Véronique LACHASSAGNE
CAAPSAIS Option C
Expression corporelle et poésie
Projet pluridisciplinaire illustrant les enjeux et les modalités d'enseignement de l'EPS avec des enfants handicapés moteurs
Suresnes 1997-98
SOMMAIRE
Introduction
1 - Pourquoi enseigner l'EPS à des enfants
handicapés moteurs ?
1.1 - Le cadre réglementaire
1.1.1 - Les lois
1.1.2 - Les textes spécifiques à l'école élémentaire
1.2 - Les enjeux
1.2.1 - Bénéfices physiques
1.2.2 - Contribution aux apprentissages intellectuels
1.2.3 - Epanouissement personnel
1.2.4 - Gain d'autonomie
1.2.5 - Intégration dans un modèle social valorisé
1.3 - La pratique de l'EPS dans les établissements médico-sociaux
2 - Les obstacles à la pratique de l'EPS
et leurs remédiations
2.1 - Le handicap proprement dit
2.2 - Les aspects médicaux
2.3 - Les conditions matérielles
2.3.1 - Les locaux
2.3.2 - Le matériel pédagogique
2.4 - Les représentations négatives de l'enfant.
3 - Un lien possible entre l'EPS et une autre
discipline : expression corporelle et écriture
3.1 - Une expérience d'expression poétique
3.1.1 - Les principes de la démarche
3.1.2 - Descriptif des activités
3.1.3 - Les bienfaits dans la formation de l'individu
3.1.4 - Principaux obstacles rencontrés dans la réalisation du projet
3.2 - Un projet de jeu dramatique lié
à l'expression poétique.
3.2.1 - Le choix des textes poétiques.
3.2.2 - Objectifs dans lesquels s'inscrira la démarche : quels enjeux, quelles
compétences visées ?
3.2.3 - Bref exposé de la démarche
envisagée...
3.2.4 - Une progression pédagogique possible.
3.2.4.1 - Des activités préparatoires.
3.2.4.2 - Exemple de travail en jeu dramatique
à partir de deux poèmes.
3.2.4.3 - Réalisation.
Conclusion.
Bibliographie.
Introduction
La préoccupation autour de laquelle s'est construite la réflexion qui
va suivre est directement issue de mon expérience d'enseignante. En effet,
j'ai travaillé pendant deux ans dans un Centre Médical Infantile qui
accueille des jeunes présentant toutes sortes de pathologies (maladies génétiques
telles que myopathie, traumatismes crâniens, obésité, asthme...),
l'écart d'âge allant des nourrissons à vingt-trois ans environ.
Les jeunes ne sont scolarisés que de trois à dix-neuf ans au plus.
Dans ce centre, aucun enseignant n'assure l'EPS. Or, il s'est trouvé que,
lors d'une discussion, les enfants m'ont demandé de "faire du sport". Ce n'était
pas l'envie qui me manquait d'accéder à leur demande mais je crois
que je craignais de mener une telle activité avec ces enfants handicapés
moteurs et/ou malades. Etant sportive, j'avais une vision de la pratique d'activités
physiques qui impliquait une mobilité, une dépense physique certaine.
Même pour la pratique d'expression corporelle, il ne me semblait pas simple
de la proposer à mes élèves bien que cette activité soit
très riche. C'est pourquoi j'ai eu une réponse hésitante et
irréfléchie : "Mais vous avez la kiné !". J'ai bien senti que
cette réponse était inadéquate et, en tout cas, elle ne me satisfaisait
pas. Et je peux dire n'avoir pas convaincu les enfants. Je me suis donc posé
beaucoup de questions et j'ai remis en cause la représentation que j'avais.
C'est ainsi qu'est née l'idée de réfléchir à la
pratique de l'EPS avec ces enfants.
Mon intention est donc, sur la base de cette réflexion et des réponses
qu'elle peut me fournir, de tenter de répondre, lors de mon retour au Centre
Médical Infantile, à la demande formulée par les élèves.
Cependant, je n'envisagerai qu'une partie de la population, celle qui est majoritaire
dans cet Institut d'Education Motrice créé en 1997 : des enfants Infirmes
Moteurs Cérébraux (IMC). En effet, pour une nouvelle expérience,
il me semble plus raisonnable de m'adresser à un public susceptible de recevoir
sans contre-indications cet enseignement. Dans ces conditions, mon initiative ne
peut être contrecarrée par un veto médical.
J'exposerai tout d'abord les raisons de la mise en place de cette activité
avec des enfants handicapés moteurs, puis les obstacles à cette mise
en place et les moyens de les surmonter. Je proposerai pour finir un exemple de travail
d'expression corporelle en liaison avec l'écriture.
1 - Pourquoi enseigner l'EPS
à des enfants handicapés moteurs ?
1.1 - Le cadre réglementaire
Plusieurs textes officiels établissent un cadre de référence
concernant l'éducation physique et sportive. En voilà quelques extraits
parmi les plus pertinents pour mon propos.
1.1.1 - Les lois
La loi d'orientation du 30 juin 1975, en faveur des personnes handicapées,
stipule dans son article premier que "l'accès aux sports et aux loisirs du
mineur et de l'adulte handicapés physiques...constituent une obligation nationale."
La loi d'orientation sur l'éducation du 10 juillet 1989, dans son article
premier (modifié par la loi du 4 août 1994), précise : "Les enseignements
artistiques ainsi que l'éducation physique et sportive concourent directement
à la formation de tous les élèves." De plus, le rapport annexé
place l'EPS dans les missions du système éducatif en indiquant que
"le système éducatif doit également assurer une formation physique
et sportive pour tous les jeunes."
Comme toutes les lois, celles-ci s'adressent à toutes les personnes vivant
sur le territoire national. C'est pourquoi l'Ecole doit assurer à tout élève
une pratique de l'EPS même si cet enfant est handicapé moteur. En tant
qu'enseignante, je suis tenue de respecter ces textes législatifs, bien que
travaillant dans une institution privée.
1.1.2 - Les textes spécifiques à
l'école élémentaire
Pour ce qui est du cadre réglementaire de l'enseignement de l'EPS à
l'école élémentaire, il convient de se référer
aux programmes et instructions officielles de 1995. Ainsi, pour ce qui est des compétences
disciplinaires, on peut dégager du texte que l'éducation physique et
sportive perfectionne les conduites motrices, améliore la sécurité
et l'efficacité des actions, ainsi que l'aisance du comportement. Elle favorise
le développement corporel, psychologique et social. L'élève,
qui connaît mieux ses limites, améliore ses performances et se situe
parmi les autres. Le goût durable des pratiques sportives concourt à
l'équilibre et à la santé, affermit le sens de l'effort, habitue
à l'action collective. C'est pourquoi l'éducation physique et sportive
est une éducation à la responsabilisation. La formation de l'élève
est polyvalente, le maître est responsable de l'enseignement dispensé
dans sa classe. Ces textes s'adressent à tous les enseignants et concernent
donc tous les élèves sans exclure les enfants handicapés moteurs.
Je dirai même que la philosophie qui a présidé à la rédaction
de ces instructions répond tout particulièrement aux exigences de la
formation des enfants IMC.
1.2 - Les enjeux
1.2.1 - Bénéfices physiques
A travers l'EPS, l'enfant IMC améliore ses performances physiques, il acquiert
et développe des habiletés motrices. En effectuant un parcours, par
exemple, il active toute son énergie pour réussir. Il parvient à
mobiliser ses membres de façon différente car il a un défi à
relever. Il se découvre des capacités. De même, il prend conscience
de la dissociation segmentaire lorsque, en jeu dramatique, il doit faire semblant
de réparer un meuble avec un marteau et un clou. L'enfant doit maintenir le
clou d'une main tout en frappant dessus avec le marteau de l'autre main. Pour illustration,
j'ai pu constater, lors de l'atelier pédagogique mené à l'EREA
de l'hôpital Garches, que T. avait tendance à taper des deux mains.
La pratique physique influence également l'état de santé de
l'enfant. La mobilisation renforce le système cardio-pulmonaire, augmente
la force musculaire. Ainsi, l'enfant sera en meilleure santé.
1.2.2 - Contribution aux apprentissages intellectuels
On peut se référer à l'article "L'importance du corps et du
mouvement dans la facilitation des acquisitions de type scolaire de l'enfant et de
l'adolescent handicapé moteur" (APF Mai 1988). Dans cet article, les auteurs
envisagent les liens entre le corps et le mouvement en partant de l'hypothèse
que la pratique d'activités physiques serait susceptible de contribuer à
éviter des échecs scolaires aux enfants handicapés moteurs.
Le jeune enfant, par le mouvement, développe une motricité fine et
s'approprie progressivement son environnement de préhension, c'est-à-dire
proche. Sa motricité utilise beaucoup sa perception visuelle dans le sens
où il regarde d'abord ce qu'il peut prendre en main. En outre, l'action sur
l'environnement s'accompagne du langage. L'enfant nomme les choses et les événements
en expérimentant de façon concrète. En fait, le mouvement permet
à l'enfant de construire le réel. A travers le corps, l'enfant construit
sa personnalité, il prend conscience de son propre corps mais également
de celui de l'autre. Il se décentre et acquiert une image de lui par rapport
à autrui. Corrélativement, on remarque que l'enfant élabore
sa pensée, il intériorise des éléments de l'extérieur.
La marche amène un repérage dans l'espace et l'acquisition de notions
telles que devant-derrière, dessus-dessous... De même, elle amène
l'enfant à comprendre qu'il existe des points de vue différents selon
le lieu où l'on se situe. A travers la motricité, l'enfant développe
des capacités d'anticipation et de rétroaction. Il imagine l'effet
de sa conduite et peut constater réellement cet effet. Plus la motricité
sera difficile, plus le développement de l'enfant aura besoin d'un médiateur,
de sollicitations. L'adulte sera amené à provoquer des situations pour
essayer de compenser les manques, le handicap entraînant une difficulté
d'adaptation et de résolution des problèmes.
1.2.3 - Epanouissement personnel
Par une "remobilisation" du corps, l'enfant retrouve une estime de lui. Son corps
est revalorisé. Il lui permet une relation à l'autre plus intentionnelle.
En effet, l'enfant qui a une mobilité réduite est déplacé,
promené souvent comme l'adulte l'entend. Or, là, l'enfant retrouve
une liberté. Il peut venir voir l'autre s'il le souhaite ou bien rester dans
son coin. Désormais, la solitude n'est plus une contrainte mais un choix.
Ainsi est-il dit : "S'approprier son corps, c'est pouvoir, d'une certaine façon,
s'approprier un territoire." Par le travail en mouvement, l'enfant va découvrir
des plaisirs en toute sécurité. Il apprend à connaître
son corps, à le maîtriser.
A la faveur de ces constatations, on peut conclure que le corps et le mouvement sont
essentiels dans le développement de l'enfant. Les bienfaits d'une activité
physique rejailliront donc sur tous les apprentissages de l'enfant handicapé
moteur, parce qu'elle lui aura offert deux atouts : une meilleure estime de soi et
de ses capacités corporelles, un développement des processus cognitifs
(capacité à prendre des informations, à décider...)
Bernard Robert indique que "la pratique d'activités physiques contribue à
aider l'enfant handicapé à mieux connaître son corps et ses possibilités,
à mieux s'adapter à la vie de tous les jours et à ses conditions
changeantes, mais toujours contraignantes." Ainsi donc, l'EPS doit amener l'enfant
handicapé moteur à une plus grande autonomie, corollairement à
une meilleure intégration et bien sûr à un épanouissement
personnel. L'enfant va percevoir différemment son corps. Il va prendre conscience
surtout des possibilités dont il dispose. Il sera un enfant ayant un handicap
pour certaines actions et ayant des capacités pour d'autres. Plus à
l'aise notamment dans ses déplacements de la vie quotidienne, il se servira
de son corps de manière plus efficiente, il aura acquis une habileté.
Pour y parvenir, on devra évidemment instaurer une pratique adaptée
de l'EPS.
L'enfant IMC est souvent privé de stimulations du fait du handicap, ce qui
peut entraîner une diminution de l'activité intellectuelle. Or, cet
enfant a les mêmes besoins et les mêmes désirs qu'un enfant valide,
si bien que sa situation va provoquer des frustrations . Il est souvent surprotégé
et dépendant physiquement et psychologiquement. L'EPS lui permettra non seulement
d'acquérir une meilleure motricité, mais aussi d'obtenir une relative
emprise sur l'environnement et de développer des moyens d'entrer en relation
avec les autres.
1.2.5 - Intégration dans un modèle
social valorisé
Les enfants IMC auprès desquels je vais enseigner vivent des situations différentes
du point de vue de leur quotidien. Ainsi certains sont hospitalisés à
temps plein et ne rentrent chez eux que les fins de semaine. D'autres sont en hôpital
de jour et retrouvent donc leur famille chaque soir. Quelle que soit leur condition,
ils ont tous accès aux media dont le plus familier est la télévision.
Or, très régulièrement, des émissions diffusent des programmes
sur le sport. Cette année est particulièrement riche puisque ce sont
déroulés les Jeux Olympiques de Nagano au Japon et que la France organise
la Coupe du Monde de football. Sauf à être ermite ou sur une île
déserte, personne ne peut demeurer ignorant de l'actualité sportive.
En général, cette actualité est présentée habilement
de façon à nourrir le besoin de rêve du plus grand nombre. Panem
et circenses : les jeux du cirque sont devenus les jeux du stade. Ils sont accompagnés
de fastes, célébrité et richesse. Et les enfants IMC, comme
les autres, "vivent" ces compétitions sportives. La principale différence
est qu'on ne leur accorde pas toujours la possibilité de faire comme leurs
modèles, de "taper dans un ballon". Leur permettre une activité sportive
les intègre dans une image valorisée. Notre société prône
la beauté du corps, la sveltesse et la morphologie athlétique. Certes,
ces enfants ne parviendront pas à ressembler aux photos de magazines mais
ce n'est pas leur faire croire à une illusion que de les faire jouer au foot.
Untel s'identifiera pour un temps à Zidane, un autre à Djorkaeff. Dans
le contexte actuel de sa représentation, le sport s'apparente à une
fiction. L'enfant se projette dans les héros du stade comme il peut le faire,
au cours de la lecture, dans le personnage de Bilbo le Hobbit ou dans tout autre
personnage romanesque. N'est-ce pas cet imaginaire, cette part de rêve dont
tout enfant a besoin et qui lui permet de grandir ?
1.3 - La pratique de l'EPS dans les établissements
médico-sociaux
Les enquêtes effectuées jusqu'à présent montrent que la
pratique de l'EPS dans les établissements médico-sociaux est très
variable. Souvent il s'agit d'une organisation spontanée relevant plus de
la rééducation que de l'éducation. Lorsqu'il y a pratique sportive,
il existe la plupart du temps une affiliation à une association sportive,
qui serait perçue ici comme "outil à la mise en oeuvre d'une éducation
physique". Au niveau de l'encadrement, on constate que la prise en charge de l'activité
est assurée majoritairement par des éducateurs spécialisés
ou par des moniteurs d'EPS, ainsi que le montre Jean-Paul Génolini . L'auteur
remarque que l'organisation d'activités repose plus sur l'envie de l'activité
que sur la nécessité sportive, il parle "d'activités de prédilection".
Certains établissements proposent un large éventail d'activités,
contrairement à d'autres dont les propositions sont relativement réduites.
Ces activités relèvent plutôt de la psychomotricité et
n'ont donc qu'une faible signification sportive. Il s'avère que la multiplicité
des activités amènerait à une perte de contrôle de l'action
éducative. Les établissements qui accueillent des personnes polyhandicapées
présentent un caractère de spécialisation des pratiques et une
faible diversité. En revanche, pour ce qui est de l'accueil des personnes
présentant des déficiences motrices, on remarque que la diversité
des pratiques est privilégiée. Dans les établissements qui opèrent
des choix, les activités dominantes, sur les neuf activités pratiquées
en moyenne, sont les parcours moteurs et l'équitation. Dans ceux qui pratiquent
de façon informelle, les deux à trois activités les plus courantes
relèvent de différents domaines hormis les sports de plein air et collectifs
(sauf le football). Jean-Paul Génolini constate que, lorsque le choix des
activités est peu varié, il s'accompagne d'une meilleure adaptation
au handicap, notamment lourd. D'ailleurs, plus le handicap est lourd, plus le choix
est restreint. En fait, on s'aperçoit qu'il s'agit plutôt de l'éviction
de certaines pratiques que réellement d'un choix. Il serait intéressant
de savoir si cet état dépend d'une volonté ou s'il résulte
d'une méconnaissance des adaptations possibles des pratiques pour certains
handicaps.
2 - Les obstacles à la
pratique de l'EPS et leurs remédiations
2.1 - Le handicap proprement dit
Le handicap peut devenir un obstacle à la pratique de l'EPS. Encore faut-il
être d'accord sur le sens de "handicap". Il paraît difficile de définir
le handicap dans l'absolu, mais il a bien fallu trouver un terme commun permettant
des échanges et la reconnaissance objective d'un état particulier qui
permet l'attribution d'aides financières. Ainsi, en 1980, l'Organisation Mondiale
de la Santé a fait paraître la Classification Internationale des Handicaps.
Cette classification présente le handicap comme constitué d'une déficience,
d'une incapacité et d'un désavantage. La déficience correspond
à la lésion ou au déficit en résultant, l'incapacité
à la réduction de toute capacité à accomplir une activité,
le désavantage à une limitation ou interdiction d'accomplir un rôle
social normal. Le handicap moteur implique donc une déficience motrice, une
incapacité motrice et un désavantage.
L'enfant IMC souffre d'une lésion cérébrale survenue dans la
période anté ou périnatale. Cette lésion entraîne
un trouble moteur non évolutif qui se traduit par des troubles de la posture
et du mouvement. Souvent sont associés des troubles sensoriels, cognitifs,
praxiques. Les troubles praxiques consistent en des difficultés à commander
le mouvement, à l'organiser et à le contrôler. Ils entraînent
également une faiblesse musculaire et une raideur. Les troubles éventuellement
associés, c'est-à-dire les dyspraxies, agnosies, sont responsables
en partie des gênes dans les acquisitions motrices. Je ne ferai mention que
pour mémoire de l'athétose et du syndrome ataxique, qui ne concernent
pas les enfants dont j'ai la charge.
Je vais donc être confrontée à des enfants IMC qui pourront présenter
des caractéristiques très différentes. Tel enfant n'aura pas
de gênes visibles mais rencontrera des difficultés d'ordre visuo-spatial.
Tel autre enfant ne se déplacera qu'à l'aide d'un déambulateur.
Ou encore, celui-ci portera des attelles qui lui permettront un déplacement
autonome, sans autre aide technique. Evidemment, je peux travailler avec un enfant
IMC qui ne se déplacera qu'en fauteuil électrique. Aucun de ces enfants
ne sera confronté aux mêmes difficultés ; en conséquence
tous auront une pratique de l'EPS particulière. Ainsi, S. porte des attelles
aux deux jambes. Elle se déplace seule, sur la pointe des pieds, elle peut
courir. Elle présente des difficultés pour ramasser des objets au sol.
En EPS, pour lui faciliter la tâche et ne pas la mettre en échec, je
serai donc amenée à placer des objets à une hauteur telle qu'elle
puisse faire l'exercice sans aide. M., elle, se déplace sans gêne apparente
mais a des troubles visuo-spatiaux. L'aide que je pourrai lui proposer va consister
à mettre en jeu des objets de couleur voyante. J. est en fauteuil électrique
et voit très mal. Pour lui, je vais combiner les aides apportées à
S. et à M., c'est-à-dire que je vais lui proposer des objets colorés
et posés à sa hauteur pour qu'il puisse les attraper aisément.
Il est certain que ces enfants auront besoin de temps, de façon variable car
tous, à des degrés divers, manifestent une lenteur d'acquisition que
je dois prendre en compte. Cela aussi fait partie des adaptations possibles.
2.2 - Les aspects médicaux
Il est évident que la pratique dont je parle sera toujours dépendante
de l'existence de contre-indications médicales. Celles-ci peuvent être
identiques à celles qui affectent des personnes valides telles que des troubles
cardio-vasculaires, des troubles respiratoires... Pour ce qui est des enfants IMC,
les contre-indications spécifiques sont limitées. Elles peuvent être
passagères, comme par exemple la présence d'une escarre. En effet,
celle-ci ne cicatrisera que si l'appui et les frottements sont supprimés,
ce qui peut nécessiter une période d'alitement. Aucune contre-indication
définitive n'est signalée pour ces enfants par Dominique Pailler .
2.3 - Les conditions matérielles
Dans les obstacles à la pratique de l'EPS avec des enfants IMC, on peut évoquer
les conditions matérielles propres aux établissements spécialisés,
lesquelles obligent habituellement à prendre en compte deux types de contraintes
: l'inadéquation des locaux et l'absence de matériel spécifique.
Dans les établissements, on est assuré de trouver des salles de kinésithérapie
adaptées à la rééducation mais il est plus incertain
d'avoir à disposition une salle pour pratiquer l'EPS avec les enfants. Dans
ce cas, deux solutions sont envisageables : on peut imaginer utiliser les halls et
couloirs, ce qui n'est absolument pas satisfaisant du point de vue de la sécurité.
Il est évident que l'on doit laisser le passage libre en cas de nécessité,
d'incendie par exemple. On peut, d'autre part, essayer d'obtenir une salle qui ne
serait pas utilisée mais dont on ne peut pas prévoir son adéquation
à l'EPS.
Dans le Centre Médical où je vais exercer, toutes les salles attribuées
à l'école sont occupées. Je dois donc envisager un autre moyen.
A l'étage de l'école se trouve la salle des fêtes. C'est une
salle très vaste, qui serait idéale pour la pratique physique d'intérieur.
La mise à disposition de ce lieu nécessitera donc une négociation
avec le directeur administratif. A l'automne et dès l'apparition des beaux
jours, je pourrai utiliser le parc dans lequel est construit le centre pour proposer
la mise en place de jeux collectifs de plein air, par exemple.
2.3.2 - Le matériel pédagogique
L'EPS n'étant pas pratiquée à l'école, je vais me trouver
face à l'absence de matériel pédagogique. Les acquisitions nécessaires
demanderont certainement un délai. Donc toutes les activités de début
d'année devront être pratiquables sans matériel spécifique,
ou alors avec du matériel adapté qu'il me faudra concevoir. Ainsi,
je peux imaginer mettre en place des activités de parcours, ce qui implique
un matériel assez restreint tel que chaise, table, tapis (que je pourrai emprunter
aux kinésithérapeutes). Je peux également envisager des parcours
extérieurs, par exemple à partir d'un repérage sur plan. Sont
aussi envisageables des activités d'expression corporelle avec support musical
et travail sur des textes poétiques (cf. le chapitre 3). Je peux également
faire appel à l'USEP auprès de laquelle je peux bénéficier
de prêt de matériel.
2.4 - Les représentations négatives
de l'enfant
L'enfant IMC vit avec un corps "abîmé", comme je l'ai expliqué
plus haut. Cet état génère une insécurité tant
physique que psychologique. L'enfant n'a pas confiance en lui. Il se dévalorise.
Or, la pratique de l'EPS ne pourra être efficace que si, par le biais du réinvestissement
corporel, elle conduit à une revalorisation de soi. En effet, "la confiance
en soi est une nécessité pour la réussite des apprentissages
scolaires comme de tout nouvel apprentissage " (Philippe Mazet ). Elle dépend
fortement de l'autre. A ce propos, R.D.Laing parle de confirmation. La confirmation
permet une reconnaissance de soi. Elle peut être visuelle (un sourire), auditive
(une expression de sympathie), tactile... C'est ainsi qu'elle reconnaît chez
l'autre la capacité à agir. Cela revient à dire que l'estime
de soi ne se construit qu'avec la confrontation à l'autre, selon le principe
formulé par Martin Buber, cité par Laing : "une société
peut être qualifiée d'humaine pour autant que ses membres se confirment
mutuellement" (p.120).
On peut considérer que la confiance exprimée par l'autre est la condition
sine qua non pour un individu de la confiance qu'il met en lui-même. Or la
conscience que l'on a de ses moyens autorise seule l'action. "Mobiliser ses ressources,
cela suppose avoir confiance dans leur existence, dans la capacité à
les utiliser efficacement et dans leur potentiel d'évolution" déclare
Guy Leboterf . Si cette conscience fait défaut, des inhibitions et des sentiments
d'incompétence vont surgir, ce qui entraîne un manque d'initiatives,
une peur de prendre des risques qui conduisent inévitablement à l'échec.
Un enfant confronté à l'échec a la plupart du temps une attitude
de refus, exacerbée chez l'enfant IMC. Cependant, l'enfant IMC conserve des
possibilités motrices intéressantes. C'est à l'enseignant, qui
joue le rôle de miroir, de le lui confirmer, il doit être convaincu et
prouver à l'enfant qu'il n'est pas dépourvu de capacités. L'enfant,
de son côté, doit "accepter ses déficiences tout comme apprécier
ses performances" . Il osera alors procéder par tâtonnement, prendre
des risques et accepter des changements. Et cette évolution amènera
une restauration de l'estime de soi. C'est le processus que décrit Philippe
Mazet quand il dit que l'enfant acquiert "la croyance en la possibilité d'être
aimé et d'aimer, une pleine acceptation de son identité et une capacité
de supporter les différences" .
Le rôle de l'enseignant, dans la mesure où il prend en compte cette
dimension psychologique, est primordial dans la conception des activités physiques,
qui ne seront en conséquence ni trop difficiles, ni trop faciles. Il faut
tenir compte du concept proposé par Vygotsky , la Zone Proximale de Développement,
selon lequel un enfant réussit une tâche, de difficulté adaptée
avec l'aide d'un médiateur. Des compétences professionnelles, pour
analyser et adapter la difficulté des tâches, ainsi que des qualités
personnelles d'ouverture, d'attention, d'écoute sont ici pour le maître
plus nécessaires que jamais.
3 - Un lien possible entre
l'EPS et une autre discipline : expression corporelle et écriture
Pourquoi lier l'écriture et l'expression corporelle ? Les écrits permettent
d'une part de servir de support et d'autre part d'ancrer l'expression dans un imaginaire.
J'exposerai d'abord une expérience d'écriture poétique, j'en
énoncerai les raisons, la démarche, j'en définirai les activités
et j'envisagerai les bénéfices et les difficultés rencontrés.
Puis j'exposerai un projet d'expression à partir de ces poèmes qui
sollicitera plus spécifiquement les moyens du jeu dramatique, projet que j'imagine
mettre en place l'année prochaine. Je distingue ici les deux domaines, expression
corporelle et jeu dramatique, le second étant un avatar particulier du premier,
appuyé sur des techniques gestuelles et vocales qui déterminent sa
parenté avec l'activité théâtrale.
3.1 - Une expérience d'expression poétique
3.1.1 - Les principes de la démarche
La poésie fait partie intégrante des apprentissages de l'Ecole, ce
qui peut se décliner de différentes façons : faire connaissance
avec la poésie dans ses expressions diverses, écrire des poèmes
pour un projet particulier et apprendre des textes pour les transmettre sous forme
théâtrale.
La poésie est un des domaines où les contraintes scolaires sont les
moins lourdes, l'enfant peut s'exprimer comme il l'entend, souvent sur ses angoisses,
ses désirs... La poésie au Centre Médical Infantile où
j'exerce est un moment privilégié. Les enfants de cet établissement
ont des difficultés motrices. La poésie leur ouvre des portes, ils
"marchent dans leur tête". Ils vivent par procuration, à travers la
poésie, comme ce paraplégique de 19 ans qui ne veut écrire que
des poèmes d'amour. Sur la base d'une sensibilisation initiale par le moyen
de lectures nombreuses, de la fréquentation des livres et de la rencontre
d'un poète, mon objectif était de conduire les enfants à une
relative maîtrise de l'écriture poétique en m'appuyant sur le
maniement de structures et de figures (jeux poétiques). L'objectif général
du projet était de parvenir à concrétiser les acquis envisagés
dans la réalisation d'un petit recueil de poèmes imprimé et
édité avec l'aide de professionnels, La marmotte sort de son rêve.
3.1.2 - Descriptif des activités
Les activités se sont réparties en sept domaines, dont voici un exposé
succinct. Il a été procédé à des lectures magistrales
régulières de poèmes contemporains extraits d'anthologies, de
la collection "Poèmes Pour Grandir" publiée à Cheyne Editeur
et de livres divers (Andrée Chedid, Boris Vian, Louis Aragon par exemple).
Les enfants ont eu l'occasion de mener un travail d'observation et d'analyse du livre
de poèmes en définissant ses particularités. Il y a eu un apprentissage
minimal des données de fabrication du livre : papier, impression, illustration,
format... Nous avons pu établir des comparaisons avec d'autres sortes de livres
: album, roman... Ainsi les enfants ont pu acquérir un lexique spécifique.
Les enfants ont étudié ce que pouvait être l'édition
de poésie, avec un cas particulier, Cheyne Editeur, implanté en Région
Auvergne et spécialisé dans la poésie. Nous avons visionné
deux reportages télévisuels sur l'éditeur et envisagé
la visite de son atelier, ce qui malheureusement n'a pu se faire pour des raisons
de distance et surtout en raison du veto médical concernant le déplacement
des enfants." Dans le cadre de la Xème Semaine de la Poésie de Clermont-Ferrand,
nous avons accueilli le poète Jean-Marie Barnaud, auteur de Cheyne. " J'ai
évidemment initié les enfants à l'écriture poétique
par des jeux poétiques destinés à sonder les ressources variées
de la langue poétique et à appréhender les qualités expressives
du langage. Cette initiation a abouti à l'écriture de poèmes
: au-delà des jeux d'écriture sur consigne, il s'agit de parvenir à
d'authentiques créations collectives, la perspective de la publication devant
créer un niveau d'exigence supérieure. " L'objectif d'édition
d'un recueil nous a conduit à concevoir et réaliser des illustrations.
C'est pourquoi j'ai fait intervenir un plasticien, Lionel Balard, pour nous guider
dans ce travail. " Ce projet impliquait bien sûr des visites à la bibliothèque
municipale pour explorer le fonds poésie, en collaboration avec les bibliothécaires.
3.1.3 - Les bienfaits dans la formation de
l'individu
Au niveau psychologique, les enfants se sont trouvés dans une situation d'expression.
Je me suis aperçue qu'elle faisait émerger leurs craintes quant à
leur vie future, à leur mort. Leurs peurs rejaillissaient. Et ainsi, ils se
libéraient, échangeaient, se rendaient compte des préoccupations
de chacun et finalement affirmaient leur identité.
Pour ce qui est des apprentissages, le projet s'est révélé très
riche. Les enfants ont été amenés à prendre conscience
des caractéristiques propres à différents genres littéraires,
ils se sont mieux appropriés le concept de littérature. En effet, les
lectures variées, les observations leur ont permis une relative maîtrise
de la fonction littéraire (qui correspond aux compétences que l'on
doit faire acquérir aux élèves et qui sont énoncées
dans le livret "Maîtrise de la langue" du Ministère de l'Education Nationale).
Ainsi, par la production des textes, ils ont découvert un nouveau lexique,
une syntaxe particulière et la structure poétique. L'édition
d'un recueil a impliqué une acculturation, c'est-à-dire une entrée
singulière dans le monde du livre à travers l'objet lui-même,
fait sur un papier particulier, en typographie, et la vente du livre en librairie.
Cette vente, dans un lieu identifié comme celui de la culture de l'écrit,
marque une reconnaissance sociale du travail des enfants.
Ce projet a également permis de développer des savoir-être à
travers des réalisations collectives. Une écoute de l'autre, un respect,
une certaine solidarité étaient nécessaires. Il faut pouvoir
accepter que sa proposition soit refusée et continuer à participer.
Les règles sont claires dès le départ : "une proposition que
l'on ne garde pas n'est pas mauvaise mais elle nous plaît moins qu'une autre,
sachant que d'autres personnes auraient très bien pu la préférer".
La participation de tous est souhaitée.
3.1.4 - Principaux obstacles rencontrés
dans la réalisation du projet
Mais le travail n'est pas simple pour autant et rencontre plusieurs obstacles. L'une
des difficultés majeures est l'écoute poétique : elle n'est
pas innée et l'on doit passer par une phase d'éducation. La tâche
n'est pas aisée avec les enfants handicapés moteurs car, souvent, ils
ont une attention et une concentration assez diffuses. Il faut donc éventuellement
passer par un temps de relaxation, de discussion sur les sujets qui préoccupent
et qui parasitent l'écoute. Le silence est une condition essentielle. De plus,
il est évident que, en début d'année, les enfants auront un
temps d'attention court. Au fil des séances, l'éducation ayant progressivement
joué son rôle, les enfant seront de plus en plus réceptifs. Mais
il faut toujours compter avec la vie dans les services, les petits événements
du quotidien. Une autre difficulté est la représentation qu'ont les
enfants de la poésie. Je la qualifierai de "poésie scolaire", dont
les auteurs-phare sont Maurice Carême ou Maurice Fombeure. Il s'agit d'une
poésie rimée où le sens est très superficiel, de peu
de portée. Or, ce qui m'intéresse est d'amener les enfants à
une poésie profonde qui traite des "choses de la vie" et non pas des escargots
sous la pluie. Je veux dire que ce genre de poésie restreint l'imaginaire
des enfants. Je souhaite les amener vers la formulation d'un imaginaire propre, échappant
aux stéréotypes. La consigne principale est que les enfants doivent
s'étonner entre eux et m'étonner par leurs propositions.
Je serai tentée de dire que ce type de difficultés n'est pas spécifique
aux enfants handicapés moteurs. En revanche, ce qui leur est plus spécifique
est la pauvreté de leurs expériences de vie. Beaucoup d'entre eux n'ont
connu comme cadre que l'institution. Il leur manque des références,
ce qui est très gênant dans la pratique poétique qui part du
vécu. De même, ces enfants vont avoir des difficultés à
tenir les livres du fait de leurs troubles moteurs, à lire en raison de troubles
visuo-spatiaux ou d'une déficience intellectuelle associée. C'est pourquoi
la médiation de l'adulte a une plus grande importance. Il doit suppléer
aux incapacités ; c'est pourquoi j'ai choisi une écriture collective
des textes dans le cadre de laquelle je sers de secrétaire, ce qui, certes,
entraîne une diminution de l'autonomie des enfants mais qui a l'avantage de
placer tout le monde au même niveau et de ne pas marginaliser ceux qui ne peuvent
pas écrire ou lire.
3.2 - Un projet de jeu
dramatique lié à l'expression poétique
Après cet exposé d'une expérience d'écriture poétique,
je vais centrer mon intérêt sur l'élaboration d'un projet en
jeu dramatique, en commençant par l'énoncé des objectifs, de
la démarche puis en proposant des activités. Mes propositions seront
fondées sur mon expérience en ce domaine avec des enfants valides et
sur ma connaissance des enfants handicapés moteurs, ainsi que sur l'expérience
que j'ai menée cette année dans le cadre de l'atelier pédagogique
.
3.2.1 - Le choix des textes poétiques
Sur la base du travail poétique, je me propose d'élaborer avec les
enfants un projet de mise en espace scénique de poèmes issus du recueil
La marmotte sort de son rêve. Pourquoi prendre ces textes comme point de départ
? Simplement parce qu'ils ont été écrits par des élèves
de l'établissement et donc que les thèmes exprimés peuvent avoir
une résonance pour les élèves auxquels j'enseignerai l'année
prochaine, même s'ils n'ont pas participé personnellement à la
création des textes.
3.2.2 - Objectifs dans lesquels s'inscrira
la démarche : quels enjeux, quelles compétences visées ?
Le jeu dramatique va impliquer une mobilisation du corps, en l'occurrence d'un corps
défaillant, qui ne répond pas toujours correctement par rapport à
la norme sociale. L'enfant, après une période nécessaire de
mise en confiance, va être conduit à s'exprimer avec le corps. Le travail
doit aboutir à une transformation du rapport image mentale-image corporelle
entraînant un mieux-être. Il émergera pour l'enfant concerné
et, par là-même, pourra rejaillir sur les autres par une amélioration
des relations.
Quelles compétences une activité d'expression met-elle en jeu ? La
poésie a pour but de formuler une pensée du monde, des jugements sur
le réel, des états sentimentaux, que le jeu dramatique tend à
traduire à travers des manifestations concrètes (mimiques, geste, déplacement,
attitude). Le corps est envisagé ici simultanément comme élément
dynamique et comme support de signes. L'enfant doit être amené à
manifester sa compréhension propre de la réalité ou, à
travers des jeux d'expression tel le mime, à endosser des pensées des
autres, des émotions des autres qui ne correspondent donc pas à sa
propre personnalité, bref à reconnaître l'altérité.
En effet, ces activités d'expression impliquent une décentration, c'est-à-dire
un changement de point de vue qui permet une meilleure appréhension de l'Autre
et un accès à une vision moins partielle de la réalité.
Les activités d'expression mettent en jeu différents moyens, qui relèvent
de quatre grandes catégories : le regard, la voix, l'attitude du corps, la
gestuelle. Ce sont des éléments qui, en l'occurrence, ne sont pas utilisés
de façon fonctionnelle. Ils sont arrachés à l'enjeu pragmatique
du quotidien. Par eux, l'enfant peut exprimer des symboles, des métaphores
dont le corps est le vecteur. Les ressources expressives du corps permettent, par
un travail approprié, d'élaborer des compétences que l'on utilise
pour faire passer des messages aux autres ; elles se manifestent par exemple dans
la séduction et l'agressivité. Il s'agit de parvenir à un contrôle
des moyens corporels. C'est alors la signification même du corps qui est maîtrisée.
Les actions passent de l'involontaire au réfléchi. Ces compétences
peuvent toujours être sollicitées de façon minimale par l'enfant
handicapé moteur : à part des cas extrêmes, l'enfant conserve
l'expression du visage et la voix. Il convient d'analyser les capacités restantes
: elles devront être privilégiées, de sorte que résulte
de ce travail une surcompétence compensatrice. Personne n'est dénué
de pouvoir. Même si l'on est privé de certaines capacités, il
en reste suffisamment pour s'exprimer.
Dans les quatre grands domaines définis, il faudra déterminer ceux
qui devront être valorisés. Un enfant qui ne peut vraiment pas participer
physiquement de manière active aura la ressource d'apprendre à décrypter
les expressions des autres ; il va acquérir des compétences de récepteur.
3.2.3 - Bref exposé
de la démarche envisagée
Si je me réfère aux difficultés identifiées plus haut,
il paraît important d'élaborer un travail favorisant le développement
de compétences d'attention. Je rappelle que, s'il s'agit d'une difficulté
non spécifique aux enfants handicapés moteurs, il semble pourtant essentiel
d'y remédier pour nombre d'entre eux. Par la pratique de jeux, je souhaite
"débloquer" les enfants quant à la représentation qu'ils ont
de leurs compétences corporelles. Prendre conscience de capacités motrices
et expressives de façon collective sera une première étape.
Dans un deuxième temps, par un travail "groupe observateur-groupe acteur",
j'aiderai les enfants à développer leurs capacités d'observation
et de formulation de critiques positives, donc constructives et, corollairement,
je les amènerai à assumer leurs propositions et à accepter le
regard de l'autre. Suivant la progression, un enfant pourra représenter des
actions seul face au groupe. Enfin viendra tout le travail conduisant à la
représentation du montage poétique, c'est-à-dire le travail
sur la prise en charge des mots par le corps, sur la voix, sur la diction. Cette
pratique engendrera certainement des phénomènes de groupe tels que
émergence d'un leader, dispute, problème d'intégration. La difficulté
pour l'enseignant sera alors "dans l'équilibre à trouver entre sa présence
et son effacement" selon Monique Bertrand et Mathilde Dumont .
Pour les activités qui mettent en relation la poésie et le jeu dramatique,
il conviendra de solliciter différentes ressources du corps, toutes tributaires
des quatre domaines de l'expression définis par la typologie proposée
plus haut (cf supra p.18) : le geste, le mime, la mimique, le regard, la voix, la
respiration, le déplacement , la disposition du corps dans l'espace.
L'évaluation formative portera sur les progrès que chacun aura réalisés
par rapport à des capacités amoindries. La production face à
un public constituera une deuxième évaluation, d'un statut plus ambigu
puisque à la fois aboutissement de l'évaluation formative et de fait
évaluation sommative.
3.2.4 - Une progression pédagogique
possible
3.2.4.1 - Des activités préparatoires
Comme je l'ai indiqué dans l'exposé de la démarche, je débuterai
mes séances de jeu dramatique par des activités collectives. La raison
en est simple : les enfants ne sont pas habitués à utiliser leur corps
de manière non directement fonctionnelle. Ils ne l'emploient pas de façon
consciente pour communiquer. Or, le jeu dramatique doit les amener à une prise
de conscience ; le corps est partie prenante dans la relation à l'autre.
Il transmet un message.
La mise en oeuvre d'un travail sur le corps comporte un risque : l'enfant se dévoile,
s'expose. C'est pourquoi la phase collective est très importante. Tous les
enfants sont jugés et se jugent de façon équivalente. Ils essaient,
ils cherchent ensemble. Personne ne détient la vérité du geste,
il ne peut y avoir que des suggestions. Chacun se fond dans le groupe qui sert d'appui,
de soutien. Dans ces conditions, l'enfant ne se sent pas observé.
Pour faciliter la recherche gestuelle, je m'appuierai sur des contes, propres à
conduire les enfants dans un imaginaire où ils auront un rôle à
tenir ; ils seront les héros d'un moment. Il existe beaucoup de contes
qui peuvent être utilisés, voire adaptés. Il est toujours possible,
par ailleurs, d'inventer une histoire que je ferai évoluer en fonction des
besoins et à l'aide des idées des enfants. En effet, je crois que ce
qui reste essentiel dans ce genre d'activités est de garder de la souplesse,
de pouvoir s'adapter et profiter de la proposition d'un enfant en permettant au groupe
de se l'approprier. Dans le cas de l'atelier pédagogique, la trame de notre
conte était la suivante : dans un pays lointain, il y avait un village. Ses
habitants n'avaient plus rien à manger. Alors, ils se sont réunis.
Une vieille femme est apparue et a dit que l'on devait chercher l'Arbre aux Six Couleurs
et ramener ses graines qui, une fois plantées, donneraient pour toujours de
quoi manger. Mais seuls les enfants pouvaient partir à la recherche de l'Arbre.
C'est ainsi que les enfants devinrent les héros de l'histoire et commencèrent
un long voyage. Sur le chemin, un enfant proposa la rencontre avec un ours. Et donc,
je repris cette proposition. Les enfants essayèrent de jouer les ours.
Les objectifs des activités vont s'articuler autour de trois grands axes :
- objectifs moteurs : contrôle postural (kinesthésique,
visuel) coordination pluri-segmentaire coordination globale
- objectifs cognitifs : se concentrerobserver les similitudes et les différences
entre enfantscréer
- objectifs socio-affectifs : communiquer, faire avec d'autres, agir ensemble avoir
confiance en soi, s'accepter, oser faire accepter le regard de l'autre persévérer
prendre des rôles, sortir de soi exprimer des émotions être à
l'écoute
Les activités collectives s'organiseront autour de différentes formes
de déplacements.
1ère phase : l'objectif de cette première phase est de faire prendre
conscience aux enfants des possibilités de déplacement qui sont offertes
à tout individu et, en regard de cette norme, de leur faire appréhender
leurs propres capacités. Il s'agit d'une approche, d'une découverte
du corps. L'enfant objective le corps et l'éprouve comme instrument. Activité
: je débuterai par une marche libre qui sera celle propre à chaque
enfant, puis par une demande d'immobilité à un signal. Je pourrai également
faire varier les rythmes de la marche.Réponses attendues : j'attends que les
enfants soient à l'écoute, qu'ils soient attentifs, qu'ils accélèrent
ou ralentissent au signal, de façon à ce qu'ils parviennent à
objectiver et à intérioriser un mode qui leur est propre Difficultés
éventuelles : ils peuvent rencontrer des difficultés d'ordre physique.
S., avec ses attelles, a un déplacement laborieux. J., en fauteuil électrique,
a une marche "par intermédiaire". Je me suis rendue compte que la concentration
n'est pas aisée ; elle doit être facilitée par la motivation.
Un enchaînement suffisamment rapide des actions aide également au maintien
de l'attention. Rôle de l'enseignant : à chaque fois, il est de donner
des indices sonores et sémantiques clairs tels que des mots dans une histoire
pour permettre une anticipation et une bonne écoute. L'enseignant prend en
compte la moindre variation de vitesse, il fait prendre conscience de ce qu'est un
changement de rythme avec, dans le cas du ralenti, presque une possibilité
d'arrêt.
2ème phase : l'objectif ici est de découvrir les ressources expressives
du corps dans sa globalité, à partir d'un support qui sollicite l'imaginaire.
Toute marche implique une attitude dynamique qui fonde proprement un système
de sens, celui qui permet à chacun de se repérer dans la relation à
l'autre en interprétant les signes émis et en lui permettant à
son tour d'en émettre de façon consciente.
Activités : je proposerai aux enfants des marches liées à un contexte, que je rattacherai au
conte. Je leur demanderai par exemple de marcher sur un chemin qui monte, sur un
chemin étroit, de traverser une rivière, de progresser dans la neige,
sur la glace, dans une grotte noire, contre le vent... Ils deviendront ours, vent,
arbre...
Réponses attendues : les enfants doivent se servir du contexte, entrer
dans la symbolisation proposée. Ils vont utiliser les bras, peut-être
avancer avec précaution les uns derrière les autres, mimer la nage,
lever les genoux, glisser, tâtonner. Difficultés éventuelles
: mimer la nage n'est pas évident lorsque l'on est debout ou en fauteuil.
Le fait d'être en fauteuil peut être un obstacle mais l'enfant, par un
simple mouvement de bras, peut indiquer l'action qu'il mène. Le vocabulaire,
qui dans la consigne décrit les actions demandées et leur contexte,
est source de difficulté aussi, mais une reformulation doit permettre de dépasser
cette gêne.Rôle de l'enseignant : par une matérialisation de l'environnement,
le maître va aider les enfants à entrer dans la symbolisation. Ainsi,
un tapis donnera vie à la rivière, un tunnel fait de tapis et de bancs
marquera la grotte.
3ème phase : les objectifs en jeu ici recouvrent pour une part l'objectif
de la phase précédente. Il s'agit également de favoriser une
prise de conscience plus fine des compétences de chacun à manifester
la complexité de sa réalité intérieure.Activité
: le passage à un degré de difficulté supérieur consistera
à introduire des sentiments et des sensations tels que être heureux,
en colère, triste, être lourd, léger... Réponses attendues
: les enfants utiliseront la globalité de leur corps en sautillant, en effectuant
des pas rapides poings serrés ou une marche lente et pénible, des pas
glissés. Difficultés éventuelles : la principale difficulté
émergera pour les enfants en fauteuil. En effet, ils n'auront pas l'usage
du corps préconisé ci-dessus. Le domaine des sentiments est de l'ordre
du personnel, de la vie privée. Les enfants peinent à trouver le moyen
de les extérioriser. Rôle de l'enseignant : l'enseignant sollicitera
un travail plus élaboré au niveau du "masque" c'est-à-dire de
l'expression du visage et du regard pour les enfants les plus handicapés.
4ème phase : cette phase vise tout particulièrement, par l'effort d'analyse
et de décomposition du geste, à mieux intégrer les compétences
initiées dans les phases précédentes. Activité : je conduirai
les enfants à une prise de conscience de ce qu'est la marche par une recherche
sur les déplacements au ralenti : marcher au ralenti, avoir des actions au
ralenti (par exemple se laver, manger).Réponses attendues : les déplacements
deviennent plus lents, la marche se décompose, les enfants découvrent
les différentes composantes de la marche, inconscientes et liées dans
le déroulement ordinaire.Difficultés éventuelles : ce travail
est extrêmement contraignant pour diverses raisons. Les enfants sont souvent
privés de mouvement et donc, en EPS, ils veulent courir, se dépenser,
bref profiter de la possibilité qu'on leur offre. Mais il existe également
des impossibilités matérielles. Ainsi, pour revenir à S., ses
attelles vont des pieds au dessous des genoux ; elle ne peut donc pas "dérouler"
la cheville, ce que l'on serait en droit d'attendre d'enfants n'ayant pas de troubles
moteurs. Rôle de l'enseignant : il incite les enfants à ralentir en
acceptant des marches lentes et non pas ralenties stricto sensu.
Dans le cadre de l'atelier pédagogique, je me suis rendu compte qu'en fait,
les enfants comprennent bien ce que c'est que marcher lentement, même s'il
faut toujours faire attention à ce qu'ils respectent la consigne. L'implication
a été mise en évidence lors d'un exercice qui consistait à
se passer un verre de "potion magique" avec des déplacements lents. Or, une
fois que l'enfant avait donné le verre, il retournait à son point de
départ en continuant à marcher lentement. L'implication dans le travail
et dans l'imaginaire se trouve là mise en évidence.
Dans un deuxième temps, j'envisagerai des activités sur l'immobilité.
1ère phase : il s'agit ici, au moyen d'une activité fondée sur
des représentations figuratives, de faire éprouver aux enfants de façon
concrète et sensible leurs capacités à tenir un langage corporel.
Activité : le groupe est séparé en deux, les sculpteurs et les
statues. Les sculpteurs vont réaliser des statues en mettant leurs camarades
dans les positions souhaitées. Cet exercice permet de se rendre compte que
le corps a de multiples articulations que l'on peut faire jouer. De même, je
pourrai demander à ce que les statues aient les yeux fermés ; une fois
sculptées, elles devront retrouver leur sculpteur qui aura pris une position
similaire. Réponses attendues : le sculpteur, de ses mains, fabrique sa statue
en essayant d'utiliser au maximum les ressources du corps. Difficultés éventuelles
: le contact peut être un obstacle au bon déroulement du travail car
le sculpteur doit toucher un corps "abîmé", ce qui peut s'avérer
désagréable pour la statue (peur de la douleur, peur du contact qui
d'ordinaire a lieu pour des soins). Les difficultés d'imitation ne sont pas
à sous-estimer. En effet, l'enfant doit prendre du recul pour avoir une vision
globale du corps de l'autre et pour appréhender son propre corps. Dans ces
conditions, il parviendra à prendre une position similaire. Et, bien sûr,
les appareillages diminuent les possibilités de placement : les attelles,
mais surtout les fauteuils. Dans ce cas-là, je suggérerai plutôt
un travail à partir de ce qui reste de mobile : le bras, la main, la tête.
Il s'agira d'adapter la demande en fonction du degré de handicap. Rôle
de l'enseignant : si le contact n'est vraiment pas envisageable, je proposerai de
sculpter avec la voix, c'est-à-dire d'indiquer à la statue ce qu'elle
doit bouger et comment elle doit se positionner. L'enseignant joue également
un rôle fondamental en donnant des indications verbales permettant à
l'enfant de prendre conscience de ce qu'il fait : il attire l'attention sur
des aspects caractéristiques de la position du partenaire (le bras gauche
est levé, le pied droit est avancé...), il joue sur la difficulté
objective de la tâche en demandant à la statue de ne placer qu'un bras
ou que les bras puis que les jambes (ou inversement).
2ème phase : l'objectif est identique à celui de la phase précédente
mais il suppose de la part des enfants un degré d'exigence plus élevé
quant à la manifestation des compétences visées. Activité
: je suggérerai un travail de pose-photo. Les thèmes et situations
pourraient être empruntés à la vie quotidienne : le mariage,
le coiffeur, le repas... Réponses attendues : les enfants doivent s'immobiliser
dans des postures, mimes fixes. Difficultés éventuelles : une réelle
immobilité ne sera pas toujours atteignable ; apparaît ici le problème
de la pauvreté d'expériences de vie des enfants IMC, il faut que le
thème soit assez ordinaire et concret pour qu'il leur évoque quelque
chose. Rôle de l'enseignant : l'enseignant devra rassurer les enfants quant
à leurs aptitudes à l'immobilité et à leurs capacités
à illustrer les thèmes proposés. Par des indications judicieuses,
il orientera la recherche de position.Ce travail est très difficile mais il
serait dommage de se priver d'essayer.
Dans un troisième temps, je ferai travailler les enfants sur le mime, récit
mis en gestes selon la définition traditionnelle qu'on en donne dans le jeu
dramatique.
Les activités des deux phases suivantes cherchent à mettre en évidence
l'existence d'un langage gestuel structuré, qui suppose un ordre, une cohérence,
des enchaînements.
Activité 1 : il s'agira d'imiter des gestes qui se compliqueront de plus en
plus, à vitesse réduite, en se gardant de mettre en échec les
enfants afin qu'ils parviennent au mieux à imiter le geste. Réponses
attendues : les enfants devront être précis, ce qui implique une bonne
observation du geste. Difficultés éventuelles : les enfants IMC, comme
je l'ai dit, ont souvent des troubles visuels et des troubles praxiques. Ils risquent
de reproduire difficilement le mouvement suggéré par le maître.
Rôle de l'enseignant : l'amplitude du geste à reproduire facilitera
la perception. Le geste doit être effectué lentement, quitte à
accélérer en fonction des aptitudes des enfants. Une aide pourrait
être le port de gants colorés, ce qui conduira les enfants à
bien distinguer le geste des mains. L'exigence doit comme toujours être mesurée.
Activité 2 : cette fois-ci, les enfants devront réellement réaliser
des mimes tels que : se laver les mains, peindre, peigner, se laver les dents...
Ensuite, deux à deux, les enfants essaieront de réaliser des mimes
de situations brèves. Ils présenteront leur travail au reste du groupe.
Ce sera la première confrontation réelle au regard de l'autre. Exemples
de situations : le maître et l'élève, à la piscine, un
jeu dans la cour... Réponses attendues : les enfants doivent parvenir à
évoquer le contexte. Difficultés éventuelles : le manque d'expérience
et d'imagination risque de réapparaître de façon vive dans ce
travail. Par ailleurs, la confrontation à l'autre va susciter des craintes
voire des conflits entre les deux enfants qui travaillent ensemble. La formation
des couples devra être réfléchie. Rôle de l'enseignant
: il a un rôle très important de motivation et de mise en confiance.
Selon les besoins des enfants, il pourra proposer un support matériel pour
faciliter le mime (table, chaise, objets divers).
Dans la présentation de ce travail préparatoire à l'expression
sur les textes poétiques, j'ai mis en évidence certains aspects du
rôle de l'enseignant concernant la conception et la régulation des séances.
Pour les reprendre et les élargir, je dirai que l'enseignant :
- propose des situations qui ont du sens pour l'enfant :
- choix d'une histoire qui crée un contexte favorisant l'engagement de l'enfant,
- choix des mots suffisamment évocateurs,
- aménagement de l'environnement pour induire l'activité sans toutefois entraver l'imagination de l'enfant.
La matérialisation induit un ordre : une corde symbolisant
le chemin permet de canaliser les déplacements, d'empêcher les conflits.
De même, l'utilisation de tapis pour le temps de relaxation de fin de séance
délimite le territoire de chacun. L'environnement ainsi préparé
constitue un support à la créativité.
- adapte la difficulté des tâches, par exemple :
- en veillant à une installation confortable de l'enfant. S., à cause de ses attelles, ne peut pas rester assise par terre, elle n'a pas de stabilité. Elle doit être installée sur un cylindre de mousse. Ce genre de "détails", très importants, conditionne le bon déroulement de la séance et sera gage du plaisir de l'enfant ;
- en étant vigilant à la fatigue des enfants. Les jeunes IMC, du fait de leurs difficultés motrices, dépensent beaucoup d'énergie et sont donc plus rapidement fatigués que des enfants ordinaires.
- en modulant le degré d'implication personnelle de l'enfant (mimer une action est plus aisé qu'un sentiment)
- en jouant sur les caractéristiques des sources d'informations
; exemple de la statue : - clarté des sources d'information (utilisation de
gants) -leur nombre (membres supérieurs et/ou inférieurs) òleurs caractéristiques
spatiales (placement des segments dans un seul plan de l'espace)
- crée des conditions socio-affectives optimales ;
- encourage en suscitant l'expression des "réponses" originales ; il sollicite des apports de la part des enfants. Il doit pouvoir accepter toutes les propositions. Il peut suggérer des réponses mais elles devront, dans la mesure du possible, être multiples pour ne pas enfermer les enfants dans un modèle. Ces suggestions laisseront la liberté aux enfants pour effectuer le choix qui leur conviendra ;
- valorise les réussites et relativise les échecs ;
- régule les interactions entre enfants (il les apparie
au mieux).
- sollicite la réflexion de l'enfant :en attirant son attention sur certains
paramètres d'une réalisation, il l'invite à repérer les
analogies et les différences.
- différencie sa démarche ; selon les enfants, il :
- privilégie tel ou tel mode d'expression corporelle (visage pour un enfant tétraplégique) ;
- module ses exigences : quant au niveau de réalisation attendu quant au comportement "déviant" qu'il tolère
- guide l'enfant de façon plus ou moins rapprochée en favorisant au maximum l'autonomie ; parfois il faut passer par une étape de mise en confiance qui se traduira par une assistance.
Ainsi, R., qui se déplace avec une canne, a sollicité
la main de l'adulte. Puis, il est parvenu à se déplacer, même
sans sa canne, pendant les séances d'EPS. De même, S. est incapable
de se relever toute seule. Je peux lui mettre à portée de main un appui
matériel ou prêter mon corps , en position accroupie par exemple pour
qu'elle s'appuie sur mes genoux ou mon épaule. Je suis là mais c'est
elle qui fait l'effort.
En conclusion, l'enseignant doit donc être "à l'écoute". Il est
vigilant à la singularité de chaque enfant tout en étant attentif
à l'ensemble du groupe.
3.2.4.2 - Exemple de travail
en jeu dramatique à partir de deux poèmes.
J'ai extrait du recueil La marmotte sort de son rêve deux textes.
Pourquoi avoir privilégié le projet de mise en scène de ces
textes ? Ils font appel aux sentiments, avec des métaphores souvent concrètes.
Mais aussi, ils sont écrits sous forme d'une adresse, d'un message très
direct. Il me semble donc plus facile pour des enfants de transmettre un tel message
à un public qu'un message qui relèverait plus de la méditation
intérieure. Il est évident que j'assume ce choix dans l'élaboration
du projet mais, l'année prochaine, le choix des textes sera laissé
aux enfants. Je pense que l'on ne peut s'investir dans un travail d'expression que
s'il existe un lien fort avec le texte. J'accompagnerai donc ce choix dans la mesure
où j'aiderai les enfants à expliciter leur décision, à
dégager les critères de sélection. Ainsi, les enfants sauront
parfaitement argumenter et motiver leur parti pris. Je resterai toutefois le guide
dans la réalisation. Par ailleurs, il paraît impensable de représenter
scéniquement tous les poèmes, le temps de jeu serait trop long pour
les spectateurs mais également pour les enfants qui, je le rappelle, sont
fatigables.
L'important dans la représentation du poème est d'éviter
la redondance. Il est inutile de dire avec le corps ce que dit le texte. Sophie Minette,
dans son article "A cor(ps) et à cri", indique que "cette fidélité
au texte n'est qu'un respect paralysant qui ne produit qu'un jeu illustratif, donc
inintéressant" . La diction du poème va donc comprendre un travail
sur la voix et le texte assumé par elle, ce qui implique une maîtrise
de la respiration. "Se concentrer sur sa respiration permet non seulement de contrôler
ses émotions (on n'étouffe plus de rire), mais a une incidence sur
la qualité acoustique (magnétophone à l'appui) des paroles que
l'on dit" affirme Rosine Cavalie dans son article "Théâtralement votre
!" . Le travail se centrera également sur les déplacements dans l'espace,
sur le corps comme support à un texte. Ainsi seront réinvesties toutes
les activités antérieures pratiquées en jeu dramatique.
La démarche générale :
Après la sélection des textes, nous devrons aborder le travail
par une lecture très fine. Je conduirai les enfants à déterminer
un découpage des poèmes amenant une trame pour la diction. Lorsque
cette étape aura été effectuée, commencera le travail
de recherche : diction à une ou plusieurs voix, successive ou simultanée,
disposition des enfants dans l'espace. Mon projet est élaboré sur la
base de huit enfants. Il est évident que si ce nombre est amené à
être modifié, le projet sera adapté.
Des propositions de présentation selon les textes :
- Toi mon ami
La disposition scénique :
J'imagine les quatre enfants qui disent le poème les uns derrière les
autres, face au public. Devant se tiendra celui qui commence. Puis, à chaque
intervention, se décalera d'un côté ou de l'autre l'enfant qui
doit parler. Le choeur (o) se tiendra de côté, en arc de cercle.
public
La diction :
Le texte est écrit sous forme d'un dialogue, ce dont je peux me servir pour
la mise en espace. Quatre enfants diront le poème et un choeur répétera
certains vers. Les rôles seront répartis comme suit : " un enfant se
charge du premier vers qu'il répétera avant chaque réponse ò
un enfant lui répondra : tu serais...la table " un autre enfant répondra
: tu serais...à mordre " le troisième enfant dira : tu serais...les
trottoirs Pendant ce temps, le choeur répétera le dernier vers de chaque
réponse, de façon atténuée. Cela donnera du relief au
poème.
Pour la deuxième strophe, l'alternance adresse-réponse sera conservée.
En revanche, le choeur devra répéter selon les vers : douce et rousse,
violette, coussin.
Une fois que le poème aura été entièrement dit, les enfants
se déplaceront dans tous les sens. Quand deux enfants se trouveront face à
face, ils s'arrêteront et chacun dira les vers qu'il a assumés. Ainsi
se construira une autre sorte de dialogue. On peut convenir d'une durée (trente
secondes) ou bien chacun doit dire deux fois sa réplique, à la suite
de quoi chacun s'immobilise en statue. L'immobilisation peut être successive
si le critère est le nombre de répliques à dire.
- Ce qui ne m'appartient pas
La disposition scénique :
Les enfants seront placés en demi-cercle. Pour la première phrase,
ils débuteront de dos et se retourneront au moment de parler. La nuit de la
deuxième phrase incite à se placer de dos. Puis, les enfants se mettront
de profil pour le public et par deux, face à face. Et pour la fin du poème,
ils se retrouveront face au public.
La diction :
Je peux envisager deux solutions : - Chaque phrase sera assumée par quatre
voix. Mais pour les vers les plus longs, c'est-à-dire les deux derniers de
chaque phrase, on fera un tuilage, si bien que chaque vers sera en fait assumé
par trois enfants. exemple :premier enfant : ni le dragon de mes cauchemars deuxième
enfant : ni le dragon de mes cauchemars troisième enfant : ni le dragon de
mes cauchemars
- Chaque phrase est dite une première fois en entier et l'écho ne vient
qu'ensuite. Par exemple, pour la première phrase, les enfants reprendront,
la deuxième fois, à je ne vois et exécuteront le tuilage imaginé.
La dernière phrase sera traitée à part. Elle sera dite par tous
puis un enfant pourra la répéter seul, ce qui accentuera l'effet.
3.2.4.3 - La réalisation
On peut envisager une représentation auprès d'enfants à partir
du cycle 3. En effet, la nature des textes et les "acteurs" seront plus facilement
appréciés à partir de l'âge de huit ans. En revanche,
il n'existe pas de restriction dans les limites supérieures.
La recherche de lieu de représentation se fera avec les enfants. Cette phase
est partie intégrante du projet. Deux types de lieux apparaissent cependant
: d'une part le centre lui-même. J'imagine plusieurs représentations
permettant la venue des différents services. D'autre part, des représentations
à l'extérieur pourront être envisagées. Il est très
important de permettre à ces enfants de montrer leur travail à des
personnes complètement extérieures ; c'est une reconnaissance de leurs
possibilités et d'eux-mêmes. Dans les lieux incontournables on trouve
les écoles ordinaires (deux groupes scolaires), mais on peut penser également
faire une représentation à la bibliothèque municipale, pour
les habitants. Dans le cadre de l'USEP, chaque année, vers le mois de février,
se déroule une journée APEX (Activités Physiques d'EXpression)
lors de laquelle des écoles viennent présenter leur travail en expression.
Tous les modes sont possibles : danse, théâtre d'ombres... Notre montage
poétique aura tout à fait sa place si nous sommes prêts. Il est
évident que nous ne participerons pas à ce genre de manifestation si
la réalisation n'est pas entièrement terminée. Nous ne pouvons
pas nous permettre d'être ridicules. Je peux également proposer aux
enfants que l'on montre notre montage dans le cadre de la Semaine de la Poésie.
Je pense que nous n'aurons pas de difficulté à inventer des lieux de
présentations. Pour les enfants, ce sera un moment fort qui achèvera
bien le projet.
Conclusion
Mon propos initial partait de l'idée qu'il me semblait difficile de faire
pratiquer des activités physiques à des enfants handicapés moteurs.
Or mes recherches, et surtout ma pratique dans le cadre de l'atelier pédagogique
mené à l'EREA de l'hôpital de Garches m'ont permis de constater
d'étonnantes possibilités de travail.
Les enfants IMC, comme les autres, tirent des bénéfices des activités
physiques, à condition de prendre en compte leurs capacités spécifiques,
de mettre l'accent sur une restauration de la confiance en soi et de favoriser la
réussite en donnant sens à l'activité. J'ai donc pu constater
les progrès depuis le début des séances, tant sur le plan moteur
que sur le plan relationnel. En effet, les enfants ont investi l'activité
d'expression corporelle.ò Ils ont cherché de mieux en mieux à répondre
aux consignes, à devenir les choses et les personnages. Leurs déplacements
sont devenus plus sûrs. J'ai constaté qu'il y avait moins de chutes.
Ils ont osé prendre des risques mesurés par rapport à leurs
difficultés motrices. Ils se sont montrés plus solidaires à
travers leur "voyage". Ils ont pris conscience de l'autre, de ce qu'ils pouvaient
apprendre de l'autre et apprendre à l'autre. Ils sont devenus plus posés
et attentifs, mais également ils ont mieux affirmé leur personnalité.
Ainsi, tous les bienfaits de la pratique d'expression corporelle, que je connaissais
avec des enfants valides, se sont retrouvés avec ces enfants. Naturellement
liée à l'imaginaire, l'expression corporelle semble particulièrement
propre à engager des enfants "fragiles" ou craintifs dans un travail dont
le corps est l'instrument. Ces constatations me confortent donc dans ma volonté
de mettre en place, l'an prochain, de l'EPS au Centre Médical Infantile et
je saurai, dorénavant, avoir les arguments pour vaincre les réticences.
Psychopédagogie
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R.D. Laing, Soi et les autres , Gallimard NRF Les essais CLXII 1961-1969, trad.1971.
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G. Leboterf, De la compétence , Editions d'organisation, Paris, 1994.
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Jeu dramatique
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corporelle, Librairie J.Vrin, Psychopédagogie du sport, Paris.
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JP Siméon, Algues, sable, coquillages et crevettes-Lettre d'un poète
à des comédiens et à quelques passeurs, Cheyne Editeur, Le Chambon
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