Marietta BALOGE
épouse CHANUT
REPRESENTATION MENTALE ET APPRENTISSAGE
CHEZ UN ADOLESCENT ATTEINT D'AUTISME
CAAPSAIS OPTION D
ANNEE 1997-1998
SOMMAIRE
PRESENTATION DE LA PROBLEMATIQUE
ELEMENTS THEORIQUES:
I. La représentation mentale
1. Piaget et Wallon
2. Bruner
3. Les recherches actuelle
II. L'autisme
1. La description de l'autisme
2. Les travaux de Bruner
3. Les observations de Peeters
4. La théorie de l'esprit
LA STRUCTURE INSTITUTIONNELLE
I. Présentation de l'IME
II. Public et diagnostic
III. L'équipe
IV. Le fonctionnement
V. La classe
1. Les objectifs de l'institutrice
2. La démarche pédagogique
3. Les compétences visées
LE DISPOSITIF
I. Présentation de Thomas
II. Et le diagnostic?
III. Evaluation
1. Activités de lecture
2. Activités mathématiques
IV. Bilan et objectifs possibles
V. Modalités pratiques
VI. Acquis
VI. Recommandations
LES SEANCES
I.Les différents niveaux de représentation
I. Première étape
A. Objectifs
B. Formes de représentation
C. Matériel
D. La démarche
E. Production
F. Conclusion
II. Deuxième étape
III. Troisième étape
IV. Quatrième étape
V. Cinquième étape
LE SENS
EVALUATION DU TRAVAIL
CRITIQUE
PRESENTATION DE LA PROBLEMATIQUE
Le vendredi 4 Octobre 1997 à 9 heures, j'arrive à l'I.M.E. pour enfants
et adolescents, atteints d'autisme dans lequel j'effectue mon stage hebdomadaire
de formation.
Des jeunes, secondés par des adultes, se préparent à aller à
la piscine. A deux reprises, en passant dans le couloir, deux jeunes » me saluent
»à leur manière, en agrippant mon manteau et mes lunettes. L'éducatrice
et l'institutrice me mettent en garde et essaient d'empêcher les jeunes de
« m'embêter ». Je suis surprise par la réaction des adultes
plus que par celle des jeunes, car je peux faire référence à
des situations de classe maternelle, avec des enfants ne possédant pas encore
forcément le langage, comme premier moyen d'expression et de communication.
J'ai été très frappée par la lourdeur du handicap: ces
jeunes ne parlaient pas, comprenaient peu le langage Nombreux étaient les
cris qui, pour presque tous les enfants, constituaient le moyen d'expression principal
sinon unique. Le niveau sonore était par moments insupportable pour moi, comparé
aux cris d'une cour de récréation. L'aide et la communication étaient
individuelles et rapprochées ; le langage semblant inutile car incompris,
les gestes étaient parfois amorcés. Ils avaient besoin d'aide pour
s'habiller, pour marcher et certains présentaient des troubles et retards
psychomoteurs. Ils me renvoyaient à l'image que je me faisais des «
débiles profonds ».
J'avais un peu de mal à imaginer ce que pouvait être le travail d'une
institutrice auprès d'eux. Pour moi, il y avait des liens étroits avec
les objectifs et la pédagogie de l'école maternelle; mais il y avait
une adaptation à faire à l'âge, au handicap et aux troubles de
ces jeunes. Au fil du temps, j'ai pu me rendre compte que des apprentissages pouvaient
être entrepris. Certaines activités proposées ressemblaient à
celles qui peuvent être rencontrées dans une classe de maternelle; mais
il y avait le handicap de la compréhension verbale, sinon de la compréhension.
Je m'interrogeais sur les capacités d'apprentissage de ces jeunes et sur la
pertinence d'activités scolaires avec des jeunes qui ne parlent pas et qui
présentent une déficience intellectuelle sévère.
Les caractéristiques de l'autisme sont définies comme suit dans la
classification internationale (DSM IV) : altération de la communication, des
interactions sociales,
défaut symbolisation et même d'absence de symbolisation, d'imitation
et de restriction des intérêts et activités. Leur fonctionnement
intellectuel est particulier et spécifique. Par exemple, pour lire, il faut
comprendre que l'écrit n'est qu'un code arbitraire: une mise en mots codée
de la réalité. Et ces jeunes ne saisissent pas que tel mot correspond
à telle personne , tel objet! Entreprise utopique, impossible? Pourtant, certains
jeunes faisaient des apprentissages,
Des apprentissages étaient possibles, même à un niveau élémentaire.
Il me semblait qu'il y avait un accès spécifique à la symbolisation
et à la représentation, bases essentielles de tout apprentissage sans
prétendre pour autant apprendre à lire
Je désirais trouver des réponses à mes questions et ne pas en
rester à une idée figée de l'autisme Après l'observation
des jeunes, la consultation du projet de classe, des projets individuels et des productions
des jeunes, j'ai constaté qu'il y avait des apprentissages qui nécessitaient
des capacités de représentation mentale et je désirais approfondir
ma réflexion en dirigeant mon travail en ce sens; j'ai donc consulté
d'une part les auteurs ayant étudié la représentation mentale,
d'autre part, les études faites sur les mécanismes et les processus
mis en oeuvre dans la lecture;
J'ai alors bâti un programme de travail pour un jeune qui pouvait suivre des
activités de pré-lecture faisant appel à la représentation
mentale. La question sous-jacente était de savoir comment des représentations
mentales peuvent étayer des apprentissages.
ELEMENTS THEORIQUES
I. LA REPRESENTATION MENTALE
La représentation mentale étant un vaste sujet d'étude, nous
allons essayer de la circonscrire en nous référant tout d'abord aux
définitions du petit Larousse illustré. Il propose:
* action de rendre sensible quelque chose au moyen d'une figure, d'un symbole, d'un
signe.
* image, figure, symbole, signe qui représente un phénomène,
une idée.
* philosophie: ce par quoi un objet est présent à l'esprit (image,
concept).
* psychologie: perception, image mentale dont le contenu se rapporte à un
objet, à une situation, à une scène.
En psychologie, la représentation mentale a été un objet d'étude
privilégié dès le 19ème siècle. Les psychologues
ont cherché à la définir, à expliquer sa mise en place
et son fonctionnement. Elle s'appuie sur une base motrice qui tient compte de la
perception; elle a une implication relationnelle. C'est une activité psychique
complexe, supposant une élaboration intellectuelle dans laquelle l'image a
un rôle essentiel.
1. Piaget et Wallon
Pour Piaget, son existence serait un palliatif à l'absence. Elle naîtrait
de la nécessité de conserver les objets et les relations que l'enfant
a su établir avec ces objets dans l'action (passage par une représentation
en acte).
« Elle naît de l'union des signifiants permettant d'évoquer les
objets absents avec un jeu de signification les reliant aux éléments
présents ». C'est la mise en place de la fonction symbolique.
C'est un processus d'imitation et d'utilisation des images mentales, dérivant
des schèmes sensori-moteurs et non de la perception. C'est une reconstruction
de la pensée, une imitation intériorisée relevant d'un processus
de schématisation. Elle est donc le résultat de l'intériorisation
des données sensori-motrices en images mentales et en concepts. L'image est
le prolongement de ce qui est à l'origine imitation du réel.
La représentation mentale permet de dépasser l'immédiat en accroissant
les dimensions de l'espace et du temps dans l'adaptation sensori-motrice; elle évoque
aussi ce qui dépasse le domaine perceptif et moteur.
Pour Wallon, la représentation apparaît au stade qu'il qualifie de sensori-moteur
et projectif comprenant deux registres complémentaires: l'intelligence pratique
reposant sur l'identification des objets par la manipulation et la locomotion et
les attitudes dont le développement passe par l'imitation et le simulacre
et aboutit à la représentation; elle est achevée par le langage.
Elle se rattache au symbole dans la mesure où elle permet la construction
d'un équivalent symbolique du réel : » La fonction symbolique
est le pouvoir de trouver à un objet sa représentation et à
sa représentation un signe. Elle est ce qui établit une liaison entre
un geste quelconque à titre de signifiant et un objet, un acte ou une situation,
à titre de signifié. Elle n'est pas addition mais dédoublement
à partir d'un tout indifférencié entre l'objet et son image,
entre l'acte et sa représentation, entre la réalité et son double
mental ». La représentation s'ébauche dès le premier dédoublement
dans l'action.
C'est une simplification de l'objet, mais elle le représente tout entier:
Elle a le pouvoir d'évoquer à volonté dans leur ensemble ses
aspects et ses propriétés. Après avoir réalisé
la perception de l'objet, il faut apprendre à le penser. L'objet ne consiste
pas dans le simple assemblage des perceptions, il y superpose une signification,
il transcende la perception. Quand l'objet est absent, le mouvement s'effectue dans
l'espace moteur, mais son exécution suppose un espace mental subjectif: qui
contient la représentation.
La représentation est le terme de la substitution de la pensée aux
actes moteurs et à l'expérience sensible. L'accession au langage, concomitante
à l'élaboration des représentations mentales, structure celles-ci
et assure leur évocation en toutes circonstances. Elle introduit des rapports
nouveaux entre l'enfant et son environnement, elle rend présent à l'esprit
les éléments absents et elle associe ceux qui sont présents
à d'autres disparus ou futurs.
Pour les deux auteurs, l'imitation nécessitent « un modèle mental
» ou une « image mentale » différent du modèle extérieur,
présent ou absent qui est une représentation mentale de l'objet ou
de l'acte envisagé. La représentation évoque l'absence et va
au-delà de la perception.
Pour eux, elle est contemporaine de l'apparition de la fonction symbolique et du
langage, c'est-à-dire la deuxième année.
2. Bruner
Pour Bruner, la représentation est un système de règles au moyen
desquelles un organisme conserve les caractéristiques de son environnement.
La représentation du monde se construit selon trois modes:
- la représentation active qui existe au cours de l'action.
- la représentation imagée: « C'est un analogue sélectif
» de ce qu'elle représente. Il n'y a pas de distinction claire entre
émergence de la représentation imagée et activité perceptive.
- la représentation « symbolique », c'est-à-dire à
travers le langage (le langage est un moyen de transformation de l'expérience
et de représentation de celle-ci).
Il distingue en outre, deux systèmes précoces de représentation
avant la représentation symbolique:
- le système énactif : il existe des patterns d'action à valeur
de programme qui constituerait un premier système de traitement de l'information.
- le système iconique, plus flexible, apparaissant à la fin de la première
année, liés aux aspects superficiels des objets.
L'intérêt de Bruner est d'avoir distinguer différentes formes
de représentation et de postuler l'existence de systèmes de représentation
précoces existant avant la représentation symbolique.
3. Les recherches actuelles.
* Vinter considère que les conduites d'imitation précoce du bébé
prennent appui sur l'aptitude du nouveau-né à se représenter
les informations visuelles et kinesthésiques dans une forme commune aux deux
modalités: il y aurait des appariements entre le geste et les actions propres
du bébé.
* J. Proust, dans un numéro de Sciences et Avenir, d'avril 98, portant sur
la pensée, considère que le langage est un moyen de représentation
très puissant qui permet d'exprimer des concepts et d'en fixer durablement
la représentation en mémoire. Mais il n'est pas une condition nécessaire
de la pensée, car il y a certainement un langage intérieur, même
s'il n'y a pas de communication verbale. La pensée se manifeste aussi dans
des supports non symboliques. Par exemple, l'imagerie visuelle, auditive, olfactive
ou motrice constituent autant de substrats représentationnels qui donnent
lieu à un apprentissage; ce sont des territoires de pensée possibles
sans pour autant être directement verbalisables.
* Pour O. Houdé, dans le même numéro, le développement
cognitif à pour base la perception, l'action, mais il ne doit plus être
conçu comme l'acquisition progressive
de schèmes, de connaissances, mais aussi comme relevant de la capacité
d'inhibition de réactions qui entravent l'expression de connaissances déjà
présentes. « La pensée humaine est une sorte de jungle où
les multiples compétences du bébé, de l'enfant, de l'adulte
sont à tout moment susceptibles de se télescoper, d'entrer en compétition
». Un mécanisme de blocage s'avère nécessaire; il serait
cognitif et étroitement lié au corps et aux émotions: il s'agit
de l'inhibition. Selon lui, « Apprendre, c'est inhiber des structures concurrentes
».
* Engel, a signé, toujours dans le même numéro, un article intitulé:
Penser sans les mots. En partant des différentes théories sur la pensée
opposant perception et concept, il pense qu'est venu le temps d'une liaison : »
Dans cet entre-deux, entre la sensation et le jugement il y aurait place pour une
pensée visuelle, auditive, olfactive et d'une façon générale
pour une pensée perceptive ». Ces références sont issues
de l'éthologie cognitive; on a mis en évidence l'existence de représentations
qualifiées de non conceptuelles ( par exemple, la représentation spatiale
chez les rats qui leur permettent de se représenter le monde).
Il ressort de ces travaux qu'il existe des capacités de représentation
avant le langage, dès 4/5 mois et que la pensée pourrait s'exercer
sans la communication, notamment dans des supports non symboliques, liés à
la perception.
II. L'AUTISME
En France, depuis la loi de 1996 , l'autisme, qui était considéré
comme une maladie mentale infantile, est reconnu comme un handicap. L'enjeu était
considérable en regard de la loi de 1975 déclarant le droit à
l'éducation des personnes handicapées et qui soulève questions
et problèmes:
- Qu'existe-t-il dans l'Education Nationale et dans le secteur médico-social
pour accueillir les enfants atteints d'autisme et les faire bénéficier
d'un enseignement? Il y a certes, depuis 1996 une prise en charge adaptée
de l'autisme ( loi de décembre 1996 ) dans les IME et les classes intégrées.
- Quelles connaissances a-t-on de l'autisme? La classification américaine
(DM IV), donne des éléments de réponse; l'autisme y apparaît
dans la rubrique: troubles envahissant du développement.
1. La description
Les troubles autistiques sont caractérisés par des altérations
qualitatives dans trois grands domaines: les interactions sociales, la communication
verbale et non-viable, l'activité d'imagination et de symbolisation et une
restriction marquée du champ des activités et intérêts.
Ils apparaissent avant 3 ans. Dans 75 à 80% des cas, un retard mental est
associé.
Nous développerons succinctement les trois domaines car les classifications
pourront être consultées en annexe.
* Altération de la communication verbale et non-verbale:
- retard ou absence de toute modalité de communication.
- absence d'activités d'imagination, d'activités de symbolisation comme
jouer des rôles de personnages ou d'animaux.
* Anomalies qualitatives des interactions sociales réciproques:
- manque d'empathie, recherche et recours rares à d'autres personnes pour
obtenir un réconfort en cas de souffrance ou détresse.
- absence de modulation du comportement en fonction du contexte social.
* Restriction marquée du répertoire des activités et intérêts:
- activités motrices stéréotypées et répétitives.
- résistance au changement.
- restriction marquée de la gamme d'intérêts.
2. Les travaux de Bruner
Dans l'étude du développement cognitif des enfants normaux, Bruner
a conclu que les enfants ont la faculté d'aller plus loin que leurs perceptions
et ce dès la naissance. Il donne trois exemples:
- les enfants sentent intuitivement que les sons humains sont plus importants que
les autres.
- ils comprennent le langage humain sans avoir suivi de cours.
- ils comprennent les abstractions et les comportements sociaux.
3. Les observations de Peeters
Dans le champ d'observation de l'autisme Théo Peeters pense que les personnes
qui en sont atteintes ont moins la faculté d'aller au-delà de l'information
que les autres personnes, elles ne peuvent dépasser le sens littéral
et voir plus loin que la perception. Elles ont un problème de compréhension
des méta-représentations; elles sont "hyperréalistes"
et manquent d'imagination, dans le sens où elles ne peuvent ajouter des significations
et concepts au-delà de la réalité dans tous les domaines ( que
ce soit la communication, les comportements sociaux, les jeux, les loisirs). Elles
ont tendance à associer un mot à un objet précis : La généralisation
n'est pas possible spontanément. Elles traitent les informations à
la façon de l'hémisphère droit, c'est à dire que la synthèse
des perceptions est immédiate. L'analyse des concepts, le dépassement
du sens littéral, l'organisation des perceptions en fonction des caractéristiques
abstraites effectués par l'hémisphère gauche font défaut.
Il est indéniable que cela est un handicap sérieux .
4 . La théorie de l'esprit
Pour tenter d'expliquer certains modes ce fonctionnement des personnes atteintes
d'autisme, U. Frith évoque la « théorie de l'esprit »,
selon laquelle les enfants atteints d'autisme n'auraient pas la capacité à
se représenter ce que pensent et ressentent les autres, ils ne pourraient
se mettre à leur place, ni prédire leurs actions. Ils ne pourraient
pas distinguer l'information qu'eux-mêmes ont sur le monde de la représentation
qu'autrui s'en fait. J.Proust, dans l'article de Sciences et Avenir, cité-
ci-dessus, fait référence à diverses théories tentant
d'expliquer cette incapacité :
- l'incapacité à former des «méta-représentations
» (c'est-à-dire des représentations sur les représentations).
- manque d'empathie et de simulation de ce que l'autre peut ressentir.
- incapacité d'inhiber les réponses les plus immédiates.
Ces travaux et recherches tentent d'expliquer la limitation ou l'absence de certaines
capacités chez les enfants atteints d'autisme.
STRUCTURE DE L'IME
I. Présentation de L'IME
Il a été créé en 1992 à l'initiative d'une association
regroupant les parents dont les enfants sont atteints d'autisme. La CRAMIF(caisse
régionale d'assurance maladie d'Ile de France) et la DRASS (direction régionale
de l'action sanitaire et sociale) après une visite de conformité en
regard des Annexes 24 a donné un agrément provisoire pour 6 ans, se
réservant de le rendre définitif dans de nouveaux locaux adaptés.
L'IME a pour vocation d'accueillir des enfants et des jeunes présentant des
troubles graves du développement, qualifiés d'autisme. Jusqu'en décembre
97, 20 enfants et adolescents , de 7 à 22 ans ont été accueillis
(répartis en 4 groupes de 5) dans des locaux municipaux peu adaptés
(une ancienne école). L'équipe pluridisciplinaire a préparé
depuis septembre 97 le déménagement: des éducateurs supplémentaires
ont été embauchés afin de préparer et faciliter le passage,
d'une part d'un établissement à l'autre et d'autre part de l'augmentation
d'effectif (de 20 à 30). En Janvier 98, l'installation a eu lieu dans les
locaux nouvellement construits. Il y a présent 6 groupes de 5; les nouveaux
sont âgés de 6 à 13 ans.
II Public et diagnostic
Comme déjà dit ci-dessus, les enfants et jeunes accueillis présentent
des troubles graves du développement.
Les diagnostics sont posés en référence à la classification
américaine (DSM IV) et internationale (CIM 10). Il est question de handicap
et non plus de maladie mentale à propos de l'autisme dans ces classifications.
Tous les enfants et les adolescents passent des tests à leur entée
dans l'IME. Pour les enfants, il s'agit du PEP (profil éducatif et psychologique)
à démarche développementale et pour les adolescents l'AAPEP
(profil éducatif et psychologique pour adolescents et adultes) à démarche
fonctionnelle. L'objectif est d'établir un PEI (projet éducatif individualisé).
III. L'équipe.
L'établissement des projets nécessite un fonctionnement présentant
plusieurs volets: éducatif, thérapeutique et pédagogique et
une équipe pluridisciplinaire.
* une directrice.
Elle a un rôle triple: administratif, éducatif et pédagogique.
Elle a également une fonction de coordination au sein de l'équipe et
relationnelle avec l'extérieur.
* une équipe éducative et pédagogique comprenant:
- 6 éducateurs spécialisés secondés par 6 aide-éducateurs
( travaillant à mi-temps).
Ils ont chacun la charge d'un groupe d'enfants ou de jeunes dont ils gèrent
les activités. Ils en sont les référents principaux Ils sont
les interlocuteurs privilégiés des parents. Ils assurent aussi la liaison
avec les autres professionnels.
- une institutrice.
Elle travaille sur les apprentissages scolaires (graphisme, pré-lecture, lecture,
activités mathématiques) avec les enfants ou adolescents capables d'en
bénéficier : c'est-à-dire une dizaine.
* une équipe médicale et para-médicale comprenant :
- un pédo-psychiatre à mi-temps.
Il assure l'accueil, l'admission des enfants et adolescents, le suivi médico-psychologique
en accord avec les parents (propositions d'examens, de traitements si besoin). Son
souci principal est l'adéquation entre les aides apportées à
l'enfant et les besoins liés à son handicap.
- un psychologue à mi-temps.
Il assure les évaluations psycho-éducatives (PEP, AAPEP). Il peut aussi
observer un enfant dans son groupe éducatif pendant une demi-journée
ou plus, pour évaluer de façon informelle son degré d'autonomie,
ses difficultés spécifiques et ainsi contribuer à l'élaboration
des PEI. Il intervient aussi en cas de gros troubles du comportement et peut suivre
un enfant à la demande des parents; son travail est basé sur l'interaction,
la relation.
Le pédo-psychiatre et le psychologue proposent , de façon cordonnée,
un soutien psychologique aux parents quand il s'avère nécessaire.
- un médecin généraliste assure le suivi médical de tous
les enfants et jeunes.
IV. Le fonctionnement.
Le travail de l'équipe est centré sur une approche éducative
se référant au programme Teacch
mais il peut être également fait appel à d'autres supports selon
les besoins des enfants.
Il se manifeste entre autre à travers les diverses réunions:
* La réunion hebdomadaire appelée « synthèse »;
elle est consacrée chaque semaine à un enfant ou jeune. Elle réunit
toutes les personnes qui s'en occupent deux fois par an. L'équipe, à
partir de l'observation et des résultats aux tests de PEP ou d' AAPEP élabore
le PEI, c'est-à-dire indiquent les objectifs poursuivis dans certains domaines,
la procédure (quand, comment), la mise au point (échéance fixée),
l'évaluation.
Les domaines concernés sont :
- les notions générales: cognitives, perceptives, sensori-motrices.
- la communication/compréhension et la communication/expression verbale et
non-verbale.
- la motricité générale et fine.
- l'autonomie.
- les relations sociales.
- les loisirs.
- les comportements et réactions émotionnelles.
- les activités de type pré-professionnelle ( pour les adolescents
).
L'objectif de l'équipe est de proposer une éducation structurée
et visuelle pour apporter de nombreux repères permettant à l'enfant
ou au jeune de comprendre ce qui lui est proposé ou demandé, de se
repérer dans l'espace et le temps: espace aménagé avec repères
visuels, organisation du travail structurée ( planning, activités avec
début et fin repérables ).
* La réunion institutionnelle animée par le directeur qui concerne
tous les membres de l'équipe est une réunion à thèmes:
la sexualité des adolescents, l'aménagement de la cour de récréation...
* la réunion, que l'on peut qualifier d'ordre pratique, consacrée à
l'organisation de la vie, dans ses côtés matériels ( le réfectoire:
disposition, surveillance; les gardes entre midi et deux heures: qui va où
et quand, aussi bien au niveau des enfants que du personnel...).
V. La classe
Sa fréquentation est déterminée par l'équipe pluridisciplinaire
suivant le bénéfice que les enfants ou jeunes peuvent tirer d'une prise
en charge scolaire. Pour certains, il semble possible de travailler des compétences
correspondant aux premiers cycles des apprentissages scolaires.
1. Les objectifs de l'institutrice
Ils sont multiples:
* instaurer des groupes « classe » dans un cadre accepté par tous
les enfants et jeunes.
Il y a ainsi 4 groupes composés de 2 ou 3 enfants ou jeunes n'appartenant
pas forcément au même groupe éducatif venant 2 demi-journées
par semaine.
* développer les compétences requises par le programme de l'Education
Nationale à travers une approche pédagogique adaptée et individualisée.
* avoir comme finalité un travail pédagogique individuel autour des
apprentissages scolaires (graphisme, écriture, pré-lecture, lecture,
activités logiques et mathémathiques ).
* avoir des temps de travail collectif: temps d'accueil, musique, chant, langue orale,
goûter, arts plastiques.
2. La démarche pédagogique
La classe comprend quatre groupes de 2 ou 3 enfants ou adolescents n'appartenant
pas forcément au même groupe éducatif. Chaque groupe est hétérogène
par l'âge, la spécificité des troubles du développement,
le fonctionnement cognitif et perceptif de chaque élève. Il convient
donc d'appliquer une pédagogie différenciée prenant en compte
cette hétérogénéité.
Il est important de maintenir le caractère scolaire des activités pour
les différencier des autres activités proposées dans l'institution.
3. Les compétences visées
Ce sont celles du cycle I essentiellement. Nous soulignerons celles qui sont concernées
par ce travail, les autres figurent en annexe.
* Dans le domaine de la langue:
- comprendre qu'il existe une correspondance entre les objets ou les actions et les
mots.
- la compréhension du langage oral: associations mots/objets concrets/images.
Montrer sous la dictée objets, personnes, photos, images.
- comprendre et exécuter une consigne verbale simple.
- mémoriser un vocabulaire précis.
- expression: favoriser l'imitation, la répétition de mots.
* En pré-lecture et lecture:
- recevoir correctement une information visuelle.
- reconnaître des photos, dessins, pictogrammes.
- identifier le ( s ) prénom ( s ), les mots familiers, les phrases simples.
- comprendre qu'il existe une correspondance oral/écrit :
- associer le mot écrit avec l'image ou la photo.
- associer le mot écrit avec le mot oral.
- associer lettres et sons.
DISPOSITIF
Le travail étant individualisé et les jeunes ayant des niveaux très
différents, j'ai choisi de ne m'occuper que d'un jeune Thomas.
I. Présentation de Thomas
C'est un grand garçon longiligne, âgé de 15 ans. Il se tient
très peu souvent droit . Il "parle", c'est à dire qu'il dit
des mots. Il n'est pas toujours compréhensible, mais il cherche à communiquer.
Il a quelques stéréotypies: toucher, lécher, les interrupteurs,
les oreilles, les lunettes...Il aime particulièrement tout ce qui tourne.
Sa capacité de concentration est limitée. Il est partie prenante dans
le travail et sa participation doit être active; Il a une certaine conscience
de l'échec; quand il ne comprend pas ce qu'on lui demande, il s'agite, les
stéréotypies apparaissent.
II. Et le diagnostic ?
J'ai essayé de confronter les descriptions habituellement évoquées
dans les classifications concernant l'autisme à mon observation.
* En ce qui concerne la communication, il y a un retard mais pas une absence. Thomas
peut répéter un mot mais sa prononciation est approximative et pas
toujours compréhensible. Il s'exprime en disant un mot à la fois sans
faire de phrase. Le langage est pour lui un moyen de communication et il le comprend.
* En ce qui concerne les interactions sociales, Thomas recherche et recourt rarement
à d'autres personnes pour obtenir un réconfort en cas de souffrance
ou de détresse. L'orthophoniste travaille avec lui l'intention de communiquer
à travers la fonction d'appel par exemple: appeler quelqu'un par son prénom,
de près, de loin; moduler sa voix.
Il existe chez Thomas une certaine modulation du comportement ; c'est-à-dire
qu'il peut adapter son comportement si des stratégies d'apprentissage ont
été mis en oeuvre, cependant il semblerait qu'elle soit due à
l'éducation.
* En ce qui concerne les activités d'imagination et de symbolisation, Thomas
est capable de jeux d'imitation. Il joue avec les "play-mobil"; il fabrique
un enclos et y met des personnages avec leur monture; sans leur attribuer de rôle.
Il peut cependant sur demande jouer avec les personnages mais il refait ce qu'il
a déjà vu faire sans invention. Il joue longtemps au même jeu
,mais il y a une évolution dans le temps. Ces activités d'imitation
sont en quelque sorte apprises. Quand Thomas joue dans la cour, il fait preuve d'imitation
spontanée; il joue à l'aspirateur avec un tuyau d'arrosage. Il joue
au sable et au ballon. Ses intérêts peuvent donc varier même s'ils
ne sont pas très riches.
II. Evaluation.
1. Activités de lecture.
* A partir de photos des enfants de son groupe-classe, Thomas présente des
capacités, il est capable de reconnaissance et de désignation; c'est-à-dire
qu'il peut donner à Matthieu sa photo à la demande de la maîtresse.
* En ce qui concerne les prénoms écrits, il reconnaît et nomme
ceux de Matthieu, et le sien, Thomas. Il est capable de rechercher l'étiquette
du prénom demandé.
* Travail sur les lettres: il reconnaît la lettre i dans le mot piscine.
* :Mots connus :
- des prénoms : Thomas, Elodie, Matthieu, Sophie, Papa, Maman. Il peut donner
l'étiquette demandée et la « lire ».
- les mots de son planning : travail, ordinateur, jeu, goûter, récréation,
piscine.
* Mots en cours d'acquisition : maison, mange.
* Mots non acquis : tableau, école, toilettes.
2. Activités mathématiques
* Correspondance dessin/objet.
* Tri en tenant compte de 2 ou 3 critères.
* Correspondance cardinal :/ quantité.
* Correspondance constellation / chiffre.
* Exercices: lecture de consignes (codées et symbolisées) et réalisation
d'exercices :
J o 3 (dessine 3 ronds jaunes).
IV. Bilan et objectifs possibles.
Thomas utilise différentes formes de représentation. Il y a donc possibilité
de s'appuyer dessus dans le but d'arriver à ce qu'une représentation
figurée (mot écrit) évoque, non seulement des objets, mais aussi
des actions. Tout d'abord, je pensais passer du mot à la phrase simple (un
verbe et un sujet). Le point de départ était la reconnaissance des
prénoms, puis celui des noms des activités. Thomas connaissait aussi
quelques verbes. Je pensais qu'il pourrait associer un nom et un verbe.
V. Modalités pratiques.
* Les séances de travail avec Thomas seront individualisées, comme
avec son institutrice; le cadre sera le même: une table contre le mur avec
deux des places assises contiguës.
* Le matériel, à part quelques photos ou photocopies, sera spécifique
à cette activité: étiquettes dessins, photocopies, livre.
* Les consignes seront simples, peu verbales, faisant appel à un support visuel
et exécutables par imitation de ce qui est fait et vu.
* Il sera fait appel le plus possible à la manipulation et la participation
de Thomas sera sollicitée le plus possible.
VI. Acquis
Il sera possible se s'appuyer sur la représentation mentale existante et de
faire appel à la l'observation, dans le sens du même et du différent,
ainsi qu'à la mémoire. Les compétences disciplinaires dans le
domaine de la langue et en pré-lecture citées ci-dessus sont présentes,
mais comment se manifestent elles et y a-t-il des limitations ?
VII. Recommandations
L'institutrice m'a fait quelques mises en garde:
- utiliser le langage au minimum.
- ne pas trop solliciter Thomas en dehors de consignes précises (il a peu
de vocabulaire en sa possession, il ne fait pas de phrases, il a des difficultés
de prononciation et des difficultés à se faire comprendre) .
LES SEANCES
Leur but général est d'établir des liens transitifs entre la
représentation mentale et la lecture: favoriser la représentation afin
d'approcher la lecture
Plusieurs étapes sont prévues avec des objectifs particuliers à
chacune et mettant en cause des niveaux de représentation différents.
I. LES DIFFERENTS NIVEAUX DE REPRESENTATION
Le point de départ des séances repose sur un constat et conduit au
postulat suivant: Thomas sait reconnaître des prénoms écrits,
donc il fait appel à différentes formes de représentation.
La mise en place joue tout d'abord avec la présence puis l'absence. La photo
évoque une personne présente; elle soutient la représentation
quand la personne est absente.
Un prénom est associé à la personne oralement puis par écrit,
jusqu'à l'étape où un mot écrit, puis lu, évoque
une personne absente (première étape).
Ensuite, il y a passage de la figuration écrite évoquant une personne
à la figuration écrite évoquant une activité (deuxième
étape).
Les étapes suivantes ont pour but de solliciter les associations pour enrichir
les représentations.
- le dessin, puis la figuration écrite évoquent des éléments
statiques, caractéristiques de l'activité
( deuxième et troisième étapes).
- le dessin puis la figuration écrite évoquent des actions caractéristiques
de l'activité, effectués par des individus dessinés, mais déjà
vécues par Thomas. (troisième et quatrième étapes ).
Le travail se poursuit avec une ouverture vers la généralisation: différentes
figurations dessinées représentent une même action (cinquième
étape).
I. Première étape
A. Objectifs :
- constituer un répertoire de mots.
- reconnaître des prénoms sans aucun support ( ni la présence
de la personne, ni sa photo ).
B. Formes de représentation
De la représentation figuration à la représentation mentale
et vice-versa. Le prénom est référé à des personnes
présentes et/ou absentes.
C. Matériel
Six étiquettes sur lesquelles figurent les prénoms (Thomas, Elodie,
Matthieu, Sophie) et Papa et Maman.
D. La démarche
Mon point de départ repose sur les acquis: Thomas sait reconnaître globalement
quatre prénoms et Papa, Maman. Il y a déjà eu un travail de
correspondance effectué mot/individu et mot/photo. Je postule que Thomas,
quand il reconnaît l'étiquette d'un prénom pense à l'évocation
d'une personne. Il s'agira de lecture en tant que reconnaissance globale.
E. Productions:
* « lecture » à voix haute des étiquettes des prénoms.
* montrer l'étiquette demandée.
F. Evaluation
Thomas présentant de grandes difficultés d'élocution, la lecture
à voix haute n'est pas forcément un bon indice de ses capacités;
cependant elle reste un moyen de vérification.
Au niveau de la représentation, au sens d'évocation de l'image de la
personne, il n'y a pas de vérification possible pour les personnes absentes;
de plus, c'était un postulat de départ.
Le travail demandé visait à contrôler l'ancrage de la représentation
figurée; les performances obtenues sont bonnes, mise à part une confusion
de deux prénoms commençant par deux lettres semblables. C'est un contrôle
des acquis.
F. Conclusion
Thomas reconnaît les prénoms de Sophie, Elodie; son propre prénom
et Papa. Il a tendance à mélanger Matthieu et Maman. Il fait donc des
liens entre les personnes et les signes (représentation écrite): le
prénom reconnu évoque bien une personne. Quant à la confusion
entre Matthieu et Maman, elle témoigne du fait qu'il a vu des ressemblances
entre les deux mots mais n'a pas fait de discrimination visuelle fine. Sa reconnaissance
est approximative, il se contente de regarder la première lettre du mot pour
l'identifier.
II. Deuxième étape
A. Objectifs particuliers:
Au niveau de la correspondance image/mot, associer, installer des traces et faire
des liaisons.
B. Matériel
Photos, images ou dessins légendés des activités, utilisés
pour la plupart pour l'emploi du temps personnel de la classe. Il s'agit de piscine,
jeu, goûter, ordinateur. J'ai ajouté une image de voiture, étant
donné l'intérêt de Thomas pour celles-ci.
C. Formes de représentation
Passage de la photo, qui évoque une activité au mot seul évoquant
l'activité.
D. La démarche
L'emploi du temps est le point de départ. Chaque élève à
un emploi du temps constitué de la façon suivante: une bande rigide
sur laquelle on fixe grâce à un système de velcro la photo du
jeune puis les étiquettes des différentes activités suivant
le niveau de représentation atteint par le jeune ( objet, photo, dessin, écrit
). Depuis plusieurs mois, Thomas a des étiquettes écrites des activités
qu'il pratiquent dans la classe: ordinateur, jeu, goûter.
E. Productions :
:* reconnaissance d'images. Thomas, connaît les photos des activités
pratiquées et a intégré ce qu'elles représentent. Il
n'a pas de difficulté à dire ce que représentent les photos
des activités qu'il pratique dans la classe.
* lecture d'étiquettes/mots des activités; c'est correct. C'est une
vérification des acquis: il reconnaît donc ordinateur, jeu, goûter,
piscine.
* recherche du même: Thomas ayant deux jeux d'étiquettes des mots des
activités, il doit mettre ensemble celles qui sont semblables. Cela ne lui
pose pas de problème, il est habitué à cette tâche.
* fiche:
- correspondance mot/photo: coller l'étiquette qui correspond à la
photo de l'activité. Thomas réussit « un sans faute »,
il est en terrain connu.
- copie de quelques mots : écrire sous le modèle exécuté
devant lui, le nom de deux activités. Thomas a besoin d'une ligne pour écrire;
ses performances ressemblent à celles d'un enfant de grande section de maternelle.
F.Conclusion.
Thomas reconnaître les photos des activités qui lui ont été
présentées. Elles évoquent pour lui une activité et correspondent
aussi à une représentation figurée sous forme de mot écrit.
Il y a plusieurs niveaux de représentation atteints :
- de la photo de l'activité à son image mentale.
- de la photo de l'activité au mot écrit
- du mot écrit à l'activité.
Thomas peut faire des associations et correspondances entre représentations
différentes activités ; ces liens ont du sens pour lui.
Le but de la séance est atteint.
III.Troisième étape
A. Objectifs :
- associer une activité à ses éléments: photo d'activité/
objets figurant sur cette même photo ou appartenant à l'activité.
- reconnaître les éléments caractéristiques d'une activité.
B. Matériel :
- photos d'activités. Il s'agit de : piscine, jeu et de la photo d'une voiture.
- dessins ou photos des éléments.
Pour piscine, les images des objets associés à cette activité
sont deux maillots de bain, (un masculin, un féminin), une échelle
(qui permet de descendre dans le bassin), un ballon, une frite (petit matériel
de jeu d'eau ressemblant à une frite), ainsi qu'un dessin représentant
l'eau de la piscine, tous visibles sur la photo de l'activité-piscine. J'ai
ajouté des images d'un toboggan, d'une douche ne figurant pas sur la photo
de l'activité-piscine.
Pour l'activité jeu, il y a trois photos de jeux dits éducatifs différents
avec lesquels Thomas joue en classe. Ces jeux ne figurent pas sur la photo représentant
l'activité-jeu.
Pour voiture, il y a trois objets qui ne figurent pas sur la photo de la voiture:
un volant, un rétroviseur et un siège entouré d'une ceinture.
Il y a également des photos d'objets intrus, c'est-à-dire qui n'appartiennent
pas à l'activité. Il s'agit de: cartable, feutre , crayon.
C. Formes de représentation:
* association du tout à la partie; une activité peut-être évoquée
par différents éléments visibles ou pas sur la photo.
* appel à la représentation quand il y a des éléments
non visibles.
D. Démarche
Thomas semblait capable d'associations et faisait appel à la représentation.
E. Productions :
* langage: nommer, désigner les éléments constitutifs d'une
activité visibles sur une photo. Thomas connaît plus de choses qu'il
ne peut en dire (manque du mot): par exemple, il ne connaît pas le mot. «
rétroviseur » . Son vocabulaire est limité mais son attitude
prouve qu' il connaît les objets même s'il ne peut les nommer.
* Manipulation :
- associer les représentations figurées sous forme de dessins visibles
sur la photo de l'activité à la photo de l'activité. C'est une
opération qui ne pose pas de difficulté à Thomas. En effet,
il peut poser les images des objets (maillots, ballon, frite, échelle, eau)
à côté de la photo de l'activité-piscine. En ce qui concerne
les objets non présents sur les photos d'activités, Thomas les associe
également à la représentation figurée de cette activité.
- repérer les intrus: il y a des éléments qui n'appartiennent
à aucune activité et qu'il ne faut pas associer à une activité.
C'est réussi. Ce travail est pourtant difficile car il demande de faire appel
à des représentations, supposées images mentales et à
des associations décontextualisées qui n'ont aucun rapport avec l'activité
montrée.
* fiche: reprise de la manipulation.
F. Conclusion :
Le langage de Thomas est un frein qui ne reflète pas ses capacités
qu'il s'agisse de connaissance, de représentation et d'association. Il connaît
tous les objets montrés se référant ou non à l'activité.
Thomas peut associer des objets à des activités en faisant appel à
l'observation (dans le cas d'objets visibles sur la photo de l'activité) et
à la représentation (dans le cas d'objets non présents sur la
photo de l'activité).
En ce qui concerne les objets-intrus, Thomas est capable d'élaborer des représentations
d'activités et d'y faire appel en cas de besoin. Il a aussi certainement recours
à une certaine forme de classification
IV.Quatrième étape
A. Objectifs :
* animer les représentations.
* enrichir les représentations et les associations.
* passage de la description à l'action: « donner vie ».
* décrire une scène, une action d'après son dessin
B . M atériel :
* un livre : » Ma petite école de Bernadette Després, Bayard.
Il sert de support de travail. J'ai sélectionné deux scènes
dessinées: « la piscine » et « la récréation
».
* les représentations figurées des verbes d'action (dessin et mot).
Dans la scène de « la piscine », j'ai choisi les actions suivantes
:
- nager.
- sauter.
- jouer au ballon.
- monter, descendre à l'échelle.
- taper des pieds.
Dans la scène de la récréation, j'ai choisi
- arroser.
- pleurer.
- jouer à la marelle.
- pousser une brouette.
- jouer au sable.
C. Formes de représentation
Un mot, une activité évoquent une action caractéristique.
Il y a dépassement du niveau de la perception: Thomas devient « acteur
», il y a en quelque sorte action sur le milieu et transformation de celui-ci;
car il a déjà vécu les actions montrées; donc un accès
à l'implicite semble possible.
D. Démarche
Pour Thomas, il s'agit de décrire et nommer des actions faites par d'autres
mais qui ont été également vécues par lui. Il y a donc
appel à la représentation, aux associations; c'est un premier pas vers
la généralisation.
E. Productions :
* verbale: décrire les éléments d'un dessin; ce que Thomas fait
bien; par contre quand il s'agit de décrire une action, il a beaucoup de mal
pour plusieurs raisons: il manque de mots et quand l'expression verbale comprend
plusieurs mots il n'y arrive pas. En effet, il est alors obligé de prendre
en compte deux informations différentes. Par exemple, « taper des pieds
»; il ne sait pas quoi prendre en compte, il ne prend rien par surcharge d'informations
et défaut d'inhibition. Pour les leçons suivantes, j'éliminerai
toutes les expressions verbales pour ne garder que les verbes constitués d'un
mot unique.
* manipulation: recherche de la même étiquette. Ce travail s'est avéré
trop long.
F. Conclusion
Thomas est capable d'une certaine forme de généralisation, dans le
sens où un dessin d'action ne le représentant pas a cependant du sens
pour lui et il peut se représenter cette action. Cependant les verbes composés
de deux mots le plonge dans l'embarras. Par exemple « taper des pieds »
évoque d'une part une action; d'autre part, les pieds évoquent une
partie du corps; Il est placé devant un dilemme, croyant devoir choisir, mais
il ne peut pas tenir compte des deux informations à la fois. Cette expression
est différente de « manger une pomme » et ne se situe pas sur
le même registre. Il y a dépassement de la perception. Bien sûr,
Thomas a déjà « tapé des pieds » mais il ne l'a
pas, semble t-il, intégré. Il ne peut pas à partir d'un dessin,
se représenter l'action. Peut-être un passage par la désignation
de l'action est-il nécessaire ?
Les verbes composés d'un seul mot (nager, sauter, arroser, pleurer) ,évoque
des actions pour lui.
Les résultats sont moins bons en ce qui concerne la reconnaissance de la représentation
figurée des verbes sous forme de mots, mais Thomas a déjà fourni
beaucoup d' efforts sur les évocations d'action et a été très
troublé par les expressions verbales.
V.Cinquième étape
A. Objectifs :
* associer la représentation figurée d'un verbe (le mot) à différents
dessins.
* généraliser et se détacher du contexte.
Un verbe d'action peut-être représenté de différentes
façons, ce qui implique la capacité à dégager. les caractéristiques
d'une action, donc à décontextualiser et l'accès à l'implicite
et au symbolique.
B. Matériel :
- le livre ci-dessus cité dans lequel j'ai choisi la scène de «
la cantine »
- les dessins des actions suivantes :manger et boire. Il y a plusieurs dessins mettant
en scène des personnages différents pour : chacune d'elles.
- Les étiquettes-mots correspondantes : manger, boire.
C. Formes de représentation :
* différents dessins évoquent une même action.
* une représentation mentale peut-être évoquée par différentes
représentations figurées.
* une représentation figurée(un mot) peut avoir différentes
représentations figurées sous forme de dessins.
D. Démarche
Thomas étant capable d'une certaine décentration ( entre autre par
rapport à l'image observée) et d'identification d' actes vécus
quotidiennement (les verbes choisis sont manger et boire; il y a également
le verbe pleurer , car Thomas y avait été particulièrement sensible
lors d'une séance précédente), il doit pouvoir généraliser
et trouver les caractéristiques spécifiques d'une action.
E. Productions :
* langage oral à partir des dessins du livre : dire ce que font les enfants
dessinés: c'est-à-dire manger et boire.
* fiche :
- faire correspondre un verbe à ses différentes représentations
figurées (dessins) et vice-versa.
Thomas n'a pas eu de mal. Manger et boire sont des actions qu'il accomplit chaque
jour.
F. Conclusion
Thomas peut reconnaître une même action accomplie et représentée
par différentes personnes. Il est donc capable de généralisation
à ce niveau : toutes les personnes dessinées évoquent pour lui
l'action de boire ou celle de manger.
Il utilise
différentes formes de représentation :
-un mot écrit évoque plusieurs représentations figurées
(dessins) mais une seule action.
- différentes représentations figurées évoquent une même
action.
Thomas semble avoir compris que l'action de boire impliquait qu'il y ait la présence
d'un verre ou même d'une paille, car il perçoit le niveau concret. Peut-on
dire que boire implique le geste de porter un récipient à la bouche
? C'est moins sûr. A-t-il perçu les caractéristiques de l'action
de boire, le geste adéquat et en a t-il la représentation quand il
évoque l'action de boire ?
Le niveau de la perception concrète doit être dépassé.
Il faut aller au-delà de la représentation figurée.
Pour lui il conviendra par la suite de présenter d'autres représentations
figurées (photos, dessins très stylisés) pour s'assurer que
la généralisation est bien à l'oeuvre. Les caractéristiques
spécifiques des actions ont été abordées, mais elles
font appel à un vocabulaire peut-être inconnu et mettent en cause des
informations plurielles (manger, c'est porter à la bouche avec ou sans ustensile);
il faudra donc poursuivre le travail.
VI. Le sens
Pour faire fonctionner ou solliciter la représentation mentale, il est nécessaire
de prendre appui sur le sens.
* Les étiquettes de prénoms reconnues, lues ont un sens pour Thomas,
car elles évoquent des personnes. Il y a eu passage par la photo qui a réactivé
les représentations mentale et a contribué à installer la permanence
de l'objet.
* La représentation mentale a permis de dépasser l'absence de l'objet
et a favorisé l'individuation.
* Favoriser les associations, laisser des traces dans la mémoire a permis
d'enrichir la représentation :
- Il y a eu constitution d'un répertoire d'éléments caractéristiques
d'une activité; ce travail a suscité la réflexion et la mise
à distance (éliminer les intrus).
- Une activité peut aussi évoquer des actions, ce qui implique une
action sur la réalité et une décantation.
* Un certain degré de généralisation et de symbolisation est
atteint:
- un dessin symbolise une action.
- un mot écrit symbolise une action et évoque une représentation
mentale « riche ».
L'accès au sens est possible.
EVALUATION DU TRAVAIL
Les compétences de Thomas ont une limitation quantitative et sont essentiellement
contextualisées. Certes, il sait qu'il existe une correspondance entre les
objets et les mots; mais en ce qui concerne les actions et les mots, il y a un blocage
si le stade de la perception est dépassé. Le recours à l'inhibition
n'est pas accessible et ainsi l'apprentissage devient difficile.
L'association lettres/sons ne paraît guère envisageable et il est vrai
qu'on ne peut parler d'apprentissage de la lecture pour Thomas. Une production du
CNDP relatives aux Instructions officielles décrit les différents niveaux
de lecture :
« la lecture présystémique (reconnaissance d'indices graphiques,
de couleurs, de lieux ).
- la lecture logographique ( mémorisation de formes globales).
- la lecture alphabétique »
Thomas a atteint le deuxième niveau, mais il ne reconnaît que des mots
présentés isolément et qui représentent des personnes
ou des objets et des verbes d'action simples qui ont un sens pour lui. Pourra t-il
apprendre à lire des textes, lui qui ne parle que par mot et semble hermétique
à certaines associations.
« Les processus de compréhension du langage écrit sont :
- le décodage de l'écriture.
- la compréhension littérale du texte qui nécessite une conduite
d'exploration, des capacités stratégiques à coordonner des procédés
et des informations variées et conduit à la construction d'une première
représentation.
- l'extraction d'autres informations à partir des informations comprises littéralement.»
Les capacités stratégiques de Thomas se cantonnent au niveau du mot.
« Pour comprendre un texte, le lecteur doit construire un modèle mental
de la situation ou représentation :
- reconnaître les objets ou les actions dont on parle.
- avoir explicité les relations établies entre ces objets.
- s'être représenté mentalement ces relations sous formes d'un
réseau immédiatement disponible à l'esprit ».
Thomas est capable de construire des représentations peut-être par des
voix différentes ou peu connues: des images perceptives dont parle J. Proust
sans recours à la verbalisation.
Un certain accès à la généralisation semble possible;
c'est une piste de travail à poursuivre.
CRITIQUE
* Le temps imparti aux séances de travail s'est avéré trop court
et ce d'autant plus que le rythme des acquisitions est très lent.
* L'approche de l'autisme est déroutante et demande un long temps d'adaptation
car elle fait perdre des points de repères stables et connus d'enseignant.
De plus la connaissance de l'autisme en est à ses débuts et les recherches
sur la pensée à leurs balbutiements. Les connaissances des performances
précoces du nourrisson sont prometteuses de découvertes ( les ormes
de représentation et l'existence de la permanence de l'objet avant 4,5 mois).
* Il convient de se tenir au plus près de l'enfant ou du jeune, donc de pouvoir
faire des évaluations
ANNEXES
Compétences visées dans le cycle I.
COMPETENCES TRANSVERSALES
- construction de la personnalité.
- acquisition de l'autonomie.
- apprentissage de la vie sociale.
- développement de la communication.
- construction des concepts fondamentaux d'espace et de temps.
COMPETENCES DISCIPLINAIRES
* Dans le domaine de la langue:
- comprendre qu'il existe une correspondance entre les objets ou les actions et les
mots.
- la compréhension du langage oral: associations mots/objets concrets/images.
Montrer sous la dictée objets, personnes, photos, images.
- comprendre et exécuter une consigne verbale simple.
- mémoriser un vocabulaire précis.
- expression: favoriser l'imitation, la répétition de mots.
* En pré-lecture et lecture:
- recevoir correctement une information visuelle.
- reconnaître des photos, dessins, pictogrammes.
- identifier le ( s ) prénom ( s ), les mots familiers, les phrases simples.
- comprendre qu'il existe une correspondance oral/écrit :
- associer le mot écrit avec l'image ou la photo.
- associer le mot écrit avec le mot oral.
- associer lettres et sons.
* Graphisme et écriture :
- produire une trace.
- tenir de manière adaptée et efficace: crayon, stylo, feutre, craie.
- repasser sur un tracé pointillé.
- colorier à l'intérieur d'une forme sans dépasser.
- reproduire des modèles, des formes, des trajectoires.