en riant marchait dans l'Eau,
Baignant au flot sa jambe nue.

Lorsque sur le front d'Apollo
Se déchirait soudain la nue,
Elle folâtrait, l'ingénue,
O gracieux et clair tableau!
Jeanne en riant marchait dans l'Eau.

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VIII - Le Feu

J'ai fait allumer un grand Feu,
Tout est clos, fenêtre et volets.
Je veux lire; viens, Rabelais;
Ce temps-ci m'intéresse peu.

La flamme de rose et de bleu
Teint ma chambre, comme un palais;
J'ai fait allumer un grand Feu,
Tout est clos, fenêtre et volets.

Foin des gens qui parlent hébreu,
Foin des songeurs tristes et laids!
O géant qui les immolais,
Causons, parle-moi, demi-dieu.
J'ai fait allumer un grand Feu.
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IX - La Terre

Soumets la Terre,
Les fleurs, les bois,
Lyre! à ta voix,
A ton mystère.

Que rien n'altère
Les saintes lois;
Soumets la Terre,
Les fleurs, les bois.

Dompte Cythère!
Charme à la fois
Le lys des rois
Et la panthère,
Soumets la Terre!
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X - L'Air

Dans l'Air s'en vont les ailes,
Par le vent caressées;
Mes errantes pensées
S'envolent avec elles.

Aux cieux pleins d'étincelles,
Vers la nue élancées,
Dans l'Air s'en vont les ailes
Par le vent caressées.

Vers des terres nouvelles,
Sur les rayons bercées,
Vous fuyez, dispersées,
O blanches colombelles;
Dans l'Air s'en vont les ailes

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XI - Le Matin

Lorsque s'éveille le Matin
Au Luxembourg encor désert,
En chantant dans le gazon vert
Les oiselets font leur festin.

Les feuilles sont comme un satin
Des larmes de la nuit couvert,
Lorsque s'éveille le Matin
Au Luxembourg encor désert.

Le moineau du quartier Latin,
Pour qui se donne le concert,
A des miettes pour son dessert,
Et folâtre comme un lutin
Lorsque s'éveille le Matin.


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XII - Le Midi

Je vais voir, quand il est Midi,
Les estampes du quai Voltaire,
Fragonard qui ne peut se taire,
Et Boucher toujours étourdi.

Debucourt est fort applaudi,
Boilly plaît au célibataire;
Je vais voir, quand il est Midi,
Les estampes du quai Voltaire.

Mais Wateau, nautonier hardi,
C'est toi surtout, coeur solitaire,
C'est toi qu'en la triste Cythère
Où ton soleil a resplendi,
Je vais voir, quand il est Midi.
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XIII - Le Soir

On cause, chez Victor Hugo,
Sans redouter nul pianiste.
Tout flûtiste ou violoniste
Est reçu là comme Iago.

Vînt-il de Siam ou du Congo,
Pas d'accueil pour le symphoniste;
On cause, chez Victor Hugo,
Sans redouter nul pianiste.

A d'autres La Reine Indigo,
Ce chef-d'oeuvre d'un harmoniste,
Même Le Petit Ébéniste,
Vous aussi Donna del Lago:
On cause, chez Victor Hugo.
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XIV - La Pêche

Le pêcheur, vidant ses filets,
Voit les poissons d'or de la Loire
Glacés d'argent sur leur nageoire
Et mieux vêtus que des varlets.

Teints encor des ardents reflets
Du soleil et du flot de moire,
Le pêcheur, vidant ses filets,
Voit les poissons d'or de la Loire.

Les beaux captifs, admirez-les!
Ils brillent sur la terre noire,
Glorifiant de sa victoire,
Jaunes, pourprés et violets,
Le pêcheur vidant ses filets.
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XV - La Chasse

Les cris des chiens, les voix du cor
Sonnent dans les bois de Ferrières;
L'écho de ces rumeurs guerrières
Épouvante le frais décor.

Les habits d'écarlate et d'or
Resplendissent dans les clairières;
Les cris des chiens, les voix du cor
Sonnent dans les bois de Ferrières.

Les meutes ont pris leur essor,
Et le cerf dans les fondrières
Fuit, sentant leurs dents meurtrières;
Mais partout il retrouve encor
Les cris des chiens, les voix du cor.
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XVI - Le Thé

Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d'or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.

J'aime la folle cruauté
Des chimères qu'on apprivoise:
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.

Là sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L'extase et la naïveté:
Miss Ellen, versez-moi le Thé.
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XVII - Le Café

Ce bon élixir, le Café
Met dans nos coeurs sa flamme noire;
Grâce à lui, fier de sa victoire,
L'esprit subtil a triomphé.

Faux Lignon que chantait d'Urfé,
Tu ne nous en fait plus accroire;
Ce bon élixir, le Café
Met dans nos coeurs sa flamme noire.

Ne faisons qu'un autodafé
Des vieux mensonges de l'Histoire;
Et mêlons, sans peur du grimoire,
A notre vieux sang réchauffé,
Ce bon élixir, le Café.
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XVIII - Le Vin

Dans la pourpre de ce vieux Vin
Une étincelle d'or éclate;
Un rayon de flamme écarlate
Brûle en son flot sombre et divin.

Comme dans l'oeil d'un vieux Sylvain
Qu'une Nymphe caresse et flatte,
Dans la pourpre de ce vieux Vin
Une étincelle d'or éclate.

Il ne coulera pas en vain!
A le voir mon coeur se dilate.
Il n'est pas de ceux qu'on frelate
Et je lirai comme un devin
Dans la pourpre de ce vieux Vin.
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XIX - Les Étoiles

Les cieux resplendissants d'Étoiles
Aux radieux frissonnements,
Ressemblent à des flots dormants
Que sillonnent de blanches voiles.

Quand l'azur déchire ses voiles,
Nous voyons les bleus firmaments,
Les cieux resplendissants d'Étoiles
Aux radieux frissonnements.

Quel peintre mettra sur ses toiles,
O Dieu! ces clairs fourmillements,
Ces fournaises de diamants
Qu'à mes yeux ravis tu dévoiles,
Les cieux resplendissants d'Étoiles?
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XX - La Lune

Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante;
Elle sourit et se lamente,
Et vous fuit et vous importune.

La nuit, suivez-la sur la dune,
Elle vous raille et vous tourmente;
Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante.

Et souvent elle se met une
Nuée en manière de mante;
Elle est absurde, elle est charmante;
Il faut adorer sans rancune,
Avec ses caprices, la Lune.
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XXI - La Paix

La Paix, au milieu des moissons,
Allaite de beaux enfants nus.
A l'entour, des choeurs ingénus
Dansent au doux bruit des chansons.

Le soleil luit dans les buissons,
Et sous les vieux arbres chenus
La Paix, au milieu des moissons,
Allaite de beaux enfants nus.

Les fleurs ont de charmants frissons.
Les travailleurs aux bras charnus,
Hier soldats, sont revenus,
Et tranquilles, nous bénissons
La Paix, au milieu des moissons.
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XXII - La Guerre

La Guerre, ivre de sa colère,
Embouche ses clairons sonores;
Terre, déjà tu te colores 
De ce sang fumant qu'elle flaire.

L'incendie effrayant l'éclaire,
Comme de rouges météores;
La Guerre, ivre de sa colère,
Embouche ses clairons sonores.

Et pour réclamer leur salaire,
O Dieu! dans les cieux que tu dores,
Les vautours, sous l'oeil des aurores,
Suivent de leur vol circulaire
La Guerre, ivre de sa colère!

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XXIII - Les Métaux

Les Métaux, les divins Métaux
Que toujours l'homme voit en rêve,
Ornent la couronne ou le glaive
De tous les Péchés capitaux.

L'Orgueil jette sur ses manteaux
Pour cette vie, ô Dieu! si brève,
Les Métaux, les divins Métaux
Que toujours l'homme voit en rêve.

L'or gémit sous les vils râteaux
Que toujours le banquier soulève,
Et pour parer les filles d'Eve
Nous tourmentons de nos marteaux
Les Métaux, les divins Métaux.

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XXIV - Les Pierreries

Les flamboyantes Pierreries
Qui parent les glaives des rois
Et les mors de leurs palefrois,
Brillent dans les rouges tueries.

La foule, amante des féeries,
Admire, en ses humbles effrois,
Les flamboyantes Pierreries
Qui parent les glaives des rois.

Et, dans les louanges nourries,
Les Princesses aux regards froids
Sèment sur leurs corsages droits
Et sur leurs jupes d'or fleuries
Les flamboyantes Pierreries.

   Juillet 1875.

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Nino Ferrer, Mallarmé, Banville, Nelligan, Charles D'Orléans ,. . .

Tapisserie de Bayeux