CNEFEI de Suresnes Année 1997-1998
PRATIQUE DE L'ESCALADE
AVEC DE JEUNES INFIRMES MOTEURS CEREBRAUX
SCOLARI Jean-Christophe
Stagiaire CAAPSAIS Option C
Avant d'être un sport, l'escalade est un jeu, un jeu universel et ancestral
sur le plan éducatif, c'est bien son atout majeur. Grimper, c'est renouer
avec le tout petit enfant qu'on a été, c'est apprendre à se
connaître tel que l'on est, c'est maîtriser ses émotions, appréhender
son corps, trouver ses équilibres.
EDLINGER Patrick
SOMMAIRE
SOMMAIRE.
INTRODUCTION.
1- L'INFIRMITE MOTRICE CEREBRALE.
1.1-Qu'est-ce que l'infirmité motrice cérébrale?
1.2-Les causes..
1.3-Les principaux types cliniques....
1.3.1-Syndrome spastique.
1.3.2-Syndrome athétosique.
1.3.3-Syndrome ataxique..
1.3.4-Etats mixtes..
1.4-Les troubles associés éventuels.
1.4.1-Troubles sensoriels et sensitifs.
1.4.2-Troubles perceptivo-moteurs et structuration spatiale
1.4.3-Troubles intellectuels.
1.4.4-Troubles de la parole et du langage.
1.4.5-Comitialité..
1.4.6-Troubles psychologiques.
1.4.7-Problèmes de schéma corporel.
2-LES ENJEUX DE L'ESCALADE POUR LES JEUNES
I.M.C..
2.1-Qu'est-ce que l'escalade?
2.2-Les bénéfices de l'escalade pour les IMC
2.2.1-Une activité motrice....
2.2.2-Une activité cognitive..
2.2.3-Une activité émotionnelle et sociale..
3-LE PROJET ESCALADE....
3.1-Les moyens......
3.1.1-Petit glossaire du grimpeur..
3.1.2-La structure d'escalade adaptée.
3.1.3-Le matériel d'escalade...
3.2-L'évaluation.............
3.2.1-Exemple de fiche d'évaluation
d'escalade...
3.3-Les objectifs pédagogiques.......
3.3.1-Compétences générales.......
3.3.2-Des besoins aux objectifs...
3.4-La progression pédagogique...
3.4.1-Découverte du matériel et de l'activité..
3.4.2-Sensibilisation à la sécurité
et au risque....
3.4.3-Découverte de la paroi et des prises...
3.4.4-Exercices de grimpe...
3.5-Le déroulement d'une séance......
3.6-Le rôle de l'enseignant...........
3.6.1-L'enseignant prévoit les conditions de réalisation de la séance
d'escalade....
3.6.2-L'enseignant différencie sa démarche pour l'ajuster
aux possibilités de chaque élève.
3.6.3-L'enseignant favorise la métacognition........
3.6.4-L'enseignant s'appuie sur le conflit socio-cognitif.....
3.6.5-L'enseignant en tant que médiateur......
CONCLUSION....
BIBLIOGRAPHIE...
ANNEXES......
INTRODUCTION
L'éducation physique et sportive est une discipline à part entière,
ses finalités sont:
-de favoriser chez tous les enfants le développement des capacités
organiques et motrices.
-d'accéder à un domaine de la culture que constitue la pratique des
A.P.S. et d'expression.
-d'offrir à chacun les connaissances et les savoirs concernant l'entretien
de ses potentialités et l'organisation de sa vie physique aux différents
âges de l'existence.
L'éducation physique et sportive est indispensable aussi bien à un
enfant valide qu'à un enfant handicapé, elle est l'occasion d'apprentissages,
de socialisation, de connaissance et de sensibilisation au monde des objets et des
êtres vivants.
L'E.P.S. donne à l'enfant des pouvoirs sur lui-même et sur le monde
environnant. Elle développe l'autonomie de l'enfant handicapé. Elle
est aussi un moyen de rencontrer d'autres personnes, de faire accepter les différences,
de développer la solidarité; elle est donc un vecteur d'intégration
scolaire. Elle est enfin un moyen de se faire plaisir.
Instituteur depuis de nombreuses années et pratiquant moi-même l'escalade,
je me propose d'en étudier les enjeux pour des enfants Infirmes moteurs cérébraux
âgés de six à onze ans environ. Quel sera l'engagement de ces
enfants dans cette activité? Comment s'y prendre pour leur permettre de surmonter
leurs difficultés et quels projets pour y aboutir?
Pour écrire ce mémoire j'ai observé la pratique de l'escalade
par des enfants I.M.C. :
-à l'I.E.M. des P.E.P. de Nice (Rossetti), sur une structure artificielle
d'escalade (S.A.E), activité conduite par des ergothérapeutes.
-à l'E.R.E.A. de Vaucresson, sur une S.A.E., activité conduite par
un professeur d'E.P.S.
1-INFIRMITE MOTRICE CEREBRALE
1.1-Qu'est-ce que l'infirmité motrice cérébrale?
L'infirmité motrice cérébrale (I.M.C.) est un désordre
permanent et non immuable de la posture et du mouvement, dû à un dysfonctionnement
du cerveau avant que sa croissance et son développement ne soient complet,
avec conservation des possibilités intellectuelles.
Des facteurs pathologiques multiples peuvent exercer un effet nocif sur les structures
motrices du cerveau par des lésions directes, circulatoires ou anoxiques.
1.2-Les causes
On peut distinguer:
--des causes prénatales: prématurité, retard de croissance intra-utérin,
encéphalite foetale en relation avec une maladie ou une intoxication de la
mère.
--des causes périnatales: difficultés de l'accouchement, troubles respiratoires,
ictère.
--des causes postnatales: réaction encéphalitique, déshydratation
aiguë, traumatisme, accident vasculaire.
1.3-Les principaux types cliniques
1.3.1-Syndrome spastique
C'est une anomalie consécutive à des lésions du cortex moteur
qui se traduit par des raideurs musculaires entravant l'exécution correcte
des actes moteurs. L'enfant est incapable de contracter et de relâcher volontairement
ses muscles. On peut retenir trois types d'atteintes à dominante spastique.
--L'hémiplégie cérébrale infantile
Il s'agit souvent d'une hémiplégie congénitale dont les premiers
signes apparaissent vers l'âge de 6 mois. Le membre supérieur est souvent
bien plus mal utilisé et "oublié". Ces enfants ont aussi,
en association, des troubles praxiques et gnosiques qui entraînent une mauvaise
structuration spatio-temporelle et un schéma corporel défectueux. Beaucoup
éprouvent des difficultés dans la construction du langage, dans l'apprentissage
de la lecture et de l'écriture dont résultent des retards scolaires
alors que l'intelligence reste correcte. Les troubles de l'inattention, l'immaturité,
l'inhibition peuvent provoquer de plus des problèmes sociaux.
--La diplégie spastique ou syndrome de Little
Elle est décelée entre 4 et 8 mois. Ces enfants présentent une
contracture importante des adducteurs qui entraîne une marche tardive et difficile
avec rotation interne des genoux et pieds en équins. La manipulation des objets
est normale ou quasi-normale, l'intelligence est satisfaisante et le langage est
bon. Des troubles praxiques et visuo-spatiaux sont souvent notés.
--La tétraplégie spastique
Elle occasionne de grandes incapacités dues à de graves traumatismes
de naissance. Certaines tétraplégies s'accompagnent d'une apraxie bucco-lingo-faciale
provoquant des troubles de la déglutition, de la mastication et de la phonation.
Les enfants sont presque totalement dépendants sur le plan de la motricité
fonctionnelle et fréquemment sans parole.
1.3.2-Syndrome athétosique
Conséquence de lésions des noyaux gris centraux du cerveau, il se caractérise
par de contractions involontaires de la face et des membres. L'athétose provoque
des anomalies de posture et des désordres des mouvements intentionnels.
1.3.3-Syndrome ataxique
D'existence exceptionnelle à l'état pur, c'est une séquelle
de lésions du cervelet (régulateur de l'adaptation posturale statique
et de la coordination des mouvements volontaires. Il se caractérise par des
troubles des mouvements élémentaires et complexes, une lenteur, une
mauvaise organisation spatio-temporelle des gestes ainsi que par des troubles de
l'équilibre et la marche.
1.3.4-Etats mixtes
Dans un grand nombre de cas, l'enfant I.M.C. se présente avec un trouble moteur
qui associe à des divers degrés spasticité, athétose
et ataxie. Tous les degrés de réalisation et de déficit moteur
sont possibles, depuis une activité fonctionnelle relativement bonne jusqu'au
handicap grave nécessitant une assistance permanente. L'enfant I.M.C. est
plus souvent atteint par excès de contractions musculaires que par défaut,
il est guetté par des déformations ostéo-articulaires qu'il
convient de prévenir et de traiter.
1.4-Les troubles associés
éventuels
Aux troubles moteurs proprement dits s'ajoutent fréquemment des troubles associés.
1.4.1-Troubles sensoriels et sensitifs
--Troubles visuels
Ce sont des troubles de la motricité oculaire retentissant sur l'acuité
visuelle comme le nystagmus (tremblement des globes), le strabisme ou la coordination
dynamique des yeux.
--Troubles auditifs
Si les surdités sévères et profondes sont rares, des surdités
moyennes peuvent exister nécessitant un appareillage prothétique afin
de restituer à l'enfant toutes les composantes de l'audition et de la parole.
--Troubles de la sensibilité somatique
Difficiles à apprécier, ils peuvent porter sur la sensibilité
tactile et/ou profonde entraînant des impossibilités de reconnaissance
tactile des objets et des formes ainsi que des négligences dans l'action d'une
partie du corps.
1.4.2-Troubles perceptivo-moteurs et structuration spatiale
--Difficulté de reconnaissance et d'identification des objets, décryptage
difficile des images si elles sont peu usuelles, incomplètes, ou interfèrent
avec un fond structuré.
--Attention apportée aux détails non significatifs, aux différences,
d'où des difficultés de conceptualisation en analyse et en synthèse,
surtout dans la structuration spatiale.
1.4.3-Troubles intellectuels
Les différents troubles évoqués ci-dessus ne favorisent pas
les apprentissages scolaires.
Le niveau mental est souvent difficile, voire parfois presque impossible à
mesurer. Les interactions avec les troubles du langage et les troubles sensoriels
doivent relativiser les résultats aux tests psychologiques.
1.4.4-Troubles de la parole et du langage
Ils sont extrêmement fréquents et en relation avec les troubles moteurs
bucco-pharyngés:
--troubles de la voix qui peuvent se traduire par un débit saccadé;
--troubles de l'articulation générés par des dysarthries de
la face perturbent souvent la communication.
Ils peuvent, à la limite, entraîner une absence totale de parole.
1.4.5-Comitialité
L'épilepsie motrice, localisée à l'hémicorps atteint,
se manifeste surtout chez les hémiplégiques. Elle est stabilisée
dans la majorité des cas par des traitements médicamenteux mais elle
peut constituer une difficulté de par la lenteur et les troubles de mémorisation
secondaires.
1.4.6-Troubles psychologiques
Ces enfants présentent quelquefois une immaturité affective, de l'hyperémotivité,
de la lenteur, des troubles du comportement, ou des troubles de la personnalité.
1.4.7-Problèmes de schéma corporel
Ces enfants ont souvent un schéma corporel déficitaire, par manque
de contrôle, par manque d'expériences vécues. Ce corps que l'on
utilise trop souvent pour eux, ils ont mal appris à le percevoir et à
en avoir une représentation juste. Dans ces conditions, ils n'arrivent pas
à le concevoir dans sa globalité ou dans ses différentes parties.
Les psychomotriciennes de l'EREA de Vaucresson s'accordent à dire que ces
enfants ont une vision globale de leur corps altérée.
Le dessin qu'elles m'ont confié, que l'on voit ci-dessous page 10, effectué
par un enfant IMC, illustre ces problèmes de représentation corporelle.
On voit qu'il ne rattache pas les différents segments de son corps à
un tout, que ses membres flottent dans le vide.
F. Dolto* nous parle de l'image que les IMC ont de leur corps; chez eux les déficiences
limitent les expériences psycho-motrices, l'espace locomoteur est restreint
et la structuration temporelle rencontre les mêmes difficultés. L'enfant
a du mal a percevoir son corps dans l'espace.
* Dolto F. L'image inconsciente du corps.
2-LES ENJEUX DE L'ESCALADE
POUR LES JEUNES I.M.C.
2.1-Qu'est-ce que l'escalade?
L'escalade se définit comme un déplacement quadrupédique dans
un espace verticalisé, demandant une mise en jeu corporelle globale, avec
une poussée par l'intermédiaire des membres inférieurs, une
traction et une recherche d'équilibre par les membres supérieurs.
L'escalade est une activité qui plaît. Pour l'enseignant également,
qui s'est impliqué dans ce sport, c'est une forte source de motivation.
La plupart des enfants veulent grimper en arrivant sur un site d'escalade. Ils ont
tous une représentation de l'escalade, même s'ils ne l'ont jamais pratiquée.
Cette représentation va influencer leurs façons de vivre l'activité
dans la prise de risques et le plaisir.
Les enfants savent grimper, chacun a sa façon. Il est surprenant de voir les
différentes techniques de grimpe que plusieurs enfants mettent en oeuvre pour
franchir le même passage.
Souvent aller au sommet est le plus important pour eux, peu importe la manière
ou le chemin emprunté.
On constate que les enfants ont peu envie de se faire mal. Ils prennent petit à
petit confiance en eux et dépassent leur appréhension.
Une prise de risques mesurée est assumée individuellement, c'est une
des composantes inhérente à l'escalade.
2.2-Les bénéfices de l'escalade pour les I.M.C.
Chez ces enfants I.M.C., on constate souvent un manque de confiance en eux. La confrontation
au monde des valides n'est pas toujours facile.
L'escalade leur permettra d'apprivoiser un corps qu'ils ont du mal à accepter,
de se découvrir eux-mêmes, de prendre en compte leurs capacités,
et de s'apercevoir qu'ils ne sont pas toujours en situation d'échec.
L'activité escalade leur donnera un peu plus de liberté sur le plan
fonctionnel, un peu plus d'autonomie et l'occasion d'assumer des responsabilités.
Faire quelque chose d'inhabituel les amènera à se dépasser,
leur montrera qu'ils peuvent se valoriser, sur le plan physique, psychologique et
social aussi, et leur permettra de prendre conscience qu'ils peuvent faire des choses
eux aussi comme les autres, et d'en être fier.
L'activité escalade devient quelque chose d'accessible, un monde nouveau s'ouvre
à eux, fait de sensations et de plaisirs.
2.2.1-Une activité
motrice
L'escalade offre la troisième dimension, avec ses lois physiques propres.
Elle implique des exigences inhabituelles sur le plan de la motricité et amène
donc à explorer de nouvelles conduites motrices.
Elle offre également la coordination de mouvements précis, la coordination
oeil-main, oeil-pied, dans une re-programmation du geste. Elle aide dans le travail
de la symétrie et de repérage de l'axe du corps, ce qui permet une
prise de conscience du corps dans son entier et aide à l'intégration
du schéma corporel.
C'est un travail de posture qui fait fonctionner les chaînes motrices du corps
en les dissociant. Un renforcement musculaire est obtenu au niveau des muscles extenseurs,
adducteurs, abducteurs, fléchisseurs.
En ce qui concerne la souplesse, les kinesithérapeutes que j'ai pu rencontrer
à l'E.R.E.A. de Vaucresson disent qu'on constate une récupération
des amplitudes articulaires (hanche et épaules) et une réduction des
courbures rachidiennes.
Elle permet de travailler les préhensions dans la saisie et le lâcher
des prises. Elle permet également de faire fonctionner les schèmes
contraires aux schèmes pathologiques, ainsi que de bien contrôler le
geste car c'est une activité dans laquelle on prend son temps, l'enfant a
du temps pour la prise d'informations, pour trouver son équilibre et pour
coordonner ses mouvements.
2.2.2-Une activité cognitive
L'action de grimper demande à l'enfant de s'informer avec ses yeux et son
corps.
Il doit savoir où il se trouve sur la paroi, quelles prises il peut atteindre,
quel enchaînement de mouvements il doit effectuer pour progresser. Il doit
connaître ses possibilités et savoir analyser les risques afin d'éviter
la chute pour ne pas "dévisser".
Une fois les informations visuelles et tactiles reçues, il doit élaborer
des stratégies tout seul; et pour ces enfants I.M.C., qui n'ont peut-être
pas bien vécu leur stade sensori-moteur ( cf. Piaget), cet apprentissage,
par un processus d'assimilation-accomodation, les aide à se représenter
l'espace et la position de leur corps dans celui-ci.
La mise en place de ces stratégies peut les aider également dans leurs
raisonnements logiques qu'ils pourront réinvestir dans d'autres situations
d'apprentissage. Les enfants vont apprendre à gérer leur potentiel
et leurs capacités; Ils vont "apprendre à apprendre", ne
pas craindre d'échouer et ne pas sous-estimer la difficulté.
2.2.3-Une activité émotionnelle et sociale.
En escalade, l'affectivité de l'enfant est largement sollicitée par
la maîtrise émotionnelle qu'il doit développer pour surmonter
la peur du vide.
L'escalade est le moyen d'affirmer sa personnalité, d'accepter d'aller voir
plus loin et de prendre des risques calculés.
C'est une activité physique qui conduit celui qui la pratique à se
prendre en charge, à construire des relations positives avec son entourage.
L'enfant aura plus de confiance en lui, verra qu'il est capable de faire quelque
chose "d'exceptionnel". Il découvrira qu'il peut être plus
autonome et aussi comment utiliser les autres ou leur être utile. Il apprendra
à surmonter les difficultés et à se surpasser psychologiquement
pour progresser.
Ici, plus que dans d'autres sports, la lenteur propre à l'activité
permettra à l'enfant de trouver son propre rythme et l'aidera pour être
plus autonome.
Arrivé au sommet, il appréhendera tout de suite ce qu'il vient de réussir,
il aura vaincu pendant un moment ses déficiences.
Par ailleurs, il existe une relation étroite, basée sur la confiance
et la responsabilité, entre le grimpeur et l'assureur, qui est indispensable
pour la sécurité, chacun devant savoir où en est l'autre.
L'escalade est vecteur d'insertion sociale, puisque l'enfant handicapé peut
pratiquer ce sport avec des enfants valides, avec ses parents, au sein d'un club
ou pendant les vacances.
3-LE PROJET D'ESCALADE
Ce projet concernera plus particulièrement des enfants ayant une diplégie
de Little, d'un âge de six à onze ans.
3.1-Les moyens
Un bon équipement, bien étudié et adapté, permet aux
enfants handicapés d'évoluer en toute sécurité.
3.1.1-Petit glossaire
Ce glossaire est présenté ici pour aider à la lecture des pages
qui suivent.
Assurer: utiliser une corde pour éviter les chutes.
Avaler: reprendre le trop de corde.
Carre: appui de la partie latérale du pied (le pied sera en appui parallèle
à la paroi), on parle de carre externe ou de carre interne.
Cordée: groupe de grimpeurs reliées les uns aux autres par une corde.
Classement des voies: F= facile, PD= peu difficile, D= difficile, TD= très
difficile, ED= extrêmement difficile.
Dégaine: deux mousquetons reliés entre eux par une sangle.
Dévisser: chuter.
Du mou: lâcher la corde.
Grimper en tête: le grimpeur (premier de cordée) monte en premier.
La corde le suit, nouée à son baudrier, il la fixera à la paroi
à l'aide de dégaines au fur et à mesure de son ascension pour
être assuré. Le deuxième grimpeur,(l'assureur) reste au bas de
la paroi, et assure le grimpeur de tête en laissant filer la corde par un système
d'assurance.
Lover la corde: façon de manipuler la corde par brassées afin de la
ramener.
Niveau du grimpeur: I à III: utilisation seulement des jambes sans prise de
mains, IV: utilisation des jambes, bras, mains, V: qualités physiques requises,
VI: réflexion, positionnement du corps, VII: réflexion, très
physique, VIII et IX : extrêmement technique.
Noeud de huit: noeud d'assurance en forme de huit.
Moulinette: une des façons d'assurer, le grimpeur et l'assureur sont au bas
de la paroi et la corde passe par le sommet de celle-ci.
Prise: aspérité de la paroi pour s'agripper, ici les prises sont artificielles.
Rappel: méthode pour redescendre une paroi en se laissant glisser le long
de la corde à l'aide d'un descendeur.
Sec: tendre la corde.
Voie: itinéraire emprunté par le grimpeur sur la paroi.
3.1.2-La structure d'escalade adaptée
Appelée communément structure artificielle d'escalade ou SAE.
C'est une structure verticale, faite d'un châssis en tubes d'acier recouvert
de planches de contreplaqué.
Cette structure artificielle, de plusieurs mètres de haut, peut être
inclinée plus ou moins selon la difficulté recherchée; les "prises"
y sont fixées par des écrous et boulons.
Les prises, qu'il est possible de déplacer afin de changer la configuration
de la voie, sont faites d'un plastique très agrippant. Leur taille, forme
et couleur sont variables pour s'adapter à différentes situations.
Au sommet, des mousquetons permettent l'utilisation d'une corde pour assurer le grimpeur
en "moulinette".
Pour certaines SAE ont fixe directement les prises sur des murs de bâtiments.
3.1.3-Le matériel d'escalade
La corde: faite de nylon, elle peut avoir plusieurs diamètres et a un caractère
élastique pour amortir la chute.
Le baudrier: sorte de harnais que l'on passe autour des jambes et de la taille, et
qui relie le grimpeur à la corde.
Les chaussons: chaussures spéciales d'escalade, dont la semelle très
enveloppante est faite d'un caoutchouc adhérent.
Le mousqueton: boucle métallique de forme ovale se fermant par un doigt articulé.
Il sert à fixer la corde à la paroi ou à son sommet.
Le descendeur: double anneau métallique en forme de huit qui permet soit d'assurer
le grimpeur(système d'assurance), soit de descendre en rappel.
3.2-L'évaluation
Le maître évaluera d'abord les acquis par une évaluation diagnostique:
qu'est-ce que l'enfant est déjà capable de faire?
--Evaluation motrice et perceptive: présences de raideurs ou de crispations,
croisement des jambes, pieds en équin, tendance à utiliser plus certains
membres que d'autres ou un côté plus que l'autre, manque de tonus musculaire,
problèmes d'équilibre, problèmes visuo-spatiaux.
--Evaluation affective: impulsivité, peur, panique, inhibition.
--Evaluation cognitive: problèmes de concentration, de mémorisation,
de latéralisation, de raisonnement logique, de structuration dans l'espace,
d'anticipation, d'attention, de langage; manque d'initiative.
Un projet sera alors établi pour chaque enfant, dans lequel on indiquera les
compétences qu'il sera souhaitable pour lui d'acquérir et comment y
arriver en tenant compte des contre-indications médicales.
Le travail réalisé en escalade pourra favoriser l'acquisition des connaissances:
les différentes parties du corps, les notions d'espace et de temps...
A l'issue de chaque période d'apprentissage pourra être établie
une évaluation formative.
3.2.1-Exemple de fiche d'évaluation
d'escalade
FICHE D'EVALUATION D'ESCALADE
Nom:
Prénom:
Date:
Degré de difficulté:
Appréciation
Equipement
____________________
Escalade en moulinette
____________________
Escalade en tête
____________________
Rappel
____________________
Maniement de corde
____________________
Attitude Mise du baudrier
Noeud de huit
Respect du matériel
_____________________
Assurance
Autonomie dans la voie
Techniques
____________________
Assurance
Mousquetonnage
Techniques
_____________________
Installation du rappel
Descente
____________________
Pliage
_____________________
Coopération
Attention
Anticipation
3.3-Les objectifs pédagogiques
"Il y a situation d'apprentissage quand un sujet mobilise une ou des capacités
qu'il fait rentrer en interaction avec ses compétences. L'activité
qu'il déploie alors peut-être nommée stratégie; c'est
une activité personnelle, aléatoire à son histoire propre; c'est
aussi une activité finalisée par laquelle il construit de nouveaux
savoirs et savoir-faire en intégrant, par une série de mises en relation
successives, la difficulté à l'habitude, l'étranger au familier,
l'inconnu au connu. Ce processus est lui-même intégratif, c'est-à-dire
qu'une acquisition dans l'ordre des compétences ou des capacités sert
de point d'ancrage pour développer de nouvelles stratégies et permettre
de nouvelles acquisitions."
P. Meirieu.
3.3.1-Compétences générales
Maîtriser des conduites motrices:
--en sachant s'informer, sur son propre corps et sa position dans l'espace, sur la
paroi à grimper, en repérant les prises accessibles et le degré
de préhension requis, enfin sur les autres participants ( l'assureur est-il
prêt?).
--en sachant décider, de la prise à saisir en premier, de la voie choisie,
de l'enchaînement des prises de mains et de pieds.
--en sachant effectuer: en adaptant ses capacités motrices à l'action
à effectuer.
Conduire un apprentissage:
--en appliquant une solution: en écoutant les conseils donnés ou en
imitant une gestuelle montrée.
--en construisant des règles d'action: par tâtonnement, par exemple:"
telle prise j'aurais dû la saisir avec la main gauche, j'essaie à nouveau",
et également en vérifiant sur la paroi ses hypothèses.
--en menant à bien un projet: en ayant une attitude réflexive sur son
action.
Entretenir et développer son potentiel corporel:
--en sachant s'échauffer, s'entraîner et assurer sa sécurité.
Participer à l'organisation du groupe:
--en respectant le principe de fonctionnement du duo: assureur-assuré, en
aidant son partenaire, en proposant des solutions.
3.3.2-Des besoins aux objectifs
BESOINS
OBJECTIFS
Besoins moteurs
--élargir les expériences motrices................
--mieux contrôler les gestes; en particulier améliorer la coordination
occulo-manuelle.......................................................
--renforcer l'équilibre....................................
Besoins cognitifs
pour maîtriser les actions motrices
--savoir s'informer en cours d'action; en particulier prendre des informations fiables
dans l'espace...............................................
--savoir décider avec pertinence en cours d'action.........................................................
Pour entretenir et développer son potentiel physique
préserver l'intégrité physique.......................
BESOINS
__________________________________
pour conduire un apprentissage
acquérir des démarches d'apprentissage autonomes....................................................
Besoins socio-affectifs
--renforcer la socialisation............................
--assumer la frustration................................
--devenir plus autonome..............................
Faire et défaire un noeud de huit. Manipuler une corde, un descendeur, un
mousqueton. Saisir une prise, placer ses pieds.
Organisation de l'enchaînement des appuis.
Trouver la ligne d'appui: à l'amble (main et pied d'un même côté),
croisée (main et pied du côté opposé), à l'horizontale
(par les 2 mains ou les 2 pieds). Gestion du vide et du vertige.
Choix de la prise la plus adaptée à atteindre en fonction de sa position
sur la paroi et de son équilibre.
Changement d'appui (mettre le pied droit à la place du pied gauche), désescalader
de quelques prises pour changer de voie et pouvoir
progresser.
Prise de conscience de ses capacités, échauffement, entraînement,
savoir s'économiser. Connaissance des notions de sécurité. Gestion
de la chute.
OBJECTIFS
_______________________________
Etre capable d'apprécier la difficulté d'une voie et les passages les
mieux appropriés à ses capacités.
Etablir une coopération entre l'assureur et l'assuré.
Coopérer, éviter l'agressivité ou le repli sur soi.
Décider de la voie empruntée et des appuis. Evaluation personnelle
de ses résultats.
3.4-La progression pédagogique
3.4.1-Découverte du matériel et de l'activité
--Prise de contact avec l'équipement et la SAE.
--Apprendre à mettre un baudrier: distinguer l'avant de l'arrière,
savoir où passer la jambe droite et la gauche.
--Apprendre à s'encorder et à faire le double noeud de huit.
--Apprendre à manipuler la corde et à la lover.
Toutes ces notions seront revues au début de chaque séance.
3.4.2-Sensibilisation à
la sécurité et au risque
--Vérification du matériel.
--Faire confiance au matériel: apprécier la solidité de la corde
et du baudrier.
--Faire confiance à celui qui assure.
3.4.3-Découverte de la paroi et des prises
--Traverser latéralement la SAE d'un bord à l'autre à quelques
centimètres du sol, sans toucher par terre, prise de conscience de ses possibilités
motrices, élaboration gestuelle, familiarisation et découverte de nouvelles
sensations.
3.4.4-Exercices de grimpe
On pourra choisir parmi les exercices suivant dans l'ordre que l'on décidera,
en fonction des besoins d'apprentissage des élèves.
--Découverte de l'action de grimper sur la SAE, par tâtonnement.
--Grimper et atteindre un repère en utilisant un maximum de prises.
--Grimper et atteindre un repère en utilisant un minimum de prises.
--Redescendre la paroi en position de rappel, c'est-à-dire avec les jambes
à l'équerre.
--Assurer un grimpeur en avalant la corde suffisamment vite et en étant capable
de parer des chutes éventuelles .
--Grimper en n'utilisant que des prises d'une certaine couleur.
--Grimper en utilisant des prises placées dans un ordre chronologique imposé.
--Traverser dans un couloir imposé.
--Escalader et désescalader la même voie.
--Grimper une voie d'une largeur imposée.
--Effectuer une voie sur laquelle il y a des indices à découvrir.
--Effectuer une voie sur laquelle il y a des objets à récupérer.
--Descendre en rappel en utilisant un descendeur en huit.
--Grimper les yeux bandés en écoutant les consignes de l'assureur.
--Grimper sur un paroi qui devient de plus en plus proche de la verticale.
--Anticiper et annoncer les prises empruntées dans une voie inconnue.
--Grimper en n'utilisant pas les prises interdites, annoncées par l'assureur.
--Grimper en étant chronométré.
--Grimper dans un temps imparti.
--Grimper et au signal se bloquer dans sa dernière position.
3.5-Le déroulement
d'une séance
Une séance d'escalade sera constituée en général dans
l'ordre chronologique suivant:
--Des exercices d'échauffement, pour se préparer physiquement mais
aussi psychologiquement à l'activité:
lau sol, flexion des genoux, extension des membres supérieurs.
lsur la paroi, tenir en équilibre sur les prises de pieds, déplacement
latéral libre.
--Des exercices préparatoires sur un espalier, ou sur des blocs de mousse
de différentes formes pour le travail de l'équilibre et de l'adaptation.
--Rappel des notions de sécurité et mise en place de l'équipement.
--Des exercices de grimpe proprement dits.
3.6-Le rôle de l'enseignant
3.6.1-L'enseignant prévoit les conditions de réalisation de la séance
d'escalade
--L'installation de l'élève
Apprendre à l'élève à se préparer en enfilant
le baudrier, les chaussons et en faisant le noeud de huit.
L'enseignant placera l'élève devant la paroi dans la position qui lui
convient le mieux, par exemple avec prise de carre externe pour un enfant aux pieds
trop en équin. Il le soutiendra avec la corde en soulageant son poids.
Il crée un climat de confiance et encourage l'élève pour l'aider
à réussir.
--Les modalités de prise d'information
Pour certains enfants ayant du mal à se repérer dans l'espace, il sera
utile de signaler les prises, soit par leur couleur, soit à l'aide d'indications
à la craie. L'enseignant peut également faire une démonstration
du mouvement à réaliser ou alors donner une explication.
--Les objets manipulés
L'enseignant pourra adapter une voie spécifiquement à un élève
en changeant le type de prises et/ou leur emplacement ainsi que leur espacement sur
la paroi.
--La durée de l'activité
Le maître devra juger de la fatigabilité de l'enfant. Il devra alterner
les moments d'activité et les moments de repos. La séance durera une
heure environ.
--Les modalités de regroupement des élèves
Dès que le niveau des enfants sera suffisant, l'enseignant pourra faire assurer
un grimpeur par un autre enfant. Il devra alors veiller à ce qu'ils aient
un niveau de performance identique.
3.6.2-L'enseignant différencie sa démarche pour l'ajuster aux possibilités
de chaque élève
Le maître devra être capable d'apprécier les capacités
de chaque enfant et comprendre d'où viennent les échecs s'il y en a.
Il devra juger si le niveau de l'activité n'est pas trop élevé
ou on contraire si la trop grande facilité n'apportera aucun progrès.
3.6.3-L'enseignant favorise la métacognition*
L'enseignant provoque chez l'enfant une réflexion sur ses processus d'apprentissage.
Il sollicite la verbalisation de l'enfant pour l'aider à appréhender
son corps et son fonctionnement et pour qu'il réalise par lui-même son
cheminement dans l'apprentissage.
3.6.4-L'enseignant s'appuie sur le conflit socio-cognitif**
Il fait travailler les enfants en groupes afin qu'ils analysent eux-mêmes les
problèmes et confrontent leurs solutions.
3.6.5-L'enseignant en tant
que médiateur
L'enseignant a une position de médiateur. Il propose à l'enfant une
situation pédagogique à un niveau de difficulté suffisant pour
provoquer un apprentissage: c'est-à-dire ni trop facile ni trop difficile.
Il amène l'enfant à découvrir ce qu'il peut faire seul et ce
qu'il peut faire accompagné: c'est la ZPD (zone proximale de développement
comme l'a décrite Vygotski***).
*Mérieu P. Grangeat M. La métacognition, aide aux élèves
en difficulté.
**Perret. Clermont. A-N. La construction de l'intelligence dans l'interaction sociale.
***Vygotski L. Pensée et langage.
CONCLUSION
La pratique de l'escalade, au delà d'une activité purement sportive,
permet d'atteindre des objectifs importants: gain de confiance et d'autonomie, maîtrise
des capacités physiques et acquisition de compétences nouvelles.
Toutes ces acquis peuvent contribuer à une intégration scolaire réussie
pour ces enfants qui souvent sont en difficulté.
Cette activité d'équilibre et de prise de risques leur permet de surmonter
leur handicap et de prendre du plaisir avec leur corps.
Je me propose, avec mes futurs élèves de l'IEM de Saint-Louis à
la Réunion, de monter un projet d'escalade, en envisageant la construction
d'une SAE, ou en utilisant celle du collège voisin.
Je profiterai de mon expérience personnelle dans ce domaine pour proposer
un investissement différent à ces enfants handicapés.
Faire de l'escalade sera le moyen de vivre une aventure pour eux qui dans la vie
quotidienne en sont souvent privés.
BIBLIOGRAPHIE
Livres:
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Cohen D. (RETZ) Piaget, une remise en question.
Collin D. Reveillère C. (APF) L'importance du corps et du mouvement dans la
facilitation des acquisitions de type scolaire de l'enfant et de l'adolescent handicapé
moteur.
Develay M. (ESF 1992) De l'apprentissage à l'enseignement.
Dolto F.(SEUIL, 1984) L'image inconsciente du corps.
Doulcet P. (Thèse de doctorat en médecine. Lyon I. 12.5.1989) Adaptations
techniques permettant la pratique sportive de l'enfant handicapé moteur.
Garel J.P. (NATHAN pédagogie) Education physique et handicap moteur.
Gibello P. (APF) Les difficultés perceptives chez l'enfant IMC et l'enfant
né prématuré.
Hyon-Jomier M.G. Blanc G. Lachenal B. (Masson 1984) Infirmité motrice cérébrale
et déambulation.
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scolaire.
Meirieu P.(Ed. ESF) Apprendre... oui, mais comment.
Meirieu.P Grangeat. M. (ESF 1997) La métacognition, aide aux élèves
en difficulté.
Perret. Clermont. A-N. (Berne, Peter Lang. 1979) La construction de l'intelligence
dans l'interaction sociale.
Viens Th. (Amphora 1988) L'escalade, partager une passion.
Vygotski L. (Ed. Sociales/Messidor. Traduction 1985) Pensée et langage. 1934.
Revues:
Actes du colloque SNEP. Mars 1996. Créteil. Contributions à une réflexion
autour de ce qui s'apprend en EPS.
Courrier de Suresnes. n° 41 1984 Les premières notions spatiales de l'enfant.
Courrier de Suresnes. n° 69. 1997
Déclic. n° 42 Déc. 1997. Vivre dangereusement, une façon
de narguer le handicap.
Enfance. n° Spécial Wallon H. 1976.Kinesthésie et image visuelle
du corps propre chez l'enfant.
EPS. n° 267 Sept. Oct. 1997
EPS. 1. n° 73 Mai-Juin 1995. EPS, vecteur d'intégration scolaire.
Kinésithérapie scientifique. n° 304 Sept.1991. Structures artificielles
d'escalade en réadaptation fonctionnelle.
Les cahiers de l'intégration. MEN. L'éducation des jeunes handicapés
moteurs dans les classes ordinaires.
Sauvegarde de l'enfance. n°-2. 1993. Les activités sportives comme médiation
sociale et éducative.