Francis Perrin
option C
INTRODUCTION
PARTIE I - LES POLITIQUES D'INTÉGRATION
Section I - Les programmes européens
en faveur de l'enfance handicapée
I - Le système des filières séparées
II - Le système intégratif
III - Les systèmes mixtes
IV - Ebauche d'une cohérence européenne :
Section II - Un concept évolutif en
France
I - Une conception ségrégative
II - La rupture
III - Une évolution progressive
Conclusion
Section III - Le Centre Sanitaire Social Pédagogique
de l'Enfance - CSSPE
I - Les formes d'intégration pratiquées par le CSSPE
II - L'intégration en collège ordinaire :
PARTIE II - LES MODALITÉS DE L'INTÉGRATION
Section I - Le handicap moteur et ses conséquences
I - Qui sont les jeunes handicapés moteurs
II - Les problèmes généraux liés à l'intégration
III - Les élèves intégrés
Section II - Préparer l'intégration
I - La procédure d'intégration : la convention et le projet d'intégration
scolaire
II - Le rôle du maître de soutien
Section III - Les actions de suivi au collège
I - L'aide auprès des professeurs de collège
II - L'aide auprès des élèves handicapés
Section IV - Les actions de soutien au CSSPE
I - L'organisation des actions de soutien
II - L'analyse des erreurs et la remédiation
III - L'aide au travail personnel
PARTIE III - QUELQUES PROPOSITIONS POUR UN
NOUVEAU PROJET D'INTÉGRATION
Section I - La préparation
I - Le projet individuel d'intégration
II - L'information
III - L'évaluation
Section II - Les actions de suivi
I - Des actions de suivi préparées
II - Participation à des actions éducatives
III - Des projets intégrants
Section III - Les actions de soutien et la remédiation
I - La remédiation cognitive
II - La verbalisation
CONCLUSION
INTRODUCTION
Deux expériences singulières auprès d'enfants handicapés
m'ont conduit à m'interroger sur le sens de l'intégration, la politique
menée en France, les freins à son développement et les exigences
que cette démarche imposait. La première concernait un groupe d'enfants
handicapés auditifs que j'accueillais dans ma classe, chaque semaine, une
demi-journée, pour des activités favorisant la communication. L'année
suivante, j'entrai de plain-pied dans l'A.I.S en accompagnant cette fois-ci un groupe
de sept élèves handicapés moteurs dans un collège ordinaire.
Les interrogations sur les actions menées auprès de ces jeunes n'ont
pas manqué. En effet, la méconnaissance que j'avais des différents
handicaps et de leurs conséquences, l'absence de formation pédagogique
adaptée, la découverte du fonctionnement d'un établissement
et d'un collège ne me permettaient pas d'appréhender la tâche
qui m'était confiée avec toute la sérénité souhaitée.
Pour autant, ce type d'intégration fonctionnait déjà depuis
deux ans et il ne m'appartenait pas de tout réinventer. Ainsi, cette année
est-elle l'occasion d'approfondir le rôle du maître de soutien au collège
C'est, au préalable, à partir d'une réflexion sur le concept
d'intégration et des différents éclairages que l'on peut envisager
que je me propose de préciser le cadre législatif qui le définit,
au niveau européen comme au niveau national. A l'issue de cet examen, devrait
émerger une certaine philosophie de la loi, les finalités de l'intégration.
Relater cette fonction de maître de soutien à l'intégration d'adolescents
handicapés moteurs en collège ordinaire me permettra de dégager
les différentes modalités de prise en charge, d'accompagnement. Je
soulignerai, à travers le récit de cette expérience et son analyse,
la spécificité et la cohérence du suivi auprès de ces
enfants, à l'aune des textes réglementaires relatifs à l'A.I.S
et au collège. Ce sera alors l'occasion de rapporter les interrogations soulevées
et les difficultés rencontrées. J'essaierai d'analyser plus précisément
ces modalités afin d'en dégager les aspects positifs ainsi que d'autres
plus contestables, les manques ou les situations paradoxales.
Enfin cette analyse me conduira à proposer de nouvelles pistes de travail
dans le souci d'orienter ces actions d'intégration vers plus d'efficacité,
de participation et d 'adhésion des différents acteurs de l'intégration.
L'ébauche d'un projet pédagogique définissant de nouveaux objectifs
opérationnels pourra servir de base à l'élaboration du prochain
projet d'intégration.
PARTIE I - Les politiques d'intégration
L'intégration de l'enfant handicapé ne se conçoit pas de façon
uniforme ; ainsi les pays européens révèlent différentes
approches (Section I), la France elle-même adopte une position évolutive
dans sa politique d'intégration (Section II). Le Centre Sanitaire Social Pédagogique
de l'enfance - CSSPE - illustre parfaitement les dispositions concrètes de
cette aide à l'intégration (Section III).
Section I - Les programmes
européens en faveur de l'enfance handicapée
Les ressortissants de la communauté européenne présentant un
handicap physique, sensoriel, mental ou psychologique représentent environ
10 % de la population1. Il convient d'y ajouter entre 8 et 12% d'élèves
présentant des besoins éducatifs particuliers. L'un des cinq domaines
prioritaires du programme HELIOS2 - le programme global d'action en faveur des personnes
handicapées - s'est donné comme objectif : l'intégration sociale
et économique de ces personnes handicapées et, a développé
une politique de coopération avec les états membres et les organisations
concernées en matière d'intégration.
Il existe toutefois une disparité dans les actions conduites dans chaque pays
voire dans chaque région.
Trois systèmes cohabitent dans l'union européenne :
I - Le système des filières séparées
Ce sont les pays dans lesquels l'éducation spéciale est organisée
autour de la prise en charge de chaque handicap dans une filière séparée
de l'enseignement ordinaire. Il existe en général peu de contacts entre
les filières spécialisées et les filières d'enseignement
ordinaire.
Ainsi, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et de nombreux Landers en Allemagne
ont un système d'enseignement spécial plus ou moins indépendant
de l'enseignement ordinaire.
II - Le système intégratif
Il s'agit des pays dans lesquels l'intégration des élèves handicapés
en milieu ordinaire est devenue la règle. Malgré cela, pour les enfants
dont le handicap ne permet pas cette intégration, des écoles spécialisées
sont mises en place. Mais ces mesures d'exception ne concernent en général
qu'un très petit nombre d'enfants.
La plupart des communautés espagnoles, le Royaume Uni et le Danemark se situent
dans cette perspective. Quant à l'Italie, c'est le pays qui est allé
le plus loin dans la démarche d'intégration. Le désir d'intégrer
s'appuie en l'occurrence sur l'idée que les enfants ou les adolescents différents
peuvent apporter au groupe un réel enrichissement humain, social, culturel
; l'école ordinaire demeurant le meilleur lieu d'intégration. C'est
donc l'idée d'interaction qui est très forte.
III - Les systèmes mixtes
Ils rassemblent les pays dans lesquels coexistent un système éducatif
ordinaire et un système éducatif spécial. Une politique d'intégration
des jeunes handicapés en milieu ordinaire est mise en avant mais à
partir d'un système spécial fortement structuré dont la légitimité
n'est pas remise en cause (du fait de l'importance notamment du système médico-éducatif
).
Les types d'intégration vont alors de l'intégration en milieu ordinaire
avec ou sans soutien, au placement partiel en classe spéciale intégrée
dans une école ordinaire, jusqu'à l'inscription en école spéciale
ou en institution spécialisée. C'est le cas de la France mais aussi
de l'Irlande et du Portugal.
IV - Ebauche d'une cohérence européenne :
Après un premier programme communautaire de coopération sur l'intégration
scolaire, sociale et économique (J.O. n°C211 du 18 août 1987), le
programme HELIOS marque une étape décisive dans la construction d'une
cohérence européenne.
Une première étape (entre 1988 et 1991) a conduit à la constitution
de réseaux européens autour de quatre axes : la formation ou la réadaptation
professionnelle, l'intégration des jeunes handicapés en matière
d'éducation et de scolarisation, l'intégration économique, l'intégration
sociale.
Dans un second temps (depuis 1993), le programme HELIOS II a pour objet de compléter
les actions entreprises au niveau national. Il est centré sur cinq objectifs
:
Supprimer les obstacles matériels à la scolarisation des jeunes handicapés,
Utiliser des méthodes d'enseignement adaptées et faciliter l'entrée
dans la vie professionnelle,
Permettre une coopération active avec les établissements spécialisés,
Développer l'utilisation des nouvelles technologies,
Renforcer les liens entre les différents acteurs : la famille, la collectivité,
les services sociaux et de santé, le monde du travail.
Cependant les états membres gardent la responsabilité des contenus
de l'enseignement et de l'organisation de leur système éducatif. Ce
programme prévoit des activités d'informations et d'échanges
entre les divers partenaires mais en aucun cas l'harmonisation des politiques d'éducation
des Etats.
Section II - Un concept
évolutif en France
L'histoire de la prise en charge des élèves en difficultés3
montre bien la lente évolution de l'intégration scolaire dans l'Education
Nationale en France.
I - Une conception ségrégative
La création de classes spéciales en 1909 naît d'un compromis
entre le médical et le scolaire4. D'un côté, l'hôpital
cherchant à améliorer le sort d'enfants déficients mentaux ou
abandonnés, accueillis à l'asile. De l'autre, l'école devant
faire face au problème que lui posent les enfants dont les comportements s'écartent
de la norme.
Après la seconde guerre mondiale, la démocratisation de l'enseignement
et la référence implicite à cette norme, nécessiteront
l'exclusion d'un nombre sans cesse croissant d'élèves déviants,
justifiant ainsi la prolifération des établissements spécialisés
et des classes de perfectionnement au cours des années 50. Ces classes et
institutions de perfectionnement développeront des pratiques centrées
sur des pédagogies spécialisées (savoirs et savoir-faire adaptés).
II - La rupture
Si la circulaire du 5/1/1959 fait apparaître l'idée d'intégration
scolaire et note les effets positifs de l'accueil des jeunes infirmes à l'école
ordinaire, c'est la loi d'orientation du 30 juin 19755 en faveur des personnes handicapées
qui définit clairement cette notion et qui marque une rupture nette avec la
politique ségrégative menée auparavant :
" L'éducation, la formation, {........}, l'intégration sociale
{......} du mineur et de l'adulte handicapés physiques, sensoriels ou mentaux
constituent une obligation nationale. " et plus loin "l'action poursuivie
assure, chaque fois que les aptitudes des personnes handicapées... le permettent...
leur maintien dans un cadre ordinaire de travail et de vie. "
III - Une évolution progressive
Constatant, après quelques années, les effets limités de ce
texte, deux circulaires viendront soutenir et relancer cette nouvelle politique.
La première6 rappelle les enjeux et les objectifs de l'intégration,
les principes d'action et les moyens nécessaires à sa mise en œuvre.
L'intégration vise "à favoriser l'insertion sociale de l'enfant
handicapé…, à développer sa personnalité et faire accepter
sa différence ". Elle se définit comme "un objectif et une
démarche ". L'intégration doit être progressive et revêtir
des formes multiples et adaptées. L'hétérogénéité
de la population scolaire est alors prise en compte. L'intégration individuelle
en classe ordinaire est à rechercher en priorité et s'accompagne d'une
aide personnalisée.
La seconde7 définit l'intégration individuelle, collective, partielle.
Elle impose la rédaction d'un projet éducatif individualisé,
élaboré en commun avec les familles les enseignants, les personnels
spécialisés et les établissements et services spécialisés
concernés. Elle précise les contenus de la convention passée
entre l'Inspecteur d'Académie et le représentant de l'organisme assurant
les soins et le soutien spécialisés.
Ainsi, la population scolaire étant constituée d'autant de personnalités
que d'élèves, cette diversité génère une hétérogénéité
structurelle. Dès lors, la répartition de la population dans une classe
homogène apparaît irréelle. Cette reconnaissance impulse la pédagogie
différenciée et généralisera des pratiques pédagogiques
fondées sur le savoir-être. La réglementation de l'enseignement
spécialisé intègre cette évolution en créant différents
types d'aides.
La prise en compte de ces transformations s'apprécie dans la loi d'orientation
du 10 juillet 19898. Elle place l'élève au centre du système
éducatif, organise la scolarité en cycles. L'enseignant doit prendre
en compte les rythmes d'apprentissage de chacun. Le souhait d'intégrer les
jeunes handicapés est à nouveau réaffirmé : " L'intégration
scolaire des enfants et adolescents est d'une importance capitale. "
Un an plus tard, une nouvelle circulaire9 qui redéfinit les actions de prévention
de la difficulté, souligne l'intérêt d'un accueil en milieu ordinaire.
Elle insiste sur l'effort à poursuivre "afin que l'intégration
scolaire des enfants handicapés devienne l'une des caractéristiques
du fonctionnement de notre système éducatif. "
La nécessité de généraliser et de coordonner ces actions
se fait sentir. C'est pourquoi en 199110, on se propose d'encourager et de favoriser
l'intégration qui "s'inscrit dans une démarche dynamique et positive
fondée sur les capacités réelles ou attendues d'un jeune handicapé
". Conjointement, on rappelle certaines conditions : la mission d'accueil des
établissements scolaires mais aussi les limites de l'intégration :
"L'élève doit être capable d'une part, d'assumer les contraintes
et exigences minimales qu'implique la vie scolaire et d'autre part, avoir acquis
ou être en voie d'acquérir une capacité de communication. "
De cette volonté de maintenir ou d'intégrer en milieu ordinaire émerge
le besoin de redéfinir le rôle des classes spécialisées.
De nouvelles normes définies par l'OMS incitent à reconsidérer
les élèves de façon positive. Les classes d'intégration
scolaire11 se substituant aux classes spéciales, deviennent une étape
dans le processus intégratif. Elles préparent le passage en classe
ordinaire des élèves qui en éprouvent le besoin, et accueillent
ceux, pris en charge par un service ou un établissement spécialisé,
qui peuvent en tirer un bénéfice au niveau cognitif, scolaire, affectif,
social.
La demande des familles d'une application moins restrictive, et le développement
des actions d'intégration conduisent, en 1995, à la rédaction
d'une circulaire12 concernant l'intégration au collège et au lycée.
On y parle de "nouvelle étape à franchir ", de conditions
nécessaires liées à l'élève - communication, socialisation,
dynamisme -, de formules d'alternance, d'un nouveau dispositif - l'unité pédagogique
d'intégration - pour les jeunes porteurs de handicap mental. On réaffirme
l'intérêt de la concertation et des synthèses, la nécessité
d'un climat favorable dans le collège ou le lycée, d'une sensibilisation,
d'une solidarité et d'un respect des autres et de leurs différences.
On y rappelle le rôle des commissions, particulièrement au niveau du
suivi du projet. L'intégration est un processus dynamique, ouvert et évolutif
qui doit conduire à une progression réelle du développement
de l'élève handicapé. Elle s'appuie sur la convention d'intégration
et le projet individuel de formation.
Conclusion
On constate ainsi que, depuis vingt-trois ans (loi de 1975), la volonté d'élargir
et de généraliser l'intégration a sans cesse été
réaffirmée. Cette succession régulière de textes officiels
marque une réelle volonté d'aboutir à l'intégration du
plus grand nombre. Elle indique aussi le choix de suivre l'évolution des mentalités
et du contexte. Pour autant, elle souligne les freins et les difficultés à
surmonter.
L'intégration en France est considérée comme un processus dynamique.
Il s'agit "d'accueillir et de reconnaître la différence ".
La personne handicapée est acceptée d'abord comme une personne avec
ses différences et ses difficultés13. Elle n'est ni exclue, rejetée,
ni assimilée en tentant une normalisation niant la différence. Cet
aspect est fondamental. Il impose de préciser, pour chacune de ces personnes,
l'accompagnement nécessaire en fonction des besoins évalués.
Il éclaire l'objectif majeur de cette politique : l'éducation à
la citoyenneté. C'est concrètement, la possibilité de favoriser
l'entraide, d'accepter la différence mais aussi de mesurer les similitudes,
d'inciter des échanges et des relations enrichissants.
La situation à laquelle j'ai été confronté illustre bien
cette problématique puisque le Centre Sanitaire Social Pédagogique
de l'Enfance - CSSPE - est une institution spécialisée qui relève
du secteur médico-éducatif, pratiquant l'intégration en milieu
scolaire ordinaire sous diverses formes.
Section III - Le Centre
Sanitaire Social Pédagogique de l'Enfance - CSSPE
I - Les formes d'intégration pratiquées par le CSSPE
Le jardin d'enfants (3-6 ans) :
L'âge des enfants, leurs niveaux de maturité et de développement
étant très différents, des actions individualisées sont
réalisées pour chacun d'entre eux. L'enseignement et les rééducations
spécialisées sont assurés le matin au centre. L'après-midi,
chaque élève est intégré individuellement dans une école
du quartier dans une section correspondant à son âge.
Classe d'intégration _ temps :
La classe accueille des enfants à partir de 6 ans. Les enfants sont intégrés
dans les classes d'accueil _ temps. Le maître d'accueil est assisté
par un maître chargé du soutien, dans sa classe, au moins deux fois
une heure et demi par semaine, ce qui permet de faciliter l'intégration de
l'enfant. Ce suivi permet une liaison entre la classe d'accueil et le milieu spécialisé
afin d'assurer une aide réelle et concrète.
L'objectif de cette classe d'intégration est la socialisation et l'acquisition
de notions scolaires.
D'autres types d'intégration d'enfants de 6 à 10 ans sont entrepris
de manière plus partielle visant surtout une intégration sociale du
fait de la trop grande difficulté pour ces enfants à suivre une scolarité
ordinaire.
II - L'intégration en collège ordinaire
Après avoir réussi depuis plusieurs années des actions d'intégration
individuelles au collège, il est apparu nécessaire pour le centre d'organiser
un mode d'intégration collectif afin d'optimiser les moyens et de proposer
outre un suivi régulier dans la classe d'accueil, un soutien par une équipe
spécialisée au sein même du collège.
Depuis septembre 1994, deux collèges de l'agglomération troyenne reçoivent
des enfants regroupés en fonction de leur handicap (moteur, visuel, auditif).
Durant l'année scolaire 96-97, j'ai conduit l'intégration de jeunes
handicapés de 13 à 18 ans en classe de 5ème et de 4ème
au collège Pithou.
Ils assistent à la totalité des cours dispensés en vue d'atteindre
les mêmes objectifs (acquisition de connaissances, de savoir-faire…) sanctionnés
par le BEPC et participent à l'ensemble des activités du collège
(EPS exceptée). Certains peuvent prétendre y suivre un cycle long alors
que d'autres envisagent une orientation professionnelle à court terme.
Organisée dans le cadre du projet pédagogique individuel de l'enfant,
l'intégration est régie par une convention précisant les objectifs
visés, les moyens mis en oeuvre, la nature et la fréquence des soutiens
spécialisés éducatifs et rééducatifs, enfin le
mode de liaison régulière avec la famille.
C'est dans ce cadre que s'est inscrite mon action auprès des élèves
handicapés. Pourtant, si la nécessité d'un accompagnement pédagogique
m'apparaissait comme une évidence, je m'interrogeais sur le contenu de cette
prise en charge :
Comment l'enseignant spécialisé peut-il préparer, conduire et
améliorer l'intégration de ces jeunes ?
Comment opérationnaliser des objectifs aussi généraux que :
éduquer à la différence, solliciter l'entraide, socialiser,
rendre autonome ?
Quelles aides, tenant compte des élèves handicapés, du fonctionnement
du collège, des compétences de l'enseignant seraient susceptibles de
favoriser l'intégration des jeunes handicapés ?
PARTIE II - Les modalités
de l'intégration
L'enseignant chargé de l'accompagnement des élèves intégrés
dans des classes ordinaires du collège, se trouve confronté aux même
tâches que tout enseignant chargé du soutien à l'intégration.
La particularité de cette mission tient :
- D'une part, à la spécificité des élèves intégrés.
Le handicap moteur revêt une pluralité de formes. Chaque sujet est un
cas particulier. L'ensemble de la prise en charge éducative doit tenir compte
de la nature du handicap, de ses modes d'évolution, des obligations liées
aux soins et aux rééducations, des séquelles et des possibilités
physiques, intellectuelles et psychiques. La préadolescence et l'adolescence
constituent un passage particulièrement délicat chez ces élèves,
ce qui invite à une vigilance accrue et à une écoute attentive.
D'autre part, au fonctionnement du collège. L'enseignant spécialisé
ne s'adresse plus à un interlocuteur unique - l'enseignant de la classe -
mais à une équipe pédagogique élargie. Ceci complexifie
de fait la coordination nécessaire des actions de soutien. Les difficultés
d'accessibilité, d'installation dans la classe, de sécurité,
se trouvent multipliées par le nombre de déplacements nécessaires,
renforçant ainsi les problèmes de lenteur, de fatigabilité chez
certains élèves handicapés. Par ailleurs, la maîtrise
partielle des compétences disciplinaires peut placer l'enseignant spécialisé
dans une situation délicate auprès de ces élèves.
L'analyse des aides apportées tout au long de cette expérience professionnelle
m'a conduit à m'interroger sur leur pertinence par rapport aux attentes des
différents acteurs de l'intégration :
Comment alors mesurer l'efficacité de ces aides posant ainsi le problème
de leur évaluation ?
Comment évaluer leur intérêt dans un projet de formation, d'orientation,
et d'autonomisation ?
Section I - Le handicap moteur et ses conséquences
I - Qui sont les jeunes handicapés moteurs
D'un point de vue médical, le handicap moteur recouvre une extrême diversité
de situations. Certains handicaps résultent de maladies génétiques,
d'autres, d'infections microbiennes virales, d'autres encore, d'accidents au cours
de la période néonatale ou plus tard. Les atteintes se situent à
différents niveaux anatomiques : lésions cérébrales,
atteintes médullaires, maladies du muscle, troubles affectant les os ou les
articulations.
Au-delà de cette approche médicale, on peut distinguer trois principaux
facteurs de différenciation :
Le degré de handicap : il résulte de la localisation des atteintes
et du pronostic d'évolution. Au niveau fonctionnel, on observe un continuum
de variations qui va de la simple gêne articulaire à la paralysie entraînant
une dépendance totale.
L'existence et l'intensité des troubles associés : on peut rencontrer
des déficits sensoriels, cardiaques, respiratoires, et de l'efficience intellectuelle.
Le pronostic d'évolution : il peut aller de la guérison vers une impotence
majeure et parfois même une mort précoce.
II - Les problèmes généraux liés à l'intégration
Quels sont alors les problèmes qui peuvent apparaître dans le cadre
du collège ordinaire ? Ils sont à mon sens de trois ordres.
La personne handicapée moteur rencontre tout d'abord des problèmes
matériels. Ils conduisent à une réflexion sur l'accessibilité
des locaux facilitant le déplacement de façon autonome. Les enseignants
veillent à une installation propice aux apprentissages et les adaptent pour
faciliter la tâche de l'élève et favoriser son autonomie physique.
Il s'agit ensuite de proposer à l'élève un accueil de qualité.
Cela suppose communication, rencontres, recherche de points de convergence entre
les différents partenaires et la famille.
Enfin, l'élève peut rencontrer des difficultés d'ordre psychologique
qui invitent les enseignants à adapter leur pédagogie. Ils élaborent
un projet pédagogique individuel qui précise les capacités maîtrisées,
les manques ou les acquis fragiles. On rencontre le plus fréquemment une fatigabilité
accrue, des difficultés à suivre le rythme de travail, des difficultés
à conceptualiser, des difficultés d'organisation spatiale.
III - Les élèves intégrés
Le CSSPE étant le seul établissement spécialisé du département
pouvant accueillir le handicap moteur, on y rencontre une grande diversité
de situations. Les sept élèves accueillis au collège rendent
bien compte de cette diversité.
L'âge : de 13 à 18 ans
La nature du handicap : un jeune atteint de myopathie de Becker, trois adolescents
cérébrolésés (infirmité motrice cérébrale,
hémiplégie), deux présentent des lésions médullaires
congénitales (spina-bifida), une est atteinte d'ostéogénèse
imparfaite.
Leur autonomie de déplacement : un élève est en fauteuil électrique,
trois utilisent le fauteuil manuel, soit pour prévenir d'éventuelles
chutes, soit de façon occasionnelle pour réduire la fatigue, tous utilisent
l'ascenseur.
Les troubles associés : on peut de façon non exhaustive repérer
des troubles sphinctériens, des troubles de la parole, des problèmes
d'efficience intellectuelle, des réactions affectives, etc.
Section II - Préparer
l'intégration
I - La procédure d'intégration : la convention et le projet d'intégration
scolaire
L'intégration est une organisation concertée des actions de divers
partenaires associés aux familles et à l'élève. C'est
une procédure contractuelle qui requiert deux préalables à caractère
administratif : la convention et le projet14. Ce sont deux documents écrits
qui formalisent la démarche et engagent tous les partenaires.
La convention d'intégration :
Une convention d'intégration15 est établie entre le collège
d'accueil et l'établissement spécialisé et adressée à
l'Inspecteur d'Académie. Conformément à la circulaire du 29
janvier 1983 qui l'institue, cette convention précise les responsabilités
incombant à chacun des partenaires.
Dans le cas qui m'a été donné de rencontrer, la convention présente
les points suivants :
Les caractéristiques du groupe d'enfants concernés : déficience
motrice,
La désignation des enfants concernés par le projet : nom, prénom,
adresse,
Les objectifs de l'intégration,
L'établissement scolaire d'accueil,
Le temps d'intégration prévu : temps scolaire complet sauf heures d'Education
Physique et Sportive (soutien en complément ),
Les mesures nécessaires d'accompagnement pour l'ensemble du groupe,
La personne chargée du suivi de l'intégration : l'enseignant spécialisé,
Les mesures nécessaires d'accompagnement pour chaque enfant. Elles précisaient
exclusivement les rééducations éventuelles (orthophonie, psychomotricité,
ergonomie...) et les aides techniques (téléthèse, code de communication,
ordinateur portable...).
Dans une large mesure, les grandes lignes de cette convention ont été
reconduites pour l'année 96-97. Les modifications ne portaient que sur les
mesures d'accompagnement spécifiques à chaque enfant. Le projet individuel
d'intégration se limitait à ces seules indications.
Aucune précision sur les temps et les contenus de la prise en charge rééducative
n'y figurait. Aucune information d'ordre pédagogique précisant les
actions du maître de soutien ou les adaptations minimales incombant à
l'équipe pédagogique du collège n'étaient mentionnées.
Les évaluations prévues n'apparaissaient pas non plus dans le document.
Le projet pédagogique individuel :
Les textes précisent16 qu'"un soin tout particulier sera apporté
à l'élaboration du projet individuel et à la rédaction
de son volet pédagogique ". Celui-ci précise les objectifs assignés
à la démarche et les moyens mis en œuvre.
Après examen d'autres documents similaires, j'ai pu constater que le projet
du CSSPE était largement perfectible tant dans son élaboration que
dans sa validation. Plusieurs remarques à ce sujet :
De nombreuses rubriques peuvent compléter utilement ce projet : les attitudes
de l'élève, les retentissements du handicap au niveau cognitif, les
niveaux de connaissances, les démarches matérielles et pédagogiques
à adopter, l'évaluation des aides, entre autres,
La rédaction de ce document doit-elle être exclusivement réalisée
par l'enseignant spécialisé, après consultation des différents
rééducateurs et paramédicaux ? L'équipe pédagogique
du collège et plus particulièrement le professeur principal ne doivent-ils
pas y participer ?
Ce document n'est pas joint à la convention. Pourtant, ne serait-il pas intéressant
que l'équipe pédagogique du collège puisse en prendre connaissance
?
L'absence d'un membre de l'équipe pédagogique (professeur principal
de la classe par exemple) lors de la signature de la convention ou des réunions
de synthèse de l'établissement spécialisé ne permet d'impliquer
concrètement l'équipe au projet. En effet, elle ne peut participer
à son évaluation.
II - Le rôle du maître de soutien
Coordinateur privilégié des actions de soutien, son aide m'est apparu
essentielle dans la préparation à l'intégration.
Préparation du soutien :
L'élaboration d'un projet pédagogique individuel m'a conduit à
rencontrer les rééducateurs et les professeurs. J'ai rassemblé
toutes les informations médicales et paramédicales concernant l'élève
handicapé afin d'établir un bilan précis de ses capacités
et de ses difficultés liées au handicap.
Avec l'aide du professeur, j'ai cherché à évaluer précisément
le niveau des connaissances et à repérer les compétences mal
maîtrisées à l'appui des évaluations du collège.
J'utilisais pour cela les programmes17 de 6ème et de 5ème afin de déterminer
les acquisitions en lecture (lecture cursive, compréhension globale d'un texte,
utilisation de table des matières, de dictionnaire), les acquisitions lexicales,
grammaticales ou orthographiques, la qualité des productions écrites
(lisibilité, cohérence du récit, descriptions), les acquis en
mathématiques (numération, résolution de problèmes, géométrie).
C'est à l'aide de ces informations que j'ai pu programmer des actions de soutien
auprès des jeunes handicapés. Ainsi, j'ai proposé à JK
une remédiation en lecture à partir d'un logiciel d'entraînement
à la lecture ; à ZA, de travailler plus particulièrement les
notions lexicales et grammaticales. Pour d'autres, ils étaient invités
à s'exercer à la résolution de problèmes.
Si ces évaluations m'ont permis de repérer les compétences et
les lacunes d'ordre disciplinaire, elles renseignaient rarement sur les compétences
transversales et ne permettaient pas d'inférer les stratégies mises
en œuvre.
En début d'année, l'enseignant spécialisé conçoit
et organise l'emploi du temps18 de chaque élève. Pour chacun, il prévoit
l'organisation des transports, des rééducations, des heures de suivi
au collège, et des heures de soutien au CSSPE. Cette organisation nécessite
une concertation avec les professionnels du CSSPE, les professeurs et le Principal
Adjoint du collège. La conception de cet emploi du temps tient compte des
aspects suivants :
Le regroupement des plages d'EPS qui offre une plage de deux heures pour du soutien
ou des rééducations,
Un temps de transport réduit au tant que possible,
L'utilisation des heures libres de l'emploi du temps pour des évaluations
ou une aide au travail personnel.
Afin de faciliter cette organisation, les rééducateurs de l'établissement
élaborent leur emploi du temps en tenant compte, en priorité, de celui
des élèves de collège. Le Principal Adjoint s'efforce de placer
des heures libres dans l'emploi du temps en début ou fin de demi-journée.
Les professeurs programment leur enseignement en fonction de ma présence ou
non dans la classe.
L'accessibilité, la sécurité et les contraintes matérielles
liées au handicap m'ont conduit à prévoir avec l'ergothérapeute,
une installation précise pour chaque élève dans chaque classe.
Un plan19 indique les procédures d'entrée et de sortie et les priorités
prises en compte : sécurité, installation rapide, interaction avec
le groupe.
Préparer l'entrée au collège :
L'accueil au collège constitue pour les familles une étape décisive
qui marque fortement la reconnaissance de leur enfant en tant qu'être humain
à part entière. Pourtant, c'est un lieu qui apparaît, à
bien des égards, comme complexe et inquiétant. L'enseignant spécialisé
est souvent l'interlocuteur privilégié qui peut informer, rassurer,
transmettre, mettre en relation. Ainsi, alerté par les interrogations récurrentes
des parents des futurs élèves de sixième, j'ai proposé
au directeur du CSSPE et au chef d'établissement une réunion de préparation
à l'entrée en sixième. Présidée par le principal
de collège, cette réunion a permis de répondre aux questions
des parents et des enfants, de poser les difficultés particulières
rencontrées, de visiter l'établissement, levant ainsi les craintes
quant à l'accessibilité, la sécurité, de rencontrer les
différents partenaires. Cette réunion, dont l'intérêt
est apparu évident, pourrait être reconduite lors de chaque rentrée
scolaire.
Les professeurs, eux-mêmes, ne sont pas sans manifester leurs interrogations,
voire leurs inquiétudes. Une information sur le handicap, les possibilités
des élèves est nécessaire. Là encore, l'enseignant spécialisé,
sans être le seul concerné, tient un rôle prépondérant.
En septembre 96, sans formation spécifique, j'étais régulièrement
sollicité mais souvent embarrassé pour répondre à ces
attentes légitimes.
Informant le directeur du CSSPE de mes difficultés, il a été
décidé d'inviter les professeurs du collège à une réunion
d'information dirigée par le médecin de rééducation fonctionnelle
du CSSPE. J'ai pu regretter qu'elle n'ait pas lieu au sein même du collège
minimisant d'autant son impact sur l'équipe pédagogique. Une autre
interrogation m'est aussi apparue : quelles informations est-il souhaitable de transmettre
sans atteindre l'intimité de l'élève handicapé ? J'indiquerai
ultérieurement une réponse possible à ce problème délicat.
Cette liste non exhaustive des aides que peut apporter l'enseignant spécialisé
à l'organisation de l'accueil en collège ordinaire souligne l'intérêt
que présente une préparation concertée. Il me semble qu'une
réunion de début d'année dont les modalités restent à
définir pourrait répondre à cette exigence.
Ainsi, la procédure d'intégration requiert la recherche active d'un
large consensus entre différents acteurs qui doivent émettre un avis
favorable à cette démarche :
La famille,
L'enfant qui donne volontiers son accord percevant cette possibilité comme
une étape vers une plus grande reconnaissance,
La Commission de Circonscription du Second Degré et éventuellement
de la Commission Départementale de l'Education Spéciale,
L'équipe de l'établissement d'accueil. En effet rien n'est possible
sans elle et c'est sa capacité d'accueil qui conditionne une large part du
succès de l'opération.
Section III - Les actions de suivi au collège
Lors des deux premières années de l'intégration au collège,
les élèves handicapés étaient regroupés dans une
même classe. Il avait donc été plus aisé de constituer
une équipe de professeurs volontaires participant activement au processus
d'intégration. Les conditions d'accueil pour l'année 96-97 furent tout
autres. Les choix d'orientation avaient conduit à une répartition sur
quatre classes différentes, impliquant ainsi la quasi-totalité de l'équipe
pédagogique du collège. La qualité de l'accompagnement, les
années précédentes, avait levé bien des réticences
à cette intégration. Quelques professeurs, pourtant, s'inquiétaient
légitimement et redoutaient la prise en charge de ces élèves
et la présence éventuelle d'un adulte… dans la classe.
La première action à mener était donc de les rassurer. Il était
primordial de leur apporter une information claire et précise sur l'autonomie
de déplacement de ces enfants, sur leurs capacités d'action et de communication,
sur leurs compétences scolaires. Il était tout aussi nécessaire
de définir le rôle de l'enseignant spécialisé et de montrer
l'intérêt que pouvait présenter, pour ces enfants et pour les
professeurs, un suivi dans la classe.
Afin d'assurer une bonne participation des enseignants, ma présence en classe
devait s'avérer aussi efficace que discrète. Une nécessaire
sélection des disciplines m'a conduit à privilégier les matières
dites "fondamentales " (français, maths, 1ère langue) et
à rencontrer chaque semaine le professeur principal de la classe.
Dans ce chapitre, je me propose de décrire et d'analyser, de façon
non exhaustive, les aides que j'ai pu m'efforcer d'apporter tout au long de cette
année.
I - L'aide auprès des professeurs de collège
Cette aide dépend, dans une large mesure, de l'enfant handicapé présent
dans la classe. En effet, la diversité des cas que l'on rencontre chez les
personnes handicapées moteurs entraîne une grande diversité de
situations.
L'information :
Il était apparu indispensable d'échanger régulièrement
avec les professeurs du collège dans l'intention de réguler au mieux
la prise en charge de l'élève. Ces rencontres se déroulaient
essentiellement en classe, en salle de professeurs ou lors des réunions de
conseil de classe. Le contenu des informations échangées portait sur
l'attitude de l'élève en classe, sa motivation, ses découragements,
ses difficultés matérielles, son travail personnel (devoirs et leçons),
ses difficultés d'ordre cognitif, sa prise en charge thérapeutique,
les relations avec la famille. Cette mise en commun conduisait alors à une
modulation des actions pédagogiques : aménagement du travail personnel,
soutien...
Ces échanges réguliers contribuaient aussi à recueillir tous
les renseignements d'ordre pratique (absences, projet de visite, de voyage, etc.)
pouvant modifier l'emploi du temps, le transport des élèves et plus
généralement l'organisation de la prise en charge.
Pour le professeur, c'était parfois la possibilité d'exprimer ses interrogations,
ses inquiétudes ou ses doutes. Je m'attachais alors à prêter
une oreille attentive, à partager mes propres impressions. Un climat de confiance
pouvait alors s'installer entre les deux enseignants rendant possible une aide efficace
auprès des élèves.
Toutes ces informations étaient consignées dans un cahier de liaison.
De retour au CSSPE, il servait de base à une réflexion, avec les professionnels
de l'établissement, sur les adaptations et les aides à proposer aux
élèves.
Dans certains cas, l'intervention directe d'un professionnel du centre aurait permis
de mieux cerner les possibilités et les difficultés de l'élève.
Je pense plus particulièrement à l'ergothérapeute ou à
l'orthophoniste qui, dans leur champ professionnel respectif, sont plus aptes à
proposer des solutions pertinentes.
L'aide didactique :
Certains de ces élèves présentaient des difficultés importantes
en mathématiques. JK, hémiplégique, rencontrait beaucoup de
difficultés en ce qui concerne la représentation de l'espace. Il a
donc été convenu, au préalable, d'aborder les nouvelles notions
de géométrie avec ma participation.
Cette décision avait plusieurs objectifs :
Pour le professeur, elle permettait une observation directe des erreurs que je lui
signalais, qu'elles proviennent de la compréhension des consignes, de la stratégie
de recherche ou encore de la connaissance insuffisante des notions nécessaires
à la résolution de la tâche,
Elle permettait d'ajuster rapidement la difficulté des exercices proposés
ou de déterminer l'aide que je devais apporter.
C'était aussi l'occasion d'analyser les erreurs et de programmer les remédiations
envisageables. Je complétais, à cette fin, une fiche de suivi20 qui
regroupait les observations et les commentaires éventuels et qui constituait
la base d'une action de soutien.
Pour MA, enfant I.M.C tétraplégique sans parole, qui communiquait ses
réponses au moyen d'un ordinateur ou d'un communicateur, il s'agissait, par
exemple, de définir quel type de transcription pouvait à la fois assurer
le respect du langage mathématique et être le plus économique
possible. Une équation pouvait donc s'écrire :
(3*x+5)/4=2*x+5 au lieu de (3x+5) : 4 = 2x+5
Des étapes intermédiaires de la résolution devenaient facultatives
chaque fois que l'élève pouvait les réaliser mentalement sans
erreur. Parfois, une âpre négociation s'engageait avec l'élève
lors de la rédaction d'une démonstration afin d 'établir un
compromis entre une nécessaire compréhension de la logique de l'exercice
et un gain de temps maximum.
Deux élèves intégrés en 4ème technologique rencontraient
des difficultés importantes pour calculer et réduire des expressions
fractionnaires. L'observation a permis de constater que les erreurs provenaient d'une
part, d'une mauvaise application de la priorité des calculs et d'autre part,
d'une confusion entre l'addition et la multiplication des fractions. Suite à
une remédiation au CSSPE, J'ai soumis au professeur trois algorithmes de calcul
21élaborés dans le cadre du soutien, qui proposaient un déroulement
séquentiel de la tâche.
Intervenir sur le plan didactique reste cependant une tâche délicate
à bien des égards pour l'enseignant spécialisé. Prévoir
ou repérer les obstacles notionnels, imaginer des situations, des outils,
susceptibles d'aider l'élève à franchir ces obstacles demandent
des compétences disciplinaires solides. Anticiper sur les notions abordées
et proposer au professeur des adaptations didactiques pertinentes demeurent l'exception.
Celle-ci s'élabore le plus souvent en classe avec le professeur.
L'évaluation : Modalités de passation
L'évaluation tient une place prépondérante parmi les aides à
apporter aux professeurs du collège. La lenteur d'exécution de la tâche
qu'occasionnent les difficultés motrices mais aussi les troubles associés,
d'ordre sensoriel ou cognitif, justifient une action spécifique. Ces aides
s'organisaient autour de deux axes fondamentaux : assurer l'égalité
des chances, en tenant compte des difficultés spécifiques de ces élèves,
et garantir la validation du contrôle en s'assurant de l'acquisition réelle
des connaissances.
En amont, j'étais associé à l'élaboration de l'évaluation,
soit en intervenant sur le contenu, soit en modifiant les conditions techniques de
la passation. Ainsi, pour JK, le professeur de mathématiques me consultait
afin de proposer des exercices d'application directe réalisables par l'élève.
Evitant le découragement, JK maintenait ainsi un intérêt minimum
pour la matière. Cet aménagement profitait bien entendu à toute
la classe et plus particulièrement aux autres élèves en difficulté
en mathématiques. Dans le cas de MA, le professeur me proposait le contrôle
quelques jours avant afin de préparer, à partir d'un traitement de
texte, une mise en page adaptée permettant un gain de temps précieux.
Lors de la passation de contrôles courts, ma présence s'avérait
nécessaire auprès de certains élèves sans motricité
fine ou relativement lents sur un clavier. Je pouvais alors poursuivre et valider
l'évaluation en respectant le tiers temps supplémentaire. Le professeur,
déchargé de cette tâche, pouvait poursuivre son cours auprès
des autres élèves.
Un fonctionnement spécifique avait été défini pour les
évaluations et les contrôles longs nécessitant des productions
écrites importantes. J'assumais alors la responsabilité de la passation
soit totalement, soit partiellement, en respectant le temps supplémentaire
autorisé dans une autre salle du collège ou au centre de Chanteloup.
Malgré ces modalités, deux élèves, MA et JP ne parvenaient
pas toujours à respecter le temps imparti lors de productions écrites
importantes (textes, dictée). JP pouvait dicter à l'adulte mais la
validation du contrôle était compromise (compétences orthographiques
non évaluées). Quant à MA (sans parole), il utilisait un code
alphabétique mais cette activité était coûteuse en énergie
et en temps. La fatigue qu'elle occasionnait nécessitait des interruptions
régulières.
II - L'aide auprès des élèves handicapés
L'aide supplétive :
La nouvelle classification internationale du handicap propose un concept tridimensionnel
du handicap. Une des façons de réduire le désavantage lié
au handicap est de pallier, autant que possible, techniquement aux incapacités
spécifiques que rencontrent nos élèves. L'aide que je leur apportais
était de trois ordres :
Une aide physique,
Une aide à la communication,
Une aide à la production d'écrits.
L'installation dans la classe consistait à choisir, pour l'ensemble des élèves
handicapés, l'emplacement le plus judicieux qui pouvait concilier une entrée
et une sortie rapides de la classe sans occasionner de gêne pour les autres
élèves, un confort minimum propice au travail, des déplacements
aisés dans la classe. Il était aussi nécessaire pour certains
de proposer et d'installer des outils spécifiques (machine à écrire,
communicateur, ordinateur, table de dessin). Il fallait alors s'assurer de la proximité
d'une prise de courant. Si quatre d'entre eux avaient une autonomie suffisante (après
une période d'adaptation) pour s'organiser seul, trois élèves
réclamaient régulièrement la présence de l'adulte. Mon
travail consistait, dans un premier temps, à installer l'enfant dans la classe,
à mettre à sa disposition le matériel nécessaire (stylos,
livres, cahiers). Puis, selon les situations d'apprentissage, je devenais le secrétaire
de l'enfant prenant en note le cours et toutes les informations utiles afin d'alléger
autant que possible le travail de l'élève.
Ma présence dans la classe n'étant pas permanente, les élèves
et les professeurs étaient invités à seconder l'élève
en lui proposant une aide physique, des photocopies de cours, la prise en note des
devoirs. Pourtant, si, progressivement l'installation et le déroulement du
cours s'effectuaient pour JK grâce à la participation d'autres élèves,
certains manifestèrent, au fil du temps, de la lassitude ce qui provoqua quelques
tensions au sein de la classe.
La situation de MA, très dépendant, interdisait une prise en charge
par la classe uniquement. Une AMP était donc mise à sa disposition,
par le centre, en l'absence de l'enseignant spécialisé (vingt heures
par semaine).
Dans le cadre du collège, un des problèmes majeurs reste la lenteur
de production des écrits. Deux adolescents I.M.C, MA et JK étaient
confrontés à cette difficulté.
MA, I.M.C tétraplégique et sans parole, ne pouvait produire un écrit
sans outil spécifique. Il était donc muni d'une licorne qui lui permettait
de pianoter sur un communicateur ou un ordinateur. Le choix de l'ordinateur en classe
avait été décidé en collaboration avec l'ergothérapeute.
La nécessité de produire des écrits lisibles et soignés,
dans un temps raisonnable, ainsi que la possibilité de relecture et réécriture
de façon la plus autonome possible s'avérait particulièrement
utile à ce niveau du collège (4ème).
JK utilisait le plus souvent une machine à écrire d'utilisation simple.
En géométrie, je proposais à trois de mes élèves,
un logiciel qui permettait la réalisation de figures dans les mêmes
conditions que le restant de la classe. Pour JP, élève de 5ème,
ou JK, élève de 4ème, j'aidais aussi à la réalisation
de tableaux, de figures géométriques nécessitant l'utilisation
conjointe de plusieurs outils (règle, compas, stylo, table à tracer
…). Mon aide consistait, outre la maintenance du matériel, à m'assurer
de la bonne utilisation du matériel qui réclamait un apprentissage
spécifique, et à prévoir le cas échéant des outils
de substitution.
MA était le seul enfant sans parole et ne pouvait, de ce fait, répondre
directement aux questions orales. Dans le but de permettre une situation de communication
en temps réel, je pouvais intervenir à la demande de l'enfant et exprimer
oralement les réponses qu'il m'indiquait à l'aide d'un code alphabétique
ou de son communicateur. Cette façon de procéder était aussi
utilisée en travail de groupe où les élèves se substituèrent
rapidement à moi. C'était, en mon absence, l'AMP qui remplissait ce
rôle.
Le souci de conduire l'élève vers une plus grande autonomie butait
sur plusieurs contraintes. La situation des élèves les plus dépendants
invitait à une prise en charge conséquente et contraignante de la part
de la classe, ce qui n'allait pas toujours de soi. Malgré les aides techniques
apportées, la production d'écrits restait, pour deux élèves,
problématique et peu compatible avec les exigences du collège. L'utilisation
d'un logiciel permettant la réalisation de tracés géométriques
reposait sur le bon fonctionnement d'un ordinateur portable. Le manque de fiabilité
du matériel employé ne facilitait pas la mise en place de compétences
techniques conduisant à une plus grande autonomie.
L'aide didactique et méthodologique :
Ma présence en classe offrait la possibilité d'une observation directe
de l'élève en situation d'apprentissage. Cette observation portait,
sur le comportement dans la classe, sa motivation, son attention, son aisance à
communiquer, sur son organisation, sur ses connaissances disciplinaires, ses capacités
cognitives. Surtout, Il était possible d'individualiser le travail de l'élève
et de lui apporter une aide spécifique sous la direction du professeur.
L'individualisation consistait, par exemple, à proposer à MA un questionnaire
en début de cours qui se substituait aux questions orales soumises aux autres
élèves. J'assurais alors la passation et l'évaluation.
Avec JK, le professeur proposait des exercices d'application plus adaptés
aux compétences de l'élève. J'étais alors invité
à guider la recherche de l'élève ou à reformuler la notion
étudiée. Il était possible aussi de poursuivre un travail qui
réclamait davantage de temps à l'élève dont j'avais la
charge.
Pour autant, l'essentiel de l'aide apportée était d'ordre méthodologique.
Je m'attachais, pour les élèves concernés, à ce qu'ils
utilisent les outils supplétifs de façon optimale (traitement de texte,
logiciel adapté, etc.). Je veillais à une bonne rédaction, une
mise en page correcte, une orthographe satisfaisante, une suite cohérente
des idées. De plus, j'aidais à la prise en note des cours en préparant,
à l'avance, un plan à compléter, en guidant la recherche des
informations importantes, le repérage des mots clefs. J'avais jugé
ce travail particulièrement utile pour JK qui ne pouvait écrire que
partiellement les cours dispensés. Je sollicitais régulièrement
MA qui bénéficiait d'une secrétaire, dans le but de maintenir
une attention minimum durant le cours
Pour finir, j'encourageais les élèves à bien gérer leur
temps, tout particulièrement lors des contrôles. Ils s'y entraînaient
en préparant des présentations types, des mises en page, grâce
au traitement de texte, en s'efforçant de choisir au préalable les
exercices les plus simples ou les plus adaptés à leurs compétences,
en apprenant à respecter un temps fixé à l'avance.
Présent dans la classe de façon épisodique (environ une heure
par semaine par discipline), je me suis rapidement aperçu qu'il était
difficile de proposer dans l'instant une adaptation didactique ou une stratégie
palliative pertinentes Je me suis souvent heurté à la difficulté
d'anticiper et de préparer les notions abordées. Contraint à
jouer l'unique rôle d'observateur, ma participation restait réduite
et parfois peu efficace.
Section IV - Les actions de soutien au CSSPE
I - L'organisation des actions de soutien
Les actions de soutien stricto sensu, se déroulaient au CSSPE pendant les
heures disponibles de l'emploi du temps dont celles normalement consacrées
à l'Education Physique (pour deux élèves intégrés
en 5ème), tous les mercredis matins (avec l'ensemble des élèves
de 4ème). Deux heures le lundi soir, après la classe, étaient
consacrées, pour les internes, à l'aide aux devoirs avec le concours
d'une éducatrice spécialisée. Il s'agissait alors de proposer
:
Une remédiation adaptée au handicap en fonction des difficultés
rencontrées dans l'acquisition, essentiellement en Français et en Mathématiques,
Une aide méthodologique dans l'organisation du travail en fonction des difficultés
de planification, d'organisation et d'anticipation,
Un renforcement des notions étudiées
Un entraînement aux outils didactiques adaptés selon les cas de figure
: informatique, BCD (Bibliothèque et Centre de Documentation) de l'institution,
Une anticipation sur le travail chaque fois que cela est possible.
Ces actions de soutien avaient lieu uniquement dans l'établissement spécialisé
du fait du suivi médical et paramédical de chaque enfant.
II - L'analyse des erreurs et la remédiation
Une remédiation efficace doit pouvoir s'appuyer sur une évaluation
diagnostique précise. Mais n'étant ni l'enseignant à part entière
de ces adolescents, ni suffisamment compétent dans les disciplines enseignées
au collège, je fus contraint de m'appuyer sur les évaluations et contrôles
proposés par les professeurs. Un bilan global scolaire n'a donc pas pu être
constitué en début d'année. La lecture des synthèses
précédentes rédigées de façon trop générale,
ne m'a pas apporté de renseignements suffisamment précis pour construire
rapidement un programme de soutien cohérent.
C'est donc à partir de l'analyse des évaluations du collège,
en collaboration avec le professeur, puis des bilans d'orthophonie, pour les enfants
qui en bénéficiaient, que j'ai élaboré un projet de soutien
pour chacun des élèves pris en charge. Celui-ci précisait pour
chacun, les compétences disciplinaires ou transversales à travailler.
Sans compétences particulières, c'est surtout la collaboration de l'orthophoniste
et de l'ergothérapeute qui m'a permis de préciser et d'ajuster mon
intervention.
Ma tâche consistait, d'une manière générale, sur la base
de l'analyse des erreurs, à proposer une situation de recherche permettant
l'acquisition ou le réinvestissement d'une notion abordée en cours.
Je proposais alors, en fonction des difficultés rencontrées, des outils
(règles, algorithmes, cours), des stratégies de recherche ou des documents
qui pouvaient aider à surmonter les obstacles. Après un rappel de la
procédure, l'élève s'engageait ensuite dans un travail personnel,
directement lié à la tâche réalisée.
Avec ZA, par exemple, qui avait de grosses lacunes en orthographe, je reprenais tous
les écrits du collège - expression écrite, exposé, recherche,
cours - pour l'aider à prendre conscience de ses erreurs. Dans l'optique d'une
correction, je lui proposais une recherche dans un dictionnaire, dans un tableau
de conjugaison ou la révision d'une règle de grammaire, etc.…
En langue, le professeur me suggérait des activités de mémorisation
du vocabulaire ou d'expressions - description d'images, expression écrite,
questionnaire - ou des exercices de renforcement de règles grammaticales qu'il
corrigeait lui-même.
Cette année de formation me conduit à revoir en profondeur les séances
de remédiation. Une analyse plus fine des compétences et des difficultés
des élèves me permettra de sélectionner avec plus de pertinence
les objectifs principaux à atteindre. La constitution de groupe de besoins
conduira à proposer aux élèves des situations d'apprentissages
favorisant les interactions du groupe. Les contradictions discutées et argumentées
inciteront davantage les élèves à réorganiser leur savoir.
III - L'aide au travail personnel
Deux heures le lundi de 17 heures à 19 heures étaient spécifiquement
consacrées à l'aide au travail personnel mais, bien entendu, l'aide
méthodologique restait un souci permanent tout au long des actions de suivi
et de soutien.
Une éducatrice spécialisée encadrait quatre soirs par semaine
cette étude dirigée. Mon intervention le lundi devait contribuer à
apporter des outils et à dégager les démarches nécessaires
à une bonne méthodologie. Un cahier de liaison permettait d'échanger
des informations entre l'éducatrice et moi-même.
L'aide portait surtout sur les devoirs, sur l'organisation du travail, la gestion
du temps et la recherche documentaire.
Aide aux devoirs :
J'apportais une attention toute particulière à l'apprentissage d'une
leçon car plusieurs de mes élèves rencontraient des difficultés
sérieuses de mémorisation. Je proposais plusieurs stratégies
possibles : se remémorer la leçon avant relecture, dégager les
idées essentielles, surligner les mots clefs, repérer l'enchaînement
des idées, lire la leçon à haute voix, écrire ce que
l'on a retenu etc.…J'incitais les élèves à réapprendre
la leçon après le cours, au moment de la réalisation d'un exercice,
la veille de chaque cours. Il est à noter que les élèves s'engageaient
dans cette activité de façon très volontaire, mais le temps
que réclamait la mémorisation d'une leçon était largement
incompatible avec les exigences du collège, la quantité de devoirs.
L'aide aux devoirs consistait à inciter l'élève à relire
la leçon avant l'exercice, à en vérifier la compréhension,
à reprendre la notion étudiée, à vérifier la compréhension
en faisant reformuler les consignes de l'exercice, à confronter les réponses
avec l'objectif de l'exercice, à relire le travail réalisé pour
le corriger. Dans bien des cas, cependant, les contraintes de temps, les priorités
ne nous permettaient pas d'approfondir les démarches, de les formaliser et
d'entraîner les élèves de façon satisfaisante.
Faire prendre conscience à l'élève des procédures qu'il
utilise, l'inciter à utiliser d'autres stratégies, l'aider à
choisir les plus adaptées à la tâche restent une préoccupation
majeure pour l'année prochaine.
Une organisation adaptée :
Un autre travail, surtout chez nos élèves handicapés, où
le temps est une dimension plus prégnante encore que pour nous, exigeait toute
mon attention : la gestion du temps. C'était prévoir avec l'élève,
un programme de travail personnel en cohérence avec son emploi du temps, l'inciter
à le respecter, dégager du temps pour la réalisation de devoirs
longs, pour une lecture régulière, pour une recherche particulière.
Mais, c'est aussi savoir anticiper en fonction des conditions. Cet accompagnement
était totalement individualisé et le plus souvent informel. Il m'est
apparu difficile de dégager des principes généraux opérationnels
tant cette activité est soumise à des situations diverses.
La gestion du temps dépend, bien entendu, d'une bonne organisation matérielle.
Ai-je les outils nécessaires à la réalisation de la tâche
? Mes cours sont-ils bien ordonnés, bien classés, accessibles facilement
? Mes notes sont-elles claires, lisibles et les mots importants soulignés
? Le plan apparaît-il clairement ? Mon travail est-il réalisé
avec soin ? Le questionnement, le résultat sont-ils suffisamment apparents
?
Plus spécifique, pour nos élèves, des outils adaptés
permettent eux aussi un gain de temps appréciable dans une démarche
supplétive mais surtout augmentative. C'est pourquoi, une aide méthodologique
appropriée devait inclure la maîtrise et l'entraînement à
l'utilisation de ces outils. C'est à l'occasion de situation de recherche
ou de production que s'exerçait le plus souvent cet apprentissage. JK réalisait
l'ensemble de son travail écrit sur une machine à écrire fiable
et facilement transportable. L'aide consistait à lui proposer une présentation,
une rédaction adaptée à l'outil utilisé. Le traitement
de texte s'avérait plus intéressant. Il permettait de préparer
des modèles pour chaque type de productions : présentation de devoirs,
d'exercices (en fonction des matières), plan de cours pour notes. Il permettait
de modifier la mise en page, de changer certains paramètres pour une meilleure
lisibilité (couleur, taille, etc.…). La maîtrise du traitement de texte
nécessitait un entraînement régulier.
Des logiciels didactiques ou spécifiques offrent des possibilités tout
à fait intéressantes pour nos élèves : encyclopédie,
logiciel de tracés géométriques, etc. Ce domaine est resté
très largement sous exploité. Ma connaissance restait très lacunaire
et certains outils peuvent offrir encore des possibilités insoupçonnées.
La présence de l'ergothérapeute pour certaines activités m'apparaît
comme une solution intéressante.
La recherche documentaire :
Les heures de soutien s'effectuaient presque exclusivement à la BCD22 du centre
de Chanteloup. J'avais choisi volontairement ce lieu pour avoir accès à
toute la documentation disponible et pour exercer systématiquement les élèves
à la recherche documentaire. Une encyclopédie sur Cdrom offrait une
autonomie plus grande à mes élèves les plus désavantagés.
Guider la recherche, c'était choisir avec l'élève les documents
les plus intéressants, en fonction du thème, du nom de l'auteur. C'était
aussi proposer plusieurs pistes de recherche à partir de plusieurs mots clefs.
C'était surtout, apprendre à dégager l'essentiel des informations
recueillies. Ce travail s'effectuait au cas par cas et je n'ai pas pu organiser un
apprentissage systématique.
Il me semble tout à fait pertinent de développer les compétences
nécessaires requises pour ce type de travail. La lecture des compétences
transversales23 des programmes de 6ème en fait explicitement état.
Partie III - Quelques propositions
pour un nouveau projet d'intégration
L'intégration doit être perçue comme un processus dynamique.
On ne peut donc pas imaginer que les modalités du projet d'intégration
se conçoivent comme fixées définitivement. Les progrès
réalisés, les équipes remaniées, les programmes transformés,
l'évolution des mentalités, des situations nouvelles et des élèves
qui évoluent, tout concourt pour ajuster régulièrement le mode
de prise en charge.
Après une première phase d'accueil et d'installation plutôt réussie,
puisque j'ai pu me fondre assez facilement dans cette organisation, il apparaît,
après analyse, et suite à ma formation, envisageable de soumettre de
nouvelles propositions visant, d'une part, à optimiser mon action et, d'autre
part, à favoriser une intégration sans cesse plus élargie.
Section I - La préparation
Divers aspects de la préparation me sont apparus (nous l'avons vu précédemment)
incomplets et parfois même absents. Je parlerai plus particulièrement
du projet pédagogique individualisé, de l'information au collège
et des évaluations à envisager.
I - Le projet individuel d'intégration
Dans une large mesure, l'élaboration et la validation de la convention de
l'intégration m'ont semblé satisfaisantes. L'accord de tous les partenaires
était recherché, les modalités générales de la
prise en charge étaient mentionnées.
Pourtant, la lecture des textes et la nécessité de proposer à
ces élèves un parcours différencié conduisent à
l'indispensable rédaction d'un projet individuel d'intégration et tout
particulièrement à son volet pédagogique. L'analyse de la situation
préciserait les compétences de l'élève, ses ressources,
ses difficultés, ses intérêts et ses besoins. Les appréciations
des différents personnels qui interviennent auprès de l'élève
permettraient d'enrichir la connaissance de celui-ci. La définition des objectifs
généraux pourrait s'élaborer avec l'ensemble de l'équipe
éducative. L'enseignant spécialisé s'intéressera plus
particulièrement aux aspects transversaux. Parmi les moyens déjà
prévus (matériel, personnel) figureraient les adaptations nécessaires
à la réalisation d'une tâche par l'élève, ainsi
que l'aide apportée par l'adulte (aide physique, méthodologique). Si
pour des contraintes de temps, la rédaction du projet spécifiquement
pédagogique incombe, de fait, à l'enseignant spécialisé,
elle ne peut se réaliser sans concertation avec l'équipe pédagogique
du collège. Cette dernière ne se sentira vraiment impliquée
dans le processus d'intégration que si elle participe à l'élaboration
ou à la validation du projet d'intégration.
II - L'information
Bien que l'intégration soit devenue une situation coutumière au collège,
il semble judicieux d'apporter aux professeurs, en début d'année, des
informations utiles à un enseignement adapté. L'enseignant spécialisé
ne peut seul s'acquitter de cette tâche. S'il coordonne les différentes
actions auprès de l'élève, il n'est pas la seule personne à
pouvoir intervenir au collège. Il est souhaitable que les professeurs du collège
connaissent tous les professionnels du centre et leurs rôles, et puissent s'adresser
éventuellement à l'un d'entre eux, s'ils le désirent. De plus,
l'enseignant spécialisé ne peut seul décider des informations
qu'il est utile de transmettre. La participation de l'équipe de l'établissement
spécialisé lui assure alors, au-delà de sa réflexion
personnelle, une garantie supplémentaire. Enfin, l'enseignant spécialisé
ne peut pas toujours apporter une réponse complète et satisfaisante
et d'autres professionnels fourniront dans ce cas des informations précises,
spécifiques à leur domaine de compétences.
L'organisation, chaque début d'année scolaire, d'une réunion
d'informations qui présenterait tous les aspects d'un accompagnement à
l'intégration, me semble tout à fait appropriée. Elle permettrait,
outre les remarques citées plus haut, de présenter et de discuter,
pour chaque élève intégré, le projet individuel d'intégration.
III - L'évaluation
Comme je l'ai dit précédemment, aucune évaluation des aides
apportées ne figurait dans la convention. Dans le projet pédagogique,
les contrôles disciplinaires étaient les éléments uniques
d'évaluation des compétences des élèves.
J-P Garel24 précise : " Le bien-fondé et les effets des actions
entreprises peuvent être évalués au regard des critères
d'efficacité, d'efficience, de pertinence et de cohérence. "25
Evaluer l'efficacité, c'est s'assurer que l'objectif défini a été
atteint. L'élève a-t-il bien acquis la compétence recherchée
?
Evaluer l'efficience, c'est apprécier les bénéfices obtenus
à la mesure des efforts consentis ou des effets négatifs possibles.
Evaluer la pertinence, c'est interroger la validité du projet. Les objectifs
fixés étaient-ils appropriés (nécessité, priorité,
difficulté) ? Les moyens mis en œuvre sont-ils suffisants, utiles, adaptés
?
Evaluer la cohérence, c'est rechercher les contradictions qui peuvent exister
entre les intentions préalables et les actions entreprises.
L'intérêt que porte l'enseignant spécialisé à l'aide
méthodologique l'amènera à considérer plus particulièrement
les compétences transversales de l'élève qui apparaissent rarement
au collège. Les nouveaux programmes du collège26 montrent, surtout
en 6ème, un intérêt accru pour ce type de compétences.
Le rôle de l'enseignant spécialisé qui a une vision globale de
l'élève prend alors tout son sens et l'intervention de celui-ci, lors
des conseils de classe ou des réunions de synthèse, y gagnera en intérêt.
Malgré tout, il ne peut alourdir un programme déjà bien chargé.
Il est possible, à mon sens, d'éviter cet écueil en ciblant
précisément les objectifs à évaluer, en utilisant autant
que possible, l'analyse des contrôles effectués au collège et
en organisant une évaluation formative avec les élèves dans
le cadre du soutien.
Section II - Les actions de suivi
S'il m'apparaît indispensable de mettre en place des actions de suivi régulières
en début d'année, pour certains élèves, il est possible
d'espacer la fréquence de ces rencontres, devenues trop formelles pour que
l'on puisse en tirer des bénéfices suffisants. Progressivement, une
meilleure connaissance de l'élève, du handicap et du rôle de
l'enseignant spécialisé permettent au professeur d'adapter son enseignement
sans aide spécifique. L'adolescent handicapé peut alors retrouver un
statut d'élève à part entière. La venue de l'enseignant
spécialisé n'est, en effet, pas toujours bien perçue car elle
stigmatise sa condition de personne handicapée. Le professeur retrouve, quant
à lui, toute sa responsabilité pédagogique auprès de
cet élève.
Certaines heures sont ainsi libérées. L'emploi du temps de l'enseignant
spécialisé devient modulable et il lui est alors possible de cibler
davantage ses actions autour de plusieurs axes : un suivi déterminé
en fonction des difficultés (cognitives, de motricité fine, méthodologiques)
repérées, une participation aux actions éducatives concernant
l'ensemble de l'équipe éducative, l'élaboration et la réalisation
de projets nouveaux au sein du collège. Cette disponibilité, rendue
possible par une analyse précise des besoins, permettrait à l'enseignant
spécialisé de retrouver un rôle plus actif au sein de la classe
et offrirait au collège, une personne ressource susceptible de participer
à des projets novateurs.
I - Des actions de suivi préparées
Après une période d'adaptation nécessaire, le repérage
et l'analyse, avec le professeur, des difficultés rencontrées par les
élèves vont conduire l'enseignant spécialisé à
recentrer son action. Il peut ainsi anticiper et préparer son intervention
autour d'une compétence disciplinaire ou transversale précise. On peut
citer d'une part, la notion de proportionnalité, les propriétés
des quadrilatères, la construction de figures planes et d'autre part, la résolution
de problème, la compréhension de lecture, la prise de notes. Ceci permettrait
d'établir une programmation raisonnée, de préparer avec le professeur
des adaptations techniques, didactiques, de proposer, dans la classe, des exercices
de renforcement ou de remédiation pertinents. L'intérêt de la
présence de l'enseignant spécialisé dans la classe se trouverait
ainsi renforcé.
II - Participation à des actions éducatives
Dans le cadre du collège rénové27, des actions éducatives
doivent être mises en place. Il s'agit des études dirigées, de
l'éducation civique, de l'éducation à l'orientation. Il est
précisé que la conduite de ces actions concerne l'ensemble de l'équipe
pédagogique du collège. L'enseignant spécialisé doit,
à mon sens, participer à ces actions éducatives, partager ses
savoirs et savoirs-faire avec l'équipe pédagogique du collège
et faire accepter plus aisément le principe d'intégration.
L'intérêt des études dirigées est à nouveau réaffirmé
: " Les effets des études apparaissent très positifs". Elles
visent "à préparer aux méthodes de l 'enseignement secondaire28
". Il est précisé plus loin qu'un des objectifs est d'aider chaque
élève à se doter de méthodes de travail. Invité
à réfléchir sur les aspects méthodologiques qui conditionnent
la réussite d'une tâche, l'enseignant spécialisé peut
apporter une aide efficace au professeur. Il pourra, par exemple, prendre en charge
un groupe d'élèves, proposer ou construire avec eux des outils méthodologiques,
se proposer comme personne ressource dans le cadre d'une recherche au CDI29.
D'après les nouvelles orientations, l'éducation civique s'élabore
autour de deux axes : l'heure hebdomadaire assurée par le professeur d'histoire-géographie
et la prise en charge de cet enseignement par l'ensemble de l'équipe pédagogique.
L'enseignant spécialisé qui participe à la politique d'intégration
doit aussi s'inscrire dans cette approche innovante. Ses compétences auprès
des élèves handicapés, son attention auprès des enfants
en difficultés, le conduisent tout naturellement à informer et à
éduquer les élèves à la différence et à
la citoyenneté. Il sensibilise les élèves aux difficultés
liées au handicap ; il les invite, par exemple, à porter le cartable,
à photocopier certains cours, à prendre en note les devoirs. Les élèves
intégrés sont amenés, eux aussi, à s'investir. En effet,
deux d'entre eux ont été élus, l'année précédente,
représentants d'élèves et ont participé ainsi aux conseils
de classe.
L'éducation à l'orientation engagée dès la cinquième
permet, là encore, à l'enseignant spécialisé de s'investir
dans la réalisation de ce projet. Il pourra préciser les potentialités
des élèves handicapés, infléchir les représentations
spontanées d'incapacité, rechercher avec les élèves des
lieux de stage, les accompagner dans leurs démarches. Il pourra engager avec
l'élève une réflexion sur son avenir social et professionnel
en tenant compte des difficultés pour certains à s'engager dans cette
démarche.
III - Des projets intégrants
L'intégration des élèves est une démarche volontaire
qui tend à faire évoluer les représentations attachées
au handicap. Il est nécessaire d'en rappeler les enjeux auprès de tous
les acteurs mais surtout d'étendre et d'intensifier ce processus. L'élaboration
et la conduite de projets thématiques ou de formation est un moyen d'action
privilégié. De plus, les élèves handicapés, plus
souvent passifs qu'agissants, peuvent trouver l'occasion d'exprimer des désirs
et de les mettre en œuvre30.
A titre d'exemple, un projet de séjour linguistique et culturel à Rome
m'a conduit à rédiger un dossier spécifique31 qui précisait
: les objectifs pédagogiques, éducatifs et thérapeutiques du
séjour, les moyens spécifiques nécessaires apportés par
l'établissement spécialisé ou prévus sur place. L'enfant
est alors amené à prendre conscience des aménagements qui lui
sont nécessaires lors d'un déplacement. Il peut prendre certains aspects
de la préparation à sa charge : réunir le matériel nécessaire
fourni par l'établissement, préparer ses affaires personnelles, rédiger
des courriers, etc.
La nouvelle organisation de l'enseignement au collège offre la possibilité
dans le cycle central, de proposer des parcours diversifiés. Ceux-ci visent
à "construire les apprentissages en valorisant les domaines d'excellence
des élèves. Ils relèvent d'une pédagogie du détour
qui donne sens à la formation et fait saisir aux élèves les
finalités des apprentissages.32 " Il s'agit d'apprendre autrement à
l'occasion d'activités motivantes et valorisantes. Distincts des activités
périscolaires et des activités de soutien, les parcours diversifiés
doivent s'organiser autour d'un projet pédagogique qui associe l'ensemble
des membres de l'équipe éducative. La prise en compte des compétences
transversales permet d'envisager la participation active de l'enseignant spécialisé.
Cependant, cette dernière reste encore à définir.
Des échanges encore informels, avec un professeur de français, ont
permis d'envisager un projet de journal scolaire. L'enseignant spécialisé
peut tout à fait s'y investir. Il pourra aider à la saisie des textes,
à leur correction ou à leur mise en page. Certains élèves
handicapés, particulièrement compétents dans ce domaine, trouveront
là une occasion de se valoriser. La réalisation d'enquêtes, de
reportage nécessitera des moyens (transports, accompagnements, adaptations)
dont l'enseignant spécialisé peut se charger.
De nombreuses expériences en EPS, au collège, montrent qu'une extension
de l'intégration est possible. La circulaire relative à l'organisation
et à l'évaluation des épreuves d'EPS, pour les élèves
handicapés et inaptes partiels, réaffirme "la nécessité
de respecter le droit des handicapés à ne pas être exclu et répond
à l'obligation de la pratique de l'éducation physique et sportive pour
tous les élèves 33".
Dans la pratique, J-P Garel constate que : "Parmi les multiples facteurs de
succès, on notera la présence d'un enseignant spécialisé…
ou… d'un professeur d'EPS de l'établissement spécialisé…34".
Si cette volonté naît le plus souvent de l'équipe des professeurs
d'EPS du collège, l'enseignant spécialisé doit l'encourager
ou la susciter par un accompagnement dans l'élaboration du projet, et dans
sa mise en œuvre.
Dans un premier temps, sans doute modeste et limité à quelques activités
(la natation, l'orientation, par exemple), il appartiendra à l'enseignant
spécialisé en collaboration avec le professeur d'EPS, à l'appui
des textes réglementaires, de faire connaître les potentialités
des élèves et d'adapter les situations d'enseignement. Les parcours
diversifiés sont, là encore, un moyen privilégié pour
mettre en place ces activités (heures banalisées par exemple).
Section III - Les actions
de soutien et la remédiation
I - La remédiation cognitive
La formation suivie cette année m'a amené à considérer
d'autres possibilités de remédiations (A.R.L, P.E.I, verbalisation).
Le postulat général est que l'intelligence est éducable35, c'est-à-dire
qu'il est possible de développer un moyen de méthodes spécifiques,
des stratégies mentales permettant la réussite dans les apprentissages
et l'adaptation à des situations nouvelles.
On peut distinguer plusieurs attributs principaux qui sous tendent ces démarches
:
La valorisation des processus : on considère qu'il est préférable
de faire acquérir des processus mentaux plutôt que des connaissances.
On propose alors des situations où le contenu disciplinaire est secondaire,
voire absent,
La valorisation de la cognition : l'affectivité du sujet est reléguée
au second plan. Le pédagogue préfère considérer que c'est
essentiellement au moyen d'exercices cognitifs que l'on peut faciliter le développement
intellectuel. La valorisation de l'image de soi serait alors consécutive aux
progrès cognitifs observés,
La valorisation des processus métacognitifs : le sujet est amené à
prendre conscience de son propre fonctionnement mental afin de mettre en œuvre des
processus de contrôle et de régulation. On peut, par exemple, lui proposer
des stratégies relatives au contrôle de l'impulsivité ou à
la planification de l'activité. Le langage permet de reformuler, d'évoquer
une représentation qui donne sens à la tâche, de contrôler
son action,
La revalorisation du rôle de médiateur : l'enseignant est amené
à jouer le rôle de médiateur. Il s'intercale entre le sujet apprenant
et le monde physique pour orienter l'activité mentale, en adaptant le niveau
de difficulté des tâches, en maintenant l'attention, en facilitant l'évaluation
des résultats.
Au-delà de l'information sur l'intérêt et les limites de ces
pratiques remédiatives, il m'est apparu évident qu'une formation était
nécessaire pour mettre en place ces actions au sein de l'établissement
(auto-formation, projet de l'établissement).
Cette année, j'ai choisi, compte tenu du profil des élèves intégrés
au collège Pithou, de travailler régulièrement avec Alain CROUAIL,
professeur de mathématiques au Lycée Toulouse-Lautrec de Vaucresson,
qui propose à certains de ces élèves une verbalisation non plus
spontanée mais systématisée, en vue d'une véritable stratégie
palliative.
II - La verbalisation
Le cadre théorique36 :
L'idée de faire verbaliser systématiquement des élèves
pour les aider à résoudre les tâches proposées, plus particulièrement
en mathématiques, est née de l'observation des performances chez des
enfants I.M.C. atteints d'apraxie visuo-spatiale (A.V.S.).
Ce trouble associe :
Un trouble de l'organisation du geste qui résulte d'un défaut de programmation
et de planification de divers mouvements composants un geste complexe appelé
dyspraxie,
Un trouble du regard qui résulte d'une anomalie de l'organisation complexe
de la motricité des globes oculaires et, tout particulièrement, la
poursuite oculaire. A certaines vitesses ou dans certaines amplitudes, l'enfant ne
peut réaliser de poursuite linéaire mais a recours à des saccades,
Un trouble de la construction de certains composants de la spatialisation.
On peut relever des aspects importants :
Les troubles des notions topologiques prédominent nettement dans l'espace
à deux dimensions,
Les obliques sont difficilement reconnues, appariées ou réalisées,
On constate chez ces élèves un décalage significatif entre leurs
capacités de logique de conceptualisation et d'abstraction, et leur performance
en mathématiques, tout particulièrement lors des tâches de dénombrement,
de numération (numération de position) et de géométrie.
Ainsi, de façon générale, ces enfants ont les plus grandes difficultés
à extraire des informations pertinentes et cohérentes de données
essentiellement visuelles. Leur proposer alors du matériel à manipuler
ou à observer ne peut que renforcer leurs difficultés.
Au contraire, il serait préférable de passer à un stade plus
formel, plus abstrait qui permet d'appréhender la tâche de façon
analytique et séquentielle. La verbalisation est un moyen pour ces jeunes
de s'approprier le problème en transformant les informations figuratives en
une suite séquentielle de mots précis.
Un exemple de verbalisation :
Rémi, en classe ELAN37 doit résoudre le problème suivant : Tu
dois carreler une pièce de 3,80 m x 3 m avec des carreaux de 20 cm x 20 cm.
Après une première verbalisation au magnétophone qui le conduit
chez un marchand de bricolage pour acheter les outils nécessaires, Rémi
explique :
" Je commence par carreler et je fais une première rangée puis,
je commence la deuxième rangée, puis la troisième… "
Rémi s'arrête, visiblement embarrassé, et explique qu'il ne sait
pas.
Alain CROUAIL lui propose alors l'aide suivante :
" Imagine les carreaux. Pour carreler la pièce, tu pars d'un coin de
la pièce et tu te poses la question : Quelle distance ai-je parcourue ? ".
Rémi reprend alors sa verbalisation. Il retourne chez le marchand de bricolage,
arrive chez lui, s'aperçoit qu'il a oublié la colle, repart, puis finalement
commence son travail.
" J'ai mesuré les dimensions de la pièce. La longueur est de 3,80
m, la largeur est de 3 m. Je commence par la longueur. J'ai fait la première
ligne. Je suis à la deuxième… J'ai dû recouvrir une longueur
de dalles. Je commence la deuxième ligne et j'ai oublié de mesurer
la longueur du carreau. Je sais qu'elle est de 20 cm… et j'ai trouvé combien
de carreaux j'ai mis sur une longueur !
C'est 3,80 : 0,20… Je peux donc placer 19 carreaux dans la longueur. "
Sans verbaliser, il calcule 3 : 0,20 = 15 et n'éprouve aucune difficulté
pour écrire 15x19.
Après analyse, Alain CROUAIL et moi, avons perçu la difficulté
de Rémi à s'approprier le problème. Les retours successifs chez
le marchand (j'arrive, je retourne, je repars, j'ai oublié) semblent le signifier.
Dans sa première verbalisation, il réalise des rangées qui représentent
une dimension de la pièce. La deuxième dimension n'apparaît pas
clairement. De plus, il ne parle pas des carreaux. La partie (le carreau) ne se distingue
pas clairement du tout (la rangée).
Dans sa seconde verbalisation, les deux dimensions de la pièce sont clairement
identifiées. Puis, un travail séquentiel s'organise :
" Je commence par la longueur ".
La partie (le carreau) commence à exister lorsqu'il parle "d'une longueur
de dalle " et se distingue du tout (la longueur) lorsqu'il dit :
" J'ai oublié de mesurer la longueur du carreau ".
Conclusion :
D'après Alain CROUAIL, cette pratique à base de verbalisation, qui
propose un travail à caractère analytique et séquentiel peut
être bénéfique aux jeunes présentant des difficultés
visuo-spatiales, praxiques, de représentation mentale des situations évoquées,
de repérage dans l'espace38.
Néanmoins, un apprentissage est nécessaire et c'est une méthode
coûteuse en énergie et en temps. Certains de ces élèves
ont néanmoins pu poursuivre leurs études en systématisant cette
démarche mentalement, sans le support du magnétophone.
La disparition, l'année prochaine des classes ELAN et GTI39, place Monsieur
CROUAIL dans une situation similaire à celle que j'ai rencontrée et
l'invite à s'interroger sur son action future. Un entraînement a pu
se mettre en place dans le cadre de ces classes adaptées mais peut-il être
réalisé, même avec l'aide du professeur de mathématiques,
sous forme de soutien lors d'une intégration en classe ordinaire ? La question
mérite d'être posée.
Conclusion
Mon intention était de déterminer ce que pouvait être le rôle
de l'enseignant spécialisé chargé de l'intégration de
jeunes handicapés moteurs en collège ordinaire. J'ai choisi pour cela
de partir de l'analyse des aides proposées lors de cette expérience
professionnelle. Si mes interrogations ont porté principalement sur les aspects
pédagogiques de l'aide, le rôle de coordination des actions a pris une
place sans cesse croissante dans ma réflexion. Relais des différents
acteurs de l'intégration, le maître de soutien rend possible une adaptation
rapide de la prise en charge des handicapés en informant l'établissement
spécialisé comme le collège, des modifications, des difficultés,
des projets. Il est aussi celui qui peut provoquer et organiser des rencontres, des
réunions autour d'un objectif clairement identifié.
Les textes officiels ne définissent pas ce rôle de façon explicite
et la littérature reste peu prolixe sur ce sujet. Ceci peut s'expliquer par
une diversité étendue des situations et par une prise en compte encore
récente de l'intégration dans le second degré. La définition
de ce rôle dépend, dans une large mesure, des situations locales et
des moyens mis à la disposition des équipes.
La volonté d'aider l'élève handicapé à entrer
dans un processus d'autonomie, l'accent porté, dans les textes officiels du
collège rénové, sur l'acquisition de méthodes de travail
et de compétences transversales, la formation pluridisciplinaire de l'enseignant
spécialisé conduisent ce dernier à privilégier l'aide
méthodologique. Cependant, que penser de l'observation suivante que nous propose
Delhom ?
" En dehors d'une méthode d'organisation de travail, somme toute assez
banale, l'adulte se trouve confronté non à une méthodologie
passe-partout mais à une démarche que chaque discipline requiert et
qu'il faut connaître en même temps que les savoirs qui l'on fait naître40.
"
Cette idée est largement renforcée par les propos des didacticiens
des différentes disciplines comme par exemple, G Vergnaud, psychologue et
didacticien en mathématiques, qui affirme que :
" La spécificité des problèmes d'apprentissage mathématique
se trouve dans les mathématiques elles-mêmes
41. "
Ainsi, le soutien apparaît comme un travail exigeant en ce qui concerne la
compétence. La maîtrise d'une discipline permet de discerner en profondeur
l'obstacle sur lequel l'élève achoppe, et de trouver rapidement ce
qui va permettre de l'aider. L'enseignant spécialisé peut encore assurer
ce soutien, avec quelques lacunes de temps à autre, jusqu'à la fin
de la classe de cinquième. Au-delà, il peut se trouver en limite de
compétences. Une solution passe, peut-être, par une collaboration accrue
entre les différents personnels concernés par l'intégration.
Le projet individuel d'intégration en est l'instrument.
L'intégration en collège ordinaire ne vise pas uniquement l'acquisition
de connaissances. Il est tout aussi essentiel que l'élève handicapé
puisse échanger et établir des liens avec les élèves
non handicapés. L'accès à une plus grande autonomie conditionne
dans une large mesure la qualité de ces échanges.
La pédagogie de projet qui rend possible l'expression du désir et permet
à l'élève de devenir acteur de ses apprentissages, m'apparaît
comme un moyen privilégié pour développer les relations entre
les élèves et engager la personne handicapée dans un processus
d'autonomie.
Bibliographie :
Francis Delhom, Quelques enjeux de l'intégration des adolescents sourds dans
le second degré, in Courrier de Suresnes, n°68.
1 M. Lesain-Delebarre, Le guide de l'adaptation et de l'intégration scolaires,
NATHAN, 1996, p12
2 Handicapped people in the European community leaving independantly in an open society
3 Philippe Fuster et Philippe Jeanne, Enfants handicapÈs et intÈgration
scolaire, 1996, p16
4 M. Lesain-Delebarre, Le guide de l'adaptation et de l'intÈgration scolaires,
NATHAN, 1996, p35
5 Document d'Ètude, textes rÈglementaires rÈcents, Centre national
de Suresnes, 1997
6 Circulaire ni 82/2 et 82-048 du 29 janvier 1982
7 Circulaire ni 83 082, 83-4 et 3/83/S du 29 janvier 1983
8 Loi ni 89- 466 du juillet 1989, Loi d'orientation sur l'Èducation.
9 Circulaire ni 90-082 du 9 avril 1990
10 Circulaire ni 91-302 du 18 novembre 1991, IntÈgration scolaire des enfants
et adolescents handicapés.
11 Circulaire ni 91-304 du 18 novembre 1991, Scolarisation des enfants handicapÈs
‡ l'Ècole primaire (CLIS)
12 Circulaire ni 95-124 du 17 mai 1995, IntÈgration scolaire des prÈadolescents
et adolescents présentant des handicaps au collège et au lycée.
13 Pierre-Henri Vinay, L'intÈgration scolaire : concepts, modËles, pratiques,
in, IntÈgration scolaire d'adolescents prÈsentant un handicap dans
les Ètablissements du second degrÈ, Revue du CERFOP ni10
14 Circulaire ni 83 082, 83-4 et 3/83/S du 29 janvier 1983
15 Annexe 1
16 Circulaire ni 95-124 du 17 mai 1995, IntÈgration scolaire des prÈadolescents
et adolescents prÈsentant des handicaps au collËge et au lycÈe.
17 Programmes de 6Ëme, du cycle central, direction des lycÈes et collËges,
CNDP
18 Annexe 2
19 Annexe 3
20 Annexe 4
21 Annexe 5
22 BibliothËque et centre de documentation
23 Programmes de 6Ëme, du cycle central, direction des lycÈes et collËges,
CNDP
24 Professeur au Centre national d'Ètudes et de formation pour l'enfance inadaptÈe,
Suresnes
25 J-P Garel, projet individualisÈ et discipline d'enseignement, in Le Courrier
de Suresnes, ni69, p21
26 Programmes de 6Ëme, du cycle central, direction des lycÈes et collËges,
CNDP
27 Organisation de la formation au collËge, DÈcret ni 96-465 du 29 mai
1996, B.O ni10 du mars 1997
28 Organisation des enseignements au collËge, circulaire 97- 052 du 27 fÈvrier
1997, B.O ni10 du mars 1997, p118
29 Centre de Documentation et d'Information
30 G deVECCHI, Aider les ÈlËves ‡ apprendre, Hachette, p197
31 Annexe 6
32 Organisation des enseignements au collËge, circulaire 97- 052 du 27 février
1997, B.O n°10 du mars 1997, p120
33 Circulaire ni94-137 du 30 mars 1994, BO ni15du 14 avril 1994
34 L'intÈgration en EPS dans le second degrÈ, dossier intÈgration
dans le second degrÈ, in Courrier de Suresnes, ni68, p57
35 Michel Huteau et Even Loarer, L'Èducation cognitive, in Sciences humaines,
ni12, p28
36 Michelle Mazeau, Les troubles de type AVS chez les enfants I.M.C, in Courrier
de Suresnes, ni64, p45
37 Classe adaptÈe de l'EREA Toulouse-Lautrec
38 A Crouail, Les mathÈmatiques : difficultÈs, stratÈgie d'apprentissage,
Lire Ecrire Compter, La vie active, p77
39 Classes adaptÈes de l'EREA Toulouse-Lautrec
40 Francis Delhom, Quelques enjeux de l'intÈgration des adolescents sourds
dans le second degrÈ, in Courrier de Suresnes, ni68, p26
41 G Vergnaud, Psychologie du dÈveloppement cognitif et didactique des mathÈmatiques,
Grand N, ni38,1986
- Page 12 -