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J'AI VU TOUS LES FILMS NULS DONT VOUS PARLEZ (merci Christophe
Lemaire) |
Qu'on ne se méprenne pas avec ce titre accrocheur mais faux : je
suis loin d'avoir vu tous les films nuls dont vous parlez. Mais si je ne m'étais
pas ainsi vanté, vous auriez peut-être passé votre chemin avec défiance. La présente
rubrique a pour objet de parler, de temps en temps, d'un nanar qui m'a particulièrement
ravi (et parfois, ça sera pas moi mais mon collaborateur).
Le genre de prédilection est le fantastique. "Bien entendu le
fantastique", serais-je tenté de dire : le fantastique est sans doute le genre qui
produit les navets les plus ludiques ; loin de nous en revanche l'idée de brocarder le
genre. Peut-être un jour, cependant, parlerons-nous du Diable Rose dans lequel
Roger Carel joue un officier nazi.
Qu'on ne méprenne pas non plus sur nos intentions : il ne s'agit pas de dire du
mal de tous ces films, mais de vous inciter à aller les voir. C'est cruel que de se
moquer d'un nanar, autant que de plaisanter sur le compte d'un handicapé. Toutefois, la
métaphore cesse ici : un handicapé est beaucoup moins amusant qu'un nanar. Il ne s'agit pas dans cette colonne d'enfoncer les portes ouvertes
comme l'ami Forestier, qui confond "nanar" avec "surfait" mais de vous
mettre le nez dans les bacs moisis des bazars vidéos des grands boulevards et du 10eme
arrondissement parisiens, de vous faire lever à quatre heures du matin pour aller
reluquer la vitrine sordide d'un vidéo-club en faillite depuis les années 80. Vous
croyez qu'on s'y croit ? A ce niveau, vous verrez que le snobisme ne joue presque plus. |
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Aujourd'hui : Les mutants de la
Saint-Sylvestre
de Norman J. Warren |
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Un soir de décembre,
jai compris que la trisomie ne touchait pas seulement les hommes, mais aussi les
uvres filmiques ; la sixième chaîne de télévision française venait de
diffuser tardivement Les mutants de la Saint-Sylvestre, qui terrassa ma fatigue et
ma raison. Comme il se doit, jai longtemps, et en vain, cherché à me renseigner
sur ce film, jusquau jour où le désagréable mais compétent Norbert Moutier
sortit la cassette de lune de ses étagères déformées par le poids des films
pornos quelles supportent. " Formidable ! Je le cherche depuis des
années ! ", mexclamai-je. " Cest vingt-cinq
francs ", répondit-il. Le titre original, Bloody New Year,
mapparut finalement moins révélateur, en termes dautritude, que sa
traduction française : le mot " mutant " en de pareilles
circonstances véhicule un indéfinissable concept, qui sapplique aussi bien aux
personnages quà lensemble de léquipe technique
.
Les mutants de la Saint-Sylvestre se dérobe
à toute analyse, et même à tout résumé digne de ce nom. Des jeunes gens, venus
samuser dans une fête foraine, sont pris en chasse par un propriétaire de manège
psychopathe et une horde de Hells Angels. Ils senfuient en montant dans un
hors-bord qui les mène sur une île sauvage, quils se mettent en devoir
dexplorer. Ils parviennent à un hôtel de luxe désert, doté dun personnel
fantôme, et dans lequel détranges phénomènes se produisent (ex : Rudolph
Valentino jaillit de lécran alors que les héros sont dans une salle de projection,
et étrangle lun dentre eux). Les poursuivants, tenaces, finissent par
atteindre lîle à leur tour et dabord victimes des mêmes événements
bizarres, deviennent des sortes de morts-vivants implacables. Aucun des protagonistes,
tour à tour zombifiés, étranglés, brûlés, décapités par un moteur de hors-bord,
enterrés vivants, projetés dans le passé, ne sortira vivant de cette escapade.
Film de zombies ? Film de fantômes ? Film
de monstres ? Dur de décider tant est cruelle labsence totale dunité
des phénomènes constatés. Entre la premier élément surnaturel et le mot
" fin ", toutefois,on aura eu droit à une explication
pseudo-scientifique, visant à justifier le reste du film : dans les années 40, un
avion lâcha une bombe expérimentale sur lîle, la plongeant dans une spirale
temporelle. Cela explique en effet les fantômes. Cela explique moins le
monstre-sac-poubelle qui se rue hors dune table de nuit, ou encore lattaque de
zombies finale. Et à bien y réfléchir, je retire ce que je viens de dire : cela
nexplique rien du tout. Dabord franchement bouffon, le film finit par se faire
réellement angoissant, dès lors que lon comprend que strictement tout peut
arriver. Labsence de second degré se fait étouffante, tout comme dans Le zombie
qui venait de lespace, du même réalisateur, où, rappelons le, il ny a
aucun zombie. Les mutants de la Saint-Sylvestre tire parti involontairement
davoir été filmé en plein jour, sous un soleil de plomb. De fait, il
ressemble parfois à un film de vacances snuff, si tant est que ce que je viens
décrire ait la moindre signification. Avec le recul, je pense quil
sagit de mon mauvais film préféré, parce quil est le seul qui, à force de
médiocrité, fasse plonger le spectateur dans le domaine du merveilleux. On peut
commencer par en rire, mais finalement, le film est vainqueur ; tout critère
permettant dévaluer ce quon a sous les yeux sestompe et chaque image,
même vue pour la première fois, ressemble à un souvenir. Bonté divine, je crois que
jadore ce film
Jespère seulement quil existe.
Janvier 1999
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Dans les profondeurs du triangle des bermudes |
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