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TSCHUPP Anne-Catherine




Vers une pédagogie de la motivation.





CAAPSAIS Option C CNEFEI 1997/98

« POURQUOI ET COMMENT REACTIVER L'INTERET DES ADOLESCENTS HANDICAPES

MOTEURS EN ECHEC SCOLAIRE ? »


Questions et rôle de l'enseignant spécialisé.






SOMMAIRE



INTRODUCTION.



1 -
L'adolescence.


2 -
Les adolescents handicapés moteur.


3 -
Mon rôle d'enseignante.

3 - 1 Analyse de mon cadre de travail.
3 - 2
Que dit la loi ?
3 - 3 Un moyen indispensable de se fixer ses objectifs : Les Instructions Officielles.
3 - 4
Les outils.

3 - 4 - 1 Pourquoi un projet individuel ?
3 - 4 - 2
Quels sont les objectifs du projet individuel ?
3 - 4 - 3 Le projet de classe.


4 -
Vers une pédagogie de la motivation.

4 - 1 Analyse de mon expérience antérieure au stage C.A.P.S.A.I.S.

4 - 2 représentation


4 - 3
Mise en oeuvre d'une démarche pratique.



Conclusion.







INTRODUCTION.




Après quelques années d'enseignement dans le circuit « ordinaire » à différents postes de tous niveaux, j'ai effectué, en tant que ZILL, le remplacement d'un congé de maternité dans l'institut d'éducation motrice (I.E.M.) pour enfants handicapés moteurs « Les Iris », à Strasbourg en 1994. J'avais alors à prendre en charge des adolescents en classe de 6ème et de 4ème, tous rattachés au C.N.E.D.

J'avais une solide expérience en centre de loisirs, et me trouver confrontée à ces jeunes, ne devait pas à priori, me poser de problèmes. Très vite pourtant, ces problèmes se sont posés. Si le handicap physique de ces jeunes ne me mettait pas en difficulté, il n'en était pas de même pour leurs façons de réagir. Face aux situations d'apprentissages que j'essayais de mettre en place, ces élèves répondaient souvent de façon très surprenante pour moi, et la vie quotidienne de la classe ne correspondait pas vraiment à ce que je connaissais des groupes d'adolescents « ordinaires ».

En effet, je me suis vite aperçue qu'un jeune atteint de myopathie ne réagissait et n'apprenait pas de la même manière qu'un jeune atteint d'un spina bifida dont la révolte est toujours très présente. Un adolescent atteint d'infirmité motrice d'origine cérébrale, ne me posait pas les mêmes problèmes qu'un jeune garçon atteint d'une ataxie de FRIEDREICH. Pourtant, tous ces élèves étaient avant tout des adolescents. Alors, comment répondre à leurs demandes si spécifiques ? Comment donner à chacun les moyens d'apprendre de manière efficace ? Comment éveiller leur curiosité ? Comment stimuler chez eux les centres d'intérêts qu'éprouvent les autres adolescents du même âge ? Comment leur redonner confiance en eux ?

Après quelques mois passés dans cette classe à tenter de répondre, au quotidien, à toutes ces questions, je n'envisageais plus mon avenir professionnel ailleurs qu'avec des jeunes handicapés moteurs. Il m'est également apparu qu'en variant et en analysant ma pratique pédagogique dans le milieu ordinaire je serai mieux armée pour envisager l'adaptation de celle-ci à ces enfants si particuliers. J'ai donc choisi de passer l'année suivante dans une classe à cinq niveaux (les trois sections de maternelle, le CP et le CE1), ce qui m'a appris à gérer plusieurs niveaux d'apprentissage. L'année d'après, j'ai choisi de prendre en charge une classe d'adaptation, ce qui me permettait de mettre en oeuvre mes connaissances en pédagogie différenciée. A la rentrée suivante, je demandais un poste de modulatrice afin de profiter au maximum de ce que différents maîtres formateurs pouvaient m'apporter. Forte de ces trois expériences je suis retournée à l'I.E.M. « Les Iris » où pendant deux ans, j'ai pris en charge une classe d'adolescents en échec scolaire. De nouvelles difficultés se sont présentées : Comment donner à ces élèves la faculté à se déterminer, à choisir par eux-mêmes les moyens d'actions qui leur permettront de mener une existence la plus indépendante possible ? Comment aider ces jeunes à élaborer une vie personnelle et sociale dans le contexte d'une institution d'accueil ? Comment redonner de l'intérêt pour les apprentissages, scolaires et autres, à ces jeunes démotivés ? Comment mener mon métier d'institutrice ?





1 - L'ADOLESCENCE.


J'ai commencé mes recherches en relisant Françoise DOLTO qui écrit que :

« Pour bien comprendre ce qu'est le dénuement, la faiblesse de l'adolescent, empruntons l'image des homards et des langoustes qui perdent leur coquille : ils se cachent sous les rochers à ce moment-là, le temps de sécréter leur nouvelle coquille pour acquérir des défenses. Mais, si pendant qu'ils sont vulnérables, ils reçoivent des coups, ils sont blessés pour toujours, leur carapace recouvrira les cicatrices et ne les effacera pas. »
.
Après une période de relative quiétude, tant corporelle que psychologique (période de latence), vers 10 - 11 ans chez la fille, et 12 - 13 ans chez le garçon, des modifications corporelles importantes marquent l'entrée en puberté. Elle correspond à la maturation corporelle notamment en ce qui concerne la différenciation et la maturation sexuelle. Toutefois, le modèle de compréhension physiologique paraît bien insuffisant pour décrire à lui seul cette période. En effet, la crise pubertaire entraîne une remise en question et un remaniement général affectant tous les domaines de la vie psychique.
L'adolescent est capable d'une sexualité nouvelle et prend possession d'un corps nouveau, les changements morphologiques et fonctionnels qui surviennent bouleversent son image corporelle. L'adolescent est donc confronté à une série de modifications qu'il a du mal à intégrer et qui, de toute façon, surviennent à un rythme rapide. Le corps est au centre du bouleversement de l'image de soi.


Mais, le corps de l'adolescent n'est pas l'unique objet de transformations au sein de l'expérience personnelle : le fonctionnement intellectuel est enrichi, l'adolescent va accéder progressivement au raisonnement hypothético-déductif, puis au raisonnement abstrait, puis à l'intelligence opératoire formelle, décrits par PIAGET
L'adolescent est à la recherche de son autonomie et se détache de l'autorité parentale. Il a donc à faire face à un véritable travail de deuil : deuil des illusions de l'enfance, et deuil des images parentales.


Il faut insister sur le potentiel constructif de l'adolescent : à travers la crise d'originalité juvénile va se mettre progressivement en place une prise de conscience de soi passant par une tentative d'affirmation de soi et de son identité nouvelle. La réorganisation de l'expérience personnelle à l'adolescence réalise donc une crise essentielle profonde, les points de repère tant physiologiques que psychologiques et sociaux sont déstabilisés. L'adolescent se trouve à un moment crucial de son existence où s'opère un brusque retour sur soi qui va être générateur d'une angoisse profonde concernant la cohésion de sa personne. La prépondérance de l'agi qui est à cet âge un mode privilégié de l'expression des conflits et de l'angoisse de l'individu, conduit à rencontrer avec une fréquence élevée un ensemble hétérogène de perturbations qui peuvent être regroupés sous le terme de troubles du comportement. Ces troubles du comportement sont l'expression d'une angoisse profonde, ils nous disent la souffrance d'identité propre au remaniement de l'expérience de soi. Ils mobilisent une part importante de la disponibilité de l'individu au détriment de son investissement pour les situations d'apprentissages alors même que les exigences dans ce domaine vont aller en croissant, car c'est justement, lors de l'entrée au collège que surviennent ces remaniements profonds qui marquent la crise identitaire de l'adolescent.


2 - LES ADOLESCENTS HANDICAPES MOTEURS .


Pour l'adolescent handicapé moteur et quelle que soit la nature et l'importance des perturbations motrices, la crise identitaire adolescente est amplifiée. La blessure de l'image de soi, les perturbations de l'assise corporelle de la personne sont source de fragilité et d'incertitude. L'image de soi est peu stable et conflictuelle, et les mécanismes d'identification sont d'autant plus difficiles à mettre en place. On retrouve toujours un manque de confiance en soi et une anxiété. Nombre d'adolescents handicapés moteurs présentent un manque d'initiatives dans l'action. Ils semblent regarder leur environnement sans vraiment y prendre part.


Etre différent des autres est une source permanente de frustrations génératrices de sentiments d'infériorité sinon d'indignité, souvent liées à la dépendance à l'égard des adultes pour les actes de la vie quotidienne. L'éloignement de la famille est souvent le prix à payer afin de pouvoir bénéficier d'un internat. Cet éloignement augmente souvent le mal-être. L'adolescent répond souvent à cette situation par le développement de comportements comme la résignation soumise, l'agressivité revendicatrice, le négativisme, ou la captation affective de l'adulte.

Ces jeunes sont pourtant avant tout des adolescents, différents des valides, certes, mais qui vivent le même processus évolutif qu'eux. Ils ont au même âge, les mêmes intérêts, les mêmes désirs, les mêmes identifications aux mêmes héros. Lorsque l'atteinte des fonctions supérieures est trop importante pour permettre l'acquisition des apprentissages scolaires nécessaires à une intégration en milieu ordinaire, ces adolescents poursuivent une scolarité adaptée au sein d'un établissement spécialisé. Pour certains d'entre eux, c'est un parcours douloureux qui ne leur permet pas d'envisager une entrée au collège. Parfois leur niveau scolaire se situe au cycle I ou au cycle II. Malgré de nombreuses années passées à tenter d'acquérir les apprentissages fondamentaux, leurs possibilités sont trop faibles pour leur permettre d'entrer au cycle III. Ces adolescents doivent alors mener un véritable travail de deuil pour l'avenir qu'ils avaient imaginé. Ils se voient dans l'obligation de faire face à eux-mêmes et à leurs parents dans des conditions peu épanouissantes.


Le handicap provoque une blessure, parfois une souffrance physique, mais toujours une souffrance morale. Cette souffrance n'est pas vécue de la même manière par tous les adolescents. Elle peut provoquer diverses réactions, dont parfois un repli sur soi, un isolement, une absence d'investissement, et une certaine recherche d'assistanat. D'autres, à l'inverse, réagissent par la provocation, l'agressivité, la recherche constante des limites de l'autre, la violence, ou une prise de risques importante. La crise pubertaire entraîne également ces adolescents dans un questionnement sur leur sexualité présente et surtout future. La réalité du handicap devient rapidement envahissante et source d'inquiétude ou même d'angoisses. Les problèmes orthopédiques augmentent toujours à la puberté, entraînant des rétractions tendineuses qui limitent l'amplitude des articulations et s'accompagnent souvent de douleurs importantes, les scolioses s'accentuent, les déformations osseuses s'amplifient. C'est à cette époque que ces jeunes se posent une des questions qui va fortement les perturber : peuvent-ils séduire ou être séduits alors qu'ils ne correspondent pas aux modèles idéaux que notre société privilégie en matière d'esthétique corporelle ? La construction de l'identité sexuelle perturbe l'adolescent handicapé plus encore qu'il ne perturbe l'adolescent valide. Il a du mal à trouver des repères ou des images auxquels il peut s'identifier.
La reconnaissance de l'adolescent par lui même avec ses possibilités propres et ses limites, est un long cheminement qui lui demande presque toute son énergie. Il a souvent bien du mal, comme tout adolescent, à arriver au bout de cette étape, au bout de cette reconnaissance de soi qui est essentielle dans ses relations avec les autres.


Afin d'illustrer mes propos, j'ai choisi parmi mes anciens élèves, deux cas qui m'ont particulièrement marquée. En effet, par manque de formation, je n'ai pas su les motiver suffisamment dans leurs démarches cognitives, pour leur permettre d'appréhender une partie de leurs difficultés d'apprentissages avec plus de sérénité. Le jeune H. est accueilli à l'I.E.M. des Iris à l'âge de 11 ans en tant que demi-pensionnaire. Il est atteint du syndrome de l'ataxie de FRIEDREICH. Comme dans toute ataxie de FRIEDREICH, la maladie de H. est d'origine héréditaire, neurologique et surtout évolutive. Elle est caractérisée par une dégénérescence des voies pyramidales (motricité volontaire) et des voies cérébelleuses (contrôle de la motricité). Frappant indistinctement les deux sexes, l'ataxie de FRIEDREICH débute le plus souvent par des troubles de la marche et de l'équilibre ainsi qu'une incoordination des membres supérieurs. Les gestes de H. sont lents et imprécis avec des tremblements, mais ce n'est pas dû à un déficit de la force musculaire. Des difficultés d'élocution et des troubles cardiaques par atteinte du muscle apparaissent. L'évolution est progressive, tout en étant rapide au début. Elle conduira à une invalidité importante. L'atteinte du coeur fait la particulière gravité de cette maladie et engage le pronostic vital. Il n'existe actuellement aucun traitement susceptible d'enrayer l'évolution de la maladie et les médicaments utilisés ne combattent que les symptômes ou les complications. Une rééducation cohérente est indispensable pour limiter au maximum les pertes fonctionnelles et prévenir certaines complications.


Lorsque H. est pris en charge à l'institut, il est scolarisé dans ma classe de 6ème. Il déambule sans aide technique et on note de petits tremblements, les signes d'un début de cardiomyopathie, ainsi qu'une diminution des forces musculaires. H. est très conscient de sa maladie. L'image renvoyée par son frère aîné, souffrant de la même atteinte, ne lui permet pas d'oublier son handicap. Il garde cependant confiance dans son avenir et fait preuve de beaucoup d'humour. En classe, il écrit à la main, mais il se fatigue très rapidement, et son écriture devient vite illisible. Il refuse pourtant énergiquement de travailler avec une machine à écrire. Il se projette dans l'avenir et son but est d'obtenir le brevet des collèges.
Je le retrouve trois ans plus tard lorsque je prends en charge la classe atelier. Après une étape difficile au collège, H. a désinvesti l'école. Une importante prise de conscience des conséquences de son handicap ne lui permet plus de limiter sa réflexion à un avenir scolaire. En trois ans, il est passé de la déambulation libre à une locomotion en fauteuil électrique. Il a fallu qu'il accepte la machine à écrire, qu'il accepte de porter un corset de maintien. Il a subi une perte importante de ses possibilités motrices. Il est très lucide sur ses possibilités d'avenir. Sa souffrance physique et morale le rend agressif et intolérant avec ses pairs. Il entre peu en contact avec les adultes et n'hésite pas à provoquer le conflit. Il n'aborde jamais spontanément aucun sujet pouvant toucher de près ou de loin le problème posé par son handicap pourtant, il ne se sert pas non plus de son atteinte comme argument pour justifier certaines de ses attitudes ou réflexions désagréables ou agressives, voire vulgaires.


Sur le plan cognitif, je lui propose alors une démarche d'apprentissage très linéaire, étape par étape. Je travaille avec lui ses points faibles de manière systématique, en variant les supports, mais en restant sur les mêmes contenus.
Après cette année en classe atelier, H. réintègre un C.M.2 qu'il poursuit sur deux ans, et il projette maintenant de faire des stages dans les différentes sections de l'I.M.PRO . de l'institut. Il n'envisage pas d'intégrer le G.A.S.C. afin de préparer un avenir plus lointain en F.A.S. ou en M.A.S. pourtant son avenir est probablement dans ce type de structures.

J'ai également rencontré D. cette année là. D. a alors 14 ans et débute également sa 6ème. Il est atteint d'un spina bifida. Le spina bifida désigne une malformation localisée, caractérisée lors du développement de l'embryon par un défaut de fermeture de la partie arrière de la gouttière neurale et des vertèbres, qui se constitue à la fin du premier mois du développement embryonnaire. Le territoire nerveux qui dépend de cette zone est anesthésié et paralysé, privé de relations normales avec le cerveau. La hernie de la moelle et des méninges (myéloméningocèle) entraîne dès la naissance une paraplégie d'importance et de niveaux variables associée à des troubles des commandes sphinctériennes. Aucun artifice technique ne peut actuellement corriger l'anomalie, ce qui explique le caractère prévisible et inéluctable des conséquences de la malformation. Chez D. une hydrocéphalie a entraîné la pose d'un cathéter et d'une valve qui permet de dériver le liquide céphalo-rachidien en excès. Pour ses troubles sphinctériens, sur le plan urinaire, un sondage régulier a amélioré son temps de continence et a diminué les risques d'infections urinaires. Plus tard, on lui a proposé un sphincter artificiel. Le sphincter artificiel est parfois proposé aux jeunes assez motivés et disciplinés pour vider à heure régulière leur vessie. Il existe des problèmes génitaux - sexuels résultant de la même atteinte neurologique. Ceux-ci associés aux troubles sphinctériens ont provoqué chez D. au moment de l'adolescence une importante révolte. La crise identitaire est très forte et passe par des phases d'agressivité et de violence. La pratique d'un sport adapté à ses capacités et à ses désirs , a été un excellent moyen dérivatif aux réactions parfois excessives qu'il manifestait à ce moment là.


Accueilli aux Iris alors qu'il est âgé de 9 ans, D. est interne. C'est un garçon agité et intolérant avec ses pairs. Il est intéressé par l'aspect scolaire et va à l'école avec plaisir. Il est pourtant très agressif, voire vulgaire avec ses camarades. Il a déjà subi diverses interventions chirurgicales aux niveaux des membres inférieurs, ce qui lui permet une déambulation avec les cannes anglaises. Lorsque je rencontre D. il a de réelles capacités sur le plan scolaire mais il commence à se démotiver. Son humeur rapidement variable et imprévisible ne lui permet pas de faire des apprentissages de façon régulière. Il est très préoccupé par une prochaine intervention chirurgicale qui lui permettra une plus grande autonomie grâce à la mise en place d'un sphincter artificiel. Il supporte mal son corps et a choisi de se déplacer en fauteuil roulant de sport. Les cannes semblent difficiles à intégrer dans une image du corps déjà très perturbée. Ses manifestations agressives se sont étendues à ses relations avec les adultes, il est à cette époque capable du meilleur comme du pire.
Ma méconnaissance à ce moment-là de l'influence du handicap sur les apprentissages scolaires m'a empêchée de lui proposer des démarches assez motivantes pour que ses erreurs ne soient pas toujours perçues par lui comme des échecs successifs.


Lorsque je retrouve D. trois ans plus tard, il est en 3ème. Il n'exprime aucun choix particulier pour son orientation. Il se dévalorise beaucoup par rapport à ses possibilités. En classe, il travaille très peu, il est même parfois difficile de le faire entrer dans l'espace géographique classe. Pendant le temps du week-end, il refuse de rentrer chez ses parents. Pourtant D. est nettement moins agressif avec ses pairs et avec les adultes. La présence d'une jeune fille par laquelle il est très attiré, lui permet de beaucoup réfléchir à ses relations affectives. Il pose, à lui même et à ses éducateurs les questions liées à sa sexualité et à sa capacité de procréer. Son évolution positive est également très liée à la pratique de l'haltérophilie. En effet, il fait parti de l'équipe de France handisport, et il est sélectionné pour les jeux olympiques d'Atlanta, ce qui le valorise à ses propres yeux et aux yeux de son entourage. Après une enfance et une adolescence très perturbée et révoltée, D. semble sur la voie de l'acceptation de son handicap, même s'il n'arrive pas encore à se projeter dans un avenir professionnel auquel il peut prétendre.


Lorsque j'ai pris en charge H. et D. je me suis laissée beaucoup influencée par la sévérité de leur handicap. Je suis partie de celui-ci pour construire ma démarche pédagogique. J'ai surtout pensé leur éviter tout nouvel échèc en ne les confrontant pas aux difficultés, et pour détourner celles-ci, je ne leur ai pas proposé de tâches complexes, mais une suite de tâches simples. J'avais conscience qu'ils étaient avant tout des adolescents comme les autres, souffrant d'un déficit en plus, mais je n'ai pas eu à ce moment là la conscience qu'ils étaient aussi des élèves pour qui on pouvait avoir des objectifs et des exigences de niveaux de connaissances identiques aux autres, tout en essayant de trouver pour eux un autre chemin pour y accéder.


3 - .Mon ROLE D'ENSEIGNANTE
3 - 1 Analyse de mon cadre de travail.


Je me suis également posé à ce moment-là beaucoup de questions sur mon identité professionnelle, et j'ai éprouvé quelques difficultés à situer mon cadre d'enseignante spécialisée. Spécialisée de quoi ? Cette question se posait de manière très forte, d'autant plus qu'aux Iris chaque enseignant travaille en collaboration étroite avec une aide médico-pédagogique (A.M.P.) ou une éducatrice. En classe atelier, j'ai travaillé avec une éducatrice, et je retravaillerai avec elle l'année prochaine puisque je retrouve mon poste. Son aide est précieuse, et un travail en équipe s'impose. Très conscientes l'une et l'autre des problèmes que posent la démotivation des élèves, nous avons tenté de trouver ensemble des réponses, chacune dans sa spécificité. En tant qu'enseignante de l'Education Nationale, il me paraît aujourd'hui essentiel de promouvoir une pédagogie de l'action, du contrat individuel, tout en m'inscrivant dans le cadre général législatif de ma profession. Cette analyse m'a permis de poser de façon claire mon cadre de travail.


Qu'est-ce qu'attend de moi l'Ecole et plus particulièrement l'A.I.S . ? Quelle a été son évolution ? Quelles sont ses perspectives ?
Il est fréquent de rapporter la naissance de l'enseignement spécial à la démocratisation de l'enseignement laïque à la fin du XIXème siècle. C'est en effet de l'école obligatoire de Jules FERRY que découle la loi de 1909, portant sur la création d'écoles et de classes de perfectionnement. Soucieux de voir l'école de la République accueillir tous les enfants, les instituteurs d'alors sont gênés par un nouveau type d'élèves qui ne se plient pas facilement aux normes d'instruction et à celles de la discipline alors en vigueur. Lorsque le Ministère crée les classes de perfectionnement, celles-ci rencontrent un vif succès. Les années 60 ont constitué une période également essentielle à l'histoire de l'éducation spéciale, puisque c'est à cette époque qu'ont été définies les diverses catégories d'enfants « à problèmes » et inventées les structures permettant leur prise en charge.


Le modèle qui règne alors est celui de la création de structures « à part ». C'est déjà un très grand progrès, car on évite à un bon nombre d'enfants et d'adolescents un destin sans perspectives dans les hôpitaux. C'est aussi le grand moment de la ségrégation et de l'autonomisation des filières spécialisées : l'enfance inadaptée ou déficiente, est perçue comme étant un cas redevable d'une éducation renvoyant à des objectifs particuliers.
La décennie suivante remet progressivement en cause les conceptions du handicap et de l'apprentissage, ainsi que la pertinence d'une éducation séparée, tout en affirmant les vertus de la prévention des inadaptations, du soutien et de l'intégration en milieu ordinaire. La loi du 30 juin 1975, et les circulaires sur l'intégration des années 1980 sont significatives de cette évolution.
Aujourd'hui, l'éducation spéciale n'existe pratiquement plus comme entité séparée du reste, le cadre normal de la prise en charge est l'école ordinaire. L'Ecole en général est une Ecole pour tous et pour chacun ; de l'enfant bien portant à l'enfant présentant un déficit.


3 - 2
Que dit la loi ?


Extrait de la loi n° 75-534 du 30 juin 1975.

Art. 1er : La prévention et le dépistage des handicaps, le soin, l'éducation, la formation et l'orientation professionnelle, l'emploi, la garantie d'un minimum de ressources, l'intégration sociale et l'accès aux sports et aux loisirs du mineur et de l'adulte handicapés physiques, sensoriels ou mentaux constituent une obligation nationale.
A cette fin, l'action poursuivie assure, chaque fois que les aptitudes des personnes handicapées et de leur milieu familial le permettent, l'accès du mineur et de l'adulte handicapés aux institutions ouvertes à l'ensemble de la population et leur maintien dans un cadre ordinaire de travail et de vie.


Art. 4 : ... « Les enfants et adolescents handicapés sont soumis à l'obligation éducative. Ils satisfont à cette obligation en recevant soit une éducation ordinaire, soit à défaut, une éducation spéciale ».... Cette loi précise clairement les dispositifs d'accueil et de prise en charge des personnes handicapées.

La loi du 10 juillet 1989 est plus précisément orientée sur le rôle de l'école. Elle énonce clairement que :... « L'école a pour but de former, grâce à une réflexion sur ses objectifs pédagogiques et leur renouvellement, les femmes et les hommes de demain, des femmes et des hommes en mesure de conduire leur vie personnelle, civique et professionnelle, en pleine responsabilité et capables d'adaptation, de créativité, et de solidarité. »...

La circulaire n° 89 - 19 du 3 octobre 1989, dans son chapitre relatif aux « champs de l'éducation » précise : ... « donner au sujet, le sens de sa personne, de son moi, des capacités d'exister dans le regard et les attitudes de l'autre, constitue un fond permanent et commun à toutes les composantes de l'éducation »...

La circulaire n° 90 - 340 du 14 décembre 1990 est d'avantage orientée vers la pédagogie. ... « L'un des objectifs éducatifs est la recherche de la plus grande autonomie possible dans la vie personnelle et sociale, dans les activités physiques, intellectuelles, professionnelles et culturelles. Ce but donne sa cohérence aux différents
enseignements, à la vie scolaire et aux activités socio-éducatives que les équipes doivent offrir au public qu'elles reçoivent »...
Par la perception particulière qu'il peut avoir de son environnement ainsi que par une confiance bien souvent altérée en ses propres capacités, l'adolescent handicapé moteur peut avoir perdu toute confiance quant à ses capacités d'agir sur sa propre histoire. Le fait pour un gouvernement d'avoir légiféré de manière aussi précise sur les structures et les modalités d'accueil et de prise en charge des personnes handicapées me semble une manière efficace d'éviter les dérives et permet à l'enseignant de se recentrer régulièrement sur sa mission et ses objectifs.


3 - 3 Un moyen indispensable de fixer ses objectifs : les instructions officielles.

Comme l'enfant et l'adolescent handicapés moteurs doivent être scolarisés autant que possible dans les mêmes lieux et avec les mêmes enseignements que les autres jeunes, les instructions officielles guident leur éducation.
L'école aujourd'hui, a pour vocation d'accueillir tous les élèves pour leur apporter les savoirs fondamentaux, et les références communes indispensables à la réussite de chacun. Ainsi se forge la cohésion sociale et culturelle de la nation au travers du développement du concept de citoyenneté. Le concept de citoyenneté est sans doute un concept fondamental pour la remotivation de l'adolescent. 'adolescent handicapé est un citoyen en devenir qui doit apprendre à connaître ses droits (pour éventuellement les défendre ) et s'imposer des devoirs vis à vis de ses pairs valides ou handicapés. Dans ce contexte, la mission de l'école s'est redéfinie, mais reste première et essentielle. Lieu d'expérience et d'apprentissage, lieu initial de l'intégration, elle a la responsabilité de préparer la totalité des enfants à leur avenir. C'est à l'école que les enfants doivent avoir acquis, les comportements intellectuels et sociaux nécessaires pour trouver leurs repères dans une structure complexe où ils auront à vivre en autonomie.


Les instructions officielles permettent à l'enseignant spécialisé ayant en charge une classe d'enfants handicapés de ne pas perdre de vue les objectifs de l'Education Nationale. Son rôle est d'adapter ces objectifs aux possibilités de ses élèves, de préparer et d'accompagner ceux-ci vers une intégration en milieu ordinaire si les possibilités de l'enfant sont suffisantes. Même si l' intégration scolaire n'est pas envisageable, l'intégration sociale est toujours le but à atteindre. Le rôle de l'enseignant est alors d'aider l'élève à poursuivre aussi longtemps que possible, une scolarité adaptée qui donne au jeune l'accès à la vie sociale et culturelle à laquelle chacun a le droit de prétendre.


3 - 4 les outils.

Si l'on ne perd pas de vue que le rôle de l'enseignant est d'aider l'élève à construire pour le futur, à ne pas perdre sa motivation, on ne peut pas envisager de ne pas structurer cette aide, de l'adapter à ce jeune, et de construire un projet avec lui.

L'élaboration d' un projet trouve son fondement dans la loi d'orientation n° 89 - 486 du 10 juillet 1989. Elle précise : ... « le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. Les élèves élaborent leur projet d'orientation scolaire et professionnelle en fonction de leurs aspirations et de leurs capacités avec l'aide des parents, des enseignants, des personnels d'orientation et des professionnels compétents »...
Dans le rapport annexé de cette loi, il est clairement établi que le jeune construit son orientation au lieu de la subir, et que nul ne peut, en effet, décider à sa place.

3 - 4 - 1 Pourquoi un projet individuel ?


L'adolescent handicapé moteur a trop souvent oublié qu'il est le principal acteur de sa propre vie, et qu'il a le droit, la possibilité et le devoir d'agir sur elle. Habitué à subir dans son corps, et à patienter afin d'obtenir l'assistance qu'il est en droit d'attendre des autres, il a trop souvent perdu la notion d'autonomie physique et intellectuelle. La nécessité de s'impliquer personnellement, d'être un acteur conscient et motivé dans le choix de la préparation de son avenir, aide l'adolescent dans sa construction identitaire. Pourtant le jeune ne perçoit pas toujours l'utilité du projet individuel. Construire pour le futur n'a pas nécessairement de sens pour lui car le présent est trop souvent synonyme de précarité, de gestion à court terme et de soumissions aux événements, plutôt que d'anticipation. Afin de permettre à l'adolescent de faire du projet quelque chose de réel, afin qu'il puisse prendre conscience que son investissement personnel est vital pour la réalisation de celui-ci, il faut toute la présence et toute la motivation d'une équipe pluridisciplinaire. Sans le soutien de ses parents et de ceux qui l'encadrent au quotidien, il est peu probable qu'il arrivera à mener à terme ce qu'il avait projeté de faire.


3 - 4 - 2 .Quels sont les objectifs du projet individuel ?

L'objectif principal du projet individualisé est de motiver l'élève. Motiver un élève c'est amener celui-ci à ne pas faire « n'importe quoi », au gré des hasards, l'amener a ce qu'il se fixe des objectifs comme :
ò déterminer ce qu'il cherche par rapport à un problème,
ò se donner des buts,
ò identifier les moyens qu'il possède pour les atteindre,
ò planifier les actions à réaliser.

Motiver un élève c'est rendre celui-ci acteur de son propre itinéraire :
ò lui faire prendre conscience qu'il peut agir sur certains événements,
ò restaurer chez lui le sentiment de compétences,
ò qu'il accepte de prendre des risques,
ò qu'il se confronte aux défis.

L'acquisition de l'autonomie suppose des espaces de négociation où, précisément, peuvent se coordonner son point de vue propre, et celui d'autrui. Ces espaces de négociations seront proposés à l'élève autant à l'école que chez les autres membres de l'équipe : ergothérapeute, orthophoniste, kinésithérapeute, éducateurs, psychométricien, tous ceux participant à l'action éducative et thérapeutique mise en place autour du jeune. La participation de tous est nécessaire pour son équilibre parce qu'il ne peut pas faire l'économie de l'une de ces interventions, mais également parce que les éclairages différents qui peuvent être donnés par les uns et les autres ne peuvent être que bénéfiques.
L'équipe pluridisciplinaire permet également à l'enseignant de ne pas se sentir isolé. Une méconnaissance des difficultés spécifiques liées à l'handicap de ces jeunes, génère forcément une impossibilité d'y faire face. Une collaboration de tous est nécessaire afin de considérer le jeune dans sa globalité et l'élaboration par tous d'un
projet individuel est incontournable pour une prise en charge efficace de l'enfant.


3 - 4 - 3 Le projet de classe.

Pendant cette année de formation, j'ai pris conscience que si l'on considère comme essentiel de permettre à ces jeunes de se développer le plus normalement possible, malgré les circonstances, alors il convient de leur donner le plus de moyens possibles pour leur permettre de s'inscrire dans la société dans laquelle nous évoluons. La classe étant une micro-société, il me semble impératif de construire un projet de classe dans lequel s'inscrit le projet individuel du jeune. Le projet de classe s'inscrit lui même dans le projet d'école qui lui est inscrit dans le projet d'établissement. Le projet de classe permet d'articuler les projets de chaque enfant autour d'étapes communes à plusieurs enfants et autour d'étapes communes au groupe classe. Le projet de classe permet d'éviter le piège de l'enseignement individualisé tout le temps. La classe étant un des seuls endroits d'un institut où l'enfant est inclus dans un groupe, c'est certainement l'un des lieux où il faut encourager la prise en compte des autres, les échanges, la communication, la socialisation, ce qui va le conduire vers l'autonomie. Le projet de classe permet d'organiser les enseignements en fonction des objectifs de chaque enfant, il permettra de choisir entre un enseignement individualisé ou un enseignement par petits groupes homogènes la ou quelques enfants auront les mêmes progrès à faire ou de constituer des groupes hétérogènes afin de réunir pour une tâche précise, des compétences différentes.

4 - VERS UNE PEDAGOGIE DE LA MOTIVATION.


4 - 1 Analyse de mon expérience antérieure au stage C.A.P.S.A.I.S.


Lors des deux années scolaires passées aux Iris, j'avais en charge la classe « atelier ». Cette classe accueille des adolescents de 14 à 16 ans, et le dénominateur commun pour entrer dans cette classe est l'âge, et non le niveau scolaire. Ils sont globalement tous en grande difficulté voire pour certains, en échec, depuis plusieurs années
Leurs difficultés d'apprentissages sont nombreuses et ont certainement été accentuées par plusieurs années passées dans une même classe, dans un même niveau, avec d'autres élèves beaucoup plus jeunes qu'eux. Ils expriment tous une aversion pour les manuels scolaires dont les contenus ne sont pas adaptés à leur âge. Continuer d'apprendre à lire à 15 ans avec des textes conçus pour des enfants de 6 ans est très démotivant pour un adolescent. Soucieuse de leur proposer des situations d'apprentissages adaptées à leurs difficultés, mais aussi à leur âge, j'ai mis en place plusieurs ateliers : - cuisine - - jeux d'échecs - théâtre. Se rendre compte qu'ils sont capables de lire une recette et la réaliser ensuite, a été une étape importante pour ces adolescents. Lire des règles de jeux, apprendre à se repérer sur un échiquier, adopter des stratégies et pouvoir ensuite participer à des tournois leur a redonné une partie de leur confiance. Lire un livre et s'en inspirer pour écrire des dialogues pour monter une pièce de théâtre, et la jouer en fin d'année devant un vrai public a permis à ces élèves de venir à l'école avec un certain plaisir.


Ce fonctionnement n'était pourtant pas satisfaisant. Il m'a semblé difficile de définir des objectifs scolaires. J'ai tenté de mettre en pratique une forme de pédagogie différenciée, mais une certaine méconnaissance de l'influence du handicap sur l'aspect cognitif des apprentissages, ne m'a pas permis d'être aussi efficace que je l'aurais souhaité. En effet, pour éviter le piège de l'a priori du « trop difficile », j'ai pratiqué de plus en plus d'enseignement individuel. Cette situation a été largement favorisée par le nombre de tranches de rééducations journalières dont bénéficie chaque jeune. Pendant ces moments, il y avait peu d'élèves dans la classe et je pouvais facilement les prendre en charge de façon individuelle en privilégiant des activités comme les arts plastiques ou le sport lorsque tous étaient présents.


Or, il m'est rapidement apparu que pour ces jeunes l'influence du groupe est indispensable puisque la classe est quasiment le seul lieu ou ils font des apprentissages ensemble. Au final, le support des ateliers a été bénéfique. Ils ont proposé aux élèves des activités stimulantes, leur ont donné l'occasion de relever des défis et de collaborer entre eux. Mais l'encouragement et la reconnaissance du travail accompli, même si ce sont des stratégies efficaces pour motiver les élèves, ne suffisent pas à éveiller leur curiosité intellectuelle. Il aurait été impératif de construire avec chacun d'eux un projet qui tienne compte de leurs intérêts, qui représente un défi à relever. Construire un projet avec eux aurait été certainement une manière de leur exprimer ma confiance en leur capacité de réussite, de leur démontrer l'enthousiasme que j'éprouve à travailler avec eux et l'intérêt que je prends à leur réussite

« Du désir de savoir à la décision d'apprendre et à sa pérennité, le chemin de la motivation est sinueux et mystérieux. Certains traits qui en dessinent les contours sont identifiables, et les repérer permet de mieux ajuster les remèdes là où il y a carence. »


4 - 2 Des réponses possibles vécues dans ma formation.


Si cette année de formation m'a entre autres permis d'analyser mes démarches antérieures, elle m'a également apporté une meilleure connaissance du handicap et des conséquences cognitives qu'il implique pour l'élève. Pouvoir identifier ces troubles permet de proposer à certains enfants ou adolescents, des démarches qui favorisent l'amélioration de leurs performances.Prenons l'exemple des atteintes Dispraxiques Visuo-Spatiales (D.V.S.).
En effet, une grande partie des enfants Infirmes Moteurs d'origine Cérébrale, présente cette pathologie cognitive très particulière et très pénalisante sur le plan scolaire. En plus d'un strabisme précoce, ces enfants présentent des troubles neuro-visuels dont deux types sont particulièrement redoutables : les troubles oculomoteurs d'une part, et les troubles gnosiques d'autre part. Les troubles oculomoteurs génèrent des difficultés de non constitution de stratégies du regard indispensables pour bien appréhender le monde, et d' anomalies de la structuration spatiale, ce qui se traduit sur le plan scolaire par une incapacité à s'organiser sur l'espace feuille, mais aussi par un échec à toutes les activités de repérages spatio-temporels, telles que la gestion des tableaux à double entrée, la géométrie, le dessin etc... Ce trouble implique également une grande difficulté de repérage des suites ordonnées, des capacités de dénombrement : des éléments seront comptés plusieurs fois, d'autres seront oubliés, compromettant de façon grave et durable l'établissement du fondement même des notions logico-mathématiques. Le regard de l'enfant souffrant de D.V.S. étant surchargé de saccades incontrôlées, celui-ci peut se retrouver également rapidement en échec de lecture. Il se perd dans le texte, ne sait plus où il en est et ne peut pas faire une recherche précise. Pourtant ces enfants ont en général des compétences et ne sont pas déficients intellectuels.


Les agnosies visuelles consistent en une difficulté à décoder, interpréter, donner du sens, reconnaître des images. Elle résulte d'une défaillance d'un ou de plusieurs réseaux de neurones spécifiquement dédiés au décodage de la signification des images.
Les dyspraxies constructives aboutissent des maladresses gestuelles indépendante des capacités sensori-motrices de l'enfant. Cela se traduit, sur le plan scolaire, par une grande maladresse dans toutes les activités graphiques, mais cela ne veut pas dire qu'il n'a pas compris quelle est la tâche à accomplir, et il a en général une représentation mentale assez juste de ce qu'on lui demande.
Ces enfants ont en général, d'apès de W.I.S.C ,de bonnes compétences verbales. D'après Monsieur CROUAIL, professerur de mathémathiques au collège de l'E.R.E.A. de Vaucresson, l'oralisation est une démarche efficace qui leur permet une appropriation des problèmes qui leur sont posés. En effet, ayant acquis un grand nombre de connaissances générales et raisonnant bien, ils sont en général performants à l'oral. Oraliser est particulièrement important puisque dès que l'on donne à ces enfants d'autres repères que des repères visuels, ils ont des compétences sur lesquelles on peut s'appuyer pour les aider à construire leurs connaissances. On aide ces enfants en renonçant au modèle, au figuratif, à la manipulation. Il est nécessaire de développer leurs représentations verbales en les aidant à conceptualiser leurs apprentissages .


Mon année de formation m'a également amené une meilleure connaissance des théories d'apprentissage. En menant à VAUCRESSON un atelier de géométrie dans la classe de Mme DAMBRINE, j'ai pu tenir compte non seulement des troubles spécifiques des enfants, mais je me suis également beaucoup référée aux travaux du psychologue russe Lev VIGOTSKY portant sur la Zone Proximale de Développement. Cette zone est celle où l'élève est capable de faire, maintenant avec l'aide de l'adulte, ce qu'il sera capable de faire seul plus tard. Travailler avec l'élève dans cette zone oblige l'instituteur à l'évaluer de façon très précise, et à différencier sa pédagogie de manière très fine de façon à l'adapter à chacun de ses élèves. Travailler dans cette zone est indispensable lorsqu'on a affaire à un enfant ou à un adolescent subissant un désavantage à cause d'un déficit, quel qu'il soit. Savoir, que l'adulte n'est pas là pour sanctionner, mais comme médiateur entre lui et le savoir, permet à l'élève de reprendre confiance en lui. Comprendre que l'adulte tient compte de tous les désavantages que provoquent l'handicap permet à ses jeunes d'affronter plus sereinement une tâche complexe. Pour valoriser les uns sans dévaloriser les autres, il suffit de proposer l'aide comme normale, et de dire qu'on peut relever le défi de trouver seul si l'on s'en croit capable.Accepter de travailler dans la résolution d'un problème complexe, implique l'acceptation du rythme de chacun et l'acceptation du cheminement propre à chacun vers le savoir. Dans cette pédagogie, des différences sont forcément mises à jour, des différences de compétences, de motivation et il faut en tenir compte si l'on veut remédier aux difficultés des élèves et solliciter les apprentissages et le goût du travail scolaire.

« Identifier les « objets » vers lesquels le sujet se dirige devient nécessaire pour les prendre en compte dans un premier temps et permettre l'adhésion de l'élève pour ensuite l'éveiller à d'autres aspirations, créer de nouvelles motivations. »

Cette année de formation m'a également permis de mettre en pratique ces nouvelles connaissances J'ai eu l'occasion de mener une séquence hebdomadaire d'une heure dans le champ de la géométrie auprès d'adolescents handicapés moteurs à l' E.R.E.A de VAUCRESSON. J'ai ainsi eu l'opportunité de travailler avec Francine DAMBRINE, l'institutrice de la classe, elle-même très préoccupée par les problèmes que posE la démotivation de ses élèves.
Convaincue que seul l'apprenant peut décider de l'investissement affectif, de l'intensité de la motivation qu'il met dans sa tâche, convaincue qu'apprendre ne peut-être considéré comme une partie marginale du développement, convaincue qu'apprendre fait non seulement partie intégrante de la croissance de l'enfant, mais se situe au coeur de cette croissance, Mme DAMBRINE construit son projet de classe sur une pédagogie de l'action. Le but de cette démarche est de rechercher quels sont les moyens d'actions pédagogiques qu'elle peut avoir au sein de l'équipe pluridisciplinaire pour que ses élèves accèdent à une place d'acteur dans leurs apprentissages, mais aussi pour qu'ils puissent se construire une image de soi moins morcelée et plus valorisée. Pour ce faire, sa pédagogie est différenciée de manière à reconnaître chaque élève en tant que personne ayant des chemins d'appropriations des savoirs propres.


Cette démarche m'a particulièrement intéressée car j'ai pu voir directement l'évolution qu'elle a engendrée chez les enfants quant à leur investissement et leurs motivations scolaires. Il m'a semblé que cette conception de la classe avec son projet correspondait à ce que je cherchais à mettre en place pour l'année prochaine.
Une des caractéristiques de ce projet est de toujours mettre en relation ce que les élèves apprennent et ce à quoi ça va leur servir. Chaque fois que c'est possible, les élèves expérimentent par eux-mêmes pour accéder au savoir, et ce à travers une démarche de résolution de problèmes complexes. Celle-ci permet d'observer comment s'opère une véritable compréhension, puisque l'on va du concret à l'abstrait, ce qui revient le plus souvent à aller du complexe au simple.
« La situation problème met simplement le sujet en route, l'engage dans une interaction active entre la réalité et ses projets, interaction déstabilisant et restabilisant, grâce aux décalages introduits par le formateur, ses représentations successives ; et c'est dans cette interaction que se construit, souvent irrationnellement, la rationalité. »


Convaincue qu'une grande partie de la démotivation des élèves vient d'une perception négative de leurs possibilités cognitives, je leur propose dans le cadre du projet de classe de Mme DAMBRINE, de résoudre, avec l'aide de l'ordinateur, un problème de géométrie à la fois accessible et complexe. Accessible afin qu'ils ne se sentent pas d'emblée en échec, qu'ils aient immédiatement assez de confiance en eux pour trouver des moyens d'émettre des hypothèses, donc situer dans la zone proximale de développement. Complexe afin qu'il représente un défi, qu'il suscite un désir de recherche, qu'il oppose une certaine résistance, où chacun peut avec ses représentations et ses acquis, se prouver qu'il est capable de réussir.
Si j'ai choisi le domaine de la géométrie pour mettre les jeunes en situation de problème, c'est en partie parce que j'ai jugé que ces apprentissages pouvaient être valorisant pour eux. La géométrie est un champ disciplinaire généralement peu abordé avec les enfants handicapés moteurs. Leurs possibilités motrices, parfois très réduites, les mettent souvent en situation d'échec en phase de manipulation et de tracé. Comme nous l'avons vu précédemment, les difficultés cognitives engendrées par la D.V.S. sont une autre cause de démotivation pour ces jeunes. La seconde raison de ce choix était que je pouvais réellement leur lancer un défi, réellement leur proposer de se mettre en situation de rechercher car dans cette classe, ils disposent d' ordinateurs où nous avions installé le logiciel CABRI GEOMETRE II.


J'ai choisi ce logiciel car il a été spécialement conçu pour conceptualiser les objets géométriques. En effet, on ne peut réaliser avec CABRI aucun dessin. Tout objet géométrique a une définition mathématique. Sans cette définition, contrairement à un logiciel de dessin, il ne trace rien. Pour tracer une droite, par exemple; il ne suffit pas de dessiner un trait, il faut avoir d'abord définit un point puisque une droite passe toujours par un point. Ce logiciel aide les enfants handicapés moteurs non seulement à conceptualiser les objets géométriques, mais également à utiliser les connaissances nécessaires pour en acquérir de nouvelles sans provoquer la méfiance de l'échec induite par la manipulation. Une autre raison de mon choix est l'ordinateur en lui même. Celui-ci est en effet motivant en soi parcequ'il est un prolongement des possibilités motrices de ces élèves. Il leur permet de réaliser des travaux propres et beaux, ce qu'ils ne peuvent pas faire par eux-même de manière autonome. L'aide de l'adulte est indispensable. Pourtant faire seul, comme les autres élèves prend une place importante dans la motivation des jeunes souffrant d'un déficit moteur.



4 - 3 Mise en oeuvre d'une démarche pratique.


« La complexité inquiète. On la confond trop souvent avec la complication.....Un système complexe n'est pas un système qui se dérobe à notre compréhension, c'est un système qui s'offre à notre action, un ensemble d'éléments qui sont liés de telle sorte que la transformation de l'un d'eux déterminera la modification des autres et, par suite aura des effets sur le système entier. »


Afin de confronter les élèves à la complexité, je leur propose la figure suivante :



avec comme objectifs :
S l'utilisation des notions de droites, et de segments, ainsi que ceux de cercles, carrés, diagonales, horizontal, vertical, de droites perpendiculaires et de mesures de longueurs nécessaires à la construction de la figure.-
S la mise en place d'une analyse collective de la figure pour résoudre le problème de construction.
Pour toute consigne, je demande aux élèves d'observer cette construction, de l'expliquer et de la réaliser à l'ordinateur. Je les rends attentifs au fait qu'elle doit être parfaitement identique à celle que je leur propose.
M'appuyant sur les cours de Françoise DUQUESNE,professeur de mathématiques au C.N.E.F.E.I. je laisse volontairement ce problème très ouvert, car seules les tâches complexes ont du sens. La volonté d'aller du simple au complexe est très souvent facteur de démotivation, puisque toutes les activités qui découpent de trop les apprentissages peuvent en faire perdre le sens.


Pendant la phase de leur première analyse, les élèves ne semblent pas très attirés par cette activité, et ils disent spontanément : « c'est facile ! , il suffit de faire des segments et des points. » Après un premier essai sur l'ordinateur, ils constatent qu'ils ne réussissent pas à reproduire la figure que nous avons nommée « soleil », mais ils ne cherchent pas à savoir pourquoi ils ne réussissent pas. Sachant que les élèves ont besoin, pour investir un apprentissage, de se représenter ce qu'ils sauront faire au terme de cet apprentissage, qu'il est impératif que chaque étape du parcours ait un sens, je les pousse à une seconde analyse orale. L'oralisation des démarches et des représentations prend ici toute son importante car elle me permet d'évaluer les élèves. Grâce à elle, je peux comprendre les constructions mentales qu'ils ont de la tâche à accomplir et je peux ajuster à tout moment les modalités de mise en oeuvre.


Lorsque je m'aperçois, que les élèves n'avancent plus dans leurs recherches, je ne les laisse pas sans réponses. Je les pousse à chercher combien il faut de segments pour réaliser le « soleil ». Cette question est nécessaire et suffisante pour relancer chez les jeunes une démarche de recherche. Ils ont besoin de cette étape pour se rendre compte que les segments sont alignés deux par deux et que l'on peut les relier par leurs origines ou leurs extrémités par des cercles. Ils ont très vite affirmé que la première étape pour tracer cette figure est de tracer le cercle central. Cette découverte les motive tous pour un second essai sur l'ordinateur, et ils réussissent tous avec beaucoup de satisfaction à tracer une figure qui commence à ressembler à la figure témoin ; Néanmoins aucun élève n'a vu le cercle extérieur nécessaire à la construction, aucun n'a parlé de droites horizontales, ou verticales ou obliques. Si je ne les avais pas poussé à comparer leur travail avec la figure témoin, ils se seraient satisfaits de la leur car ils avaient très envie de réussir en une séance. C'est probablement lorsque je n'ai pas accepté de cautionner un travail approximatif qu'ils se sont senti mis en défi.


Pendant cette étape, j'ai particulièrement observé A. jeune fille I.M.C. atteinte de D.V.S. Elle est très active durant toute la phase orale, elle pose beaucoup de questions pertinentes qui lui permettent de travailler mentalement, mais elle est en grande difficulté lorsqu'elle se trouve devant l'ordinateur. Ce qu'elle trace ne la satisfait pas cela ne correspond pas aux images qu'elle s'était construit. Elle semble toujours très surprise par ce qui apparaît à l'écran. Elle travaille en binôme avec H. Celle ci est offusquée par cu que trace A. et le conflit s'installe rapidement. A. n'arrive pas du tout à expliquer ses démarches et ne s'appuie pas sur la phase orale.
Cette première étape me conforte dans l'idée que la tâche à accomplir est suffisamment complexe pour être stimulante et induire une véritable situation de recherche, mais qu'elle n'est pas d'une difficulté telle qu'il serait impossible aux élèves de la mener à terme et d'en tirer les apprentissages qu'ils seront amenés à réinvestir ultérieurement.


Lors de la seconde étape, je commence par faire oraliser les problèmes qu'ils ont rencontrés jusqu'alors, et il en apparaît deux importants : l'orientation des segments et leurs longueurs. En analysant la figure témoin, ils disent : « Il faut mettre les segments face à face, pour ça il faut faire des droites, on met les segments dessus et après on efface les droites. » - « On fait un cercle et on met les points dessus ». Lors des essais sur l'ordinateur, ils opèrent de la même manière, en traçant un cercle, puis placent des points de manière empirique; ensuite, ils traçent au hasard en reproduisant ainsi le même genre de construction très approximative que leur première tentative.Cette réalisation est utile pour eux, car elle leur permet de se laisser déstabiliser, de reanalyser sur leur propres représentation figurative. C'est après être passés par cette réalisation qu'ils peuvent réellement s'inquiéter de l'alignement des segments. Pour résoudre ce problème là, ils tracent un cercle, puis quatre droites passant par le centre de ce cercle. Ils placent ensuite des points sur ces droites et ce qui apparaît à l'écran ressemble effectivement à des segments, Ils s'attaquent ensuite à la longueur des segments. Certains tracent à nouveau quatre droites passant par le centre du cercle et la longueur de leurs segments correspond à la taile de l'écran, comme si le bord de l'écran servait à limiter leurs segments. D'autres se servent de l'outil mesure pour avoir huit segments de même longueur, mais ne se servent pas des droites de construction nécessaires à l'alignement. Cette réalisation est d'une motricité on ne peut plus fine, et lorsque je leur fais remarquer que les segments ne sont pas alignés, cela ne les touche guère tant leur satisfaction d'avoir huit segments de même longueur est grande. Il apparaît pour tous qu'il est difficile de gérer deux contraintes : l'alignement et la mesure. Lorsque l'une est résolue, il leur est difficile de la remettre en cause pour l'adapter à la seconde. Pendant cette séance, A. utilise les mêmes stratégies qu'à la première étape. Très active à l'oral, elle se retrouve en difficulté en phase de manipulation.

Cette fois-ci Mme DAMBRINE reste à proximité et lui demande régulièrement de justifier sa démarche et de se référer à la phase initiale d'explication élaborée lors de la mise en commun.
Lors de la troisième séance, construite sur le même modèle que toutes les autres, les jeunes expriment leurs déceptions : « On avait l'impression d'avoir réussi, mais tu n'es jamais d'accord ! » - « On en a assez, ce qu'on a fait nous convient. » Il faut que je leur montre toute la confiance que j'ai en eux et que je leur promette de leur donner un indice pour qu'ils acceptent de se remettre au travail. Je crois que cette négociation est importante car elle montre qu'ils sont déjà prêts à continuer et qu'ils ont surtout besoin d'être encouragés. Je trace au tableau deux droites perpendiculaires et leur demande de les reconnaître. Pendant cette analyse, se dégagent les concepts d'horizontal, de vertical, de parallèle, d'oblique, angle droit, de carré et de losange. Ce nétait pas mon objectif de départ qui était de construire des droites perpendiculaires afin de pouvoir avancer la réalisation du « soleil »l, mais ce détour indispensable à permis de positionner ces différents concepts les uns par rapport aux autres. Pendant cette séquence, aucune manipulation n'est faite sur les ordinateurs, et A. donne là toute sa mesure. En effet, lorsque nous abordons la notion de carré, c'est la seule qui se contente de vérifier un seul angle droit et dit que « si l'on est en présence d'un carré, si un angle est droit, ils sont tous droits. » C'est également la seule pour qui un carré reste un carré même si on le fait pivoter autour d'un de ses sommet. Pourtant elle dit ce jour-là : « Aujourd'hui, on n'a fait que parler, on a même pas travaillé. » Lors de la phase de réalisation, je demande aux élèves de tracer un carré. Ils procèdent tous de manière empirique et c'est après leur avoir demandé de mesurer les côtés qu'ils se réfèrent pour la première fois à toutes les ipropriétés résumées au tableau. Ils tracent tous une figure ayant quatre côtés de même longueur mais constatent par eux-mêmes que « c'est pas perpendiculaire. » Là aussi, ils éprouvent des difficultés à tenir compte simultanément de deux contraintes.


Après un rapide récapitulatif des dernières découvertes informatiques concernant le logiciel, je leur demande de repartir de leurs dernières constructions pour réaliser un carré en utilisant la fonction 'perpendiculaire' du logiciel. Cette séance est bénéfique pour tous car ils découvrent qu' « on n'a pas besoin de tout faire nous même, l'ordinateur sait faire aussi. ». Lorsqu'ils ont tous obtenu un carré, je leur demande de tracer les diagonales de ce carré ce qui se fait sans soulever la moindre question ni le moindre doute chez personne.


A la prochaine séance, j'affiche une grande feuille sur laquelle est reproduite le « soleil ». Mon objectif est en effet de raccrocher les découvertes des séances précédentes à la construction du « soleil. » La découverte qu'ils font lors de l'analyse de la figure est qu'il faut tracer non pas un cercle, mais deux cercles et que le second servira à donner la bonne longueur aux segments. Mais aucun jeune ne parle ni de tracer des droites perpendiculaires, ni de carrés, ni d'obliques. C'est à la phase de construction qu'apparaît l'utilité des droites perpendiculaires. Tracer celles-ci apparaît comme une évidence, et tous tracent ensuite des droites obliques, mais au hasard. C'est en donnant à ces obliques un mouvement de rotation autour du point central, qu'ils prennent conscience qu'elles sont placées de manières empirique, mais personne ne trouve de solution pour résoudre ce problème. C'est à la séance suivante, après être repassé par une phase d'analyse qu'ils découvrent que l'on peut tracer un grand carré autour du « soleil », et que se sont les sommets du carré qui déterminent l'emplacement exact des droites obliques puisqu'elles en sont les diagonales.

Ils m'expriment une nouvelle fois « on en assez, on est toujours sur le même problème, on est découragé » C'est après leur avoir affirmer ma certitude que maintenant ils vont réussir qu'ils acceptent de passer sur les ordinateurs. Ils réussissent tous, avec très peu d'aide, et en se référant à toutes les indications du tableau et des feuilles récapitulatives à construire la figure en mettant plus ou moins de temps. La satisfaction est grande, pour eux comme pour moi lorsqu'ils confrontent leur figure à la figure témoin. A. franchit une étape importante pendant cette séance. En effet, c'est la première fois qu'elle oralise du début à la fin toute la phase de manipulation. Elle procède étape par étape en se référant oralement à toutes les représentations mentales qu'elle s'est construite pendant toutes les séances précédentes. Elle réussit à sortir du figuratif pour rentrer dans le conceptuel, montrant ainsi toute l'importance que prend la démarche de mentalisation et d'anticipation sur l'actionr pour un jeune atteint de D.V.S.


Enfin, lors de la dernière séance, je leur montre des objets réels dans lesquels on peut retrouver toutes les figures abordées (carrés, droites, segments...). Je leur fais analyser les décors d'un mouchoir, d'un morceau de tissus d'ameublement et d'un cache-pot. Ils en sont très étonnés, montrant ainsi qu'ils n'avaient pas fait par eux-mêmes le lien entre ce qu'ils avaient appris et que cela pouvait aider à représenter la réalité. Cela met en évidence toute l'importance de mettre en rapport les apprentissages avec leurs finalités. Lorsque je leur demande de réaliser eux-mêmes un papier cadeau en utilisant toutes les notions abordées, ils produisent des tracés faits à l'aide de cercles, de droites, de segments, mais aucun ne se sert de carrés dans sa production. Cela montre que cette notion est encore très fragile, mais l'avoir abordée et s'en être déjà servi va probablement leur permettre de se l'approprier la prochaine fois qu'ils la rencontreront.


Mener cette démarche de résolution problème me conforte dans l'idée que l'on apprend dans la complexité. Même si certaines connaissances sont encore très fragiles, ils seront tous capables de s'en approprier de nouvelles en prenant appuie sur celles abordées durant la recherche menée pour construire le « soleil ». Cette expérience me permet également de dire qu'à aucun moment ces adolescents n'ont été mis en échec malgré la tenacité et la persévérance qu'il a fallu quelquefois renouveler. Toutes les erreurs ayant toujours été utilisées dans les mises en commun ccomme constructives, elles n'ont jamais été ressenties comme répréhensibles. Et j'ai moi-même pu prendre toute la mesure de ce que veut dire avoir un rôle de « facilitateur d'apprentissages. ».





CONCLUSION.




Tout au long de ma recherche, il m'est apparu que beaucoup d' adolescents ont des difficultés d'apprentissages. Si les adolescents handicapés moteurs en ont plus que les adolescents valides, ces difficultés ne sont pas uniquement liées aux troubles moteurs, mais le plus souvent aux troubles cognitifs qu'ils qui lui sont généralement associés. En tant qu'enseignante, il me paraît impératif pour une efficacité optimale, de réfléchir en premier lieu à une démarche applicable à tout élève, et ensuite de prendre en compte la spécificité de chacun, et non pas, à l'inverse, de partir d'un déficit et d'adapter sa démarche en fonction de celui-ci. Ce serait prendre le risque de ne pas « tirer vers le haut » un certain nombre de jeunes. L'expérience de l'atelier m'a montré que beaucoup d'adolescents peuvent être motivés en apprenant dans la complexité, réussir des tâches reconnues par tous comme simples n'a rien de valorisant.

Apprendre dans la complexité peut se faire dans toutes les disciplines. Nous l'avons vu en géométrie, mais cela peut s'appliquer à la lecture par le biais de la presse, Internet peut être un support privilégié en histoire, en géographie ou en sciences par exemple. Apprendre dans la complexité suppose également de confronter les jeunes aux technologies modernes de l'information et de la communication. L'ordinateur est aujourd'hui un outil incontournable pour tous les jeunes. Pour ceux qui subissent un désavantage du fait de leur déficit, il est indispensable, non seulement dans son aspect augmentatif, et tutoriel où il permet de maintenir et/ou de remotiver l'apprentissage en fonction des compétences des élèves, mais également dans son rôle supplétif, où il peut prendre le relais lorsqu'un déficit empêche certains apprentissages.


Une démarche de résolution de problème complexe telle qu'elle a été présentée ici à titre d'exemple est sans aucun doute motivante, mais elle fait également clairement apparaître la nécessité de l'existence réelle d'un projet. Sans cette ligne directrice, il est très facile de se perdre dans les notions à aborder. En effet, au fur et à mesure de la recherche menée par les élèves, il émerge des questionnements, certes liés aux apprentissages, mais ne s'inscrivant pas toujours dans les objectifs que l'on veut atteindre. Il me paraît alors impératif de se référer au projet que l'on a élaboré, et aux instructions officielles. Ces cadres permettent de ne pas évacuer les questions posées, mais de les mettre en attente pour les réaborder dans un autre contexte d'apprentissage.


Si cette démarche peut être une des réponses à la question : « comment remotiver les adolescents ? », une partie de la réponse à la question « pourquoi ? » se trouve certainement dans la finalité de l'Ecole elle-même. En effet, un adolescent démotivé peut-il être acteur de ses propres choix de vie ? Peut-il adopter les comportements affectifs, intellectuels et sociaux nécessaires pour trouver ses repères dans une société complexe où l'autonomie est indispensable ? Enfin, peut-il exercer pleinement sa citoyenneté ?

Je voudrais réaffirmer, en guise de conclusion, que motiver les adolescents est une entreprise difficile. Les motiver, c'est les positiver, c'est faire la moitié du chemin dans leur direction. Les motiver c'est les pousser à se projeter dans un avenir que parfois ils ne veulent pas envisager parce qu'il ne sera pas conforme à leurs désirs.
Que nous demandent-ils ? Ce qu'ils veulent c'est qu'on les accompagne qu'ils soient handicapés ou valides, qu'on les aide parfois, en acceptant leurs contradictions ou leurs difficultés de vivre si elles existent.


« L'essence même de la réflexion c'est de comprendre qu'on n'avait rien compris ! »


G. BACHELARD
Le nouvel esprit scientifique.




BIBLIOGRAPHIE.



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CREAI RHÔNE-ALPES Adolescents en difficultés psychologiques et apprentissages scolaires. 1996


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« Les psychologies de l'apprentissage. » Sciences humaines Hors-série n°12 1996





REMERCIEMENTS :






Je tiens à exprimer mes vifs remerciements à Monsieur Jack SAGOT, formateur au C.N.E.F.E.I.,pour m'avoir guidée et conseillée dans l'élaboration de ce travail.

Mes remerciements vont également à Madame Françoise DUQUESNE qui m'a fait redécouvrir les mathématiques et qui a bien voulu relire ce mémoire et l'enrichir par ses précieuses observations.

A ma famille, à mes collègues, aux différents formateurs j'exprime ma profonde et cordiale reconnaissance pour la part qu'ils ont prise, directement ou indirectement, à l'élaboration de ce rapport.

Enfin, je remercie tout particulièrement Madame Francine DAMBRINE pour son accueil chaleureux, ainsi que ses élèves qui ont accepté de travailler avec moi.