l'intégration en milieu scolaire
ordinaire des enfants IMC
atteints de dyspraxies visuo-spatiale
GUY REVEILLAC de Figeac dans le Lot
SOMMAIRE
v
1. INTRODUCTION
2. L'INFIRMITÉ MOTRICE CÉRÉBRALE,
UN TERME AMBIGU
2.1. DÉFINITIONS
2.2. DIFFÉRENTES CLASSIFICATIONS DES TROUBLES MOTEURS
2.3. CLASSIFICATION PAR ÉTIOLOGIE ET REGROUPEMENT SYNDROMIQUE
3. LA DYSPRAXIE VISUO-SPATIALE
3.1. UN TROUBLE PRAXIQUE DU GESTE
3.2. LES TROUBLES NEURO-VISUELS
3.2.1. La vision .
3.2.2. Le regard
3.3. LA SPATIALISATION
4. LE GRAPHISME ET L'ÉCRITURE MANUSCRITE
4.1. LE DESSIN
4.2. LES EXERCICES GRAPHIQUES
4.3. L'ÉCRITURE MANUSCRITE
4.4. QUE FAIRE ?
4.5. AU FINAL
5. LA LECTURE
5.1. DIDACTIQUE(S)
5.2. CONSÉQUENCES PÉDAGOGIQUES
5.3. LA RECONNAISSANCE DES MOTS
5.4. QUE FAIRE AVEC LES ENFANTS I.M.C. DYSPRAXIQUES ?
5.5. AU FINAL :
6. LES MATHÉMATIQUES
6.1. LES PROBLÈMES
6.1.1. La verbalisation
6.2. LA GÉOMÉTRIE
6.3. LE COMPTAGE
6.3.1. Le « compte » n'est pas... le nombre
!
6.3.2. Définitions du « subitizing » et du comptage.
6.3.3. Que faire ?
6.4. LE SYMBOLISME
6.5. AU FINAL
7. L'ÉDUCATION PHYSIQUE ET SPORTIVE
7.1. LES BESOINS
7.2. AU FINAL :
8. CONCLUSION
9. BIBLIOGRAPHIE
1. INTRODUCTION
Dans le département du Lot, où j'exerce, il n'existe pas d'établissement
spécialisé pour les en-fants déficients sensoriels ou handicapés
moteurs. Pour ces enfants a été créé, en 1992 par l'A.P.A.J.H.*,
un S.E.S.S.A.D.** autonome : le « S.A.S.I. » (service d'aide et de soutien
à l'intégration) qui possède un triple agrément (enfants
malvoyants ou malentendants ou handicapés moteurs) et dis-pose de locaux,
à CAHORS, pour certains soins et certaines rééducations.
En ce qui concerne la scolarité de ces enfants, la densité de population,
très faible, fait qu'il n'existe pas non plus de C.L.I.S. 2, 3, ou 4 dans
le département. Les enfants déficients sensoriels ou handicapés
moteurs sont donc scolarisés soit très loin de chez eux, en internat,
soit intégrés dans le milieu scolaire ordinaire près de leur
domicile. Pour aider leur intégration scolaire, quatre maîtres itiné-rants
de soutien à l'intégration (M.I.S.I.) ù deux pour les déficients
auditifs, un pour les déficients visuels et un pour les handicapés
moteurs ù travaillent en collaboration avec le S.A.S.I. et sous la di-rection de
l'I.E.N.-A.I.S. Le nombre d'enfants handicapés moteurs étant trop important
pour un seul maître itinérant, l'Inspection Académique a décidé
de proposer une formation au CAAPSAIS option C pour couvrir les besoins. Après
de nombreuses années, dans des postes différents, j'ai demandé
à sui-vre cette formation pour plusieurs raisons : d'abord parce que je suis
sensibilisé aux problèmes de l'enfant handicapé (je suis membre
depuis plusieurs années, et administrateur depuis deux ans, du comité
départemental de l'A.P.A.J.H.), ensuite parce que j'ai éprouvé
le besoin de varier ma pratique professionnelle.
Si tout va bien, je serai donc l'an prochain « maître itinérant
de soutien à l'intégration » pour les enfants et adolescents
handicapés moteurs. Pour me préparer à mon futur poste, je me
suis parti-culièrement intéressé, lors de ma formation au C.N.E.F.E.I.,
aux différents aspects de l'intégration en milieu scolaire ordinaire
des élèves handicapés moteurs. Je pensais ù à tort ù
que les problèmes des apprentissages scolaires de ces enfants relevaient essentiellement
des conséquences psychologiques de leurs troubles moteurs. Or, ce n'est pas
si simple et nombreux sont les enfants handicapés moteurs qui possèdent
des troubles cognitifs associés et ont besoin d'une pédagogie adaptée
à leurs difficultés spécifiques.
Parmi les enfants handicapés moteurs, ceux qu'on nomme les « I.M.C.
» (Infirmes Moteurs Cérébraux, que je définirai) souffrent
parfois d'un syndrome appelé « dyspraxie visuo-spatiale. » Avant
de décrire les caractéristiques de cette affection, signalons qu'elle
a été (et est peut-être encore) trop méconnue, sans doute
parce qu'elle ne se révèle vraiment que lors des apprentissages fondamen-taux
de l'école. Je me centrerai sur les difficultés scolaires induites
par la dyspraxie visuo-spatiale dans quatre domaines :
- Le graphisme et l'écriture manuscrite, qui se trouvent au carrefour de nombreux
ap-prentissages de l'école primaire.
- La lecture qui, par son rôle important dans tous les apprentissages, constitue
l'enjeu prin-cipal de la scolarité.
- Les mathématiques parce que les difficultés de l'enfant I.M.C. dans
ce domaine sont une quasi constante de sa scolarité, à tel point que
cela a pu être parfois considéré comme un de leurs particularismes.
- L'éducation physique et sportive enfin parce que la tentation est forte
de priver ces en-fants, plutôt maladroits, des activités physiques et
sportives de leur classe, ignorant par-là les retombées importantes
dans d'autres champs.
La dyspraxie visuo-spatiale, fréquente dans la population concernée,
est redoutable par ses conséquences sur les apprentissages scolaires. Nombreux
sont les professionnels qui estiment qu'elle ne peut être surmontée
que par ce qu'Aimé Labregère appelait « le détour obligé
par le milieu spécialisé ». Tout en admettant la bonne foi de
cette opinion, j'essaierai de voir quelles peuvent être les modalités
de prise en charge de l'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie visuo-spatiale pour une
intégration scolaire réussie en milieu ordinaire.

Méthodologie :
J'ai volontairement choisi de réaliser ce mémoire dans la perspective
de ma future pratique professionnelle. Outre les lectures d'articles ou d'ouvrages,
j'ai complété ma réflexion par des observations directes et
des entretiens avec des enseignants.
Il ne m'a pas été possible ùà une exception prèsù d'observer
des enfants I.M.C. atteints de dyspraxie visuo-spatiale intégrés en
classe ordinaire. J'ai pu, cependant, rencontrer les deux institutrices qui sont
chargées de l'intégration des enfants handicapés moteurs dans
les écoles de PARIS.
Mes observations et les entretiens avec les enseignants ont donc été
essentiellement réalisés en établissement spécialisé
:
1. Dans une classe de G.S.-C.P. (composée d'enfants handicapés moteurs
ayant des troubles oculomoteurs) de l'E.R.E.A Jacques BREL, hôpital Raymond
POINCARÉ à GARCHES,
2. Lors de séances d'arts plastiques, menées par un professeur spécialisé,
dans la même école.
3. Dans les deux C.E.2 de l'école élémentaire de l'E.R.E.A TOULOUSE-LAUTREC
à VAUCRESSON qui accueille des enfants handicapés moteurs.
4. Dans le CM2 de la même école où je participais à un
atelier d'expression écrite, une fois par semaine, dans le cadre de la formation
du C.N.E.F.E.I.
2. L'INFIRMITÉ MOTRICE
CÉRÉBRALE, un terme ambigu
2.1. Définitions
Le terme d'Infirme Moteur Cérébral (I.M.C.) a été créé
en 1954 par le professeur Guy TARDIEU. Celui-ci voulait étudier un groupe
d'enfants qui, parmi d'autres infirmes physiques victimes de lésions cérébrales
précoces et fixées, se distinguaient par des capacités mentales
intactes. « Ils [les I.M.C.] ont en commun une lésion fixe d'origine
prénatale affectant plus ou moins gravement la motricité mais laissant
intactes, totalement ou en grande partie, les capacités mentales et relationnelles
» écrivait-il.
Selon Madame le Dr TRUSCELLI , une certaine interprétation, à l'époque,
de la théorie des stades de PIAGET aurait pu laisser entendre que le manque
d'expérience sensori-motrice et de pratique sur l'environnement aboutirait
à des difficultés majeures de l'élaboration mentale. Or l'observation
de ces enfants montrait qu'il n'y avait pas de parallélisme entre l'état
de la motricité et celui des autres fonctions supérieures. C'est donc
pour défendre la cause des I.M.C., ainsi définis, et leur droit à
la scolarisation dans les meilleures conditions possibles que l'£uvre de TARDIEU
s'est affirmée et ce bien avant la loi de 1975. Nombreux sont les soignants
et les éducateurs qui s'inscrivent aujourd'hui dans le prolongement de l'£uvre
de TARDIEU. Pour ne rapporter qu'un seul témoignage, on peut citer celui d'une
I.M.C. titulaire d'une thèse de Sciences de l'Éducation : Catherine
GUÉROULT, qui, dans un livre particulièrement émouvant , lui
témoigne une très grande admiration.
En 1968, le professeur TARDIEU propose une définition plus large de l'Infirmité
Motrice Cérébrale : « ... c'est la conséquence d'une lésion
pré, péri, ou postnatale précoce et non évolutive. Elle
consiste en une paralysie aux manifestations variables qui, dans certains cas, touche
l'organe phonatoire. Elle peut s'accompagner d'atteintes sensorielles et d'atteintes
partielles des fonctions supérieures à l'exception d'une déficience
intellectuelle. » Cette définition fut à l'origine des anciennes
annexes XXIV bis de 1970 consacrées aux seuls enfants I.M.C.
Un peu plus tard, le Comité Médical National d'Étude et de Traitement
(présidé par le Dr Maurice CAHUZAC) a fait évoluer cette définition
et créé le terme d'Infirmité Motrice d'Origine Cérébrale
(I.M.O.C.) pour « englober toutes les atteintes cérébrales survenant
avant l'âge de six ans, presque uniquement dans la période périnatale,
mais dans laquelle l'élément essentiel est l'élément
moteur, quels que soient les handicaps associés » Cette disposition
témoignait d'une volonté de proposer à des enfants présentant
les troubles moteurs des I.M.C., mais avec présence d'une déficience
intellectuelle, le même type de prise en charge éducative. Toutefois,
dans la révision de 1995 de la Classification Internationale des Maladies,
les rédacteurs insistent sur l'ambiguïté du terme I.M.C. ou I.M.O.C.
qui associe une notion physiopathologique et une déficience.
Les sigles I.M.C. ou I.M.O.C. ne sont employés qu'en langue française,
les anglo-saxons emploient le terme de « Cerebral Palsy », terme créé
par PHELP en 1949 et défini en 1969 de la façon suivante : «
La Paralysie Cérébrale est un désordre permanent et non immuable
de la posture et du mouvement dû à un dysfonctionnement du cerveau avant
que sa croissance et son développement ne soient complets » On le voit,
la « Cerebral Palsy », qui élude complètement le problème
de l'élaboration mentale, n'est pas la traduction exacte d'I. M. (O.) C.
Aujourd'hui, le sigle I.M.C. est toujours largement utilisé même si
les neuro-pédiatres français préfèrent mettre en avant
la notion de « lésion cérébrale. » Ils appréhendent
l'enfant au cerveau lésé dans son ensemble en tentant d'évaluer
les séquelles motrices et/ou neuropsychologiques ou autres (comitiales, relationnelles,
sensorielles).
2.2. Différentes classifications des
troubles moteurs
Les troubles moteurs des I.M.C. sont classés selon la topographie des atteintes
(hémiplégie, diplégie, triplégie ou quadriplégie)
ou selon l'aspect fonctionnel de ces atteintes dont les principales sont : la spasticité,
l'athétose, la dystonie, la dyskinésie, l'ataxie et les troubles cérébelleux.
Je ne définirai que la spasticité puisque c'est essentiellement cette
pathologie qui est présente dans le groupe d'enfants concerné. La spasticité
se caractérise par une hypertonie des muscles les plus sollicités (les
fléchisseurs pour les membres supérieurs et les extenseurs pour les
membres supérieurs) due à une lésion du système pyramidal.
Il en résulte un déséquilibre entre les muscles agonistes, qui
ont tendance à se rétracter et les muscles antagonistes, hypotoniques.
2.3. Classification par étiologie et
regroupement syndromique
Mais il est plus utile aux équipes de se référer à une
classification qui tient compte de l'étiologie et décrit un regroupement
syndromique. Dans une telle classification, une catégorie est constituée
d'enfants I.M.C., généralement anciens prématurés, atteints
de diplégie de type spastique (ou diplégie de Little), mais qui se
développent normalement, pendant les premières années, aussi
bien au niveau du langage qu'au niveau intellectuel et social . Un grand nombre d'entre
eux, sont atteints d'un trouble associé appelé dyspraxie visuo-spatiale.
On ne peut pas dire avec précision combien d'enfants sont concernés
par un tel tableau, puisque, dans un article de 1994 , le professeur Ph. LACERT note
qu'il n'existe pas d'étude française récente et précise
sur l'étiologie des I.M.C. Cependant, il cite des études qui montrent
que l'on observe une augmentation régulière, en pourcentage, des prématurés
parmi les I.M.C. et il estime que « 10% à 15% des prématurés
représentent les 2/3 ou les 3/4 des I.M.C. ».
3. LA DYSPRAXIE VISUO-SPATIALE
Il est important pour un instituteur de connaître les troubles des fonctions
cognitives dus à des lésions ou des dysfonctionnements cérébraux,
d'une part pour mieux appréhender le travail des rééducateurs
et, surtout, pour mieux comprendre comment l'enfant atteint se construit et concevoir
des adaptations pédagogiques indispensables. Madame le Docteur MAZEAU a longuement
décrit, dans un de ses ouvrages , la dyspraxie visuo-spatiale. Sans avoir
la prétention de résumer son livre, nous allons tenter de dire quelles
sont les caractéristiques de ce trouble en nous référant beaucoup
à son travail, qu'elle place dans le courant de la neuropsychologie infantile.
La dyspraxie visuo-spatiale est un trouble cognitif qui associe :
1) Un trouble praxique du geste.
2) Un trouble neuro-visuel du regard et parfois aussi de la vision.
3) Un trouble de la construction de certains composants de la spatialisation.
3.1. Un trouble praxique du geste
Un trouble praxique (ou dyspraxie ) du geste est un trouble affectant la planification
des divers mouvements composants un geste complexe. Tous les gestes finalisés
supposent la gestion de plusieurs mouvements élémentaires (pré-inscrits
dans les zones motrices primaires), des adaptations posturales, des régulations
spatiales et temporelles, le tout étant finement coordonné. Tout au
long de l'enfance, l'apprentissage des gestes s'effectue sous l'effet d'essais et
d'erreurs successifs et entraîne la constitution de schèmes que l'on
garde en mémoire. Ces schèmes contiennent toutes les instructions qui
permettent la réalisation de nos gestes : ce sont les praxies.
On ne peut donc parler de dyspraxie qu'en l'absence de troubles moteurs primaires
ou sensitifs (voire comportementaux) qui, à eux seuls, compromettraient la
réalisation du geste. Il ne s'agit pas non plus d'une insuffisance d'apprentissage,
ni d'un déficit mental, ni d'une opposition de l'enfant, qui est motivé.
Les neurologues classent les dyspraxies en deux catégories selon de la nature
des gestes considérés :
* Les dyspraxies dites « non constructives » concernent des gestes dans
lesquels les mouvements élémentaires se succèdent de manière
linéaire (séquentielle) comme la dyspraxie idéatoire qui est
un trouble de la manipulation d'un objet ou d'un outil (par exemple allumer une allumette)
alors que l'objet et sa finalité sont connus, ou la dyspraxie idéomotrice
(qui concerne les gestes symboliques et les mimes) ou bien encore la dyspraxie de
l'habillage.
* Les dyspraxies constructives concernent les activités où domine l'organisation
de divers éléments pour constituer un tout. La dyspraxie visuo-spatiale
appartient à cette deuxième catégorie. L'enfant atteint aura
des difficultés dans tous les jeux de construction (cubes, briques ô Lego
ö etc...) où l'intention de réalisation de l'objet désiré
(la maison, le camion) dépend davantage de l'arrangement des éléments
entre eux que de la difficulté de manipulation d'un élément.
Les enfants atteints de dyspraxie ont toujours des troubles neuro-visuels et cela
n'est pas fortuit puisque la vue joue un rôle très important dans la
construction des praxies.
3.2. Les troubles neuro-visuels
Les troubles neuro-visuels sont des troubles du traitement cérébral
des perceptions visuelles et sont totalement indépendants des défauts
de l'£il considéré comme un simple (bien que remarquable) récepteur.
Nous empruntons encore à Madame MAZEAU le schéma de l'organisation
fonctionnelle des voies visuelles. Ce schéma montre bien la distinction entre
les voies du regard et les voies de la vision.
3.2.1. La vision .
Lorsque la rétine perçoit un signal, le cerveau doit organiser la perception
en opérant une succession de traitements, l'intégrer à l'ensemble
des connaissances déjà acquises et mémorisées et enfin
donner du sens à cette perception : l'ensemble de ces opérations sophistiquées
sont les gnosies visuelles. Les troubles gnosiques sont très étranges
et difficiles à diagnostiquer. Les troubles (neuro-visuels) de la vision ne
font pas forcément partie de la dyspraxie visuo-spatiale, mais ils peuvent
se surajouter aux troubles du regard qui, eux, en font partie intégrante et
avec lesquels il ne faut pas les confondre. Le plus grave est la cécité
corticale ; elle désigne l'impossibilité totale de décoder les
informations visuelles qui pourtant arrivent bien sur la rétine. La pathologie
gnosique la plus courante est l'agnosie des images qui est très difficile
à diagnostiquer et qui peut exister à des degrés différents
et à des intensités variables.
3.2.2. Le regard
Les troubles du regard sont des troubles praxiques « quasi constants chez l'ancien
prématuré victime de lésions cérébrales. »
La mobilité du globe oculaire est assurée par six muscles dont la maîtrise
permet d'orienter la zone la plus sensible de la rétine (la fovéa)
en direction du stimulus. La complexité de cette praxie et le grand nombre
de centres corticaux que cette praxie met en £uvre fait que les troubles oculomoteurs
sont très fréquents chez les jeunes I.M.C. Les troubles peuvent être
:
1- Un strabisme alternant (l'information est prise soit par un £il soit par l'autre)
qui, s'il préserve l'acuité visuelle des deux yeux, compromet la perception
de la 3° dimension.
2- Des troubles de l'acuité visuelle, qui ne sont pas liés à
un défaut de réfraction de l'£il.
3- Des troubles du champ visuel (le plus souvent dans la partie inférieure).
4- Des troubles de la stratégie du regard dont on peut isoler trois grand
types : la fixation, la poursuite, (jusqu'à une certaine vitesse limite est
lisse et régulière chez un individu valide) et l'exploration qui permet
de trouver un élément recherché dans un espace donné.
Ces troubles du regard, qui peuvent être discrets ou bien massifs, vont gêner
directement un certain nombre d'apprentissages scolaires, mais ils vont aussi avoir
une autre conséquence sur la construction de la spatialisation.
3.3. La spatialisation
La spatialisation est un des deux concepts fondamentaux portés sur la liste
des compétences transversales des trois cycles de l'école primaire
(l'autre concept étant celui de temps avec lequel il est intimement lié).
Les articles que nous avons pu lire sur la question de la construction spatiale chez
les enfants cérébro-lésés sont parfois un peu contradictoires;
cependant il ressort les points de convergence suivants :
1ùLa capacité pour un enfant de structurer peu à peu l'espace, c'est-à-dire
structurer l'espace du corps propre puis de l'espace environnant n'est pas indépendante
de l'intégrité de son système nerveux central.
2ùL'importance des actions motrices et le rôle fondamental du déplacement
dans la construction de l'espace sont souvent soulignés . Il semble donc important
de les favoriser au maximum, même si la mobilité réduite de certains
enfants pose des problèmes.
3ùLe regard joue un rôle central dans la construction spatiale. Ce rôle
central du regard conduirait les enfants à des troubles spatiaux très
particuliers, notamment en ce qui concerne la capacité de situer les objets
les uns par rapport aux autres (la topologie).
4ùLa non-perception des obliques est classique chez les jeunes I.M.C.; certains d'entre
eux éprouvent des difficultés importantes dans l'espace à deux
dimensions alors qu'ils sont normalement performants dans l'espace à trois
dimensions.
5ùMalgré les obstacles, les enfants cérébro-lésés
arrivent à construire, par d'autres voies, des aspects de la construction
spatiale, notamment grâce au « vocabulaire spatial », il semble
donc opportun de favoriser au maximum la connaissance verbale de l'espace. Cela montre
aussi que l'on aura intérêt à s'attacher à comprendre
quelles stratégies compensatrices l'enfant aura mis en £uvre pour lui permettre
de s'approprier, à sa façon, qui n'est pas classique, les notions d'espace.
Il est précisé que « ... ces concepts fondamentaux se construisent
dans toutes les activités de l'école primaire. » C'est dire que
la construction de la spatialisation est une tâche extrêmement complexe
et qu'en ce qui concerne le jeune I.M.C. intégré dans une classe ordinaire,
il est capital qu'il ne soit pas privé d'une activité scolaire particulière.
L'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie visuo-spatiale va donc avoir, en plus de son
trouble moteur primaire, trois troubles ù praxique, neuro-visuel et spatial ù intriqués
dans des rapports singuliers. Au plan affectif, la révélation de ce
trouble peut avoir des conséquences douloureuses pour ses parents. Après
avoir admis que leur enfant aurait des difficultés motrices, il leur faut
maintenant accepter qu'il aura aussi des difficultés scolaires, alors que
son développement social et verbal laissait augurer du contraire. Etre handicapé
moteur a des conséquences sur le comportement général et plusieurs
études psychologiques ont abordé ce sujet. Voici, de manière
très synthétique, quelques éléments :
Dans un article de 1980, qui continue à être souvent cité, Dominique
COLIN souligne que la limitation d'autonomie physique « induit la passivité
» parce que les parents et les professionnels ont trop souvent tendance à
aller au devant des besoins des enfants. Dans une recherche menée en 1990,
les auteurs notent une grande conformité de l'enfant IMC intégré
en classe, en soulignant qu'il est plutôt moins perturbateur, qu'il renonce
plus rapidement devant les difficultés et semble peu anxieux quant à
sa propre réussite. Mais ce dernier point, selon les auteurs, est lié
à la peur de l'exclusion de cet enfant, « l'école étant
perçue comme un lieu de normalisation et de ressemblance dont il ne faut à
aucun prix se faire exclure. Ce faisant, un cercle vicieux va s'installer où
le désinvestissement des apprentissages va s'instaurer au profit de la socialisation
[...] ».
Avant d'aborder les disciplines que j'ai choisies, cette remarque met en évidence
une grave dérive que peut entraîner l'intégration d'un enfant
handicapé moteur dans une classe ordinaire.
4. LE GRAPHISME ET l'ÉCRITURE
MANUSCRITE
...puis ils se sont tous retrouvés assis derrière les tables lilliputiennes,
immobilité et silence, tous les mouvements du corps contraints à domestiquer
le seul mouvement de la plume dans ce corridor à plafond bas : la ligne !
Langue tirée, doigts gourds et poignet soudé... petits ponts, bâtonnets,
boucles, ronds et petits ponts...
Daniel PENNAC, Comme un roman, Gallimard 1992
Au début de l'école maternelle, les premiers tracés sont le
résultat d'une expérimentation physique où « l'enregistrement
graphique des mouvements développe leur contrôle et leur précision.
» Lors de ces premiers exploits graphiques, le plaisir du geste prime mais,
progressivement, l'enfant s'approprie ces figures porteuses de sens : le dessin est
alors, pour l'enfant, « un moyen important de décrire la réalité
et d'en rendre compte. Il apprend à transcrire une narration ou une description
verbale par le dessin ». L'âge auquel un enfant est capable de tracer
un rond, un triangle ou de dessiner un « bonhomme-têtard » est
relativement connu et sert d'indicateur (parmi d'autres) du niveau de développement
intellectuel. L'enfant dyspraxique va éprouver, dans l'activité graphique,
des difficultés directement liées à son trouble, sans pour autant
préjuger de ses capacités intellectuelles.
4.1. Le dessin
L'enfant atteint de dyspraxie visuo-spatiale produit des dessins peu ou mal structurés,
et ce n'est que progressivement qu'il va mesurer l'écart qui existe entre
son projet et sa réalisation informe et maladroite. Surtout lorsqu'il compare
ses réalisations à celles de ses camarades et qu'il réalise
que les adultes ne voient pas l'aspect figuratif qu'il a voulu donner à son
dessin. Petit à petit il va se désintéresser des activités
de dessin, comme il s'est désintéressé des activités
de construction et de puzzle, puisqu'il se trouve en situation d'échec, mais
il ne s'agit pas d'une déficience intellectuelle. Une piste intéressante
de contournement de ces difficultés en dessin consiste à proposer des
outils simples qui permettent d'obtenir une bonne qualité esthétique
avec un geste déficient.
4.2. Les exercices graphiques
Comme l'exprime Daniel PENNAC, l'acte graphique est un geste délicat qui met
en jeu la motricité globale de l'enfant (immobilité de la posture)
et sa motricité fine (réglage des gestes du bras, de la main) sous
le contrôle visuel (la coordination oculo-motrice). Lors des exercices graphiques,
préparatoires à l'écriture, l'objectif est : « d'apprendre
à établir des codes implicites, signes, symboles pour des communautés
diverses (famille, classe, autres groupes...). » L'enfant dyspraxique ne pourra
pas mobiliser sa main aussi bien que ses camarades, que ce soit sur le plan de la
préhension de l'instrument ou au niveau de la conduite des tracés.
Il lui est difficile, surtout si le modèle est présent, de reproduire
des figures simples, particulièrement lorsque celles-ci comportent des obliques
ou des cercles. La répétition des exercices n'améliorera pas
la qualité des productions puisque, la plupart du temps, les mêmes erreurs
seront répétées. Il conviendra donc d'être très
tolérant avec la qualité de ses productions. On acceptera que, dans
ce domaine, il en fasse moins que les autres, mais sans le priver de la partie signifiante
de ces activités graphiques menées avec la classe. Jean Bergès
affirme que ô ces incapables du dessin vont apprendre à écrire sans
difficulté majeure et que leur écriture, arrivés en C.E.2, est
en tout point comparable à celle de leurs condisciples ö. Peut-être
convient-il de relativiser cette affirmation qui ne doit pas être comprise
comme le fait que les enfants dyspraxiques n'auront pas de problèmes pour
se doter d'une écriture manuscrite, mais dans le sens qu'il ne faut pas directement
préjuger de la future écriture en se fondant sur la qualité
du dessin.
4.3. L'écriture manuscrite
Nous savons depuis Ferdinand Buisson que l'apprentissage de l'écriture doit
être mené simultanément à celui de la lecture, voir le
précéder. Chez l'enfant valide, l'apprentissage de l'écriture
manuscrite cursive est long et complexe et s'effectue selon deux axes : le premier
est sémantique, le second est moteur. En effet, dès le cycle 1, l'enfant
découvre, d'abord, à quoi sert l'écriture et les rapports qu'elle
entretient avec le langage et, simultanément, il apprend différents
types de tracés. Ces tracés ne seront vraiment automatisés que
vers la fin du cycle 2, et leur vitesse s'améliorera encore plus tard. Il
s'agit là d'un apprentissage praxique.
L'enfant atteint de dyspraxie visuo-spatiale va donc éprouver des difficultés
en écriture dues, d'abord, à son trouble praxique. Et dans son désir
de bien faire, l'enfant va se contracter (phénomène de paratonie) et
être encore plus gêné. Les difficultés sont aussi dues
à son embarras à se repérer dans un espace plan. De surcroît,
tous les repères sensés baliser cet espace (les lignes, les marges,
les carreaux) ne lui seront d'aucun secours, mais au contraire vont le perturber
davantage. Ainsi, certains enfants arriveront à reproduire des mots sans exigence
de la taille des lettres, d'interligne ou de mise en page, mais n'arriveront pas
à intégrer tous ces paramètres de complexité. Cependant
ces difficultés peuvent être discrètes, et ne révéler
qu'une lenteur et une relative irrégularité. La dysgraphie dyspraxique
se distingue de la dysgraphie la plus courante qui est une pathologie de la trace
liée au refus inconscient d'écrire. Elle se caractérise par
une aggravation lors de la copie directe (avec le modèle sous les yeux) et
par un tracé de la lettre réalisé par petits morceaux. Marie-Alice
DU PASQUIER cite le cas d'un enfant de dix ans incapable de recopier une cycloïde
élémentaire mais capable de la tracer lorsqu'on lui demande d'imaginer
qu'il s'agit d'une suite de « e attachés ». Cet exemple , extrême,
indique que, dans certains cas, un enfant dyspraxique peut contourner la difficulté
en ne se fiant pas à ses yeux.
4.4. Que faire ?
En cas de grosses difficultés, on peut être amené à renoncer
à l'apprentissage de l'écriture manuscrite, et proposer le recours
à un clavier. Certes, l'écriture est un instrument important de l'activité
intellectuelle, mais il est capital que toutes les capacités de l'enfant ne
soient pas absorbées par un acte moteur trop laborieux ù parce que jamais
automatisé ù et qu'il reste partiellement disponible à la signification
de ce qu'il fait. Si le recours à un clavier est décidé ( par
l'équipe du S.E.S.S.A.D.) il semble important que l'enfant prenne dès
le début l'habitude d'écrire en ne regardant pas les touches et en
ayant en perspective la position standardisée des doigts. Dans ce cas, la
collaboration avec l'ergothérapeute sera bien sûr indispensable. Le
recours à un clavier doit être envisagé comme un détour
obligé, et non comme un renoncement total et définitif à l'acquisition
d'une écriture manuscrite.
En cas de difficultés plus légères, les principes pédagogiques
habituels avec des enfants devront être respectés, mais avec une attention
encore plus soutenue. À savoir :
- l'activité d'écriture doit toujours avoir un sens : on écrit
parce que l'on a à raconter, à se souvenir, à remercier ou à
correspondre.
- La posture corporelle doit être convenable, car c'est le corps tout entier
qui écrit. Ce point est particulièrement important avec un jeune I.M.C.
notamment pour minorer une paratonie et des adaptations particulières pourront
être nécessaires avec l'aide de l'ergothérapeute du S.E.S.S.A.D.
Par exemple : une table évidée au niveau de la poitrine de manière
à permettre un bon appui de l'avant-bras.
- Penser à varier les outils des tracés et les supports (stylo, stylo-bille,
feutre, craie etc...)
- Varier aussi les différents types de tracés de lettres (écriture
cursive, script, imprimerie, bâton...)
- Veiller à ce que les tracés des lettres se fassent toujours de la
même façon, pour favoriser la mémoire kinesthésique et
éviter les retours en arrière et les coupures de mots.
- Si l'écriture liée est trop difficile pour lui, se contenter de l'écriture
script qui élude le problème des attaches entre les lettres, mais en
étant très vigilant sur les espaces entre les mots qui doivent être
plus larges que les espaces entre lettres.
- Associer le mouvement à sa description verbale (« on monte, on tourne
vers la gauche et on redescend tout droit puis on tourne vers la droite ...»)
- Cependant, pour l'enfant dyspraxique, il faudra proscrire la copie avec le modèle
présent, et l'entraîner à la copie différée. Ce
sera d'ailleurs un objectif spécifique de l'amener à transformer lui-même
un exercice de copie de modèle en exercice de copie différée
et de ne pas se « fier à ses yeux ». Par ailleurs, il pourra être
opportun de ne pas lui demander tous les divers tracés que l'on proposera
aux autres enfants. Les difficultés de repérage dans la feuille pourront
être contournées en développant le vocabulaire spatial (haut,
bas, le bord, la moitié supérieure gauche, le milieu, etc...) et en
visualisant une zone à l'aide de surligneur.
4.5. Au final
La dysgraphie, qui peut être discrète ou importante, est le premier
révélateur de la dyspraxie visuo-spatiale. Si l'on n'a pas besoin de
recourir à un clavier, la stratégie de compensation consiste essentiellement
à s'appuyer, pour les tracés comme pour l'organisation dans l'espace
de la page, sur le canal auditivo-verbal. Il faut proscrire la copie avec modèle
présent et amener l'enfant à prendre conscience qu'il ne doit pas s'y
prendre comme les autres. Il doit apprendre à se méfier de ce qu'il
voit.
5. LA LECTURE
Je ne sais pas comment j'appris à lire ; je ne me souviens que de mes premières
lectures.
Jean Jacques ROUSSEAU
Pour pouvoir bien situer les difficultés de l'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie
visuo-spatiale en lecture, il faut d'abord tenter de cerner les problèmes
de l'apprentissage de la lecture chez l'enfant non handicapé. Au niveau de
la recherche didactique, il est quasiment impossible d'avoir une vision claire des
choses, puisque, dans ce domaine particulièrement, les controverses sont légion
et la quantité d'études, de rapports innombrables. Cependant une telle
profusion ne peuvent conduire à ignorer les « bonnes avancées
de la recherche ». Cette diversité doit permettre de « mieux définir
ce qu'on peut attendre ou pas de telles méthodes en usage et de suggérer
des infléchissements. » Le maître intégrant a le choix
de la méthode d'apprentissage de la lecture « à condition que
son efficacité soit démontrée et qu'elle réponde aux
besoins et aux possibilités des élèves ».
5.1. Didactique(s)
Jacques FIJALKOW aide à y voir plus clair quand il affirme que la plupart
des chercheurs en didactique de la lecture distinguent trois modèles de l'acte
de lire du lecteur expert :
1- le « bottom/up », où le traitement des données se fait
de bas en haut, en partant des unités les plus petites (perception puis assemblage
des lettres) vers des processus cognitifs supérieurs (production de sens).
2- Le « top/down » selon lequel ce sont les hypothèses du lecteur
qui sont premières et commandent son examen de l'écrit. La lecture
est alors surtout une affaire d'anticipation et d'utilisation du contexte.
3- Le modèle « interactif » qui se traduit par un va-et-vient
permanent entre les conduites grapho-phoniques de décodage et les hypothèses
de sens.
Concernant l'acquisition de la lecture chez l'enfant, on retrouve les trois même
modèles théoriques selon les auteurs. Pour les tenants du premier modèle
(José MORAIS, Liliane LURÇAT par exemple), il convient de privilégier
les seules activités perceptivo-motrices : « la lecture s'appuie principalement
sur l'analyse auditive et visuelle ». Pour Jean FOUCAMBERT, qui est partisan
du deuxième modèle, il n'y aurait, au contraire, que deux constituants
de l'acte de lire : la reconnaissance immédiate des mots et l'anticipation
des formes écrites . Gérard CHAUVEAU se place dans le troisième
modèle et considère que « devenir lecteur consiste à être
à la fois un chercheur de sens et un chercheur de code ».
Je m'appuierai sur les recherches de Gérard CHAUVEAU qui paraissent les mieux
à même « d'implications pédagogiques », notamment
pour les adaptations aux enfants handicapés, mais aussi par choix personnel,
parce que ses idées me séduisent et semblent unifier beaucoup de propos
concernant la lecture. Les recherches qu'il a effectuées se fondent sur l'analyse
de l'activité de lecture de l'enfant car « c'est en observant comment
s'y prennent les enfants, en les regardant en train d'essayer de comprendre [...]
qu'on parviendra le mieux à appréhender l'évolution et les mécanismes
de l'acquisition du lire-écrire ». Observer l'activité mentale
(et son sens) évite de séparer radicalement le côté cognitif
et le côté affectif. Observer l'activité permet d'intégrer
trois niveaux de l'acte de lire : le mobile (ou le projet de lecture), le questionnement
du texte (quelles conduites adopte l'enfant pour construire du sens, et le traitement
des informations graphiques (les modalités de son travail cognitif).
Après avoir observé des enfants au début du C.P., donc maîtrisant
imparfaitement certaines procédures ù décodage, anticipation, reconnaissance
des formes écrites, traitement alphabétique des mots etc... ù Gérard
CHAUVEAU note que ces enfants sont capables de rendre opérationnels des savoir-faire
insuffisamment acquis dès lors qu'ils sont chercheurs de sens . Il aboutit
à l'idée que le savoir-lire est une compétence élaborée
(une stratégie) de (re)construction de sens prenant appui sur une série
de sept compétences restreintes :
1- Compétence verbo-prédictive : savoir compléter un énoncé
ô à trous ö.
2- Compétence grammaticale : avoir une conscience des structures de la langue
(par exemple : le mot, la phrase).
3- Compétence idéographique : avoir un « capital mots ».
4- Compétence grapho-phonique : pouvoir faire l'analyse et la synthèse
d'un groupe de phonèmes ou de graphèmes.
5- Compétence fonctionnelle : savoir distinguer des supports et des types
d'écrits différents et savoir adapter son comportement de questionneur
en fonction du texte et de la situation.
6- Compétence culturelle : avoir des connaissances sur le sujet à lire.
7- Compétence tactique : s'efforcer d'intégrer des informations très
diversifiées.
5.2. Conséquences pédagogiques
- La première conséquence pédagogique est que plusieurs de ces
savoir-faire particuliers sont dépendant de capacités plus générales.
Ainsi la capacité de coordonner des informations diverses (compétence
7) est proche de l'aptitude de l'enfant à résoudre des situations-problèmes
ou à catégoriser. Cette capacité se construit aussi (pour l'enfant
I.M.C. atteint de dyspraxie visuo-spatiale comme pour les autres) dans d'autres activités
que la lecture. De même, la compétence verbo-prédictive dépend
probablement largement du niveau lexical et de l'aisance verbale (et là notre
jeune I.M.C. est en général plutôt performant).
- La deuxième conséquence découle de l'observation du fait qu'il
suffit de posséder partiellement ces compétences pour que l'acte de
lire du débutant soit réussi. La réussite dépendra plutôt
de la capacité de mise en réseau de ces compétences restreintes.
Il ne s'agira donc pas de vouloir à tout prix que la compétence grapho-phonique,
par exemple, soit aussi bien acquise par l'enfant atteint de troubles du regard,
(et de multiplier à l'excès les rééducations et les exercices
correspondants), mais de lui permettre de compenser ses difficultés en favorisant
d'autres compétences. Nuançons en précisant qu'il ne s'agit
pas de se contenter d'un niveau zéro dans ce domaine. Mais le danger de l'emploi
quasi exclusif des conduites de décodage a été souvent dénoncé
par différents auteurs : Evelyne CHARMEUX ou Hélène ROMIAN (pour
n'en citer que deux) ont montré que cela pouvait constituer un obstacle majeur
à la compréhension.
- La troisième conséquence est que l'enfant sera fortement aidé
si on l'amène à réfléchir sur la méthode qu'il
utilise pour lire et à analyser avec lui les réussites et erreurs qu'il
a pu commettre. Ce travail d'aide méthodologique, d'ordre métacognitif,
est utilisé, notamment, pour aider les enfants de milieux défavorisés
; il doit pouvoir être mené avec profit avec des enfants handicapés.
Cette tâche incombe peut-être plutôt (mais pas exclusivement) au
maître de soutien à l'intégration, puisqu'il s'agit là
d'un travail très individuel.
- Enfin cette analyse distingue la reconnaissance des mots de la lecture. Nous reviendrons
sur le problème de la reconnaissance des mots, mais c'est la phrase et non
le mot qui est l'unité de sens dans un texte. C'est en se fondant sur ce constat
linguistique que de nombreuses études mettent l'accent sur la nécessaire
découverte, par l'enfant (aidé par l'adulte), de « diverses stratégies
de construction du sens ». Pour qu'il y ait compréhension, il est nécessaire
que le lecteur reconnaisse les actions ou les objets dont le texte parle et qu'il
ait « décortiqué, analysé et théorisé le
fonctionnement des objets », pour expliciter le réseau de relations
établi entre eux. Il ne s'agit pas de banaliser l'obstacle que va constituer
la difficulté de l'identification des mots, mais de le situer dans la perspective
de la compréhension dont elle n'est qu'un élément : l'enfant
devient lecteur « si, justement, il cesse de se focaliser sur le déchiffrement
pour interroger le contenu du texte écrit ».
Les difficultés spécifiques de l'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie
visuo-spatiale en lecture sont dues essentiellement à son trouble du regard.
Les mouvements oculaires lors de la lecture, sont connus depuis longtemps puisque
leur première description date de 1879 , il s'agit des saccades et des fixations.
C'est pendant les fixations (qui occupent les 90% du temps de lecture) que s'effectue
la reconnaissance du mot ou du graphème. Ces fixations ont une durée
variable selon la difficulté de compréhension du mot. La saccade sépare
un point de fixation à l'autre et l'£il ne peut saisir aucune information
pendant la durée de la saccade. Il existe des saccades dites de « régression
» qui permettent de récupérer une information supplémentaire
en arrière lorsque le lecteur ne comprend pas ; chez le lecteur routinier
ces saccades de régression sont de l'ordre de 10 à 15% des saccades
. Il existe aussi des saccades particulières qui sont celles du retour à
la ligne, qui se caractérisent par une grande amplitude et une précision
verticale très difficile. D'après une étude l'ensemble des lettres
perçues lors d'une fixation (l'empan visuel) serait composé de trois
zones :
1. une zone de 6 caractères de vision fovéale.
2. une zone parafovéale de 6 à 12 caractères à droite
dont l'information permet un pré-traitement.
3. une zone périphérique jusqu'à 20 caractères à
droite, permettant de programmer les saccades à venir.
Il est bien sûr évident que les troubles opto-moteurs de l'enfant I.M.C.
atteint de dyspraxie visuo-spatiale vont provoquer des difficultés dans le
traitement des informations graphiques. Souvent une rééducation de
ces troubles par un orthoptiste donne de bons résultats . Les observations
de l'instituteur en situation de classe seront particulièrement précieuses
pour donner des indications sur la rééducation. On peut envisager des
moyens de contournement en surlignant le début de chaque paragraphe (par exemple).
J'ai observé un enfant de CM2 qui a pu effectuer une recherche dans une activité
de lecture de petites annonces après avoir placé des repères
de couleur. L'activité lui était impossible avant ce modeste travail.
Cependant, les performances de ces enfants en lecture étonnent : « Comment
de tels troubles dans les mouvements oculaires [...] ne gênent-ils pas l'apprentissage
de la lecture ? » s'interrogent des chercheurs sans y répondre vraiment.
Ne peut-on penser que, si le désir de lire est puissant, il permet de surmonter
des difficultés immenses et que l'enfant utilise des stratégies personnelles
inhabituelles et invisibles mais efficaces ? Au fond, si les observations médicales
et psychologiques sont précieuses, elles soulignent les difficultés
au troisième niveau de l'acte de lire (les modalités du travail cognitif)
et ignorent les deux autres niveaux (dont parle Alain CHAUVEAU) : la finalité
de la lecture et le questionnement du texte.
5.3. La reconnaissance des mots
Toutefois, il ne faut pas ignorer les difficultés souvent soulignées
de la reconnaissance des mots. Si ce savoir-faire n'est pas la réduction de
la lecture, il n'en est pas moins indispensable (au moins partiellement) comme les
autres savoir-faire.
Il est classique de décrire deux voies de la reconnaissance des mots. La première
voie, dite voie lexicale ou voie directe, consiste à identifier un mot directement,
par correspondance avec sa forme déjà stockée en mémoire.
La deuxième voie consiste à décomposer le mot en syllabes ou
en lettres pour le déchiffrer. Cette deuxième voie est appelée
voie indirecte car elle suppose une médiation phonologique. On aimerait bien
que l'apprenti lecteur utilise la première voie pour les mots où la
correspondance grapho-phonétique est plutôt irrégulière
(« femme », « technique », « second »), et la
deuxième voie pour les mots où cette correspondance est plutôt
régulière (tulipe, locomotive) mais il est bien sûr impossible
d'envisager l'activation d'une des deux voies avant de « voir » le mot.
D'ailleurs, certains chercheurs pensent que, en réalité, ces deux voies
sont activées en parallèle et que c'est la plus rapide des deux procédures
qui est choisie ; on parle alors d'un traitement « en cascade. »
5.4. Que faire avec les enfants I.M.C. dyspraxiques
?
- Se préoccuper des difficultés des saccades, des saccades de retour
à la ligne et des fixations en relation avec l'orthoptiste. Aider l'enfant
à visualiser les lignes (ou le début des lignes) en utilisant des surligneurs
et l'autoriser à s'aider du doigt ou d'une règle pour suivre (si l'on
observe que ça l'aide).
- Etre attentif à l'existence de négligences visuelles qui auraient
pu ne pas être décelées (fréquemment ces négligences
se situent vers le bas). Si elles existent, amener l'enfant à prendre conscience
de son champ de vision restreint.
- Travailler en relation avec l'orthophoniste, dans le respect de sa tâche,
mais sans pour autant se soumettre à une quelconque méthode rééducative
comme méthode d'enseignement. La lecture n'est pas un apprentissage instrumental
mais une activité culturelle et intellectuelle de « haut niveau ».
- Etre également attentif à une éventuelle agnosie des images
qui peut gêner la lecture d'album. Un « bon » album se caractérise
souvent par un rapport fin entre les images et le texte, et des éléments
de compréhension ne sont pas forcément redondants, la lecture des images
est alors indispensable.
- Ne faire acquérir globalement que des mots courts (jusqu'à six caractères).
Choisir, de préférence des « mots-outils » (dans, sur,
la, de, etc.).
- Pour la recherche à faire dans un texte ou dans un document, amener l'enfant
à se doter d'outils propres qui l'aident à surmonter ses difficultés
(par exemple en surlignant les éléments rencontrés afin de pouvoir
y revenir rapidement après).
- Travailler sur tous les créneaux, (et ne pas se polariser sur la construction
des compétences restreintes idéographiques et grapho-phoniques) et
faire pratiquer, de temps en temps, une activité métacognitive pour
mettre en évidence les divers savoir-faire efficaces.
5.5. Au final :
La lecture n'est pas un simple savoir-faire technique (que l'on résoudrait
avec un manuel quelconque), mais c'est surtout un processus d'acculturation. «
Apprendre à lire, c'est en même temps, entrer dans le monde de l'écrit,
le découvrir, le fréquenter et le pratiquer [...] et le faire entrer
en soi, le faire sien, le transformer en attitudes, en modes de pensée et
en dispositions réflexives personnelles. » La lecture n'existe pas en
dehors du projet du lecteur, (on lit pour s'informer, agir, se rappeler, apprendre,
rêver, résoudre une situation-problème, etc...) ni en dehors
du support (un livre, une affiche, un magazine etc...). Le moyen de contournement
essentiel, pour l'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie visuo-spatiale, est peut-être
celui qui donne de l'appétit pour « la chose écrite ».
6. LES MATHÉMATIQUES
Les difficultés électives en mathématiques des enfants I.M.C.
sont connues à tel point que certains ont pu dire qu'elles étaient
une caractéristique de la population concernée. En 1985, la M.I.R.E.
a commandé une étude dont l'une des conclusions fut que « parmi
les difficultés d'apprentissage, les troubles des apprentissages mathématiques
sont les plus fréquents et les plus lourds de conséquence ».
Pour des raisons de commodité, j'essaierai de croiser les difficultés
de l'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie visuo-spatiale à travers quatre aspects
(seulement) des apprentissages mathématiques : les problèmes (et c'est
volontairement que je commencerai par cet aspect), la géométrie, le
comptage, et le symbolisme.
6.1. Les problèmes
Gérard VERGNAUD, affirme « le savoir se forme à partir de problème
à résoudre, c'est-à-dire de situations à maîtriser
». Si on a toujours fait des problèmes à l'école primaire,
leur rôle dans la construction des savoirs a beaucoup changé . Les instructions
officielles indiquent que : « la résolution de problèmes occupe
une place centrale dans l'appropriation par les élèves des connaissances
mathématiques » et que : « [...] la plupart des notions [...]
peuvent être élaborées par les élèves comme outils
pertinents pour résoudre des problèmes [...] ». Cela revient
à dire que l'apprentissage mathématique suppose une activité
propre de l'enfant, pas seulement pour traiter des informations mais aussi pour élaborer
des procédures et mettre en évidence la nécessité (ou
l'intérêt) de la connaissance visée. Cette perspective (constructiviste)
des apprentissages mathématiques implique que l'enseignant propose différents
types de situations-problèmes où la suite d'actions que l'enfant doit
mettre en £uvre pour contourner l'obstacle soit « finalisée »,
c'est à dire qu'elle ait un but à atteindre. C'est la recherche de
ce but qui donne du sens aux activités mathématiques et qui joue un
rôle moteur considérable dans la construction des savoirs.
Ce serait certainement une grave erreur de priver un enfant atteint de D.V.S. de
cette démarche, et d'objecter que, sous prétexte de difficultés
spécifiques, il faut se contenter de lui apprendre de manière applicative
des savoir-faire « de base » qu'il pourra réinvestir plus tard.
Tout enfant a besoin de « construire du sens » pour accéder aux
savoirs ; ainsi l'acquisition du concept de nombre s'acquiert d'abord lorsque les
connaissances numériques se révèlent des outils efficaces de
la résolution de certains problèmes. Ce n'est que dans une deuxième
phase que le nombre deviendra un objet d'étude.
Par ailleurs, c'est plus particulièrement aux cours de ces activités
que l'on pourra observer et analyser les erreurs, ainsi que les procédures
de contournement mises en £uvre par l'enfant. Que l'enfant soit ou non handicapé,
l'erreur est un indicateur précieux du processus mis en £uvre, à condition,
bien sûr, de ne pas la considérer comme une faute condamnable. Mais
l'enfant peut aussi ne pas se tromper en utilisant une procédure qui paraît
coûteuse, qui n'est pas « élégante ». C'est parfois
un moyen plus commode pour lui pour contourner ses difficultés et la compréhension
de telles procédures sera tout autant précieuse. J'aborderai plus loin,
concernant le comptage, l'exemple d'une procédure de contournement mise en
place.
Il reste que la résolution de problèmes exige d'abord une appropriation.
Assez souvent, dans des fichiers ou manuels utilisés en classe, le problème
est présenté sous une forme purement visuelle ou très symbolique
. Face à de telles présentations, l'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie
visuo-spatiale sera particulièrement gêné parce que l'analyse
de telles images (ou de tableaux ou de diagrammes fléchés) requiert
un regard alerte. Pour les énoncés écrits, même constat
: j'ai évoqué, en lecture, les difficultés de l'enfant qui doit
rechercher des informations dans un texte, et c'est précisément la
stratégie de lecture requise lors des énoncés de problèmes.
Souvent, d'ailleurs, on demande ou on suggère aux enfants de réaliser
un schéma ou un tableau pour les aider à s'approprier un énoncé.
Compte tenu de ses difficultés visuelles et spatiales, son schéma ou
son tableau, qui risque fort d'être médiocre, ne l'aidera pas.
Fort heureusement, il reste l'appropriation par la verbalisation, sur laquelle il
faut un peu s'attarder, puisque, dans la littérature spécialisée
(dans les troubles des enfants cérébro-lésés), on la
présente comme la voie de contournement à privilégier .
6.1.1. La verbalisation
L'appropriation d'un énoncé de problème pose les mêmes
difficultés (déjà évoquées) que la lecture-recherche
et/ou la lecture d'images, avec la perspective de se poser des questions et d'anticiper
sur les procédures de résolution. Cela demande à l'enfant deux
compétences de base :
1. Etre capable, dans un premier temps, de passer du concret à l'abstrait,
c'est-à-dire comprendre le contexte ou s'en faire une « représentation
» et en extraire le modèle (mathématique) abstrait .
2. Etre capable de « séquentialiser » et de hiérarchiser,
voire d'éliminer, les informations.
Une telle lecture ne s'opère pas d'emblée. Pour atteindre ces objectifs,
tous les pédagogues que j'ai rencontrés « perdent » beaucoup
de temps à faire verbaliser les enfants I.M.C. atteints de dyspraxie visuo-spatiale.
Alain CROUAIL va même jusqu'à systématiser cette démarche
et leur demande parfois d'enregistrer leur verbalisation au magnétophone pour
pouvoir, après-coup, analyser leur représentation. Avec ou sans magnétophone,
difficile à mettre en £uvre en classe ordinaire, mais utilisable en relation
duelle ou en tout petit groupe, on peut considérer que la verbalisation est
bénéfique (en vue de l'appropriation du problème) pour quatre
raisons :
1. Passer du concret à l'abstrait est souvent plus facile, paradoxalement,
quand on a encore davantage « concrétisé » la situation.
Par exemple, en attribuant un nom à des personnages d'un problème ou
en imaginant avoir soi-même récolté les fraises représentées
sur un plateau de balance .
2. Verbaliser permet à l'enfant de « s'enrôler dans la tâche
» (BRUNER)
3. Le langage oblige à séquentialiser la pensée et se forcer
à « raconter » un énoncé facilite la prise d'informations
successives (« ... et, ... et, ... et puis .... »).
4. La verbalisation met à nu la représentation de l'enfant et permet
de connaître ses hypothèses. Dans le cas d'une verbalisation devant
la classe, les représentations erronées de l'enfant, normales dans
tout apprentissage, pourront être plus facilement rejetées par le maître
ou par ses pairs.
La verbalisation est aussi utile à la fin de la tâche de la résolution
de la situation-problème, lors de la présentation des résultats
et de la justification de la démarche. Apprendre à raisonner c'est
chercher à avoir « raison » ; et il est certainement très
important, pour tous les enfants, de finir leur problème par une présentation
de leur cheminement à leur pairs. De nombreux travaux ont montré le
rôle important de l'interaction entre pairs. La résolution de problèmes
est un moment où la mise en £uvre de cette interaction est particulièrement
aisée et intéressante. Aisée parce qu'une situation-problème
est plutôt circonscrite et se prête moins aux digressions que d'autres
tâches complexes. Intéressante parce qu'elle demande à l'enfant
d'écouter celui qui parle, l'oblige à se décentrer et lui demande
d'être respectueux de la pensée de l'autre qui ne pense pas «
pareil ».
Pour clore sur la verbalisation, cette dernière n'est pas (comme peuvent l'affirmer
des non-pédagogues) à proprement parler une méthode pédagogique
mais un moyen permettant d'acquérir une méthode analytique et séquentielle.
De ce point de vue elle sera utile à tous les enfants d'une classe ordinaire.
C'est d'ailleurs à quoi invitent les textes officiels lorsqu'ils indiquent,
comme compétences transversales à acquérir pour le cycle 2 :
« écouter les autres » et « prendre la parole à bon
escient ».
6.2. La géométrie
Les situations-problèmes ont une place également centrale en géométrie,
mais je ne m'intéresserai pas à cet aspect de cette discipline qui,
bien évidemment, va poser des problèmes très particuliers aux
enfants atteints de dyspraxie visuo-spatiale. Comme l'écriture manuscrite
(et pour les mêmes raisons) la géométrie est un révélateur
de ce trouble et mérite donc que l'on s'attarde un peu sur les problèmes
pédagogiques qu'elle pose.
Didier DACUNHA-CASTELLE considère la géométrie « comme
la seule vraie pratique expérimentale à l'école. » Cette
géométrie expérimentale est organisée autour de quatre
types d'activités : « reproduire, décrire, représenter,
construire ... visant à favoriser la construction d'images mentales et la
mise en évidence de quelques propriétés. » Ainsi, pour
amener l'enfant à construire le concept de carré, le cheminement habituellement
proposé à l'école commence par des activités de classement
de dessins géométriques pour aller vers la construction de figures
géométriques (ici des carrés) à l'aide d'instruments.
Toute la difficulté de la géométrie va être précisément
de passer du dessin géométrique à la figure, ce qui pose deux
types de difficultés pédagogiques :
1. L'observation n'est jamais neutre ; toute observation se fait en fonction d'une
idée préconçue. Ainsi, chez l'enfant, un carré disposé
en oblique peut ne pas être perçu comme tel. De même, des droites
perpendiculaires seront plus facilement reconnues lorsque l'une est en position horizontale
(et l'autre verticale) .
2. Passer du dessin à la figure demande une rupture. Le dessin pouvant même
constituer un obstacle à la figure par l'attraction perceptive qu'il offre.
La différence entre la figure et le dessin étant la différence
entre l'objet, c'est-à-dire le concept mathématique, et la représentation
de ce concept.
La gêne de l'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie visuo-spatiale va être
considérablement majorée à cause de ses difficultés perceptives.
En outre, ses troubles praxiques vont considérablement accroître ses
difficultés d'utilisation des instruments (dont l'usage n'est d'ailleurs jamais
simple). L'utilisation de logiciels de dessin peut être utile, mais ces logiciels
ne pourront aider que pour le tracé de dessins géométriques,
pas pour le tracé de figures.
L'objectif étant « de favoriser la construction d'images mentales »
une aide très intéressante pourra être fournie par l'utilisation
du logiciel Cabri-Géomètre . Il se distingue des logiciels de dessin
par l'obligation, pour l'enfant, de déclarer les propriétés
en vue d'obtenir le tracé d'une figure géométrique. Son grand
avantage réside précisément dans le fait qu'une figure ne pourra
réellement être obtenue à l'écran que si l'enfant a pleinement
conceptualisé cette figure. De plus, il offre la possibilité de vérifier
certaines propriétés, le préparant au raisonnement déductif
qu'il devra commencer à pratiquer dès la sixième. Enfin il donne
la possibilité, dans un mode dit « procédural », de stocker
des figures géométriques et de les réutiliser.
6.3. Le comptage
Si l'école de Jules FERRY se devait d'apprendre à « lire, écrire
et... compter », le comptage n'est plus un objectif de l'école primaire
d'aujourd'hui. L'objectif est maintenant d'abord « une approche du nombre »
en vue de construire « une connaissance des nombres ».
6.3.1. Le « compte » n'est pas...
le nombre !
Les Instructions Officielles se placent, sans le dire, dans la perspective de PIAGET
pour qui la genèse du nombre résulte de la fusion de la notion de nombre
cardinal (d'où les activités de classement et de correspondance terme
à terme) et de la notion de nombre ordinal (d'où les activités
de rangement). Toutefois, pour PIAGET, il ne suffit pas qu'un enfant soit capable
de « compter » pour avoir construit le concept de nombre. Ainsi, quand
un enfant, capable de compter deux collections de cinq objets chacune, n'en conclut
pourtant pas à leur égalité, il affirme : « Dans cet exemple,
le nom des nombres ne constitue qu'un moyen pour individualiser les éléments,
mais n'entraîne ni la conclusion que le tout est égal à la somme
des parties, ni par conséquent la conservation de ce tout. Or, sans additivité,
ni conservation, on ne saurait parler de nombre. » Cette remarque illustre
qu'il y a loin du « comptage » au nombre. Cependant, la théorie
piagétienne considérait un cheminement unique vers le nombre : il insistait
sur certaines étapes obligées comme la réussite opératoire
aux tâches de conservation. Le comptage, largement pratiqué par les
jeunes enfants, constitue-t-il aussi une étape obligée vers la notion
de nombre ? Cette question est très importante pour les jeunes enfants I.M.C.
atteints de dyspraxie visuo-spatiale, car ils ont d'immenses difficultés dans
cette tâche. Pour tenter d'y répondre, commençons par décrire
le comptage.
6.3.2. Définitions du « subitizing
» et du comptage.
Michel FAYOL consacre le troisième chapitre de son livre aux procédures
de quantification. Il classe ces différentes procédures en trois grandes
catégories : le ô subitizing ö , le comptage et l'évaluation globale
(qui permet une estimation approximative d'un ensemble) .
Le « subitizing » désigne la capacité d'indiquer la quantité
exacte d'éléments d'une collection sans procéder à une
analyse, par une sorte de perception globale (un peu comme on perçoit la couleur).
Il cite des études qui montrent que le « subitizing » demande,
en fait, une durée très brève qui augmente avec le nombre d'éléments.
D'autre part, la rapidité de la réponse dépend aussi de la présentation
des éléments. Ainsi, lorsque les éléments sont présentés
de façon canonique, c'est-à-dire comme les constellations d'un domino
ou d'un dé, le temps de réponse est beaucoup plus court que lorsque
la présentation est aléatoire. On peut donc penser que au delà
de 2 ou 3, il ne s'agit pas d'un phénomène physiologique, mais d'une
capacité acquise qui ne semble pas opératoire au-delà de 6 (au
mieux).
Pour le comptage, observons un jeune enfant qui dénombre des objets : on l'entend
réciter ô un, deux, trois, quatre, cinq... cinq ! ö. Ce faisant, il coordonne
deux habiletés :
- La connaissance des noms de nombres dans l'ordre correct (la comptine).
- Le pointage ù par le doigt ou le regard ù de chaque élément.
La stabilité d'une telle opération repose essentiellement sur deux
principes mathématiques :
1. La bijection, c'est à dire que les gestes de l'enfant (main ou regard)
doivent être synchronisés de manière à ce que tous les
objets soient comptés une fois et une seule. Cela demande une double correspondance
d'une part entre l'objet et le doigt (ou l'£il) qui pointe et d'autre part entre
le doigt et la voix.
2. Le principe de cardinalité, en vertu duquel le dernier nombre prononcé
correspond au cardinal de la collection. (C'est la raison pour laquelle notre jeune
enfant prononce le dernier nombre une deuxième fois, avec une intonation différente,
pour bien marquer la différence de sens entre le nombre ordinal et le nombre
cardinal).
L'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie visuo-spatiale va éprouver de grandes
difficultés dans la réalisation du premier principe . En général
il connaît bien la comptine, mais le doigt continue à pointer dans le
vide et il invente des objets qui n'existent pas, ou bien il pointe deux fois un
même objet. Si on lui demande de déplacer les éléments,
à ce moment-là, c'est la correspondance entre le geste et la voix qui
se trouve défaillante . Les erreurs, qui sont qualifiées de «
caricaturales » sont d'autant plus surprenantes que les épreuves de
conservation, de correspondance terme à terme (tout au moins au niveau verbal)
et de classification (malgré les problèmes perceptifs), sont au même
niveau qu'avec les enfants du même âge !
Et comme les expériences répétées se sont soldées
par des échecs, l'enfant s'est souvent démotivé pour une activité
qu'il ne s'estime pas capable d'accomplir. Certains ont même émis l'hypothèse
que c'est à cause de cette difficulté (de réaliser un comptage
correct) que des jeunes I.M.C. ont développé une inhibition pour les
activités logico-mathématiques . Cette hypothèse est très
vraisemblable puisque les enfants vont se faire à l'idée que le nombre
est une notion aléatoire alors que tout leur entourage en fait une notion
intangible.
Poursuivons l'analyse des difficultés à la lecture d'un article du
groupe CIMETE . Cet article propose une batterie d'épreuves de résolution
de problèmes numériques simples en vue de repérer les difficultés
d'apprentissage chez des enfants ayant de grandes difficultés en arithmétique.
Dans le premier item dont l'objectif est de révéler si l'enfant est
capable de « mathématiser » une situation et qui consiste à
décrire cette situation simple et à indiquer combien de jetons possèdent
trois figurines (2,3 et 7), « des enfants I.M.C., présentant des dyspraxies
visuo-spatiales, abordent la situation comme une tâche numérique, mais
commettent des erreurs importantes ; ils n'arrivent pas à établir les
correspondances nécessaires entre les objets, le doigt qui pointe et le déroulement
de la comptine. Cependant, ces mêmes enfants, en l'absence de tout matériel
concret peuvent révéler des compétences numériques complexes
». En effet, dans un autre item, ces enfants sont capables de trouver un nombre
initial inconnu, connaissant la situation finale et la transformation ; ce qui est
un type de problème plus difficile !
6.3.3. Que faire ?
Comment interpréter ces observations et quelles conséquences pédagogiques
peut-on en tirer ?
Tout d'abord, il faut renoncer à demander un comptage de collections à
l'enfant qui ne peut pas le faire de la même façon que les autres. Il
est bien sûr inutile d'avoir recours à des manipulations concrètes
: les mêmes causes produiront les mêmes effets et ne feront que répéter
des comptages non fiables.
Ensuite, le chemin vers le nombre ne passe pas forcément par le comptage intégral.
Rémi BRISSIAUD relate le moyen utilisé avec des enfants sourds profonds
chez qui le comptage oral est impossible : pour quantifier un ensemble de 7 jetons,
par exemple, ils établissent une correspondance avec les doigts de la main.
Pour effectuer un comptage plus important, ils procèdent d'abord de la même
façon, en effectuant des décompositions et recompositions passant par
le cinq (la main complète) et par la dizaine. Ce procédé rejoint
un procédé utilisé par les enfants coréens, probablement
pour des raisons culturelles puisque, dans ce pays, on utilise beaucoup le boulier
pour calculer et les enfants adaptent le procédé du boulier à
leurs doigts. Cette procédure, en fait, s'appuie sur une procédure
de calcul réfléchi et les enfants parviennent à mentaliser la
notion de nombre et à se passer de leurs doigts.
On peut parfaitement imaginer la transposition d'une telle procédure chez
l'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie visuo-spatiale en s'appuyant sur les doigts
(qui ont l'immense avantage qu'on les porte toujours sur soi mais qu'il faudra dépasser)
ou, si leur usage n'est pas possible, sur des constellations organisées, le
subitizing étant souvent défaillant. Précisons qu'il ne s'agit
pas d'imposer à l'enfant une procédure extérieure mais d'observer
comment s'y prend l'enfant dans une situation où le recours au nombre est
nécessaire, et d'essayer de l'amener à prendre conscience de la raison
pour laquelle il commet des erreurs en vue de l'inciter à employer une procédure
ù ou plutôt un ensemble de procédures ù faisant appel au calcul. Ces
procédures valorisant les passages commodes par 5 et 10. Comme cela a été
évoqué lors de la copie, il doit apprendre à se méfier
de ce qu'il voit et il ne faut pas que ses erreurs ù non élucidées
ù l'entraînent à douter de la fiabilité du nombre.
En situation d'intégration dans une classe normale, utiliser une procédure
de dénombrement faisant appel au calcul réfléchi ne semble pas
contradictoire avec le cheminement habituel des autres enfants. J'ai plusieurs fois
observé, dans des classes ordinaires, des enfants qui ne mémorisaient
pas les tables d'addition parce qu'ils restaient dans le comptage ou même dans
le surcomptage. Ou bien des enfants qui connaissaient « par c£ur » leur
table d'addition, mais qui procédaient par comptage (et même par surcomptage)
dès qu'ils avaient à faire face à d'autres difficultés,
pour effectuer mentalement une opération simple. Ces enfants semblaient enfermés
dans une procédure certes extrêmement efficace pour de petites collections,
mais lourde de conséquence si on la généralise à de grandes
collections : elle empêche de développer une conception abstraite et
généralisable du nombre. De tels enfants ne pourront que profiter eux
aussi d'une démarche de comptage qui fait appel au calcul.
6.4. Le symbolisme
J'ai simplement évoqué les difficultés de lecture que constituent
les problèmes présentés sous forme de tableau ou de diagramme
remplis de flèches. Cependant, le symbolisme est très important en
mathématique puisqu'il permet de donner une forme générale à
la connaissance et il permet aussi d'organiser les calculs et de conserver à
disposition des résultats intermédiaires. Les différents symboles
sont incontournables à un certain moment et on ne peut pas toujours les remplacer
par le langage puisque, précisément ils sont puissants par le raccourci
qu'ils apportent par rapport aux propositions verbales. Une solution, pour le pédagogue,
consiste à accompagner l'enfant pour qu'il arrive quand même à
lire et à utiliser les symboles usuels.
Pour les algorithmes des opérations, le problème est très semblable
à celui de l'écriture manuscrite. Poser une opération (il s'agit
bien sûr d'opérations non calculables mentalement) peut représenter
un travail de disposition très difficile pour l'enfant dyspraxique. L'aide
par le surlignage peut alors être utile. Si l'algorithme est trop coûteux,
on peut envisager le recours systématique à la calculette mais en développant
fortement les capacités du calcul mental et du calcul estimatif. Signalons,
au passage, que les répertoires constitués en vue de mémoriser
les tables d'addition et de multiplication ne pourront pas être les tables
de Pythagore. On préférera le modèle de répertoire que
préconise Rémi BRISSIAUD.
Parmi les symboles utilisés à l'école primaire, l'opérateur
numérique peut poser des problèmes importants à cause de son
aspect spatial, et il vaudra mieux éviter de représenter les opérateurs
avec des flèches courbes, mais préférer des opérateurs
sobres avec des flèches droites et bien préciser (verbalement) le «
travail » de l'opérateur.
6.5. Au final
Le comptage pose des problèmes très spécifique à l'enfant
I.M.C. atteint de dyspraxie visuo-spatiale. Il faut se préoccuper de manière
très précoce de la difficulté que peut représenter pour
lui cette activité, qui risque de compromettre gravement sa conception du
nombre.
Les présentations symboliques et visuelles posent aussi des difficultés,
qu'il ne faudra pas hâtivement interpréter comme des difficultés
du raisonnement. La géométrie est, à cet égard, un exemple
éclairant sur la possibilité d'accéder aux concepts autrement
qu'en s'appuyant exclusivement sur le dessin géométrique.
En situation d'intégration, £uvrer en diversifiant les présentations
et les représentations ne pourra qu'être bénéfique à
d'autres enfants de la classe. Pour tous, les concepts logico-mathématiques
se construisent grâce à une activité propre des enfants. Activité
qui doit avoir du sens et qui sera beaucoup plus efficiente si elle s'opère
sous le regard des autres. La place des problèmes doit rester centrale.
Sans doute, faut-il se garder, lorsque l'on s'adresse à un enfant porteur
de troubles visuo-spatiaux de lui dire « regarde » ou « tu vois
bien » Précisément, il doit souvent se détacher de ce
qu'il voit pour construire ses compétences. L'aide personnalisée consistera
ù comme dans d'autres domaines ù à le faire verbaliser, pour l'amener à
structurer sa pensée. Mais cette verbalisation doit pouvoir se faire en groupe
plutôt que de manière exclusivement individuelle. Il pourra ainsi bénéficier
de la « vue » des autres enfants .
7. L'ÉDUCATION PHYSIQUE
ET SPORTIVE
Les enfants IMC : des enfants comme les autres. Ils aiment jouer, tout comme les
autres enfants de leur âge.
Je me rappelle à ce sujet ma grande joie de courir en jouant au ballon, avec
mon frère sur la pelouse du jardin. Tant pis s'il marquait des buts et gagnait.
Tant pis si je tombais. Mon envie de courir, envie semblable à celle des autres
enfants, prévalait sur tous les petits inconvénients.
Témoignage cité par Catherine GUÉROULT, Les enfants IMC, FAYARD
L'éducation physique et sportive (E.P.S.) a un statut un peu particulier à
l'école primaire. Si historiquement elle est passée d'une tutelle militaire
à une tutelle médicale, elle s'identifie actuellement par sa finalité
éducative. La réflexion actuelle s'efforce de lui conférer un
statut équivalent à celui des autres disciplines : pour preuve les
programmes détaillés dans le second degré. Concernant les élèves
handicapés physiques, un texte officiel récent a pour objet d'organiser
les épreuves sportives aménagées aux examens (baccalauréats,
B.T. BEP et CAP). Cette circulaire précise que les élèves handicapés
physiques « doivent, comme les valides, bénéficier d'un enseignement
de l'E.P.S. » Il est vrai que la tentation peut être grande de priver
d'E.P.S. un enfant qui doit participer à des séances de kinésithérapie
ou de psychomotricité. Ces rééducations, nécessaires,
participent aussi à une éducation de son corps, mais l'E.P.S. répond
à des besoins différents. La même circulaire indique d'ailleurs
que les élèves handicapés physiques ont les « mêmes
besoins que les autres.» Je vais tenter de cerner ces besoins avant de voir
quelles peuvent être les modalités de prise en charge d'un enfant I.M.C.
atteint de dyspraxie visuo-spatiale lors des activités physiques et sportives
de sa classe.
7.1. Les besoins
Monsieur Jean Pierre GAREL distingue trois types de besoins :
1. Les besoins moteurs et psychomoteurs.
2. Les besoins cognitifs.
3. Les besoins socio-affectifs.
Toute conduite motrice impliquant bien sûr ces trois catégories à
des degrés divers.
Les besoins moteurs et psychomoteurs des enfants I.M.C. ne sont pas diminués
par leurs difficultés motrices. Comme les autres, ils ont besoin de se déplacer
de différentes façons, de manipuler et de lancer. Ils ont aussi particulièrement
besoin de mieux contrôler leurs gestes, d'améliorer la coordination
globale et visuo-motrice et de renforcer leur équilibre. La difficulté
pédagogique, dans une classe ordinaire, sera de prendre en compte leur fatigabilité
et leur maladresse sans que leur activité soit une activité totalement
« à part ». On tient généralement compte, dans les
classes, de l'hétérogénéité motrice des enfants
pour certaines activités. Par exemple, en course d'endurance, en privilégiant
la régularité plutôt que la distance ou bien, lors d'activités
de lancer, en prévoyant des cibles plus ou moins éloignées.
L'intégration d'un enfant handicapé va certes accroître l'hétérogénéité,
mais s'il est clairement établi que l'objectif est de progresser par rapport
à soi-même, l'enfant handicapé pourra améliorer ses capacités
et apprendre à agir avec économie.
Les besoins cognitifs s'expriment, tout d'abord, dans la prise d'information que
requiert toute action motrice. L'enfant atteint de dyspraxie visuo-spatiale a des
difficultés pour se repérer dans son environnement et pour pouvoir
participer aux activités physiques et sportives avec ses camarades ; il lui
faut donc des repères visuels clairement perceptibles. Pour lui particulièrement,
mais les autres enfants en bénéficieront, il faudra penser, par exemple,
au marquage des lignes à l'aide de plots de couleur et aux dossards lors des
jeux ou sports collectifs. Le nombre de joueurs élevé constitue également
un facteur de difficulté de la prise d'information et de la prise de décision.
Ainsi, on pourra envisager de réduire ce nombre en créant plusieurs
ateliers. Ces conditions sont à prendre en compte pour que l'enfant handicapé
puisse renforcer la construction des concepts de temps et surtout du concept d'espace
dont nous avons vu qu'il est difficile à acquérir pour lui.
L'attention portée à la facilitation de prise d'indices et de repères
lui permettra de réellement prendre des décisions pertinentes lors
d'activités diverses avec ses camarades. Chaque fois que cet objectif sera
atteint, on sera allé dans le sens d'une plus grande autonomie et l'on peut
penser que cette autonomie sera transférable dans d'autres activités
non physiques. Ce point est particulièrement important avec un enfant qui
participe à de nombreuses rééducations en relation duelle avec
un adulte. Ces rééducations ù nécessaires ù risquent de le conforter
dans une situation de dépendance, qu'au contraire il ne retrouvera pas dans
une E.P.S. bien pensée. C'est-à-dire qui lui laisse une liberté
de choix à l'intérieur de certaines contraintes. Le rôle de l'instituteur
sera bien sûr très important pour l'aider à analyser, après-coup,
la pertinence de ses décisions et l'encourager à faire preuve de davantage
d'audace ou, au contraire, à moduler la prise de risque.
L'enfant handicapé doit aussi prendre conscience de son potentiel corporel,
de le développer et de l'entretenir. Plus qu'un autre, il doit être
capable « d'utiliser les ressources mises en £uvre pour organiser sa vie physique.
» Cela demande d'abord que l'enfant intègre les possibilités
de son corps, et les difficultés propres qu'il a. L'enfant I.M.C. atteint
de dyspraxie visuo-spatiale peut avoir une difficulté à voir les obstacles
situés à ses pieds. Il doit apprendre à se méfier de
cette amputation du champ visuel lorsqu'il se déplace. La spasticité
dont il est atteint le limite forcément dans l'intensité et la durée
de l'effort qu'il peut fournir. Il doit aussi éprouver ses limites. Mais,
comme les autres, il doit apprendre que l'exercice physique est (et sera) indispensable,
tout au long de sa vie, pour se maintenir en bonne santé et surmonter le stress.
L'E.P.S. peut lui permettre d'accéder à cette prise de conscience que
l'homme n'est pas un « pur esprit ».
Les besoins socio-affectifs sont probablement ceux qui justifient le plus l'intégration
en milieu ordinaire, mais aussi ceux qui vont poser les problèmes les plus
aigus. Tout le monde s'accorde pour considérer que le jeune handicapé
doit se socialiser, préparant là son intégration sociale et
sociétale. Or, s'intégrer aux activités sportives de ses camarades
de classe, c'est à la fois bénéficier de leur gentillesse mais
aussi de leur intolérance et de leur agacement quand, à cause d'eux,
on a perdu un point ou encaissé un but. Le guidage du maître (comme
d'ailleurs dans d'autres activités) doit être aidant, mais aussi suffisamment
distant, pour ne pas risquer de briser la dynamique du groupe dont on attend beaucoup
de bénéfices. L'objectif étant que chacun soit respectueux de
l'autre.
Une mention particulière peut être faite, à propos de la socialisation,
à l'importance des jeux traditionnels du patrimoine enfantin. Selon Pierre
PARLEBAS, si ces jeux plaisent toujours autant, c'est que, du fait de leurs règles,
« ils constituent un ensemble de contraintes fondant des logiques internes,
des préorganisations des conduites motrices ayant su prendre en compte les
grands ressorts des conduites humaines.» Ils permettent de vivre « les
face-à-face, les corps à corps et les côte à côte
de la socialisation ». Vivre ces jeux traditionnels , si possible en y participant
ou, à défaut, en jouant le difficile rôle d'arbitre, est très
certainement un élément important d'une intégration réussie
en classe ordinaire. Cela ne peut que donner de bonnes bases à la future intégration
sociale de par le partage d'un patrimoine commun. Ce n'est pas un hasard si de nombreuses
expressions de la vie sociale sont issues de ces jeux.
7.2. Au final :
Il ne faut probablement pas oublier l'E.P.S. dans les disciplines qui participent
à la construction de la personnalité et de l'accès aux savoirs
d'un enfant, en particulier d'un enfant handicapé. D'abord parce qu'elle répond
aux besoins moteurs, mais aussi parce qu'elle répond aux besoins cognitifs
et socio-affectifs. Les bénéfices d'une E.P.S. bien pensée se
retrouveront, au moins en partie, dans d'autres disciplines. Réfléchir
à son action au cours d'un jeu, apprendre des concepts relatifs à l'espace
et au temps, verbaliser telle activité ne peuvent qu'enrichir la construction
des autres apprentissages.
8. CONCLUSION
« Nous tromper dans nos entreprises
C'est à quoi nous sommes sujets ;
Le matin je fais des projets
Et le long du jour des sottises. »
VOLTAIRE, Memnon ou la sagesse humaine.
De nombreux ouvrages traitent de l'intégration des enfants handicapés
à l'école. Dans l'un des plus remarquable , l'auteur, volontairement,
n'apporte aucune conclusion à son livre. Parce que, dit-il : « [...]
conclure, c'est clore, c'est fermer. Le débat sur l'intégration scolaire
est loin d'être à cette limite ». Je ne peux que souscrire à
cette opinion. Professionnellement, il ne m'appartiendra pas de décider de
l'intégration d'un enfant en classe ordinaire, mais de tout mettre en £uvre
pour que cette intégration soit réussie. Car il ne suffit certainement
pas de placer un enfant handicapé dans une classe ordinaire pour que ce soit
bénéfique. Je me bornerai donc simplement, en guise de conclusion,
à formuler quelques remarques, qui me paraissent essentielles , concernant
les modalités de prise en charge de l'enfant I.M.C. atteint de dyspraxie visuo-spatiale.
Tout d'abord, il est important de se méfier des apparences car il n'y a pas
de parallélisme entre un trouble moteur et un trouble cognitif associé.
Un enfant I.M.C. diplégique, donc avec un trouble moteur visible plutôt
léger, qui généralement s'exprime bien, peut laisser penser
qu'il n'aura pas de problèmes majeurs dans sa scolarité. D'autant plus
que sa famille peut souhaiter son inscription dans une classe normale par une sorte
de refus du handicap. Le désir étant alors que l'enfant soit considéré
« comme les autres ». Or, la dyspraxie visuo-spatiale demande une prise
en charge particulière. Intégrer, ce n'est pas normaliser, c'est justement
reconnaître la différence et la traiter par une réponse différenciée,
c'est à dire différente de celle qui s'applique aux autres.
Se méfier des apparences implique une observation attentive des enfants. La
dyspraxie visuo-spatiale n'est pas un trouble uniforme et il n'existe donc pas de
solution toute faite pour prendre en compte ce trouble. Certes, les connaissances
que l'on peut avoir sur ce trouble cognitif peuvent aider. Ainsi, s'appuyer sur le
canal auditivo-verbal sera opportun. Mais on ne peut faire l'économie de l'observation
directe de l'activité de l'enfant en train d'apprendre. « Il y a autant
de stratégies d'apprentissage qu'il y a d'individus sur la planète
» , affirme Philippe MEIRIEU. Cela vaut aussi pour chaque enfant atteint de
dyspraxie visuo-spatiale : « Il n'y en a pas deux pareils » m'a confié
une institutrice qui en accueille plusieurs dans sa classe, depuis de nombreuses
années. Tandis que l'un arrivera, sans difficulté, à lire un
tableau à double entrée, un autre sera là en très grande
difficulté. Pour une même « déficience », on aura
en correspondance une « incapacité » différente, parce
que chacun organise ses ressources de manière singulière. Observer
sera la règle d'or. Observer pour mieux comprendre l'enfant afin de mieux
pouvoir l'aider individuellement.
Cependant, aider individuellement ne veut pas dire individualiser totalement le travail.
Au début de ce mémoire je citais Jean-François NURIT qui a observé
le risque de l'installation d'un « cercle vicieux », chez l'enfant I.M.C.
« où un désinvestissement des apprentissages s'instaure au profit
de la socialisation ». L'individualisation totale du travail scolaire du jeune
handicapé marque probablement l'installation d'une telle dérive. Il
est important pour lui ù et peut être aussi pour les autres ù qu'il communique
avec ses pairs pour assurer une progression harmonieuse de ses apprentissages. De
plus, viser l'intégration sociale passe sans doute par la prise en compte
de l'aspect social de la construction des apprentissages scolaires.
C'est la raison pour laquelle je n'envisage pas, comme futur « maître
de soutien à l'intégration » une aide systématiquement
individuelle aux enfants handicapés dont j'aurai la charge. Dans la plupart
des cas, il me semble préférable d'apporter une aide à un petit
groupe d'enfants.
Par ailleurs, au delà de la connaissance du handicap, il est capital que le
maître de soutien s'efforce d'être le plus « expert » possible
en pédagogie. Francis DELHOM écrit fort justement : « le soutien
est sans doute plus exigeant en ce qui concerne la compétence [professionnelle]
que le travail de classe proprement dit. Il faut pleinement maîtriser une discipline
pour discerner, dans un premier temps, l'essentiel de l'accessoire, c'est-à-dire
ce sur quoi l'élève achoppe en profondeur, puis trouver, dans l'instant,
ce qui va permettre de l'aider, de faire qu'il s'aide lui même ».
Dès lors, l'attitude de l'instituteur, qu'il s'agisse du maître intégrant
ou du maître de soutien, sera délicate : comment intervenir pour que
l'enfant soit l'objet d'une attention particulière ùdont il a besoinù sans
le singulariser aux yeux de ses camarades, sans donner l'impression de le privilégier
? La solution se trouve peut-être en observant aussi les autres et en leur
accordant une aide individualisée. Aide dont le « moyen », le
« bon », le « passable » auront besoin, dès lors qu'ils
seront confrontés, eux aussi, à de nécessaires difficultés
pour construire leurs apprentissages.
Si c'est le cas, l'intégration d'un enfant handicapé dans une classe
ordinaire rend possible la vieille utopie généreuse de l'école
pour tous .
9. BIBLIOGRAPHIE
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