La chanson avec les IMC

La chanson avec les IMC










« Qu'il y ait des écoles de lecture pour les enfants, que les psaumes, les notes, le chant, le calcul, la grammaire soient enseignés dans tous les monastères et tous les évêchés ! »
Charlemagne, 789









INTRODUCTION
historique
La voix et la respiration : physiologie
Mécanismes
Effets physiologiques de la voix perçus lors du chant
Effets positifs
Effets négatifs
Aspects psychologiques
Les enfants infirmes moteurs cérébraux : définition
Tableau clinique
Conséquences diverses
Spécificités des IMC au niveau du chant
Avantages du chant dans cette éducation
PROJET D'ACTION MUSICALE SUR LA CHANSON
Remarque préalable
Le projet et ses objectifs
Le projet
Les objectifs
Objectifs généraux
Objectifs spécifiques
Compétences spécifiques
Compétences transversales
Compétences en référence aux enfants IMC
Calendrier d'actions
Proposition d'installation
Quelques suggestions
Population concernée
Où et quand chanter ?
Le matériel
Choix d'une chanson
« Mise en voix » en début de séance
Déroulement d'une séquence type: chanson " Y'a une pie "
Evaluations du projet
Plaidoyer pour le chant avec les enfants sans parole
Projet d'échange culturel européen
Conclusion
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES


INTRODUCTION
Pourquoi la chanson ?


Je dois d'abord préciser que je pratique le chant choral depuis trois ans. La formation dont je fais partie réunit des amateurs, pour la plupart non lecteurs de musique. Le répertoire est composé de chansons de variété, de musique de films, et notre travail est axé sur l'interprétation et la mise en scène. C'est pourquoi j'ai tenu à préciser « chanson », afin de la distinguer du chant lyrique et /ou professionnel.

L'activité musicale a toujours figuré parmi les matières enseignées à l'école. Cependant, elle est parfois reléguée à un rang secondaire pour des raisons diverses : priorité aux matières « principales », manque de temps, mauvaises conditions matérielles, compétences personnelles jugées insuffisantes, compétences des élèves jugées insuffisantesà
Pour ces mêmes raisons, cet enseignement est appliqué avec la meilleure volonté mais manque parfois de cette construction préalable qui en assure la cohérence. Le domaine est effectivement vaste et je reconnais moi-même avoir eu de nombreuses initiatives, parfois heureuses, mais souvent décousues et sans réflexion préalable approfondie.

J'ai donc mis cette année à profit pour étudier la question. L'activité est large et il a fallu cerner le sujet et les sujets concernés.
Chanter avec des enfants infirmes moteurs cérébraux peut sembler une gageure, mais n'oublions pas qu'ils ont droit à la même éducation que les autres enfants. A ceux qui objecteraient le fait qu'il faut encore plus pour eux se centrer sur les matières principales, je répondrai que les compétences transversales abordées dans une activité de chant servent les autres matières et qu'au sein d'un projet musical peuvent s'inscrire des activités touchant à d'autres domaines d'enseignement.
Quant à leurs difficultés phonatoires, aux enfants de juger si elles constituent seulement un obstacle rédhibitoire ou nécessitent une adaptation. Avant de leur demander de se prononcer , il faut de toute façon leur permettre de vivre au mieux la situation.
Je chercherai à cerner les meilleures conditions pour mener cette activité : conditions matérielles qui concernent l'installation des enfants, le lieu et le moment choisis.
Je tiendrai compte des objectifs pédagogiques spécifiques au chant en référence aux programmes mais je fixerai aussi des objectifs spécifiques en référence aux enfants infirmes moteurs cérébraux.
Je définirai une démarche et des modalités d'évaluation. Je préciserai les moments où le travail en pluridisciplinarité s'avérera essentiel. Enfin je proposerai une extension du projet autour d'un échange européen.

Nicolas Frize , compositeur de musique contemporaine, et passionné par la voix, se scandalise que nous ne voulions pas entendre les voix. Les personnes qui ont des problèmes d'émission de voix (hauteur, timbre), ou des dysfonctionnements (bégaiement, dysphonie) sont très vite exclues. Il ajoute « Arrêtons de condamner les gens pour l'oralité et de réduire le contenu de ce qu'ils disent ! »
Que dire alors quand il s'agit de nos enfants IMC avec tous les problèmes d'oralisation qu'ils peuvent connaître ?

Chanter est une pratique séculaire qui comporte des intérêts dans de nombreux domaines et procure avant tout un plaisir. Du plaisir à la motivation, il n'y a souvent qu'un pas. Et pour susciter cette motivation, à chacun de proposer des outils tels que la chanson.
historique
De tout temps, l'homme a chanté. Cette activité est liée à la prise de conscience de son existence, de sa voix.

Bien que l'on ne sache de quelle façon, Egyptiens et Sumériens chantaient déjà. En Perse, les enfants apprenaient en chantant les exploits des Dieux et des hommes illustres. Chez les Grecs, comme chez les Romains par la suite, le chant était affaire d'état.

C'est la chrétienté qui, dès le VIème siècle, crée des ch£urs d'enfants à Paris ; les enfants de la maîtrise Notre-Dame apprennent, sans hiérarchie de valeur, le chant, la grammaire, la rhétorique, la musique, la poésie dialectique et la théologie. Ces « maîtrises » se développeront jusqu'à nos jours. Elles sont provisoirement fermées durant la Révolution, mais parallèlement sont ouverts des conservatoires publics.

Plus tard, en 1835, le conseil municipal de Paris décide de noter l'enseignement du chant dans toutes les écoles communales: de grands musiciens sont promus au rang d' « inspecteurs des chorales et lycées de France ».

Parallèlement, l'histoire des dynasties et des villages de certains pays d'Afrique noire s'est transmise siècle après siècle par les griots. Ils ne connaissaient pas l'écriture et racontaient les événements sous forme de chants qui se transmettaient de génération en génération.

Quels que soient son époque, sa race, son âge, sa culture, l'homme s'est toujours approprié le chant comme moyen d'expression. Il est le plus naturel et celui qui touche le plus notre sensibilité. Il est la manifestation de l'amour, de la joie, de la peine, il accompagne nos fêtes, nos deuils, notre travail, nos rites religieux, il est tout simplement source de plaisir et/ou de mieux-être.
La voix et la respiration : physiologie
Nous entendons notre voix à la fois du dedans et du dehors, c'est pour cela que, quand elle nous est restituée par le biais d'un enregistrement, elle peut sembler ne pas nous appartenir. Le magnétophone, d'une certaine façon, objective notre voix, et nous ne la reconnaissons plus. Surtout, nous ne nous entendons plus que du dehors. Notre voix ne résonne plus à l'intérieur de notre corps de la même façon.

L'appareil vocal ou phonatoire est composé de trois parties :
une soufflerie, la respiration avec le rôle primordial du diaphragme
des organes vibratoires, les cordes vocales
des espaces de résonance , les cavités supérieures appelées aussi formants , qui donnent à la voix son timbre .


Les cordes vocales ne sont pas des cordes et n'ont rien à voir avec des cordes de guitare, ni avec des lamelles vibrantes ou des tuyaux sonores. Ce sont des muscles, qui posent les mêmes problèmes que tous les muscles : souplesse, tonicité, vieillissement. Elles ressemblent plutôt à des lèvres.

Mécanismes
Les cordes vocales (on dit aussi « plis vocaux » ), vibrent sous la pression de l'air venant des poumons. Elles se rejoignent en avant, mais peuvent, en arrière, s'écarter ou se rapprocher. L'espace entre les cordes vocales s'appelle « la glotte ».
Lorsque l'on respire, on maintient la glotte ouverte. Nos plis vocaux sont écartés en arrière. Quand on veut émettre un son, on prend un peu d'air, puis inconsciemment on rapproche nos plis vocaux. L'air qui passe entre eux les fait vibrer.
Le******************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************** qui lui permet de s'adapter à l'effort, et même de s'y préparer de manière inconsciente . Cette adaptation se fait à partir des renseignements périphériques, en particulier proprioceptifs. (Ex : il existe des récepteurs importants au niveau des muscles intercostaux)

Ce réflexe, affaibli chez les enfants IMC, est amplifié lors d'une activité de chant.
Effets physiologiques de la voix perçus lors du chant
« Les effets physiologiques de la musique autant qu'on les puisse mesurer, apparaissent maintenant comme principalement dépendants des fonctions supérieures mises en jeu dans la perception. On est loin d'une perception animale; acculturation et éducation musicales sont reconnues comme des facteurs prépondérants. »
Jacques Arveiller, psychiatre

Effets positifs
Toute activité respiratoire peut, si elle est régulièrement et raisonnablement menée, apporter des effets positifs. Il est reconnu qu'un étudiant ne pratiquant pas un sport en respirant convenablement connaît une « déperdition de sa puissance cérébrale ».
La pratique du chant propose une gymnastique pulmonaire qui active la circulation sanguine.
L'oxygénation favorise d'abord l'activité cérébrale: cette respiration est, en effet, en étroite coordination avec le système nerveux qu'elle équilibre. Elle permet ainsi un meilleur contrôle de soi, un certain calme psychique, un renforcement de l'attention aux sensations physiques (proprioception), un bien-être général qui rejaillit sur le moral et la psychologie.



Dans la respiration normale, l'aspiration est active et met en jeu la force du diaphragme, alors que l'expiration est passive dans son retour à la normale par l'élasticité de la paroi.






Dans le chant (comme dans l'activité théâtrale), l'expiration devient active et contrôlée par les muscles abdominaux pour projeter la voix.

Effets négatifs
Un abus dans la durée de certaines séquences pourrait amener des enfants à forcer leur voix et à abîmer à la longue l'appareil phonatoire. Il faut tenir compte de leurs capacités vocales, différentes selon l'âge, et ménager par exemple l'appareil phonatoire d'un adolescent en pleine mutation pubertaire, puisqu'il est temporairement fragilisé par les transformations qu'il subit.
Aspects psychologiques
Dès la toute petite enfance, les bébés sont attirés par cet au-delà verbal que sont le conte, le chant, la berceuse, employés par les parents ou les personnes intervenant dans des structures d'accueil. Ce sont des moyens d'entrer en communication avec l'autre.


Ce qui est passionnant chez les tout-petits, c'est la liberté et le plaisir dont ils font preuve dans leur babillage. L'enfant va jusqu'au bout de son expérience. Il s'implique physiquement; par exemple, il se donne beaucoup de mal pour placer l'air, et on peut constater que la découverte de ses capacités le plonge dans le ravissement.


On le voit exprimer sa jubilation d'avoir réussi un son et d'être entré en relation avec un autre.

Les adultes ont en effet oublié cette composante physique, ce lien entre émission vocale, expression du corps et lâcher d'énergie.
La voix du petit lui sert également de moyen de relation. Ses manifestations, spécifiques à chaque individu, permettent rapidement de l'identifier mais aussi de savoir dans quel état il se trouve : colère, souffrance, solitude, inconfort dû à ses couches, faim, envie de jouer, demande de compagnie, peur , etc.

La part de relation que comporte l'expression sonore est immense.
L'exemple le plus constant est celui de la berceuse. Elle s'accorde à l'état de l'enfant et nulle cassette ne saurait la remplacer. C'est une ritournelle apaisante car, signe de présence, elle rassure.
Les petits n'ont pas la voix pour chanter comme un plus grand, mais ils se balancent, accompagnent par le corps la mélodie qu'ils entendent. Certains manifestent même des préférences parmi plusieurs chansons.

Notre civilisation et notre culture sont celles de la distance. Pour nous qui ne portons pas nos enfants sur notre dos comme dans certaines autres cultures, la voix devient le fil qui relie l'enfant à ses parents, à son entourage. Elle meuble la distance. L'enfant peut « demander » une voix comme il demande un câlin. La voix parlée est porteuse d'émotions de par sa richesse et sa variété intonative.
« Que de secrets, que de confidences, et que d'aveux se meuvent sur l'échelle infinie des inflexions vocales ! Les pensées et les désirs profonds, les attentes et les affinités, les inquiétudes, les joies, les espérances et les chagrins s'y révèlent avec une puissance de vérité incontestable. »
Benharoche « De l'art vocal »
Les enfants infirmes moteurs cérébraux : définition

L'infirmité motrice cérébrale (IMC) est liée à une lésion du cerveau survenue dans la période anténatale ou périnatale. Elle constitue un trouble moteur non progressif secondaire à un défaut ou une lésion sur un cerveau en maturation. Le handicap moteur séquellaire associe, à des degrés variables, des troubles de la posture et du mouvement. Des troubles spécifiques des fonctions supérieures peuvent s'y associer (perceptifs, praxiques ou sensoriels). L'atteinte cérébrale a cependant suffisamment préservé les facultés intellectuelles pour permettre une scolarisation.

Tableau clinique

Diplégie spastique (maladie de Little)Langage habituellement intactHémiplégie cérébrale infantileTroubles spécifiques du langageTétraplégieContrôle faible de la tête, troubles du langage et de la parole possiblesAthétoseTroubles de la parole par contraction des muscles phonatoires
Conséquences diverses
Chez les enfants prématurés, la maladie des membranes hyalines provoque la destruction d'un certain nombre d'alvéoles et de territoires pulmonaires. L'assistance respiratoire nécessaire est proportionnelle à l'importance de l'atteinte. L'intubation effectuée peut « abîmer » les cordes vocales.
Des problèmes de déglutition, entraînant des « fausses routes », peuvent être à l'origine d'infections pulmonaires et d'insuffisances respiratoires.
D'autres troubles moteurs provoquent des difficultés à se détendre physiquement, des réactions posturales mal adaptées, faibles ou nulles, des déformations du rachis entraînant le port d'un corset, des difficultés locomotrices, des problèmes de contrôle et de coordination des gestes.
Les troubles associés sont d'ordre sensitif, visuels ou auditifs.
S'y ajoutent la plupart du temps des troubles du langage et des troubles visuo-spatiaux.
Spécificités des IMC au niveau du chant
La voix est l'émanation du corps entier, depuis la plante des pieds jusqu'à la racine des cheveux. Le sens des appuis, le placement de la colonne d'air (la verticalité du corps), la projection du son, permettent une économie d'énergie tout en augmentant l'efficacité de la voix, c'est à dire son impact sur le ou les interlocuteurs.

C'est pourquoi on peut parler du « pouvoir de la voix » .

Chez les enfants IMC, ces conditions de verticalité du corps , le sens des appuis sont soumis à une éducation motrice, car le processus d'automatisation se construit difficilement. Les capacités de redressement postural sont stimulées pour permettre à l'enfant de maintenir une position, de soutenir l'ensemble du corps vers une position peu à peu érigée, de se redresser et de s'équilibrer.

La progression de ces acquisitions dépend du handicap de l'enfant mais aussi de son éducation thérapeutique, de sa participation à la rééducation et des expériences motrices proposées en dehors du temps de rééducation, de son désir d'autonomie, de la compréhension du mouvement de son propre corps et de l'espace environnant, de ses capacités à intégrer le mouvement grâce aux différents canaux sensoriels (proprioception, audition, vision).

Avantages du chant dans cette éducation
Pour ressentir un certain confort lors d'une activité de chant, l'enfant IMC va rechercher la verticalité. Ce travail sur le tronc est donc un parallèle au travail rééducatif.

L'obtention de la verticalité permet un travail de poursuite visuelle et de repérage plus facile, ce qui aide à la construction de l'espace.
Le support sonore, lui aussi, peut contribuer au développement de l'attention visuelle.

Au niveau du fonctionnement du cerveau, il faut noter que, si c'est dans l'hémisphère gauche que se trouve le centre de l'organisation du langage, des syllabes et de la syntaxe, c'est grâce à l'hémisphère droit que l'individu reconnaît et découpe les lignes mélodiques du langage parlé et interprête ses tonalités affectives. La combinaison de ces deux capacités est nécessaire à une bonne maîtrise du langage. Néanmoins les enfants IMC peuvent rencontrer quelques difficultés d'organisation du langage (hémisphère gauche) qui pourront éventuellement être compensées par un bon développement de l'hémisphère droit. L'activité de chant favorise largement le fonctionnement de ce dernier.

Nous pouvons deviner que les enfants IMC fonctionnent à « plein régime » et montrent une grande fatigabilité car leur système moteur déficient les oblige à une grande dépense d'énergie. Ils doivent apprendre à se détendre et à fractionner leurs efforts.

Ils ont le souffle court à l'effort musculaire mais peuvent s'adapter en développant, par plaisir, leur capacité à maintenir le son plus longtemps. Le chant devient, de façon implicite, un outil de gestion de la respiration qui permet une meilleure oxygénation, donc une meilleure endurance.

N'oublions pas pour conclure que 120 muscles travaillent pour le chant !

Néanmoins, si tous ces efforts sont encourageants et préviennent certaines « réticences » vis à vis de cette pratique, ils n'en sont pas l'objectif principal. En effet, comme le dit Sylvianne Parrot :
« La dimension thérapeutique n'est pas un objectif pour un pédagogue, elle reste tout au plus une incidence de l'action musicale. Nous pouvons juste souhaiter que l'apprentissage musical d'un enfant puisse l'aider dans son travail scolaire et lui apporter beaucoup de plaisir dans sa vie d'adulte future. »

PROJET D'ACTION MUSICALE SUR LA CHANSON
Il est plus que probable que le poste sur lequel j'exercerai l'année prochaine soit une classe de maternelle de l'IEM Sagebien à Amiens. J'aborde donc le sujet dans son ensemble tout en développant particulièrement ce qui concerne les cycles 1 et 2.
Remarque préalable
S'il est important de tenir compte, dans les enseignements de l'option C, des aspects et retombées thérapeutiques éventuels d'une action pédagogique, je tiens absolument à me démarquer de toute intention médicale. Il n'est aucunement question de musicothérapie que le médecin définit comme « un acte de clinicien, de par son objectif, et un fait musical de par son essence ». D'ailleurs, dans son compte-rendu des journées d'informations de Dijon, M. Christian Sable, professeur au CNEFEI, rapporte bien que Mr Parrot, musicothérapeute par expérience, a travaillé surtout avec des enfants « débiles profonds » (ce qui n'est pas notre propos) pour mettre en £uvre une communication par les sons.

Les objectifs pédagogiques du chant peuvent comprendre l'amélioration de la relation à l'autre et la communication, mais ce ne sont que deux objectifs parmi les autres.

Le projet et ses objectifs
Le projet
Apprendre, interpréter, enregistrer une ou plusieurs chansons; élaborer une cassette, ou un spectacle final.
Les objectifs
Rappel:
Dans les programmes publiés au B.O. n° 5 du 9 mars 1995 , se retrouvent dans les activités vocales, pour les trois cycles:

un travail sur la voix parlée et la voix chantée (des jeux vocaux)
la constitution d'un répertoire de chansons variées qui s'enrichit (variétés de styles, de sujets, d'origine culturelle, d'époque)
un travail sur l'amélioration et la technique vocale (justesse, articulation, respiration)
des activités de création (invention de chansons, sonorisation de contes)

Quant aux compétences spécifiques à atteindre dans chaque cycle, Mr Boutain, conseiller pédagogique de la Somme, propose un tableau simple:


Cycle 1Cycle 2Cycle 3s'intègre à des activités vocales collectives
explore avec aisance les ressources de sa voixchante juste,
respecte:
la précision mélodique
la précision rythmique
l'intonationchante juste:
de mémoire
avec expression
avec accompagnement
Dans leur livre « Se former à l'enseignement musical », Claire Gillie-Guilbert et Lucienne Fritsch dressent une liste très exaustive des objectifs et compétences à atteindre dans une activité de chant.

C'est en prenant en compte ces divers paramètres que j'ai défini mes propres objectifs. Je les ai voulus brefs et concis. De plus, le bilan descriptif des enfants effectué en début d'année permettra d'affiner ces objectifs. En effet, un enfant ne mobilise pas toujours son corps de façon équilibrée dans un acte de chant. A l'enseignant d'orienter son travail vers une rééquilibration et de développer l'une ou l'autre capacité négligée. Cela peut donc varier d'un enfant à l'autre mais aussi évoluer d'une année à l'autre. Il faudra donc veiller à garder une certaine souplesse dans la mise en oeuvre des actions.

Objectifs généraux
Donner le désir de connaître et d'apprendre des chansons
Faire de la voix un vecteur de communication entre soi et les autres
Favoriser la création par l'interprétation, la variation ou l'invention
Faire acquérir les compétences transversales

Objectifs spécifiques
Jouer avec sa voix et en explorer les ressources, collectivement et individuellement
Se sentir acteur d'un projet (amélioration de l'image de soi)
Faire acquérir les compétences spécifiques

Compétences spécifiques
L'enfant doit être capable de
justesse
précision rythmique
gestion de son souffle
qualité d'articulation, d'expression, d'interprétation
de « tenir sa place » dans une polyphonie

Compétences transversales
L'enfant doit être capable de
Reconnaître et développer les ressources corporelles mobilisées pour le chant
S'exprimer (personnalité et sensibilité)
S'intégrer à une activité créatrice
Enrichir son vocabulaire
Enrichir ses connaissances culturelles
S'inscrire dans une démarche active individuelle et collective

Compétences en référence aux enfants IMC
L'enfant doit être capable de
Prendre conscience des attitudes posturales nécessaires à une activité de chant
Ressentir une plus grande aisance dans l'utilisation de la voix chantée (et par là même de la voix parlée)
Gérer le souffle, parfois faible, pour en allonger la tenue
Développer les capacités de repérage espace-temps (structure du chant, tempo)
Mobiliser l'attention visuelle et auditive
Prendre conscience de l'importance de l'individualité dans l'élaboration d'une £uvre artistique commune
Calendrier d'actions
Septembre: observation des enfants de la classe, de leurs capacités et de leurs caractéristiques, premier bilan avec l'équipe pluridisciplinaire .
Octobre: séquences sur les jeux vocaux, constitution d'un répertoire d'idées enregistrées, travaux d'écoute, d'apprentissage simple de quelques chansons.
Novembre et Décembre: mise en place du projet sur la chanson « Y'a une pie ».
Fin du premier trimestre: évaluation avec les enfants d'une part, avec l'équipe d'autre part.
De Janvier à Juin : séquences de même type, ou pouvant toucher parallèlement d'autres domaines musicaux, mais toujours en relation avec un projet de production finale.
Les différentes propositions de séquences dépendent des progrès et demandes des enfants, des besoins spécifiques pour la réussite d'un projet, du contexte (thèmes abordés en classe ou projet d'établissement)

Proposition d'installation
travail de réflexion avec le kinésithérapeute

Lors de ma rencontre avec Anne Aubry, kinésithérapeute à l'I.E.M. Sagebien à Amiens, nous nous sommes interrogées sur l'installation la plus appropriée pour une activité de chant.
L'enfant doit être le mieux positionné possible afin d'oublier ce problème de position au profit d'une plus grande concentration sur l'activité.
L'activité proposée est la chanson, l'attention, la concentration et le plaisir qu'elle procure.
L'enfant ne doit pas avoir l'impression qu'il retourne en séance de rééducation.
Il faut donc réfléchir préalablement, au cas par cas, avec l'équipe et préparer le lieu de l'activité en conséquence.
Il ne faut pas chercher explicitement un positionnement avec l'enfant, mais obtenir des « réflexes de positionnement » qui évolueront en fonction des prises de conscience progressives, des consignes d'interprétation ou parfois de l'état de santé (« hauts » et « bas » de certaines maladies).
Les enfants infirmes moteurs cérébraux ont des difficultés respiratoires dues parfois à leur appareillage (position assise dans le fauteuil, debout avec une sangle abdominale pour compenser l'insuffisance musculaire) et qui sont à prendre en compte lors de toute activité liée à la respiration.
Quelques suggestions
Les handicapés moteurs sont ennuyés par la pesanteur ; pourquoi ne pas opter pour la position la plus allongée possible ? Le travail envisagé en début d'année (prise de conscience de la respiration) s'y prête particulièrement et c'est une attitude appréciée des plus jeunes; Si les reins se cassent trop, installer des petits carrés de mousse sous les mollets afin que les jambes soient en crochet. Pour lutter contre l'hyperextension de la nuque et ramener la tête en position fonctionnelle, glisser un coussin dessous.
En position assise, sur une chaise ou un tabouret, dos et tête appuyés, veiller à maintenir le bassin en le maintenant de nouveau par un coussin (ou autre) afin de le libérer de tout effort. Pour les enfants en fauteuil, attention à la fois à ne pas les laisser s'enrouler ni avancer la tête en hyperextension (tablettes à hauteur, appui-tête ?)

Pour ceux qui peuvent se tenir debout, ménager la possibilité de s'appuyer contre un mur. Si la fatigue menace, envisager un tabouret haut.

Ces propositions sont uniquement le fruit d'une discussion. Elles demandent à être mises en place et évaluées. Cela peut venir des remarques spontanées des enfants ou s'opérer de façon informelle et discrète, en invitant par exemple la kinésithérapeute à venir chanter avec nous. Les ajustements éventuels seront discutés et envisagés ensuite en dehors des enfants.

Ce travail pluridisciplinaire peut s'effectuer lors de réunions d'équipe éducative formelles, ou en collaboration étroite et organisée par les personnels concernés.

Population concernée
Nous avons vu que les enfants IMC pouvaient présenter des caractéristiques motrices et posturales ne facilitant pas le chant.

Il me faudra commencer par faire un descriptif des enfants de la classe en m'attachant à souligner grâce à des observations discrètes et l'aide de l'équipe pluridisciplinaire :
les possibilités phonatoires et articulatoires
les possibilités respiratoires
les possibilités visuelles et auditives
les installations conseillées ou les positions déconseillées
l'âge des enfants (tessiture à respecter)
Où et quand chanter ?
Je pense nécessaire de ménager un lieu, au sein de la classe ou de l'établissement, qui soit réservé à l'activité. Rien n'empêche de modifier un « coin-regroupement » d'une classe maternelle juste avant de commencer. Cela va favoriser un sentiment d'attente, de curiosité, préalables indispensables à une bonne réceptivité.

L'univers des enfants IMC qui passent le plus clair de leur temps en institut et en internat est particulièrement sonore : bruits de couloirs, de portes, de cannes, de fauteuils, d'appareils de kinésithérapie, bruits de pas de ceux qui arpentent les couloirs , bruits de voix, de cantines etc. Cet environnement sonore bruyant et incontournable peut être facteur de stress.
En mettant en place une activité de chant institutionnalisée, l'enfant peut reprendre pouvoir sur son environnement sonore. C'est pourquoi il est souhaitable de veiller à l'acoustique du lieu où se déroule l'activité (quand cela est possible) et aux moments nécessaires de silence.

Il ne faut pas entamer ces séances dans un bruit de fond, dans ce halo sonore qui quelquefois submerge les petits. L'enseignant, comme le parent ou l'éducateur, peut avoir peur du silence perçu comme une carence relationnelle. Mais manquer de marquer le silence est aussi une manière de permettre à l'enfant de se constituer. Manquer de marquer le silence deviendrait une façon de manquer de respect à l'autre.
On a besoin de silence pour s'écouter mutuellement. Pour chanter , pour parler, on a d'abord besoin de se taire.

Se placer en demi-cercle permet d'embrasser du regard tous les participants. En cercle (avec l'enseignant) tous peuvent être participants et meneur alternativement. L'implication de l'enseignant met en confiance.

Le moment doit lui aussi être bien choisi. S'il faut laisser s'exprimer un chant spontané qui surgit alors que l'on est occupé manuellement, il est nécessaire de formaliser un moment de chant pour qu'il réponde à la progression souhaitée. Si c'est un moment de plaisir, cela réclame toutefois attention et maîtrise de soi.
Le situer par exemple le matin pour bien commencer la journée, après des ateliers ou des activités individuelles pour reformer le groupe. Eviter les fins de journée, que les enfants soient fatigués physiquement ou intellectuellement par la séquence précédente, qu'ils reviennent d'une séance de rééducation intense.
L'activité « chanson » est inscrite sur l'emploi du temps. Mieux vaut répartir sur la semaine le temps attribué à cette activité en plusieurs séances : par exemple, une demi-heure chaque matin, installation et « mise en voix » comprises.
Le matériel
Au même titre que l'installation, il comporte certains impératifs.

Un appareil lecteur C.D. et double cassette avec une qualité d'enregistrement et de restitution suffisants, sera souhaitable pour lire les éventuelles bandes sons accompagnant des chansons, les enregistrements effectués. Il permettra de copier certaines cassettes que les enfants emporteront, d'enregistrer les différents essais et créations des enfants.

Un, voire deux micros, sont à envisager : l'un pour le chant individuel (unidirectionnel), l'autre pour les séquences collectives (multidirectionnel).
Remarque : le micro est un outil qui peut compenser la timidité de certains enfants . On peut se « cacher » derrière un micro. C'est aussi un outil d'évaluation pour l'enseignant et pour l'enfant qui aura la surprise d'entendre sa voix comme les autres la perçoivent .

Les enregistrements servent de mémoire collective : ils représentent une banque de données Il serait intéressant de bien les étiqueter et de disposer d'un coin où les enfants peuvent se rendre pour les réécouter individuellement au casque.

Dernière suggestion : posséder un caméscope et filmer quelques séances. Il n'est pas indispensable mais complète le travail d'évaluation. L'enseignant peut affiner l'observation et la partager avec l'équipe. L'enfant peut, en visionnant, mieux prendre conscience de ses attitudes.
Choix d'une chanson
De nombreux critères sont à envisager :

* l'âge des enfants : dans une classe maternelle d'enfants IMC, l'âge peut aller jusqu'à 7 ans.
La tessiture d'un enfant peut aller de quatre notes à une octave.
Le sujet de la chanson, son niveau de compréhension, de vocabulaire, son intérêt doivent également correspondre à sa maturité.

* le sujet : il peut être dégagé de tout contexte comme correspondre à un sujet abordé en classe.

* les objectifs visés :
travail sur l'articulation, avec un phonème particulier
travail sur la mélodie, avec des paroles simples ou remplacées par une voyelle, un murmure
travail sur le tempo, qui pourra être facilement modifié
travail sur l'intensité, avec des moments alternés de voix douces et de voix fortes
travail sur le souffle, sur un chant demandant des prises d'air rapides
travail sur la mémorisation, avec des phrases courtes pour alterner des moments de chant intérieur et des moments de chant sonore
travail sur le rythme et la création, avec des paroles à modifier
travail sur le silence, avec de longs passages sans chant
travail collectif, d'écoute et de respect de l'autre, avec des phrases qui se répondent
etc.

* la corrélation avec un thème, un projet de classe, un projet d'établissement, animal, pays, saison, événement étudiés

* la cohérence avec un spectacle d'établissement

« Mise en voix » en début de séance
Elle se fera au début de chaque séance.
Pour bien chanter, l'enfant doit se trouver en confiance et détendu. Après s'être bien installé (voir précédemment), quelques petits mouvements présentés de façon ludique l'aident à se décontracter :

bailler, s'étirer (Nous sortons à peine du lit ce matin !)
hausser puis relâcher les épaules plusieurs fois (Je ne suis pas bien réveillé, et alors ?)
secouer les bras comme s'ils étaient des chiffons (Je suis tout engourdi)
se pencher doucement en enroulant la colonne vertébrale, bras relâchés (J'ai encore envie de dormirà)
faire oui et non de la tête (Un croissant ?_Oui. Du café ?_Non.)
rotation du cou vers la droite en inspirant, laisser tomber la tête en expirant, même chose vers la gauche (Quelle heure est-il ? Pfouh,déjààQuel temps fait-il ? Pfouh, il pleut.)
se masser le front, les sourcils, les joues, les tempes (Je me savonne doucement, ou Je mets de la crème)
faire des grimaces ( devant la glace)
tousser
émettre un « brrrr » (je crache de l'eau)
Etc.

La durée de ces petits jeux ne doit pas être excessive. Ils s'institutionnaliseront au fil des séances.

D'autres jeux peuvent les compléter et rythmer la séance selon ses objectifs :
jeux sur le placement de voix comme la fusée qui monte ou qui descend sur un « mmh » gourmand ou une voyelle donnée.
jeux sur la respiration en soufflant sur un ballon, une plume, de la poudre, une bougieà

Déroulement d'une séquence type: chanson " Y'a une pie "
Y'a une pie
Henri Dès
Y'a une pie dans l'poirier
J'entends la pie qui chante
Y'a une pie dans l'poirier
J'entends la pie chanter

J'entends, j'entends
J'entends la pie qui chante
J'entends, j'entends
J'entends la pie chanter
(ad libitum)

Durée de chaque séance : 30 minutes

Première séance:

9h00 ( s'installer et réaliser des exercices de décontraction
9h10 ( interpréter collectivement une chanson déjà connue
écouter le nouveau chant: " Y'a une pie " par Henri Dès (interprété a cappella)
9h15 ( " De quoi parle-t-on ? "
" Qui peut me redire les paroles ? "
Dire la première " phrase " après moi,(Y'a une pie dans l'poirier), puis la seconde (j'entends la pie qui chante),reprendre les deux, recommencer avec les deux suivantes.
9h20 ( même principe mais cette fois en chantant (je marque le tempo)
réajuster et recommencer plusieurs fois en fonction du résultat
9h28 ( chanter la chanson en entier avec les enfants sans exigence particulière

Cette séance est donc la première de toute une série qui comporte, non seulement l'apprentissage de la chanson mais un travail de création quant à son interprétation.
Au fil des séances, je proposerai aux enfants de modifier l'intensité, la hauteur, le tempo, les paroles de cette chanson .

Des travaux préalables dans des domaines proches comme les percussions ou les instruments de musique pourront être incorporés.

L'avantage de cette chanson, c'est qu'elle peut se répéter à l'infini. Après quelques essais de modifications, je ferai écouter la version d'Henri Dès, qui a choisi de la faire évoluer en ajoutant progressivement des instruments et en augmentant au fur et à mesure l'intensité de sa voix. Après une discussion autour de ces effets, je proposerai au enfants d'imaginer eux mêmes une série de variations de leur propre cru à l'aide du répertoire d'idées qu'ils auront jusque là élaboré.

Les essais et le produit fini seront enregistrés. Il restera à décider quoi faire de cette création.

Essayons donc d'élaborer une répartition possible sur plusieurs séances:

1ère séance: début d'apprentissage de la chanson (voir ci-dessus)
2ème séance: suite de l'apprentissage de la chanson
3ème séance: variations sur l'interprétation (intensité, tempo, propositions des enfants)
4ème séance: enregistrements de quelques variations, écoute de la version d'Henri Dès, première réflexion sur la création de notre version
5ème séance: élaboration et enregistrement de notre version
6ème séance: idem, ainsi que les deux séances suivantes

Je prévois ici huit séances s'étalant sur une période de quinze jours environ. C'est une période minimale pour être sûr que tous les enfants, malgré des temps de rééducation parfois impromptus, aient participé à chaque phase de l'élaboration du projet. C'est une condition essentielle à son appropriation par les différents acteurs.
Evaluations du projet
1) Evaluation initiale : elle se fait en observation, avec l'aide des autres intervenants du centre. Elle sert éventuellement à remodeler le projet en fonction de ses participants (je pense ici aux enfants sans parole) et à dresser un état des lieux des capacités physiques, posturales respiratoires, sociales, de repérages, qui permettront une comparaison et la notation des progrès ou difficultés.

2) Evaluation formative : les enfants pourront écouter régulièrement leurs productions par le biais d'enregistrements audio. Ils seront à même, avec l'aide et le soutien de l'enseignant, de pointer leurs difficultés, de chercher à y remédier, de constater leurs progrès; quant à l'équipe, des enregistrements vidéos ou des participations aux séances en tant « qu'invité », permettront de dresser un bilan plus complet des avantages retirés ou de donner des pistes de travail pour faciliter la progression des enfants dans cette activité. Chacun, dans son domaine, peut y apporter un soutien. Mais ceci ne doit pas être signalé comme tel à l'enfant afin de ne pas confondre les objectifs. Les projets individualisés sont à la fois pédagogiques, thérapeutiques et éducatifs, mais si chacun des intervenants en a conscience, le projet musical reste un projet de classe.

3) Evaluation finale : la présentation d'une production, enregistrée ou exécutée devant un public, est une évaluation pour les enfants aussi bien que pour l'équipe, les parents, l'entourage, de part l'intérêt que chacun y portera et le plaisir retiré. Je dresserai un bilan complet se rapportant aux critères retenus en début d'année et en ferai part, si nécessaire, à l'équipe pédagogique afin d'analyser la pertinence des actions menées seule, ou par l'ensemble des personnes concernées.
Plaidoyer pour le chant avec les enfants sans parole
Lors de l'un de mes stages, une institutrice qui s'occupe d'atelier de chant, m'a fait part de son étonnement ; au début de l'année, elle avait cru bon de préciser que cet atelier était plutôt réservé à des enfants qui parlaient. Au deuxième trimestre, elle a oublié de redonner la consigne et a vu arriver plusieurs enfants sans parole. Elle a constaté qu'ils prenaient un réel plaisir à assister à ces séances, et qu'ils y participaient à leur façon. Ils se balançaient sur certains rythmes, arrivaient à émettre un cri à un moment choisi, et repartait volontiers avec une cassette contenant leurs chansons préférées.

Il est coutume de dire qu'une mélodie est réellement intégrée dès que l'individu est capable de se la chanter intérieurement. Si cette démarche est obligatoire pour les enfants sans parole, n'oublions pas de la proposer aux autres, afin qu'ils développent, eux aussi, leur « chant intérieur ».

Voici d'ailleurs une proposition de travail autour de l'apprentissage et de l'interprétation d'une chanson qui permet de favoriser ce chant intérieur et d'intégrer les enfants sans parole.

La famille tortue

Jamais on n'a vu
Jamais on ne verra
La famille tortue
Courir après les rats
Le papa tortue
Et la maman tortue
Et les enfants tortue
Iront toujours au pas

Après un apprentissage classique, je propose aux enfants de remplacer le mot « tortue »par un double claquement de langue. Après plusieurs essais, l'exercice se complique : on remplace le mot « rats » par l'onomatopée « zoum! » et ainsi de suite.

L'intérêt de ce jeu est de pouvoir faire participer tout le monde en fonction des possibilités de chacun. En effet certaines onomatopées ou bruits proposés peuvent correspondre aux seules capacités phonatoires ou gestuelles des enfants sans parole. Chacun aura donc une part active dans l'élaboration et la réalisation de cet exercice. C'est un véritable travail de création commune prenant en compte les individualités.
Projet d'échange culturel européen
Je suis actuellement à la recherche de partenaires européens pour organiser un échange entre établissements de même type.

Cet échange se ferait en trois ans et sur trois niveaux:
un échange de pratiques pédagogiques
un échange de correspondance incluant des travaux d'élèves
un travail commun sur un thème avec éventuellement une rencontre des enfants

Les domaines choisis seraient les arts plastiques (pour l'une de mes collègues) et l'éducation musicale . Ces pratiques possèdent le grand avantage de ne pas être freinées par la barrière de la langue. A l'ère de l'an 2000 et de la constitution de l'Europe, ce type d'échange représente une ouverture culturelle particulièrement intéressante.

Quelle ironie pour les enfants IMC que l'on considère souvent en retard dans les apprentissages que de se retrouver à l'origine d'un projet de pleine actualité. Pour ces enfants un peu coupés du monde, pour lesquels on privilégie souvent les mathématiques et le français en oubliant parfois de les contextualiser, se retrouver plongés au c£ur des cultures européennes est générateur d'éducation à la citoyenneté et d'intégration au sein de la société moderne.
Conclusion
J'avais conscience qu'engager une action de chant avec des enfants infirmes moteurs cérébraux pouvait paraître incongru. Mais après réflexion, j'ai constaté que ce type de proposition de travail comportait des intérêts multiples.

La musique reste une matière secondaire pour des enfants dont le temps de rééducation et de soins réduit de beaucoup le temps scolaire. C'est pour le moins ce que j'ai observé le plus souvent. Ou bien, elle est pratiquée, de façon organisée, en atelier, mais manque de construction à long terme et de cohérence avec les autres apprentissages.

Or les enfants IMC ont besoin de se projeter dans des actions de création, de construction, qui les re-mobilisent et leur redonne le goût de l'effort. Mais pas un effort pour faire plaisir, un effort pour se faire plaisir. Je pense que la musique, et particulièrement la chanson, peut leur permettre de développer des capacités souvent déficientes : gestion du souffle, langage, notions d'espace-temps, repérage visuel. Grâce à elle, je pourrai aussi leur permettre d'étendre leur vocabulaire, de créer des textes, d'aborder la géographie ou l'histoire par un biais original et authentique. Mais la musique est avant tout un vecteur de création, une porte ouverte à l'imaginaire et aux autres cultures.

Ce type d'action peut être mené tout au long de l'année, voire sur plusieurs années. Elle nécessite une grande souplesse afin de s'adapter aux enfants et à leurs capacités de départ. Elle ne doit pas être figée mais évoluer avec eux, être évaluée régulièrement et rester constamment ouverte à un travail en équipe afin de garder une vision globale et originale.

Il est naturellement évident que mon travail sur la chanson doit s'accompagner de pratiques similaires dans les autres domaines musicaux comme l'écoute, la découverte des instruments, la danse. J'en ai pleinement conscience et ne manquerai pas de les mettre en £uvre. Mais si ces domaines sont étroitement liés et comportent des objectifs communs, chacun pourrait faire l'objet d'un mémoire à part entière.
Je veillerai à noter et analyser les actions que je mettrai en place l'année prochaine afin de rester dans une démarche d'adaptation.
Il est parfois difficile de ne pas se décourager par rapport au résultat obtenu. Mais c'est aussi en plaçant la barre un peu haute que l'on récolte des résultats d'une qualité inattendue. Pourquoi ne pas rêver d'une chorale puisque Mme la ministre Ségolène Royal prône leur création afin de « procurer à l'élève un épanouissement personnel et contribuer à former le futur citoyen par l'écoute et le respect de l'autre » .

Les enfants IMC sont eux aussi de futurs citoyens.



BIBLIOGRAPHIE
BEREL E. - L'éveil au monde sonore : rythme, poésie, musique - éd. Fuzeau, 1985

CHEVALIER A.M. - L'expression musicale en maternelle - éd. Armand Colin, Paris, 1989

DELALANDE F. - la musique est un jeu d'enfant û Buschet-Chastel, 1984

DINVILLE C. û Les troubles de la voix et leur rééducation û éd. Masson, 1981

FERTIER A. û Le pouvoir des sons : expériences et protocoles dans le quotidien et le pathologique û éd ; Ellébore, Paris, 1995

GUILLIE-GILBERT C., FRITSCH L. û Se former à l'enseignement musical û éd. Armand Colin, 1996

LAUNOIS A. û L'enfant et la voix au XXème siècle û Cité de la musique, Paris

OTT J. et B. û Les techniques européennes du chant û E.A.P., 1981

VIALLEFOND M./ ANDREANI E. dir.- Etude sur les spécificités de l'action musicale en milieu spécialisé, VOL. 1 et2 û Université Paris, 1994

Marsyas, revue û n°39-40, Décembre 1996

Parents, magazine û Le pouvoir des sons û Mars 1997

L'éducation artistique à l'école û Ministère de l'éducation nationale et de la culture, Savoir lire, CNDP, 1993

ANNEXES


Annexe 1: extraits des programmes et compétences concernant l'éducation musicale

Annexe 2: objectifs et compétences de la pédagogie du chant (extraits de "Se former à l'enseignement musical")

Annexe 3: extrait du B.O. n° 42 du 27 novembre 1997 sur la "Pratique du chant choral dans le premier et le second degré"

Annexe 4: compte rendu d'observation des séquences de chant menées à l'institut Notre-Dame de Neuilly/Seine



Annexe 1


Annexe 2

Annexe 3



Annexe 4
Observations au Centre de rééducation pour handicapés moteurs de Neuilly
Séances menées par Bruno Joubrel, intervenant en musique


L'établissement
C'est un institut privé d'éducation motrice accueillant des enfants et adolescents handicapés moteurs.

L'intervenant
Bruno Joubrel est musicien (guitariste), auteur-compositeur. Il a été contacté à titre privé par l'institution afin de mettre en place une activité musicale de son choix.

Conditions d'interventions
Il intervient sur plusieurs groupes d'enfants tout au long de la journée.
Les séances durent de une demi-heure à trois quarts d'heure.
Elles ont lieu , pour les plus grands, dans la grande salle de jeu de l'établissement. L'acoustique y est correcte. Les enfants sont installés sur des bancs de jardin, ou en fauteuil, ou en mobilisation debout, ou en chariot plat. Ils sont disposés en arc de cercle face à Bruno, assis sur une table avec sa guitare.
Les séances avec les « petits » et les « touts- petits », les enfants sont dans leur classe, ou dans celle réservée à l'éducatrice. Ceux qui le peuvent sont assis sur des canapés de mousse adaptés à leur taille.

Un groupe de « grands » (environ 10 à 12 ans)

1) Les enfants chantent 2 ou 3 chansons connues:
Il est libre Max Hervé Christiani
Comme toi Jean-Jacques Goldman
La mauvaise réputation Georges Brassens
La princesse aux longs cheveux (écrite par des enfants d'école ordinaire, en collaboration avec Bruno)
Consignes particulières:
-réfléchir à ce que l'on doit chanter ensuite (capacités d'anticipation)
-respecter le silence durant les introductions musicales
-regarder Bruno pour le signal de départ

2) Apprentissage d'un nouveau chant
Bruno
chante couplet par couplet
fait répéter en parlant et expliciter les paroles
fait chanter 1 ou 2 fois le nouveau couplet
fait chanter depuis le début
et ainsi de suite...

Observations
Les enfants chantent tous.
Ils connaissent du vocabulaire propre à la chanson (couplet, refrain, etc.).
Ils regardent bien Bruno (sauf un).
Ils se tiennent assez droits. Certains font même un effort évident pour se redresser dans leur fauteuil.
Les coupures au sein des phrases sont respectées.
La chanson est « interprétée » avec sentiment, avec des intensités différentes selon les passages.
Les notions de lenteur et de rapidité sont comprises.
Le répertoire est rangé dans un classeur personnel, mais les enfants chantent tout de mémoire.

Attitudes particulières
Alice, en fauteuil, tend à se redresser et chante toutes les fins de phrases, bien en place.
Marc, en fauteuil, chante avec un retard constant (apparemment des difficultés de phonation), mais il fait de réels efforts pour tout chanter.
Eric, en mobilisation debout, lève le bras quand il chante.
Sliman mime l'histoire en chantant.
Mickaël répète seul une phrase musicale après les autres en scandant le rythme avec le doigt qui frappe la paume.
Antoine semble mal placé; affalé sur le banc, il a du mal à se redresser.

Un groupe de « petits » (de 7 à 10 ans)
Même déroulement avec des chansons adaptés à l'âge.

Observations
Agnès, sans parole et en fauteuil, émet des sons de « sirènes » montantes ou descendantes qui suivent presque parfaitement les moments de chant. Elle montre en même temps une grande agitation corporelle. Elle gonfle sa poitrine pour d'amples prises de souffle.
Farid, quasiment sans parole, rit quand Bruno se trompe.
Céline, fort handicapée, spastique, en fauteuil avec sangle de soutien et tenue de tête très faible, finit par se redresser, s'applique sur les paroles. La voix devient nette, les mots sont bien détachés et un franc sourire s'installe sur son visage à la fin de la chanson, tandis que son regard cherche à partager avec les autres le plaisir ressenti.
Fabien, hémiplégique et ordinairement très agité, est très calme et très attentif. Lui qui parle souvent trop fort essaie de maîtriser l'intensité de sa voix.
Laure, en chariot plat, détourne la tête et murmure quelques paroles du chant en se dissimulant. Pour des raisons psychologiques, elle a actuellement beaucoup de mal à s'investir dans toute activité scolaire ou de groupe .

Un groupe de « tout-petits » (maternelle)
Jeu apprécié des tout-petits: le « jeu des erreurs »
Bruno interprète une chanson de leur répertoire. Chaque fois qu'il se trompe (volontairement) dans les paroles, les enfants doivent l'interrompre et corriger l'erreur en se justifiant et en construisant des phrases complètes.

Observations
C'était la deuxième fois que j'observais ce groupe. La première fois, ils étaient très attentifs, très actifs pour la majorité, désireux de participer quelles que soient leurs difficultés particulières. Leurs phrases étaient assez bien construites. Lors de la deuxième séance, ils étaient très agités. Peut-être était-ce dû à la place de cette séance (avant le repas de midi) et sa durée (plus d'une demi-heure). Sans compter que les participants sont arrivés petit à petit.

Discussion avec l'intervenant
Bruno Joubrel regrette parfois le manque de collaboration avec les enseignants de chaque classe. Tous n'assistent pas aux séances, soit par volonté personnelle, soit parce que l'établissement a profité de ce moment pour organiser une réunion.
Certaines enseignantes reprennent les chansons pour, par exemple, les réinvestir dans un travail en arts plastiques, ou en lecture. Mais le contraire n'existe pas. Bruno ne reçoit aucune demande ou suggestion.
Il ne participe à aucune synthèse.
L'évaluation et la construction des projets de chant ne sont pas formalisés.
D'autre part, s'il est facile de trouver des chansons correspondants aux capacités et intérêts des enfants de maternelle ou pré-adolescents, il existe peu de choses pour les enfants de 7 à 10 ans. Les chansons composées avec des élèves de classe ordinaire sont ici les bienvenues mais Bruno Joubrel n'a encore jamais pu oser composer avec des enfants handicapés de Neuilly.
Quant aux progrès, il en constate de nombreux: dans l'attention, le respect de l'autre, la maîtrise de l'intensité, la prononciation, la capacité à mémoriser, la participation active.
Association « Les musiques de la boulangère »
L'école des parents, Mars 97
Professeur DEJOURS « Physiologie de la respiration »
Jane ARGER « Initiation à l'art du chant »
, Association des Paralysés de France « Déficiences motrices et handicaps »
Mary GAME, Université de Paris X, Nanterre
Cf. Annexe 4
Ecole spécialisée de l'hôpital Parrot
Cf. Annexe 1
« Chanter juste » s'exerce dès la naissance et est proportionnel à la qualité de l'écoute. Ce n'est pas irréversible et peut se rééduquer en faisant appel aux compétences des professionnels pour tenter d'y remédier.
Cf. Annexe 2
Cf. Annexe 3
Les prénoms cités sont fictifs.










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