ARTS
PLASTIQUES :
une fenêtre ouverte sur la créativité
Intérêt de la discipline et adaptation des outils pour les enfants handicapés moteurs.
Mme Mainguené Marie-Dominique
Stagiaire CAAPSAIS option C
Session 1998
PLAN
INTRODUCTION :
pourquoi les arts plastiques ?
Première partie :
L'enfant handicapé moteur, un être physique, psychique et social, le
former dans sa globalité.
Quelle place pour les arts plastiques dans la construction de la personne ?
I L'ENFANT HANDICAPE MOTEUR.
1 Définition
2 Etiologie
3 Portrait
4 Les troubles moteurs
5 Les troubles associés
II REPERCUSSIONS DU HANDICAP SUR LE DEVELOPPEMENT
DE L'ENFANT
1 Prélever des informations sur le monde environnant
2 Se repérer dans l'espace
3 Une image du corps parfois morcelée.
4 Des limitations motrices génératrices de
dépendances
5 Une vie sociale modifiée
III EDUCATION ARTISTIQUE
1 Art et citoyenneté.
2 La place de l'éducation artistique
dans la vie de l'élève.
3 L'éducation artistique instrument
d'adaptation.
4 La place de l'enseignement artistique dans l'éducation
de l'enfant handicapé.
IV LES ARTS PLASTIQUES
1 Comment définir la notion d'arts plastiques ?
2 Evolution de l'enseignement des arts plastiques : les Instructions Officielles.
V LES APPORTS DES ARTS PLASTIQUES DANS LE
DEVELOPPEMENT DE L'ENFANT.
1 Le corps physique
2 L'esprit
3 L'être social
4 Quel bénéfice pour l'enfant handicapé
moteur ?
Deuxième partie :
L'enseignement des arts plastiques, de l'objet plastique à la démarche
créative.
Exprimer des sensations et des idées.
Toucher chaque individu pour lui donner les moyens de s'approprier sa culture.
VI L'OBJET PLASTIQUE : UNE ETAPE POUR ACCEDER
A LA CULTURE.
1 L'objet plastique.
2 L'artiste.
VII L'ENSEIGNEMENT DES ARTS PLASTIQUES A L'ECOLE.
1 La démarche pédagogique en arts plastiques.
2 Les activités proposées aux
élèves.
3 Le rôle de l'enseignant.
VIII PRESENTATION D'UNE ACTIVITE REALISEE AUPRES
D'UN GROUPE D'ENFANTS HANDICAPES MOTEURS.
1 Présentation de la classe.
2 Déroulement de l'activité.
3 Intérêt de l'activité
4 Analyse des réalisations plastiques.
IX ADAPTATION DU LIEU ET DES OUTILS CLASSIQUES
EN ARTS PLASTIQUES
1 Installation de l'enfant IMC.
2 Adaptation du plan de travail.
3 Adaptation des outils.
4 Stratégies facilitatrices.
Troisième partie :
Informatique, déclinaison de l'objet en 3D :
MATIERE (nouvelle, numérique), TEMPS (inaltérable, infini), ESPACE
(écran, universel).
X L'INFORMATIQUE, UN NOUVEL OUTIL DANS L'ENSEIGNEMENT
DES ARTS PLASTIQUES.
1 Description de l'outil informatique.
2 Différentes approches de l'outil
informatique pour les élèves handicapés moteurs.
XI QUELQUES PISTES DE TRAVAIL AVEC L'OUTIL
INFORMATIQUE.
1 Les activités du voir et du percevoir.
2 Les activités du faire.
3 Quelques avantages à utiliser l'informatique.
4 Quelques inconvénients aussi...
XII PRESENTATION D'UNE ACTIVITE PLASTIQUE REALISEE
A L'AIDE DE L'INFORMATIQUE.
CONCLUSION
ANNEXES
INTRODUCTION
Mon parcours d'enseignante a commencé en 1986, je n'étais pas encore
entrée à l'école normale, j'étais à Korhogo, ville
du nord de la Côte d'Ivoire. J'ai travaillé pendant deux ans dans une
des rares classes maternelles qui existaient dans la ville. Comme dans la plupart
des pays d'Afrique Noire francophone, il existe peu de maternelles, l'entrée
à l'école se fait en primaire et commence directement par l'entrée
au cours préparatoire qui se déroule en deux ans : CP1 et CP2.
Plusieurs questions me préoccupaient alors : Pouvait-on couper l'enseignement
de la culture du pays ? N'était-ce pas déplacé d'utiliser certaines
références culturelles qui n'avaient pas cours dans cette région
? Par quel moyen allais-je pouvoir entrer dans la culture de l'autre surtout quand
celle-ci n'est pas une culture de l'écrit ?
Une évidence s'est imposée à moi : c'étaient les oeuvres
et les artisans de cette région ethnique qui allaient me permettre d'établir
le lien entre la culture locale Sénoufo et mes pratiques pédagogiques.
En 1990, de retour en France, j'ai décidé de passer le concours d'entrée
à l'école normale et c'est pendant ma formation que j'ai ôredécouvertö
les Arts-Plastiques en particulier en fréquentant l'Atelier de Mr. VINCENT
( enseignant à l'école normale d'Amiens ) ouvert le soir à tous
ceux qui avaient envie de pratiquer pour leur plaisir personnel. Cet atelier était
en accès libre, chacun y venait avec son projet personnel et c'était
aussi l'occasion de rencontrer des artistes Amiénois venus partager pendant
quelques heures leur expérience artistique avec nous.
Je retrouvais là, la même démarche que j'avais pressentie : des
artistes et des oeuvres capables de créer des liens entre l'individu et sa
propre culture.
Par la suite, dans ma pratique d'enseignante, si j'ai privilégié dans
une large mesure la maîtrise de la langue et les mathématiques, j'ai
toujours ressenti la nécessité d'insister sur l'éducation artistique.
N'était-ce pas là une occasion particulièrement favorable pour
permettre à l'élève de se situer dans le monde qui l'entoure
et lui permettre de développer sa personnalité ?
Nommée institutrice remplaçante sur tout le département, j'ai
eu l'occasion de pratiquer cette matière avec de nombreux élèves
et en particulier quand j'étais en remplacement sur des postes d'option C
:
- En 1994/1995, j'ai été nommée pendant presqu'un an pour faire
l'ouverture de la classe maternelle du service de rééducation fonctionnelle
du Centre Hospitalier d'Amiens et là, malgré la posture ventrale imposée
par la maladie (ostéochondrite de la hanche) tous les élèves
ont participés avec joie et application aux activités proposées.
- En 1995/1996, j'ai été nommée pendant une année dans
une classe d'adolescents handicapés moteurs à l'IEM Sagebien à
Amiens, et là aussi, j'ai eu à coeur de mettre en place des activités
artistiques.
L'année prochaine, je vais retrouver une classe dans cet établissement
et je souhaiterais encore améliorer et enrichir ma pratique professionnelle
face aux enfants handicapés moteurs en particulier en appuyant mon travail
d'enseignante spécialisée sur la pratique des arts plastiques. Aussi
ai-je trouvé utile de présenter un travail de réflexion sur
ce même thème.
Quels sont les points que je vais aborder dans le cadre de ce rapport professionnel
pour mieux cerner mon enseignement ?
Dans un premier temps, je traiterai des questions liées au handicap et du
bien fondé d'une pratique artistique avec des enfants présentant des
difficultés motrices, ensuite, j'essaierai de voir quelle est la place qui
est donnée à l'éducation artistique dans les instructions officielles.
Comment cette place a évoluée à travers un historique rapide
pour en dégager son statut actuel. Enfin, il s'agit de faire le bilan sur
la place accordée à cette matière par les différents
acteurs : élèves, enseignants, parents.
Dans un deuxième temps, viendra l'aspect pédagogique de l'enseignement
des arts plastiques :
- la rencontre avec la culture, la nôtre et celle des autres, comment découvrir
l'oeuvre et l'artiste ?
- la démarche mise en oeuvre par l'élève quand il est en situation
de production artistique.
- les limites posées par le handicap dans le faire et dans l'agir, comment
les dépasser ? Les adaptations et les aménagements possibles en particulier
au moyen de l'informatique.
Enfin, dégager les points qui montrent que les Arts Plastiques participent
à la formation de l'individu dans sa globalité, ils ne se limitent
pas à une activité motrice et sont une aide à la socialisation
de l'individu.
I l'enfant handicapé
moteur
ôLa déficience motrice est une atteinte de la motricité c'est à
dire de la capacité du corps ou d'une partie du corps à se mouvoir
quelques soient le but et la fonction du mouvement produit.ö
Nous nous attacherons à décrire les troubles rencontrés par
les enfants IMC3 car les problèmes qu'ils rencontrent peuvent se recouper
avec ceux rencontrés dans d'autres handicaps.
1 Définition
Qu'est-ce qu'un IMC ?
D'après la définition du professeur Tardieu, les Infirmes Moteurs Cérébraux
sont des sujets qui à la suite de lésions cérébrales
présentent des troubles moteurs sans retard intellectuel.
Mais actuellement, on rencontre de moins en moins d'IMC correspondants à la
définition précédente aussi a été créée
la dénomination d'IMOC.
Qu'est-ce qu'un IMOC ?
C'est un sujet Infirme Moteur d'origine Cérébrale qui présente
des handicaps divers associés à ces troubles moteurs.
2 Etiologie
Les causes de l'infirmité sont variées, ce sont les zones motrices
du cerveau qui sont touchées à différentes périodes de
la vie de l'enfant :
- La période anténatale : il s'agit d'un accident ou d'une maladie
survenant pendant la grossesse.
- La période périnatale : la prématurité (1 cas sur
4), un accouchement difficile et la souffrance foetale aiguë sont les causes
les plus fréquentes.
- La période postnatale : maladies pendant la première année
de l'enfant (encéphalopathies, infections du système nerveux) ou encore
traumatisme crânien grave, accident vasculaire cérébral.
3 Portrait
Ce qui frappe d'abord, ce sont les attitudes de l'enfant : extension du pied, flexion
du genou, cette attitude est dûe à des raideurs de certains muscles
qui se compliquent souvent par un défaut d'allongement du muscle trop court
par rapport à un os qui continue de grandir (rétraction).
De plus, ces enfants ont souvent des mouvements anormaux : gestes mal organisés
avec des secousses, des tremblements et un manque de précision.
Assez souvent, on a du mal à les comprendre car la parole est gênée
par les mêmes mouvements anormaux sur les muscles de la phonation : les mots
sont déformés et difficiles à saisir.
Le visage peut être lui aussi déformé (grimaces, bavages) ces
troubles seront exagérés par les émotions, l'angoisse, les situations
de stress, l'effort intellectuel.
En les côtoyant, on s'aperçoit qu'il peut exister une lenteur du geste,
de la compréhension ainsi que des problèmes d'orientation dans l'espace
et d'utilisation du geste dans les différentes activités.
Il peut exister des troubles sensoriels associés d'ordre visuel (coordination,
accommodation, acuité, fixation et poursuite oculaire) et auditifs.
Ces troubles vont entraîner des difficultés dans la construction du
schéma corporel et des notions spatiales.
4 Les troubles moteurs
On peut classer les troubles moteurs en fonction de leur localisation au niveau moteur
: monoplégie, diplégie, hémiplégie, tétraplégie...
- Hémiplégie : atteinte d'une moitié du corpssouvent marquée
au niveau du membre supérieur qui sera réduit à un rôle
de maintien des objets.
- Tétraplégie : déficit de tenue du tronc et atteinte des 4
membres donc des membres supérieurs aussi.
- Diplégie : en général atteinte des membres infèrieurs
mais en pratique, il y a des difficultés de préhension fine et d'ajustement
des gestes au niveau des membres supérieurs.
On peut les classer en fonction de l'atteinte cérébrale qui déterminera
trois syndromes différents :
- La spasticité :
L'atteinte du système nerveux pyramidal, support de la motricité volontaire
est à l'origine d'une exagération du réflexe musculaire secondaire.
Les muscles atteints sont raides, ils répondent à la moindre excitation.
Lorsqu'un mouvement est ébauché, les muscles qui devraient se relâcher
n'y parviennent pas, ce qui fait que le mouvement s'arrête à mi-chemin
et le membre est paralysé. Il s'agit d'un déséquilibre entre
les muscles agonistes et les muscles antagonistes.
- L'athétose :
Il s'agit d'une atteinte des noyaux gris centraux qui se manifeste par un parasitage
du mouvement volontaire. Quand un sujet athétosique entreprend un mouvement
, un groupe musculaire obéit à la commande ce qui va immédiatement
déclencher une série de contractions qui vont perturber l'effort initial,
rendant l'action maladroite et difficile.
- L'ataxie
C'est une atteinte du cervelet. Elle est caractérisée par une perturbation
de l'équilibre, de la direction et la coordination des mouvements. L'ataxique
a du mal à se situer dans l'espace et ne sait pas comment placer ses membres
pour assurer l'équilibre nécessaire à sa marche.
5 Les troubles associés
Ils peuvent être sensoriels, perceptifs psychologiques intellectuels ou encore
de type épileptiques sans oublier les incapacités liées à
la lenteur et à la fatigabilité.
-L'épilepsie
Elle est fréquente, mais presque toujours stabilisée par le traitement
qui quelquefois diminue la vigilance mais qui se manifeste le plus souvent par des
absences.
- Les troubles sensoriels
Plusieurs sens peuvent être atteints: le tact, l'odorat et le goût mais
ce sont surtout la vue et l'ouïe qui vont générer des problèmes
de contact avec le monde extèrieur. Ce sont des problèmes de contacts
sensoriels qui peuvent être tactiles, auditifs ou visuels.
Au niveau visuel, ce peut-être un rétrécissement du champ visuel,
des mouvements des yeux anormaux ou troubles opto-moteur (la fixation d'un point
fixe est difficile, la poursuite oculaire n'est pas lisse et elle est accompagnée
de grands sauts, ce peut être aussi un mauvais suivi du regard : le balayage
est anarchique avec des sauts de grande amplitude dans toutes les directions) ou
encore des troubles de la vision (myopie, astigmatie ou strabisme).
- Les troubles gnosiques
Ce sont des problèmes de contacts sensoriels qui peuvent être tactiles,
auditifs ou visuels : agnosie auditive, agnosie visuelle et agnosie tactile provoquées
par une atteinte des fonctions supérieures.
- Les troubles praxiques
Nous agissons sur l'extérieur en utilisant le mouvement, le geste et souvent
l'enfant IMC a des difficultés à prévoir et coordonner une série
de gestes dans un but précis.
Il existe les praxies d enchainement du geste, les troubles visio-praxiques et les
dyspraxies bucco-faciales qui vont entrainer des troubles de la déglutition
et un déficit articulatoire.
- Les troubles intellectuels
L'importance de ces troubles n'est pas en rapport avec la gravité de l'atteinte
motrice, mais plus cette dernière est sévère et plus le niveau
intellectuel est difficile à évaluer.
Les troubles de la parole et du langage sont fréquents souvent liés
aux troubles buccopharyngés mais aussi aux troubles de perception auditive.
L'apprentissage bute sur des lenteurs d'élaboration de la pensée, des
troubles d'évocation du mot, des difficultés à coder un message
et à l'organiser
La mémoire est fugitive car souvent, ces enfants manquent d'attention et de
concentration, une fatigabilité, une curiosité diminuée conduisent
souvent à un manque d'initiative.
- Les troubles psychologiques
En fonction de la lésion, certaines atteintes cérébrales vont
provoquer des troubles de l'humeur et de la personnalité : immaturité,
fragilité affective, quelquefois une grande instabilité et pour d'autres
la passivité.
Mais la plupart du temps, le handicap va entraîner une grande souffrance accentuée
par le regard des autres sur leur différence, une grande souffrance aussi
face à des problèmes d'avenir qui sont : la dépendance, la sexualité,
l'intégration dans la société, le devenir...
Il faut souligner que sous le terme d'IMC se retrouve une multitude de tableaux différents
et que l'on ne peut définir un enfant IMC type, chaque enfant est unique et
il va grandir avec les contraintes que lui impose son corps.
II Répercussions DU HANDICAP SUR
LE DEVELOPPEMENT DE L'ENFANT.
L'enfant handicapé moteur est un enfant qui lui aussi est dans un processus
de développement qu'il va devoir mettre en place avec un corps défaillant.
Cette construction va se faire par interactions entre l'organisme et le milieu, l'enfant
va agir et se développer par tous les flux qu'il perçoit : les flux
tactiles, visuels, auditifs, moteurs etc.... l'enfant va se développer parce
qu'il est stimulé, d'où la nécessité d'un bon environnement
sensoriel, la construction de l'espace va prendre elle aussi une place importante
dans le processus du développement cognitif de l'enfant.
Quelques travaux abordent le développement de l'enfant handicapé moteur
et l'impact du corps meurtri sur son développement en particulier les travaux
de Mr. Laurendeau et de A.Pinard ainsi que ceux de D.Colin ont mis en évidence
les problèmes de spatialisation chez l'enfant handicapé moteur.
1 Prélever des informations sur le monde
extérieur
Les déficiences sensorielles vont entraîner des déficits d'intégration
des informations sensorielles : mémoire des formes, des sons, de l'organisation
de l'environnement, connaissance de soi, développement du langage...
2 Se repérer dans l'espace
L'enfant doit se situer dans l'espace, mais les conditions motrices restrictives
vont modifier le rapport de l'enfant au monde extérieur et ses possibilités
de construction de l'espace. Chez l'enfant handicapé moteur les limitations
motrices (déambulation autonome avec ou sans appareil ou utilisation d'un
fauteuil roulant) vont interférer sur l'acquisition de ces notions qui relèvent
de l'espace vécu.
Les activités motrices seront surtout importantes pour les progrès
du geste "en revanche, le développement des représentations de
l'espace elles-mêmes fait bien plus appel à l'activité visuelle
qu'à l'activité motrice. L'aveugle de naissance n'a aucune représentation
visuelle même dans le rêve. Il a bien peu de représentations spatiale
en dépit d'une activité motrice étendue."
L'insuffisance motrice peut être palliée par l'exercice d'autres activités
telles que les conduites d'observations et les conduites verbales qui vont compenser
le déficit moteur au niveau de l'espace représenté (tridimensionnel
dans les maquettes ou euclidien dans l'espace plan).
D.Colin a mis en évidence par des tests qu'un retard dans la construction
des relations élémentaires n'implique pas obligatoirement un retard
dans la représentation spatiale chez l'enfant handicapé moteur. Ce
qui va bien dans le sens de dire que l'imitation motrice est beaucoup moins importante
dans la construction de l'espace extérieur, par contre il faudra tenir compte
des déficiences visuelles associées.
J.C.Tabary pense que la déficience visuelle aura une influence plus néfaste
sur le développement de l'espace représenté, l'expérience
visuelle ayant une importance plus grande que l'exercice moteur.
"Toutes les difficultés rencontrées précédemment
dans la construction de l'axe corporel, l'unification des espaces de préhension
et de locomotion vont se répercuter sur la construction de l'espace-plan et
constituer autant de limitations à l'acquisition de l'écriture et de
la lecture."
Chez l'enfant handicapé moteur, il faut donc souligner l'importance de l'évaluation
du handicap visuel associé qui vont avoir une répercussion sur les
possibilités d'investissement de l'espace plan.
3 Une image du corps parfois
morcelée
De nombreux facteurs peuvent conduire les enfants à avoir une image morcelée
de leur corps : ils perçoivent mal leur corps et on du mal à le situer
dans l'espace, ce qui les conduit à avoir une mauvaise représentation
de soi.
ôMauvaise représentation de soi : ces enfants ne reçoivent pas de l'entourage,
les échos que reçoivent habituellement les enfants banaux, les échos
gestuels, les échos vocalisés... ce jeu d'imitations se fait beaucoup
moins avec des enfants infirmes moteurs cérébraux.ö
4 Des limitations motrices génératrices
de dépendance
De nombreuses actions vont se solder par des échecs et des maladresses malgré
les efforts fournis par l'enfant.
L'enfant handicapé est dépendant de l'autre , souvent il ne peut effectuer
un choix librement, cela le conduit sur le chemin de la passivité à
moins d'essayer de trouver des compensations pour lui permettre d'avoir une certaine
emprise sur le monde.
5 Une vie relationnelle modifiée
Les frustrations apportées par le handicap moteur peuvent être à
l'origine d'une agressivité qui peut quelquefois se retourner contre l'enfant
lui même et le conduire à se dévaloriser quand les capacités
verbales sont conservées elles vont aider à surmonter certaines difficultés.
Le développement des possibilités de l'enfant handicapé ne pourra
se faire au mieux que si nous cherchons à créer des situations qui
vont lui permettre d'accéder à l'état de sujet actif capable
de réussite dans des conditions sécurisantes pour lui, lui permettre
d'utiliser au mieux son désir de créer.
III EDUCATION ARTISTIQUE
1 Art et citoyenneté.
De tout temps des artistes renommés ont assurés un enseignement qui
visait à la production d'un objet achevé : l'oeuvre d'art.
Jules Ferry Ministre de l'instruction Publique de 1879 à 1883 va amorcer la
séparation du créateur (celui qui fait) et de l'enseignant (celui qui
apprend à faire) : avec la création de l'école républicaine
se pose la question de l'éducation artistique et du peuple.
La démocratie exige que les Arts ne soient plus réservés seulement
à une élite, mais rendre l'Art accessible aux enfants du peuple ne
risque-t-il pas de remettre en cause une hiérarchie des classes en suscitant
des aspirations qu'une vie laborieuse ne saurait combler ?
On subordonne l'Art à des fins utilitaires et économiques, l'enseignement
du dessin est indissociable des finalités économiques: études
de figures géométriques, copies d'ornements etc...
L'approche de la beauté quand elle existe se fait par l'intermédiaire
de reproductions d'oeuvres dûment reconnues par l'académie : des chefs
d'oeuvres de l'antiquité et de la Renaissance, il faut initier le peuple en
le préservant des aventures de ce siècle. Pourtant, dés 1874
se tiend l'exposition inaugurale des impressionnistes, c'est une des premières
manifestations de la modernité artistique, l'art se détache de l'académisme
et du bon goût officiel, ceci n'est pas vu d'un bon oeil par les artistes officiels.
Le dessin d'art est réservé aux classes favorisées, on juge
néfaste les ambitions esthétiques qui détourneraient les futurs
ouvriers de l'acquisition de savoirs-faire directement utiles : il ne faut pas que
les ouvriers se prennent pour des artistes pour ne pas compromettre la hiérarchie
sociale, d'ailleurs le dessin d'art s'enseigne au lycée alors que la plupart
des élèves ont déjà quitté l'école.
1960 sous André Malraux, création des affaires culturelles qui retire
à l'éducation nationale des domaines placés sous sa tutelle
depuis le XIX ième siècle : arts, lettres, architecture...
Dés 1961, inauguration de la première Maison de la Culture à
Amiens va concrétiser une nouvelle exigence : la culture accessible à
tous.
En 1968, deux dates importantes vont faire évoluer la place de l'Art.
En mars le colloque ôPour une école nouvelleö organisé à Amiens
va mettre l'éducation artistique au coeur du débat et oriente sa réflexion
sur la formation culturelle de l'individu en soulignant la différence entre
ôl'enseignement artistiqueö discipline ayant ses exigences propres et ôl'éducation
artistique ô intégrée à la formation générale,
l'accent porte sur le développement de la personnalité de l'élève
à travers la créativité.
En mai, on se persuade que l'imagination est au pouvoir il faut inventer l'avenir,
libérer l'expression et tabler sur la spontanéité, ce sera
le détonateur qui permettra de mettre en pratique les idées avancées
au colloque d'Amiens.
Dés 1970, le développement culturel est considéré comme
une dimension du développement social et donc politique : on préconise
le contact avec öl'Art vivantö en opposition à ôl'Art muséifiéö
de la bourgeoisie, les priorités seront : ôla réduction des inégalités
d'accès à la cultureö , ôassurer à tous l'égalité
des chances devant la culture ô (priorités des 6ième et 7ième
plans gouvernementaux). La création d'un ministère des affaires culturelles
a signifié l'interdépendance du pouvoir et de l'art.
Jack Lang est nommé Ministre de la culture en 1981, son ministère va
être caractérisé par le ôtout culturelö, le droit à la
culture s'est transformé en ôservice public de la culture.ö On retrouve les
artistes présents sur le terrain, on ne compte plus les différents
partenariats passés entre l'éducation nationale et le milieu culturel
: en 1986, le FRAC Picardie fut le premier en France à signer une convention
avec un rectorat. ôIl s'agissait de faire venir l'art à l'école et
l'école à l'art.ö Mais à donner à l'artiste un statut
d'employé de l'état ne risque-t-on pas de restreindre l'autonomie du
créateur ?
1990 : le thème de l'éducation artistique lancée par le colloque
d'Amiens semble faire l'objet d'un consensus, par-delà les clivages politiques:
il s'agit de reconnaître l'importance de la culture dans l'accomplissement
personnel et social des individus, l'art ne se réduit pas à une prestation
de services, l'éducation artistique doit permettre aux citoyens de retrouver
un sens à la présence des créateurs dans la citéö.
La nécessité d'une confrontation directe avec l'oeuvre et avec les
artistes n'est pas à remettre en cause, mais il faut qu' elle reste accessible
à tous, et donc qu'elle puisse avoir lieu grâce aux enseignants , dans
le cadre des disciplines scolaires qui, elles sont dispensées à tous.
De discipline obligatoire accessible à tous l'éducation artistique
doit-elle se transformer en activité de loisirs ?
2 La place de l'éducation
artistique dans la vie de l'élève.
Tout le monde évoque les effets bénéfiques d'une initiation
aux activités artistiques mais quelle place est accordée à cet
enseignement par les différents acteurs dans la formation de l'élève
?
- Les enseignants .
Dans une enquête parue dans öla revue française de pédagogieö
sur la pratique et les conceptions des enseignants du premier degré en arts-plastiques,
il apparaît que ce domaine disciplinaire est ressenti comme un univers sans
contours précis et peu investi par les enseignants.
Le résumé des conclusions de cette enquête est :
- Le temps consacré à l'enseignement des Arts Plastiques décroît
de la maternelle au CM2 avec une brusque rupture dés le CP.
- Le budget consacré à cette activité diminue lui aussi, à
partir du CP, les matériaux, les supports et les outils spécifiques
aux arts plastiques se raréfient.
- L'aménagement de l'espace scolaire à des fins d'activités
plastiques et plus fréquent en maternelle et au CP qu'aux autres niveaux.
- Les institutrices de maternelles s'intéressent plus aux arts-plastiques
parce que cette activité est jugée importante pour le jeune enfant.
- Le statut scolaire et les fonctions cognitives des AP ne sont pas clairement compris.
- Les pratiques pédagogiques semblent souvent livrées au hasard, à
l'intuition du moment plus qu'à une véritable réflexion didactique.
Dans son rapport 1995, l'inspection générale de l'éducation
nationale constatait pour le primaire que les arts-plastiques étaient rarement
le noyau du projet d'école, et près de 30% des enseignants de l'école
élémentaire reconnaissaient ne pas pratiquer cette discipline.
- Les élèves.
Une enquête faite par les ôDernières Nouvelles d'Alsaceö en mars 1985
auprès d'élèves d'écoles élémentaires et
de collèges a été analysée dans la même revue française
de pédagogie, en voici quelques éléments :
- A la question ôquelles sont les disciplines que tu préfères parmi
celles qu'on t'enseigne ?ö , une majorité d'enfants et d'adolescents répond
AP en 2ième ou 3ième position.
- A la réponse ôquelles sont les disciplines où tu réussis le
mieux ?ö , les Ap apparaissent en 4ième position, rien n'empêche d'aimer,
mais beaucoup de choses s'opposent à réussir...
- Les parents.
Dans un sondage réalisé en novembre 1996 et paru dans le Monde de l'éducation
en décembre, on a interrogé les personnes sur la place des disciplines
artistiques à l'école :
- ôLa place accordée à l'éducation artistique à l'école
est-elle, selon vous suffisante ou insuffisante ?ö 52 % pensent qu'elle est insuffisante.
- ôPensez-vous, ou non que la pratique des disciplines artistiques puisse être
un remède à l'échec scolaire ?ö 56 % répondent oui.
- ôEtes vous favorables ou plutôt opposé à ce que les disciplines
soient considérées comme des matières à part entière,
au même titre que les mathématiques ou les langues par exemple ?ö 72
% sont plutôt favorables.
Les Arts Plastiques, au même titre que la musique, le sport,etc.. sont de plus
en plus pratiqués dans des structures extérieures à l'école.
Défoulement, activité d'agrément ou loisir culturel , qu'en
est-il des motivations des enfants et de leurs familles ?
Il s'agit souvent d'un prolongement de l'action de l'école, mais aussi parfois
de la substitution d'une pratique qui semble absente de l'école. L'école
en abandonnant ce domaine de formation risque de priver une majorité d'enfants
d'un enseignement aujourd'hui reconnu essentiel au développement de leur personnalité
toute entière, il faut éviter une marginalisation de luxe et promouvoir
les pratiques artistiques au sein de l'école comme contribuant à
la formation de l'élève.
Il faut bien reconnaître qu'une tradition française relègue l'initiation
aux arts à une place subalterne, la solution passerait-elle par une meilleure
formation des enseignants dans ce domaine ?
3 L'éducation artistique, instrument
d'adaptation.
Nous rapporterons ici un entretien entre Denyse Beaulieu journaliste et Hélène
Mathieu professeur de français, inspectrice à l'Education Nationale.
"On a parfois l'impression que l'Education Nationale préférerait
se décharger de l'éducation artistique, pour se recentrer sur ôlire-écrire-compterö.
Oui..., majoritairement les gens ne pensent pas que cette rencontre est essentielle
pour le sens de la vie de leurs gamins ni pour leurs facultés d'adaptation
professionnelle...
L'éducation artistique semble pourtant porter ses fruits jusque dans le
domaine pédagogique : tous les enseignants des classes que j'ai visitées
m'ont signalé au moins un élève en difficulté qui s'investit
complètement dans l'art, dont les résultats s'améliorent par
la suite.
Ca saute aux yeux ! Pourquoi ne veut-on pas l'entendre ?... Evidemment il ne peut
y avoir de demande culturelle chez celui qui ignore tout ! La pratique culturelle
ne peut être qu'une politique de l'offre, pas de demande. Du moins au départ
!"
4 La place de l'éducation artistique
dans l'éducation de l'enfant handicapé moteur.
Souvent utilisée sous des noms divers tels que musicothérapie, art-thérapie
au même titre que les activités d'éducation physiques et sportives,
qui deviennent de l'équithérapie etc... l'éducation artistique
tiend une place ambigüe dans la formation de l'élève handicapé
moteur.
N'entend-on pas dire souvent, même de la part d'enseignants spécialisés
: le sport est pris en charge pas le kinésithérapeute, la peinture
par l'ergothérapeute, la musique par la psychomotricienne et le dessin,ö il
en fait avec le psychologueö, c'est un peu exagéré, mais la tendance
est de croire que lorsqu'un domaine est investit par un autre professionnel intervenant
auprès de l'enfant, il est inutile de l'aborder dans la classe.
Pourtant, cette pratique même si elle recouvre en partie les mêmes domaines
ne saurait se confondre avec celle de la classe dont les finalités sont bien
différentes de celles du thérapeute et du rééducateur.
De nombreux élèves handicapés moteurs intégrés
voient leur emploi du temps réduit pour permettre des moments de rééducation,
les activités artistiques deviennent des disciplines marginales que l'on peut
facilement laisser de côté, comme si ce n'étaient que des disciplines
d'agrément dont les apports dans le développement de l'esprit restaient
encore à prouver.
L'éducation artistique s'entend aussi par la visite d'expositions ou de musée,
par la possibilité d'assister à un concert, mais qu'en est-il des possibilités
d'accès aux bâtiments, des moyens de transports pour s'y rendre et
de l'accessibilité des oeuvres ? (Annexe n° 1 : l'accessibilité
des musées.)
L'éducation artistique a-t-elle toute la place qu'elle devrait avoir dans
la formation de l'élève handicapé moteur, vise -t-elle uniquement
à résoudre des questions d'utilité économique ou doit-elle
conduire à une formation plus générale de la personne ?
Dés que l'on donne aux élèves les moyens de créer, de
s'exprimer, ils investissent ce domaine pour parler de leur vie et de leurs interrogations.
IV LES ARTS PLASTIQUES.
1 Comment définir la notion d'Art Plastiques
?
L'art est l'ensemble des oeuvres qui nous émeuvent , c'est aussi le patrimoine
d'une civilisation. L'éducation artistique permet d'accéder à
l'art, donc à notre culture, mais elle permet aussi de s'ouvrir aux autres
en découvrant des cultures différentes.
Pour définir les arts Plastiques nous reprendrons les distinctions faites
par Jean-Pierre KLEIN : l'art comprend les arts spectaculaires : théâtre,
danse, mime, clown, chant, musique, etc... ils ont comme point commun la présence
du corps, souvent en direct, parfois en différé comme au cinéma,
mais le corps est toujours présent ; il comprend aussi les arts plastiques
: tableaux, sculptures... ici, l'oeuvre est disjointe du corps, mais l'empreinte
du corps agissant y est présente car les mouvements du corps sont indispensables
à la réalisation de l'objet.
Les arts plastiques ont été institués en tant que discipline
en 1972, c'est donc une jeune discipline. Pourquoi ? Les oeuvres produites par les
artistes contemporains n'entraient plus ou difficilement dans les catégories
anciennes, les cloisons ont disparues et le passage d'une technique à l'autre
se fait sans arrêt. D'où la nécessité d'entreprendre des
transformations pour que l'enseignement prenne en charge la diversité des
références artistiques.
Les arts plastiques selon cette perspective s'intéressent à toutes
les productions du visible quel qu'en soit le domaine ou le support: photo, vidéo,
infographie ....
A la fin du 19 ième siècle, la photographie a bousculé la création
plastique et même si toute photographie n'est pas une oeuvre d'art, la photo
d'art existe, on ne peut contester l'apport de cette technologie dans les pratiques
artistiques : la peinture n'est pas morte, elle a changé.
De même, on peut affirmer que toute image informatique n'est pas une oeuvre
d'art, mais elle transforme notre approche des arts plastiques, elle n'implique pas
la disparition des autres techniques plastiques mais une transformation de celle-ci.
La numérisation d'images va permettre d'utiliser l'ordinateur comme un outil
parmi d'autres dans une chaîne de création ou interviennent d'autres
types d'images, c'est un outil de métissage et d'hybridation fabuleux, mais
il doit rester un outil et ne peut devenir une fonction. La création, elle,
reste du ressort de l'homme.
2 Evolution de l'enseignement des arts plastiques
: les Instructions Officielles.
Dés la naissance de l'école républicaine l'éducation
artistique est inscrite au programme sous forme de dessin d'art et de chant.
En 1882, le directeur des écoles primaires fait rédiger le dictionnaire
pédagogique qui va organiser l'enseignement primaire jusqu'en 1909, il est
précisé que les arts plastiques se réduisent au dessin parce
qu'il sert à tous les autres arts, on enseignera donc le dessin géométrique,
le dessin d'ornement et le dessin d'imitation.
En 1923, les apports de la psychologie trouvent un écho dans les textes officiels,
les instructions officielles reconnaissent le dessin enfantin comme une activité
distincte.
La circulaire du 2 août 1977 accorde une place plus importante aux activités
plastiques :
ô-développer la perception et les possibilités sensorielles
-développer les moyens d'expression,
-développer l'imagination créatrice,
-découvrir la diversité des patrimoines culturels.ö
Les instructions officielles de 1985 vont faire accéder les arts plastiques
au rang de ôdiscipline fondamentaleö , l'enseignement a pour objet
de rendre l'élève conscient des possibilités d'expression ,
de développer chez lui le désir et la capacité de créer,
de l'aider à se constituer une première culture artistique.ö
Il s'agit plutôt de faire, d'adopter une conduite créatrice, d'ailleurs
ces instructions seront suivies des compléments aux programmes et instructions
qui vont définir les principales opérations plastiques : isoler, reproduire,
transformer et associer.
(annexe n° 2 : les opérations plastiques).
Les textes de 1990 font la distinction entre ôcompétences transversalesö
et ôcompétences disciplinairesö les arts plastiques contribuent à développer
presque toutes les compétences transervales :
ô- acquisition de l'autonomie, apprentissage de la vie sociale,
-désir de connaître et envie d'apprendre,
-méthodes de travail,
-traitement de l'informationö.
En 1993, les textes donnent deux orientations à l'enseignement artistique
:
ô -esthétique au sens étymologique du terme : explorer le
monde à l'aide de tous ses sens avec émotion, intelligence et sensibilité;
-culturelle au sens où elle favorise la rencontre avec les lieux et les objets
reconnus comme porteurs de valeurs...ö
Les instructions officielles de 1995 précisent : deux domaines sont obligatoirement
présents à l'école maternelle et primaire: la musique et les
arts plastiques.
- En maternelle "La pratique des arts plastiques à l'école
maternelle se fonde sur le désir qu'a l'enfant de regarder et de toucher,
de faire et de réaliser.Dès son plus jeune âge , l'enfant
est mis en présence d'un grand nombre d'images : il est important de le préparer
à recevoir cette abondance d'images: il les perçoit d'abord en fonction
de sa sensibilité, de son histoire, de son milieu culturel ; il est amené
progressivement à les percevoir en fonction de son intelligence, en s'exerçant
à faire des choix."
-Au cycle des apprentissages fondamentaux :"Poursuivant l'action de l'école
maternelle, il convient d'amener l'élève à agir avec des moyens
divers -instruments, matériaux, supports- à combiner des éléments,
à essayer des associations, à improviser, à expèrimenter,
à se documenter, à créer."
- Au cycle des approfondissements : "Les arts plastiques impliquent à
la fois invention et réalisation. L'observation d'oeuvres d'art aidera l'élève
à choisir sa propre conduite de création, qui se nourrira des apports
d'une curiosité sollicitée en permanence."
Il semble intéressant de terminer avec les instructions destinées aux
collèges qui prennent en compte l'évolution de la société
dans laquelle l'image prend une place de plus en plus importante "Les élèves
devront apprendre à maîtriser ces trois moyens d'expression et de communication
que sont l'écrit, l'oral et l'image."
Ainsi , les arts plastiques deviennent une composante essentielle de la formation
générale : ôParce qu'elle accueille des enfants de toute origine et
de tout milieu social, l'école se doit de remplir pleinement son rôle
de formation culturelle. C'est au maître qu'il appartient d'assurer la mise
en cohérence des informations multiples que l'élève recueille
dans l'école et hors de l'écoleö.
Les images ont évoluées, il est essentiel de donner à
l'élève des compétences concernant le décodage de son
monde visuel, les arts plastiques peuvent y contribuer et leur donner la possibilité
de s'exprimer à leur tour par ce médium.
"Il est heureux de penser que nos élèves ne seront pas, nous pouvons
l'espérer du moins, analphabètes en matières d'images."
V LES APPORTS DES ARTS
PLASTIQUES DANS LE DEVELOPPEMENT DE L'ENFANT
La pratique des arts plastiques permet à l'enfant de partir à la découverte
de son corps et de ses potentiels, de prendre en compte le besoin d'expression et
de création, répond au besoin impérieux de reconnaissance individuelle
et sociale.
Nous allons donc envisager les apports des arts plastiques suivant ces trois dimensions.
1 Le corps physique.
Pour quelles raisons les activités plastiques occupent-elles tant de place
dans l'éducation de la petite enfance ? Aussitôt que sa mobilité
l'y autorise, l'enfant va éprouver le monde qui l'entoure: ses mains palpent,
caressent, déchirent, déforment, elles sont moyen de connaissance et
de communication, ses yeux vont pouvoir observer les objets mais aussi les empreintes
et les traces de ces objets.
L'empreinte qui manifeste que l'objet a été là, empreinte même
partielle d'un objet qui peut être le corps : pied dans le sable, cube dans
la pâte à sel etc...
La trace elle, témoigne d'un processus, elle n'est pas l'image d'un objet
mais le témoin d'une activité : trace de la roue mouillée de
la poussette, d'un jouet que l'on pousse ou que l'on traîne, elle est la mémoire
du mouvement.
L'enfant a besoin d'un environnement riche en sollicitations diverses : c'est son
corps tout entier qui participe à la découverte du monde. En arts plastiques,
de la trace au tracé, c'est la maîtrise du corps qui est engagée,
le jeune enfant va s'attacher à exercer un contrôle de plus en plus
précis dans son geste.
Sous l'apparent désordre de ses activités, l'enfant enregistre des
impressions, les classe, les associe, les différencie, les organise, il investit
l'espace et gagne en aisance, c'est à travers ces explorations que sa pensée
se construit.
Mais le corps n'est pas uniquement sensori-moteur, par la trace qui témoigne
du corps, l'enfant réalise l'unité de son corps dans l'image du miroir.
Dans son tracé, l'enfant anticipe ce qu'il va devenir, il pose la question
de l'image renvoyée par son corps ; les arts plastiques permettent la représentation
du corps et c'est en s'identifiant à cette image qu'il va pouvoir mettre en
place son identité d'être humain.
2 Son esprit.
Nous envisagerons la place des arts plastiques dans les deux dimensions de l'esprit
: celle de la pensée ou de la cognition et celle des affects (émotions,
motivations).
- La pensée.
Avec les travaux de Piaget, on a pu montrer l'importance que prend le corps et la
sensibilité dans la genèse de l'intelligence, les arts plastiques sont
donc un vecteur privilégié puisqu'ils relèvent à la
fois du geste et des sens.
Les activités de perception et de production d'oeuvres s'inscrivent dans une
durée et dans un espace, ils permettent la structuration spatiale et temporelle
L'enseignant verbalise et fait verbaliser les démarches, les gestes, les résultats
les inventions de chacun, le langage conduit l'enfant au-delà de la situation
immédiate et lui permet de transformer l'action en images mentales.
Les art plastiques facilitent l'accès à la symbolisation ils sont source
d'enrichissement dans l'évolution intellectuelle de l'enfant, ils vont aider
aussi à la structuration de l'espace chez l'enfant.
La construction de l'espace se fait à plusieurs niveaux :
- l'espace du corps ou l'espace de préhension (espace topologique).
- l'espace extérieur dans lequel se déplace le corps ou espace de locomotion.
- l'espace plan bidimensionnel de la feuille qu'il va rencontrer à l'école
ou espace euclidien.
Espace du corps ou espace de préhension.
On apprend avec son corps, avec ses membres supérieurs, les activités
de préhension constituent un support pour l'intégration de certaines
notions spatiales : notion de voisinage et de séparation, de dehors et de
dedans, notion de tout.
Ces notions seront importantes pour l'appropriation du corps et les représentations
de soi.
Espace extérieur ou de locomotion (espace tridimensionnel).
Le rôle du déplacement est essentiel, il permet de découvrir
et d'explorer l'espace environnant : la marche ouvre à l'enfant un espace
qui n'est plus limité à la longueur de son bras, elle va donc lui permettre
d'accéder à des notions spatiales plus élaborées qui
seront saisies au cours des activités motrices : notions de mesures de distances,
de possibilités de changement de directions, notions perspectives.
La pratique motrice va permettre une représentation des déplacements
et une optimisation des conduites motrices.
L'espace plan bidimensionnel de la feuille.
La rencontre avec cet espace aura lieu dés la maternelle à travers
les premiers dessins et les premiers livres, mais cet espace symbolique n'est pas
une simple reproduction imagée mais nécessite une reconstruction de
l'espace avec en particulier la nécessité d'intégrer la notion
de haut et de bas sur une surface horizontale.
C'est un espace statique et l'enfant va modifier son point de vue qui va passer
progressivement de l'égocentrisme à une certaine décentration
: les mouvements du sujet ne vont pas modifier les relations spatiales entre les
éléments du plan.
L'enfant va élaborer des gestes qui vont s'inscrire (traces) sur un espace
fixe , restreint (la feuille) avec ses particularités propres : le tour, les
bords, les coins, le milieu, la gauche, la droite, le haut, le bas, le recto, le
verso etc....
Les arts plastiques vont être aussi un des vecteurs privilégies pour
développer la créativité chez l'enfant.
En 1950 Guilford et Torrance psychologues américains entreprennent des recherches
sur la créativité.
Guilford pense que nous sommes dotés d'une intelligence qui peut prendre
deux formes :
La pensée dite convergente, analytique, déductive à caractère
essentiellement logique qui permet de donner la meilleure réponse à
un problème donné.
La pensée dite divergente, pluridirectionnelle, plastique, adaptable, elle
combine, elle extrapole, elle se nourrit d'insolite de détournement, de dérive,
elle bouscule les modèles et permet de poser des problèmes inédits
et recherche de multiples solutions.
"Par la diversité des situations et des moyens mis en oeuvre, par les
investigations et investissements personnels originaux qu'ils suscitent, les arts
plastiques favorisent la divergence. Cela ne signifie pas pour autant que la quête
de l'originalité en soi ou de quelque marginalité suffise ni même
convienne pour caractériser une démarche artistique et plastique. Leur
potentiel de divergence provoque des actes critiques, déconstructifs, des
cheminements transversaux, détournants... mais la visée créatrice
qui les sous-tend suscite l'émergence, l'instauration de nouvelles convergences
sans lesquelles sa réalisation même ne pourrait prendre le corps d'une
oeuvre."
En d'autres termes nous dit Torrance "La créativité n'est pas
la déviance : elle se caractérise certes par l'originalité mais
aussi par la pertinence par rapport à la tâche."
- L'affect.
En favorisant l'exercice et la créativité, les arts plastiques concourent
donc au développement de l'intelligence mais la créativité a
aussi un aspect émotionnel, les arts plastiques sollicitent donc le sujet
dans ses sentiments et son affectivité, l'art est "le rendez-vous mystérieux
des rêves et angoisses qui hantent les hommes chacun à sa manière."
L'enfant va rattacher son imaginaire à son passé, à ses rêves
secrets, ses désirs, ses angoisses . L'imaginaire va articuler l'affectivité
du sujet au réel, à la culture qui fait sens autour de lui.
L'imaginaire est souvent considéré comme une dimension irrationnelle
dont la valeur serait surtout l'évasion, pourtant l'enfant va construire son
intelligence par un va-et-vient entre le réel et l'imaginaire c'est dans
cette confrontation que l'enfant va acquérir le sens du possible, le sens
de l'autre.
3 L'être social.
La créativité n'est pas la création : le passage à l'action
créatrice requiert un travail avec ses règles et ses exigences, les
objets d'art témoignent de ce travail mais aussi de la dose d'imaginaire et
d'humanité dont ils sont composés.
Les arts plastiques donnent à voir la matière , la forme , les couleurs
mais aussi la démarche artistique. Il existe un véritable humanisme
de la démarche artistique qui est confrontation active de l'homme au monde
et aux grandes interrogations existentielles et ce sont ces questions que l'artiste
donne à voir à travers ses oeuvres.
Les arts plastiques éduquent le goût non pas celui d'un consommateur
passif mais celui d'un homme épris de liberté, ouvert sur l'universalité
et la différence.
4 Quel bénéfice pour l'enfant
handicapé moteur ?
Les enfants IMC ont des incapacités physiques évidentes, mais on peut
réaliser beaucoup si on leur permet d'exprimer leurs désirs.
Il s'agit de faire le bilan des différents handicaps, de dégager les
possibilités et d'essayer de les exploiter le plus concrètement possible.
Il se peut qu'un enfant ne sache pas ce qu'est choisir, à nous d'éveiller
certains goûts et de lui donner envie d'accéder à des choix personnels,
de lutter contre la passivité.
Certains enfants ne peuvent fixer leur attention très longtemps ou sont très
fatigables : on doit pouvoir proposer des exercices variés et courts si cela
est nécessaire.
L'essentiel est de ne pas faire à sa place, mais de faire avec lui, d'adapter
et de trouver des solutions pour mettre en valeur et tirer partie des possibilités
motrices de l'élève.
Les arts plastiques vont permettre à l'élève de s'exprimer et
vont donc contribuer à construire son identité d'être humain.
VI L'OBJET PLASTIQUE : UNE ETAPE
POUR ACCEDER A LA CULTURE
Les arts plastiques vont être l'occasion pour l'élève de se constituer
une première culture artistique, aussi avant d'aborder la démarche
pédagogique en arts plastiques, intéressons nous à l'objet plastique
qui va véhiculer cette culture et à l'artiste qui le réalise.
1 L'objet plastique.
Il peut se décliner en trois dimensions : la matière, le temps, l'espace.
- La matière : en fait, l'artiste opère un choix entre différents
moyens techniques et d'expressions parmi ceux qui existent déjà ou
qu'il a à l'esprit. Ce peut être pour un tableau la surface plane (la
toile), couverte de couleurs (la peinture) et, c'est cette matière choisie
qui va caractériser l'objet.
Dans la reproduction mécanique de l'oeuvre en millions d'exemplaires, on perd
beaucoup de cet aspect d'où l'importance quand c'est possible d'un contact
direct avec l'oeuvre.
- Le temps : l'objet plastique met en jeu plusieurs temps, celui où il a été
créé (date et durée) mais aussi les différents temps
où il est contemplé. L'objet plastique est de son temps mais aussi
de tous les temps puisque contemplé par tous.
C'est la valeur de l'objet qui va le différencier des autres objets et lui
permettre de devenir oeuvre d'art , hors du temps.
- L'espace : l'objet va s'inscrire dans plusieurs espaces.
L'espace de l'oeuvre elle même, pour la toile on parlera de format et de cadre
s'il en existe un.
L'espace où l'oeuvre est placée et où elle peut être vue:
collections, expositions, musée ...
L'espace culturel : l'objet va aussi s'insérer dans un ensemble d'oeuvres
celles du passé et celles qui son contemporaines, celles des autres cultures.
L'oeuvre va se construire par le dialogue qui s'établit avec ces oeuvres voisines.
"L'oeuvre renvoie autant à d'autres oeuvres qui l'ont précédées
qu'à la vie elle même"
2 L'artiste.
Mais, l'oeuvre n'est pas uniquement le résultat des possibilités techniques
offertes à l'artiste par son temps ni uniquement une apparence perçue
par les yeux, elle est aussi subordonnée à l'esprit.
Rappelons que pour Léonard de Vinci cité par Michel Théron "La
peinture n'est pas plaisir rétinien mais chose mentale ôcosa mentaleö"
le contenu de l'oeuvre d'art serait donc avant tout spirituel.
"Loin d'être un simple enjolivement de la vie, un luxe ou un ornement
où certains voudraient voir une annexe de l'oisiveté, l'art répond
à une fonction profonde de la vie mentale. Il n'est pas de société
qui ait pu se passer de lui."
Pour l'artiste il s'agit de figurer une force qui est en lui mais qui est d'une certaine
façon plus forte que lui.
Malraux différencie le rôle traditionnel de l'art du sens moderne du
mot : "La raison d'être de l'art pendant des millènaires : figurer
des dieux."
"L'humanité dit-il passe de l'effigie qu'elle prie, à la statue
qu'elle admire."
L'origine de l'oeuvre d'art, l'artiste la cherche dans ses réactions face
à la vie, il cherche à nous transmettre ses interrogations et ses affirmations
existentielles, l'oeuvre est langage, l'artiste cherche à communiquer avec
son public.
Bien sûr le langage des images et des formes est plus vague, plus flou, moins
explicite que le langage des mots, mais il cherche à convaincre. Pour que
l'oeuvre soit convaincante, il n'est pas nécessaire qu'elle imite bien car
elle s'adresse avant tout à notre imaginaire. Il y a implication personnelle
de l'artiste dans l'art qui va se traduire en terme de message plus qu'en termes
de savoir ou de pouvoir faire.
Et nous dit Michel Théron "La définition de l'homme comme ôanimal
imaginantö donnée par Malraux, concerne autant le récepteur de l'oeuvre
que son créateur."
VII L'ENSEIGNEMENT DES ARTS PLASTIQUES A L'ECOLE
L'école maternelle et élémentaire n'est pas une école
des beaux-arts ni une école technique : le but des activités plastiques
n'est pas de transmettre des techniques artistiques ni des techniques artisanales,
le but est de développer chez l'enfant l'intelligence de l'artiste plasticien,
ouvrir la voie à une démarche de créativité et d'élargissement
des moyens d'expression dans les activités plastiques. Nous allons donc aborder
la démarche pédagogique mise en oeuvre puis le rôle de l'enseignant
dans cette pratique.
1 La démarche pédagogique en
arts plastiques.
Je reprendrai ici, les points développés par Claude Reyt dans ôArts
plastiques, contenus, enjeux et finalitésö
- Les finalités de l'éducation artistique.
On les retrouve dans les introductions aux IO et pour les arts plastiques ce sont
:
-permettre l'éveil de l'intelligence et de la sensibilité.
-développer des aptitudes et des modes de raisonnement.
-acquérir des compétences et des connaissances.
- Le but ou le résultat recherché.
En ce qui concerne les arts plastiques, il s'agira de faire comprendre et acquérir
à l'élève "la démarche de l'artisteö.
- Les objectifs généraux.
Ils vont décrire les capacités escomptées en fonction des niveaux
d'âge et impliquent une progression des contenus, on pourra les répartir
en quatre grands groupes :
-éducation du geste : découvrir le geste, laisser une trace, contrôle
du geste.
-éducation du regard : développer l'attention volontaire, découvrir
les agencements de formes de couleurs..., ressentir du plaisir, des émotions.
-développement de l'imagination : capacité de proposer autre chose,
des choses différentes de la réalité et de ce qui est connu.
-éducation du jugement : formation du sens esthétique, comparaisons
et rapprochements entre des oeuvres.
Pour plus de détails, voir annexe n° 3 :Les compétences de fin
de cycle en Arts Plastiques.
- Les objectifs opérationnels.
On les retrouve dans les séquences d'arts plastiques. Ils seront à
déterminer en fonction des capacités visées, ils vont préciser
les objectifs généraux.
Dans les compléments aux IO (Annexe n°2 : Les opérations plastiques
à l'école élémentaire), on va trouver quelques suggestions
de tâches à mettre en oeuvre en particulier à travers les quatre
opérations plastiques : Isoler-Reproduire-Associer-Transformer.
Selon les moments, on va distinguer des activités de réception ou des
activités de production, mais les interférences entre les objectifs
seront très variées.
2 Les activités proposées aux élèves.
On va distinguer deux sortes d'activités :
- Les activités de réception : contact avec des oeuvres, observation
d'un artiste en train de travailler, exploration sensorielle, informations sur un
artistes ou une technique.
- Les activités de production : manipulation de matériaux, mise en
oeuvre de techniques, explications de sa démarche et de ses intentions.
- Les activités de réception ou le plaisir de voir.
On ne crée pas à partir de rien, c'est pourquoi, il est indispensable
dans le domaine de l'éducation artistique de mettre les enfants dans des situations
qui vont favoriser la création d'images. Il s'agit d'observer son environnement
pour se créer des images, en favorisant l'approche sensorielle, la vue bien
sûr, mais, aussi le toucher, l'ouie... l'enfant pourra ainsi créer son
musée personnel d'images ou d'objets.
Mais l'école doit aussi apporter des images prises dans notre patrimoine culturel
car sans l'école ces images resteraient inconnues de certains enfants : il
s'agit de se familiariser avec des formes variées d'expression artistique.
Nombreuses sont les situations que l'on peut envisager à l'école :
Regarder des reproductions,, on pourra prévoir un espace pour la présentation
de reproductions au mur ou sur un chevalet ou encore sous forme de livres d'arts.
Visiter une exposition ou un musée : l'idéal bien sûr est d'aller
voir l'oeuvre sous sa forme originale, observer des artistes en train de travailler
ou de rencontrer des artistes venus présenter leur travail, ce sera ensuite
l'occasion de créer un musée de classe ou personnel.
Toutes les choses qui nous entourent ont un aspect avant d'avoir une signification,
un sens, le monde des apparences est perçu comme un spectacle visuel. Il y
a confrontation entre le visiteur et l'oeuvre, cette rencontre est un temps fort,
écoutons Michaux nous proposer sa manière de rencontrer l'oeuvre :"Les
livres sont ennuyeux à lire. Pas de libre circulation. On est invité
à suivre. Le chemin est tracé, unique. Tout diffèrent le tableau
: immédiat, total, à gauche, à droite, en profondeur, à
volonté.
Pas de trajet, mille trajets, et les pauses ne sont pas indiquées. Dés
qu'on le désire, le tableau est à nouveau entier. Dans un instant tout
est là. Tout, mais rien n'est connu encore. C'est ici qu'il faut commencer
à LIRE."
Découverte silencieuse, individuelle de l'oeuvre par l'élève,
on pourra approfondir la compréhension, la lecture de l'oeuvre par des commentaires,
des questionnements, une recherche sur l'oeuvre, l'artiste, son époque ...
"Par le contact avec des oeuvres d'Art, on peut lui faire prendre conscience
que les arts plastiques sont un des moyens que l'homme a à sa disposition
pour exprimer la joie, la colère, la tristesse, l'angoisse et que selon son
état d'esprit et son humeur du moment, l'oeuvre sera plus ou moins facile
ou agréable à regarder ; que selon son caractère, sa personnalité,
il représentera le même objet, ou la même situation, de manière
tout à fait différente ; que l'âge, le moment de la création,
l'évolution et la recherche personnelles influencent grandement l'Oeuvre;
...enfin que le critère de réussite n'est pas la fidélité
de la représentation mais peut-être l'intensité de l'expression..."
Mais enrichir son imaginaire pourra se faire aussi au travers d'autres activités
: les récits, les contes, les légendes, la lecture de poèmes,
toutes vont susciter des images mentales qui pourront être le point de départ
d'une activité plastique.
- Les activités de production ou le plaisir de faire.
On n'invente rien à partir de rien, il s'agira donc de proposer des situations
qui vont déclencher l'imagination de l'élève car il ne faut
pas négliger l'influence de la pensée dans les activités de
productions.
"On veut toujours que l'imagination soit la faculté de former des images.
Or elle est plutôt la faculté de déformer les images fournies
par la perception, elle est surtout la faculté de nous libérer des
images premières , de changer les images. S'il n'y a pas changement d'images,
union inattendue des images, il n'y a pas d'action imaginante."
L'enfant va progressivement prendre conscience de ces processus pour investir, combiner,
organiser la surfarce en fonction de ses idées.
L'important dans les arts plastiques, c'est d'abord l'action, le plaisir de faire
et de s'exprimer. Les élèves sont amenés à faire des
explorations et des recherches sur les matériaux, les outils ou les supports.
Les arts plastiques ne supposent pas de connaissances préalables ni de compétences
particulières, pouvoir faire et voir suffisent. Ce qui bloque pourtant l'enfant
c'est de penser que pour bien dessiner il faut que ce soit ôpareilö à la
réalité, mais là, le contact avec les oeuvres d'art contemporaines
va faire évoluer cette idée.
Mais , pratiquer en arts plastiques c'est permettre à l'élève
d'avoir une vision personnelle, de stimuler son imaginaire. Cependant, il ne faut
pas mettre dans l'embarras celui qui possède peu d'images et qui ne sait
pas les utiliser, c'est pourquoi cette pratique sera guidée par des consignes.
L'idée étant de faire progresser l'élève dans sa démarche
personnelle et de l'amener à exprimer ses sentiments et ses idées de
manière autonome.
Il s'agit d'ajouter à des activités sensorielles et motrices, à
un désir de créer, celui de communiquer.
On prendra donc un soin particulier à la présentation des réalisations
des élèves : affichage pour permettre l'analyse et la verbalisation
de la démarche, exposition pour les mettre en valeur quand cela est souhaité
par l'enfant.
3 Le rôle de l'enseignant.
Il n'est pas besoin d'être un artiste pour enseigner les arts plastiques,
ce sont les conduites créatrices qui doivent être enseignées.
Le rôle de l'enseignant est donc de fournir des occasions de manipuler en
proposant des matériaux et des instruments variés car c'est par l'action
que l'enfant progresse en arts plastiques.
Mais il ne s'agit pas non plus de faire des enfants de futurs artistes, il s'agit
d'offrir à chacun la possibilité de développer ses conduites
créatrices : donner la possibilité de faire seul, d'être responsable.
Des occasions vont être fournies par les consignes de l'enseignant : "Contre
toute attente, ce qui suscite l'imagination n'est pas la liberté, mais la
contrainte... Formuler des consignes, c'est donner des critères de réussite."
On pourra écrire la consigne, cela permettra de l'individualiser, lorsque
l'on constate que les élèves n'ont pas besoin de travailler les mêmes
points. On pourra ensuite constater si elle a été respectée
ou non : mal comprise ou volontairement détournée.
L'enseignant aura aussi à accompagner l'élève pendant sa réalisation
: lui faire verbaliser ses actions, sa démarche, discuter des effets produits,
commenter le travail et faire énoncer les difficultés rencontrées
.
S'il instaure une réflexion sur les démarches mises en oeuvre, l'enseignant
aura aussi un rôle de médiateur par rapport à la création
: il va faciliter les échanges autour d'une oeuvre ou avec un artiste quand
c'est possible.
Il permet qu'à l'école l'enfant puisse vivre la rencontre avec la création
on lui offre la possibilité d'une ouverture sur la culture.
C'est la rencontre avec l'art qui est essentielle, elle permet de fournir à
l'élève des repères et des clefs pour accéder à
sa culture. Pour cet être en devenir qu'est l'élève, l'enseignant
est un öpasseurö qui favorise l'accès à notre culture.
VIII PRESENTATION D'UNE
ACTIVITE REALISEE AUPRES D'UN GROUPE D'ENFANTS HANDICAPES MOTEURS.
1 Présentation de la classe.
Il s'agissait d'un groupe classe de 7 adolescents de 10 à
16 ans qui se connaissaient depuis plusieurs années, ils présentaient
des difficultés motrices variées et des résultats scolaires
peu encourageants.
2 Déroulement de l'activité.
Cette activité s'inscrivait dans un projet plus large
: un voyage de classe. L'idée du voyage étant lancée dés
le premier jour de la rentrée scolaire par Julien, cela nous laissait du temps
pour trouver des idées pour collecter des fonds.
Une des solutions retenues par le groupe classe était de réaliser des
cartes de voeux en grande quantité pour pouvoir les vendre et financer une
partie du voyage prévu pour le mois d'avril.
Le format ayant été choisi, il fallait ensuite trouver un moyen de
reproduire les cartes en grandes quantité pour pouvoir procéder à
la vente. Mon souci était de garder un aspect esthétique valable ,
il ne pouvait donc être question d'utiliser la photocopieuse ni d'entrer dans
des frais trop importants, je leur ai donc proposé la technique de la linogravure
qui convenait fort bien au petit format que nous avions retenu.
Plusieurs dessins ont été réalisés, mais un seul a été
retenu par élève. Ce dessin a dû ensuite subir plusieurs opérations
de transformation : cadrage à l'aide de caches, réduction par l'intermédiaire
de la photocopieuse.
A chaque étape les élèves donnaient leur avis et participaient
à ces opérations dans la mesure de leurs possibilités.
La seule étape où ils n'ont pas pu agir fût celle de la gravure
sur le lino.
Par contre quelques-uns ont pu s'essayer au tirage des dessins à l'aide de
l'encre typographique.
3 Intérêt de l'activité.
Il m'a semblé que cette activité, proposée
à des adolescents ayant des résultats scolaires peu valorisants, leur
permettait de montrer qu'ils étaient capables de faire quelque chose, cette
réalisation ne laissant aucun doute sur leur implication personnelle.
De plus , le fait de vendre les cartes permettait de valoriser les créations
picturales, ils avaient obtenus un résultat esthétiquement valable
qui plaisait à autrui.
Ce projet a permis à ces jeunes de montrer à leurs proches qu'ils
étaient capables de réaliser un objet plastique agréable à
regarder et les impliquant personnellement, de répondre au besoin de reconnaissance
dont ils ont besoin, montrer au monde qu'ils existent.
4 Analyse des productions artistiques .
Voir en annexe n° 4 les réalisations de certains
des élèves et les difficultés rencontrées en fonction
de leur handicap ce qui me permet d'aborder un problème important : l'installation
de l'élève et l'adaptation de ses outils en arts plastiques.
IX ADAPTATION DU LIEU ET DES OUTILS
CLASSIQUES EN ARTS PLASTIQUES
Elle se fera en fonction du handicap de l'enfant en étroite collaboration
avec les autres professionnels : kinésithérapeutes, ergothérapeutes
et Aide-Médico-Psychologique.
1 Installation de l'enfant IMC
La plupart du temps, l'enfant IMC a des difficultés
de tenue du tronc, il faut donc veiller à sa bonne installation. En fonction
des prescriptions il pourra venir en position assise ou verticalisé.
En position assise, il sera installé sur un siège moulé et si
nécessaire dans une coquille le tronc bien placé grâce à
une ceinture de maintien souple.
Les mouvements parasites des jambes seront contrôlés enles plaçant
sur des repose-pieds.
Si l'enfant vient en posture debout, le tronc sera soutenu par un maintien thoracique
souple.
Dans la mesure du possible prévoir une table à évidement pour
permettre l'appui des membres supérieurs.
2 Adaptation du plan de
travail
En plus de la table de travail adaptée déjà
citée, on pourra prévoir un plan de travail incliné pour compenser
un champ visuel limité, ainsi qu'une lampe de travail individuelle pour permettre
un meilleur éclairage de la zone de travail.
Pour la feuille, elle sera fixée par de la pâte ou du ruban adhésif,
des punaises qui éviteront des déplacements non désirés
du support.
Les outils divers (pots de peinture, supports etc...) seront déposés
sur de l'antidérapant pour éviter les chutes indésirables.
Enfin, on pourra prévoir des supports pour les pinceaux, crayons, feutres
et outils divers afin de les retrouver plus facilement.
3 Adaptation des outils
Il s'agit d'une aide à la préhension et à
la manipulation.
Les manches des pinceaux pourront être transformés pour permettre une
manipulation plus adaptée.
Les brosses elles-mêmes seront adaptées par leur taille et les matériaux
aux possibilités motrices des élèves.
On pourra faciliter le geste en utilisant des outils personnalisés et adaptés
à chacun : matériau léger pour des enfants fatigables , poignées
ou poignets lestés qui alourdis vont limiter les mouvements parasites de l'enfant
athétosique, pinceaux avec butée pour palier aux gestes brusques et
puissants provoqués par des contractions trop importantes.
(Annexe n°5 : outils adaptés).
4 Stratégies facilitatrices
Avant la séance penser à libérer le geste
de l'élève.
En début de séance, préparation du geste, repérage de
l'espace , verbalisation des intentions, et explication des consignes par des entrées
différentes.
Pendant la séance : fractionnement de l'effort si nécessaire, remise
en confiance en valorisant les créations et en suggérant des idées
si nécessaire.
X L'INFORMATIQUE UN NOUVEL OUTIL DANS
L'ENSEIGNEMENT DES ARTS PLASTIQUES.
L'introduction de l'informatique dans la vie courante s'accélère et
il fait son apparition aussi dans les écoles souvent sous forme de traitement
de textes.
Mais les nouvelles technologies sont aussi présentent dans l'univers visuel
des jeunes : jeux, publicité, cinéma, clips vidéo, etc... on
ne peut refuser une technologie qui se répand de plus en plus, il devient
donc indispensable d'intégrer l'ordinateur dans les ateliers d'arts plastiques
pour permettre à l'élève d'acquérir des compétences
concernant le décryptage des images virtuelles.
1 Description de l'outil informatique.
Au minimum, il faudra un ordinateur et un logiciel de dessin auquel on pourra ajouter
suivant les moyens dont on dispose : une imprimante, un scanner, un appareil photo
numérique ou un magnétoscope.
L'ordinateur : il comprend l'unité centrale, le lecteur de disquette et de
CD-Rom, la souris et le clavier.
Les logiciels.
Le choix du logiciel est important dans l'enseignement des arts plastiques, il faut
rester prudent quand l'utilisation d'un logiciel performant mais trop compliqué
dans son utilisation
En arts plastiques, la majeure partie du temps passé devant l'ordinateur
doit être consacrée à la création et non à l'apprentissage
technique du logiciel.
On peut citer quelques logiciels de dessins : ôMa palette d'artisteö, ôKid Pixö,
ôMac Paintö, ôPaint Brushö etc...
L'imprimante.
Elle va permettre de restituer une image tangible de ces images immatérielles,
mais le support reste limité au format classique A4 sauf à utiliser
des imprimantes spécialement conçues pour imprimer en grand format
.
Le scanner.
C'est une sorte de photocopieur pour ordinateur, il prend une photo de l'image présentée
et la transmet en données numériques. On peut utiliser le scanner pour
y introduire des images variées (dessins, photos...) mais on peut y reproduire
différents matériaux (plumes, grillage, bois etc...) pour obtenir de
nouvelles textures.
La tablette graphique.
C'est un périphérique de pointage composé d'une tablette et
d'un stylo informatique, il simule au mieux l'utilisation du crayon et est intéressant
pour faire en sorte que l'enfant conserve l'habileté manuelle acquise par
ailleurs.
L'appareil photo et la vidéo.
Ils permettent de constituer une banque d'images et de les emmagasiner sous forme
de données numériques qui pourront être retravaillées
avec l'ordinateur.
Le réseau internet.
Il a un double intérêt, il permet lui aussi de disposer d'une banque
d'images, mais, il offre la possibilité de réaliser une exposition
virtuelle des images réalisées par les élèves.
(Annexe n°6 : utilisation d'internet en arts plastiques).
2 Différentes approches
de l'outil informatique.
Nous envisagerons ici les différentes approches34 que peut prendre l'outil
informatique pendant les séances d'arts plastiques.
L'approche supplétive.
L'ordinateur est considéré comme une prothèse capable de suppléer
une fonction déficiente, cette approche peut se retrouver en arts plastiques
pour suppléer un geste impossible par l'intermédiaire d'une souris
adaptée par exemple.
L'approche augmentative.
On peut se passer de l'outil, mais il permet d'augmenter l'efficacité du geste,
cette approche se retrouve là pour amplifier un mouvement ou pour diminuer
la fatigue musculaire, il permet d'augmenter l'efficacité du geste.
L'approche tutorielle.
Utilisation de l'ordinateur comme moyen de faire l'apprentissage de certaines notions
(connaissance d'un artiste ou d'une technique ou de certains gestes (opérations
plastiques) pouvant mener à la création.
L'approche rééducative.
Chez l'enfant handicapé moteur, elle va permettre la rééducation
de certaines capacités cognitives : attention visuelle, discrimination, mémoire
visuelle, repérage dans l'espace, indispensable à l'investissement
de l'espace-plan par l'intermédiaire de l'écran.
L'approche instrumentale ou procédurale.
L'ordinateur devient inducteur du raisonnement et de la créativité,
il vise la structuration de la pensée, le développement de stratégies,
il va s'agir d'apprendre à combiner les opérations plastiques, d'apprendre
à créer., il va permettre l'expérimentation et l'intégration
de gestes dans une réalisation qui sera l'expression de l'élève.
L'approche communicative.
L'ordinateur va permettre de communiquer et de recevoir des informations sur les
arts plastiques : faire voir ou voir des réalisations plastiques par le biais
d'internet.
(Annexe n° 6).
XI QUELQUES PISTES DE TRAVAIL AVEC
L'OUTIL INFORMATIQUE DANS LE DOMAINE DES ARTS PLASTIQUES.
1 Les activités du voir et du percevoir.
Il s'agit de découverte d'images d'art : elle pourra se faire en utilisant
les CD-Roms et Internet.
On pourra visionner des images ou faire une recherche sur un peintre ou un musée
à l'aide des nouvelles technologies. Chacun pourra ainsi visionner les images
à son gré de la même manière qu'il consulterait un livre
d'art ou mieux encore, il pourra faire une visite virtuelle dans un musée
ou une exposition de son choix.
2 Les activités du faire.
Les activités de production pourront être réalisées avec
plus ou moins de matériel informatique, mais le choix du logiciel est une
étape importante pour l'enseignant.
Pour les élèves jeunes et non encore familiarisés avec l'informatique,
le choix va se porter vers des logiciels simples d'utilisation : l'enfant ne doit
pas passer plus de temps à comprendre le logiciel qu'à l'utiliser .
Dans un premier temps, on se servira uniquement des images fournies avec le logiciel
ce qui permettra à l'enfant de se familiariser avec les gestes plastiques
possibles : agrandir, diminuer, modifier la couleur ou la texture, déplacer,
dupliquer etc....
Ensuite, on abordera les notions de juxtaposition et de superposition des objets,
pour familiariser les élèves avec ces notions on pourra prévoir
un série d'exercices pour agrandir une forme, la copier-coller; la glisser-déposer.
Quand tous ces gestes seront connus, il sera possible d'ajouter d'autres paramètres,
par exemple, importer une image d'une banque d'images ou d'une photo scannée
et lui appliquer les mêmes opérations plastiques que précédemment
dans le but de la modifier .
Il peut être intéressant avec des élèves plus grands et
des logiciel plus performants d'aborder des procédures plastiques plus élaborées
: transformer par symétrie, aborder les notions de représentation de
l'espace .
Pour les élèves plus familiarisés avec l'informatique, on pourra
aussi utiliser non plus des images toutes faites, mais les créer à
l'aide de la brosse ou du crayon du logiciel : on peut changer la taille de la brosse
ou du crayon, on peut aussi réaliser des points et des lignes de différentes
grosseurs.
Le travail avec la couleur est facilité avec l'ordinateur, les effets de contrastes
pourront être réalisés en substituant une couleur à une
autre .
On peut aussi utiliser le pistolet de couleurs pour obtenir des effets spéciaux
de pulvérisation., modifier la grille des couleurs et des textures en apportant
des nuances nouvelles à celles déjà existantes.
Le choix de la couleur pourra être essayé avant d'opérer un choix
définitif.
3 Quelques avantages à
utiliser l'informatique.
On peut dire de l'outil informatique qu'il :
- facilite la réalisation de certaines tâches : rotation, collage, changement
de couleurs, corrections...
- capte l'attention de l'élève par la luminosité de l'écran
et par le lien avec la réalité des jeunes (télévision,
nitendo).
- travaille le processus, la démarche dans la réalisation : "C'est
impérativement pour l'élève nommer par la ôsourisö les paramètres
sur lesquels il veut agir. L'ordinateur oblige à une réflexion sur
les procédures qui sous-tendent les opérations plastiques à
effectuer par le simple fait de devoir les désigner explicitement."
4 quelques inconvénients aussi...
La numération d'images fait de l'ordinateur un outil de métissage et
d'hybridation, il permet aussi les simulations d'où son intérêt
dans le processus de création.
Cependant comme le souligne B.A. Gaillot, "chacun d'entre nous mesurera le risque
de cantonner les AP sur le registre de la ôpensée ready-madeö et de l'imaginaire
en ôkitö."
De plus l'ordinateur et ses environnements virtuels, sépare l'enfant du monde
infini des matières qui fait l'intérêt de beaucoup d'oeuvres
artistiques... c'est un appauvrissement du tactil et des odeurs si subtiles et si
inductives d'émotions.
XII PRESENTATION D'UNE ACTIVITE REALISEE
A L'AIDE DE L'INFORMATIQUE
Ces séquences ont été réalisées auprès
d'une classe d'élèves handicapés moteurs de niveau CP âgés
de 7 à 10 ans lors du stage qui se déroulait à l'IEM Sagebien
à Amiens.
Première séquence réalisée le mardi 11 mars 1998
Le logiciel utilisé : ôMa palette d'artisteö logiciel de dessin très
simple qui permet d'utiliser une banque d'images présentée comme des
tampons, ces images peuvent être modifiées (couleurs et tailles) par
des outils très simples pots de peinture ou des outils représentés
par des signes simples - pour diminuer la taille de l'objet, + pour augmenter la
taille de l'objet.
Quelques fonds déjà tout faits sont proposés et on peut ranger
son dessin dans une malle quand on a terminé son travail.
Présentation de l'activité : cette première séquence
est une séance de découverte qui permet aux élèves de
manipuler et de se familiariser avec les manipulations proposées par le logiciel.
Pour certains élèves ce sera une première initiation à
l'usage de la souris et ses différents usages : désigner, sélectionner,
glisser.
Réactions des élèves : enchantés par l'activité,
ils souhaitent renouveler l'expérience.
Deuxième séquence réalisée le vendredi 13 mars 1998
Pour des raisons pratiques, les réalisations de la première séance
n'ont pu être tirées sur papier tout de suite aussi , cette nouvelle
séquence commence par l'observation et des commentaires sur les réalisations
précédentes : certains n'ont pas assez changé de couleurs ou
de formes, d'autres ont laissé trop d'espace vide sur la feuille.
Cette fois je propose une contrainte supplémentaire avant la mise en route
de l'activité :
ne pas utiliser les fonds proposés mais essayer de créer son propre
décor pour occuper tout l'espace de l'écran.
Réactions des élèves : les consignes sont bien suivies, les
élèves manipulent mieux la souris et ils ont tendance à verbaliser
ce qu'ils veulent faire : mettre de la couleur, déplacer l'objet ou le faire
changer de taille.
Il est certain que l'utilisation de ce logiciel de dessin offre des possibilités
réduites et n'est qu'une étape vers l'utilisation de logiciels de dessin
plus complexes permettant à l'élève d'utiliser ses propres
images tels que Kid-Pix mais, pour les enfants ce fût l'occasion de montrer
des réalisations graphiques qui étaient gratifiantes : en 1 ou 2 séances,
il n'était pas question de passer plus de temps à comprendre le logiciel
et ses possibilités qu'à l'utiliser.
Voir annexe n° 7 pour la présentation des réalisations.
CONCLUSION
La société civile prétend investir l'école d'un rôle
de promotion et de sauvegarde de valeurs qu'elle même piétine chaque
jour, l'école subit ce qui se passe dans le monde, mais elle a aussi une place
stratégique pour armer les jeunes et leur permettre de trouver leur place
dans le monde.
Enseigner les arts plastiques, c'est tisser des liens entre la classe et les milieux
artistiques vivants ou des générations précédentes.
L'enfant est un nouveau venu, il débarque dans un monde qui existait avant
lui, il doit connaitre ce monde et pas uniquement celui de sa banlieue ou de la télévision.
L'école a le pouvoir de transmettre notre culture par le biais des matières
artistiques.
Cette rencontre se fait en arts plastiques, elle ne doit pas se faire uniquement
par des rencontres occasionnelles, mais par une fréquentation assidue des
oeuvres d'art dans les lieux d'exposition, par des projets au sein même de
l'école projet de classe ou projet d'établissement et pourquoi pas
projet européen centré sur ce thème.
L'élève doit fréquenter des oeuvres mais il doit aussi se retrouver
en situation de pratique.
Une situation de pratique modestement provoquée par l'enseignant va engager
l'élève dans une démarche de création qui va lui permettre
d'exprimer ses idées et ses sentiments.
Tout autant que le résultat du travail, c'est la démarche qui est importante
dans la création plastique, c'est un certain type de comportement qui est
induit par la pratique des arts plastiques et ôque l'on peut caractériser
par quelques traits : curiosité, capacité à s'étonner
et à étonner, à saisir ce qui est fortuit, accueil à
l'égard de ce qui n'appartient pas au domaine du connuö , et c'est ce comportement
qui est un atout majeur dans la formation de l'élève.
Enseigner les arts plastiques, c'est enseigner notre culture, mais c'est aussi favoriser
l'interrogation personnelle sur celle-ci, c'est ce regard interrogatif sur la culture
qui constitue l'apport le plus important de l'enseignement artistique dans la vie
de l'élève
Il s'agit d'amener l'élève à agir, à réagir, à
faire, à vouloir à exprimer ce qu'il ressent, attitude qu'il est primordial
de développer chez l'élève handicapé moteur, mettre
en oeuvre des pratiques pour qu'il aît une emprise sur son environnement, l'accompagner
vers ce qu'il peut et vers ce qu'il veut faire.
Permettre à l'élève handicapé moteur d'accéder
à l'état de sujet avec des désirs, des choix, sujet agissant,
créateur et citoyen est une des capacités transversales visée
par la pratique des arts plastiques. C'est aussi une des rares disciplines qui permette
de contourner les difficultés de l'enfant en échec scolaire.
C'est une discipline qui représente un espace de liberté où
l'on va trouver tout à la fois l'empreinte personnelle de l'élève
(empreinte de son corps qui agit et de son esprit qui imagine) et l'empreinte collective
de sa culture de notre culture elle va permettre d'intègrer la notion d'altéritè,
savoir reconnaitre l'autre c'est le début de la socialisation, tremplin pour
accèder à la citoyenneté.
bibliographie
Livres
- Apprendre, oui mais comment? Philippe Mérrieu ESF ed Paris 1992
- Arts plastiques, contenus enjeux et finalités ouvrage sous la direction
de Daniel Lagoutte Armand-Colin 1997
- Arts plastiques éléments d'une didactique critique Bernard-André
Gaillot Puf l'éducateur 1997
- Déficience motrices et handicaps APF 1996
- De l'apport de l'informatique dans l'éducation spécialisée
Colloque des 20 et 22 novembre1995 à Saint-Petersbourg.
- La créativité, recherches américaines présentées
par A.Beaudot Dunod éditeur Paris 1973
- L'enfant vers l'art ouvrage dirigé par Denyse Beaulieu Autrement
1993
- Les difficultés perceptives chez l'enfant IMC et l'enfant né prématuré
APF 1990
- Une initiation à l'art Michel Théron CRDP de Montpellier
Revues
- La revue française de pédagogie n° 87 avril-mai-juin 1989
- Revue de l'association des amis de Sèvres n°120 1985
- Revue de Motricité cérébrale n°7 1986
- Revue de Motricité cérébrale n°17 1996
- Revue de neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence n°1 et 2 1980
Annexes
Annexe n° 1 : L'accessibilité des musées.
Annexe n° 2 : Les opérations plastiques à l'école
élémentaire.
Annexe n° 3 : Les compétences de fin de cycles en art plastiques.
Annexe n° 4 : Quelques productions à la peinture.
Annexe n° 5 : Outils adaptés.
Annexe n° 6 : Utilisation d'internet en Arts Plastiques
-Visite virtuelle du musée de Nancy
-Présentation de travaux d'élèves de
Nouvelle-
calédonie.
Annexe n° 7 : Réalisations d'élèves à l'aide
d'un logiciel de dessin simple.
Annexe n° 1 : L'accessibilité des musées.
Annexe n° 2 : Les opérations plastiques à l'école
élémentaire.
Annexe n° 3 : Les compétences de fin de cycles en art plastiques.
Annexe n° 4 :
Quelques productions à la peinture.
Annexe n° 5 :
Outils adaptés proposés par Mr. Marrel.
- Outils permettant de guider le geste :
grande règle ou compas divers
- Outils permettant de limiter la force du geste
à l'aide de butées de formes variées
- Outils facilitateurs du geste :
-soit en multipliant les traces à l'aide de plusieurs pinceaux
- soit en augmentant l'amplitude du geste grâce au manche à rallonge
-soit en allègeant le poids de l'outil par un matériau léger
ou par un soutien supplèmentaire
(fil tenu en l'air par une tierce personne).
Annexe n° 6 :
Utilisation d'internet en Arts Plastiques :
-Visite virtuelle du musée de Nancy.
-Présentation de travaux d'élèves de Nouvelle-calédonie.
Annexe n° 7 :
Réalisations d'élèves à l'aide d'un logiciel de dessin
simple.
Bastien adolescent de 16 ans.
Pathologie : Maladie de LIttle, se déplace en fauteuil électrique,
a des gestes peu précis souvent contrariés par des contractions spastiques.
Jennifer adolescente de 17 ans.
Pathologie : IMC athétosique, ses gestes sont amples et perturbés par
des mouvements anormaux, des secousses, elle peut faire quelques pas seule et se
déplace en vélo.
Julien adolescent de 16 ans.
Pathologie : est hémiplégique droit à la suite d'un traumatisme
crânien à l'âge de 3 ans, ne peut utiliser que la main gauche,
se déplace à l'aide d'une canne ou d'un fauteuil manuel quand il est
fatigué.
Mathieu adolescent de 15 ans.
Pathologie : IMC ancien prématuré, hypotonique et fatigable, a aussi
des problèmes visuels, se déplace avec un déambulateur ou en
fauteuil manuel quand il est fatigué.
Outils permettant de guider le geste :
grande règle ou compas divers.
Outils permettant de limiter la force du geste
à l'aide de butées de formes variées.
Outils facilitateurs du geste :
-soit en multipliant les traces à l'aide de plusieurs pinceaux
- soit en augmentant l'amplitude du geste grâce au manche à rallonge
-soit en allègeant le poids de l'outil par un matériau léger
ou par un soutien supplèmentaire
(fil tenu en l'air par une tierce personne).