| |
|
- Edition du 09 Novembre 1999 - |
NATIONS UNIES / HAITI : On demande le retour des documents dérobés par les Etats-Unis
Adama Dieng, rapporteur spécial indépendant pour les Droits Humains en Haïti, a réitéré sa demande que l'Assemblée Générale des Nations Unies demande au gouvernement états-unien de rendre à Haïti près de 160 000 pages de documents relatifs aux violations de Droits Humains commises pendant la période du régime de facto dirigé par le Général Cédras (Septembre 1991 - Octobre 1994).
Ces documents, rapports des Forces Armées d'Haïti, enregistrements audio ou vidéo, etc., concernent les activités de répression menées par les militaires et les membres du FRAPH (Front Révolutionnaire pour l'Avancement et le Progrès d'Haïti), une organisation paramilitaire chargée d'exécuter les basses œuvres du régime. Des enregistrement de scènes de tortures et des comptes-rendus d'opérations de répression seraient notamment contenus dans les archives incriminées.
Le principal point de droit sur lequel s'appuie Adama Dieng tient au fait que les documents en question ont été emportés par une unité spéciale de l'armée états-uniennes dans les heures qui ont suivi le débarquement d'Octobre 1994, organisé pour rétablir le Président Aristide dans ses fonctions. Selon certains observateurs, de pareilles opérations de "confiscation" d'archives sensibles avaient également été réalisées lors des opérations états-uniennes à Grenade (1983) ou à Panama (1989).
Le plus surprenant dans cette affaire est certainement la candeur avec laquelle les autorités de Washington expliquent cette opération. Elles se déclarent en effet prêtes à remettre les documents, une fois qu'en auront été expurgées toutes les informations impliquant des citoyens états-uniens. Cette information constitue de l'avis général un aveu de l'implication des autorités états-uniennes, notamment à travers la CIA, dans le Coup d'Etat des 29 et 30 Septembre 1991. On se souvient d'ailleurs du silence étonnant du Président Bush (ancien directeur de la CIA) qui se trouvait en Floride lors des événements, et n'avait fait aucune déclaration sur un sujet qu'il ne pouvait ignorer.
Relayant de nombreuses organisations de Droits Humains haïtiennes, comme la Fondation 30 Septembre qui manifeste périodiquement pour demander le retour des documents des Forces Armées d'Haïti, Adama Dieng souligne que ces documents sont des preuves indispensables pour la manifestation de la vérité et l'instruction des milliers de cas de violation des Droits Humains répertoriées pendant la période du Coup d'Etat. Une campagne internationale a rassemblé des milliers de signatures sur ce thème, sans résultat à ce jour. Que ce soit aux Nations Unies, à Port-au-Prince ou ailleurs, le combat continue.
CUBA : Radio Marti fait monter le volume
En faisant passer la puissance de son émetteur de Miami de 50 000 à 100 000 Watts, les dirigeants de Radio Marti entendent couvrir le brouillage réalisé par les autorités cubaines, et améliorer la réception de leurs programmes par la population cubaine. Financée par le gouvernement états-unien, Radio Marti constitue la voix des milieux anti-castristes exilés aux Etats-Unis, et entend proposer une alternative aux médias officiels de La Havane. La guerre des ondes, qui a connu des épisodes célèbres lors de l'occupation de l'Europe continentale par l'Allemagne nazie, ou à l'époque du Rideau de Fer, vit dans la Caraïbe un de ses derniers avatars.
Les milieux anti-castristes cubano-américains, qui ont longtemps condamné tout rapprochement avec l'île communiste, notamment en s'opposant aux échanges sportifs et culturels en plein développement, ont également annoncé des mesures visant à aider les enfants et les familles cubaines. Un de ces programmes vise à financer les soins médicaux pour des enfants cubains tandis qu'un autre encourage les familles cubano-américaines à "parrainer" des familles de prisonniers politiques.
SAINTE-LUCIE : Accident écologique, catastrophe économique
Les industriels saint-luciens devraient accorder plus d'importance aux questions d'environnement. C'est ce qui ressort d'une vive polémique faisant suite à un accident survenu dans la Rivière de la Soufrière, au sud de l'île.
En Septembre, une usine de coprah (noix de coco transformée pour l'exportation) aurait relaché des résidus qui ont provoqué la mort de la faune aquatique de la rivière, et endommagé la peinture des bateaux de pêcheurs et d'excursionnistes en aval. Bien qu'ayant payé une amende de 1500 Dollars au Ministère de l'Agriculture et des Pêches suite à cet accident, le directeur de l'usine Copra Manufacturers Ltd. nie toute responsabilité dans la mort de centaines de poissons d'eau douce et les dégats sur les bateaux. Selon lui, son usine ne relâche rien dans la rivière et les accusations sont le fait de personnes qui veulent faire fermer l'usine.
L'accident en question, qui s'est déjà produit dans le passé selon les organismes qui supervisent l'environnement dans la région, rappelle des événements similaires dans les rivières martiniquaises. Selon Kai Wulf, qui supervise l'environnement marin de la région de la Soufrière, seule l'intensité de la réaction des riverains constitue une nouveauté. En effet, l'importance des intérêts économiques en jeu interdit de prendre la mort de quelques centaines de poissons à la légère.
Procurant plus d'une centaine d'emplois dans une zone de Sainte-Lucie où le chômage flirte avec les 60%, l'usine de Copra Manufacturers Ltd est un élément incontournable du paysage économique de la région. La pêche connaît un déclin relatif, mais la beauté des paysages, avec les Pitons, la forêt tropicale, les jardins botaniques et une cascade spectaculaire font prendre conscience à certains qu'un environnement préservé constitue également un atout économique déterminant. De nombreux bateaux proposent en effet des excursions touristiques dans la zone, et leurs propriétaires ont subi des dégâts significatifs quand ils ont dû refaire la peinture de leurs bateaux.
La constitution récentes de réserves de pêche et l'installation de DCP (Dispositifs Concentrateurs de Poisson) constituent autant d'investissements qui ne doivent pas être remis en cause par une gestion laxiste de l'environnement.
Dominique : 21 ans d'indépendance
Rappelez-vous. C'était en Novembre 1979. FR3 Martinique n'avait alors diffusé que quelques vagues images de festivités nocturnes. C'était avant "26 Minutes des Caraïbes". C'était avant que l'on parle, dans les Départements Français des Amériques, de Coopération Régionale. Le 3 Novembre 1979, la Dominique devenait indépendante.
Vingt-et-un ans plus tard, les célébrations de cet anniversaire, entamée en Aout et qui se poursuivront jusqu'en Mars 2000, rassemblent un pays qui aborde le prochain millénaire à la fois avec inquiétude et détermination.
Les discours officiels, appels à la vertu
Largement diffusés sur les ondes et dans la presse écrite (The Chronicle et The Independant), les discours des autorités dominiquaises sont un appel à la mobilisation contre le délitement social et les difficultés économiques.
Le discours du Président de la République, Crispin Sorhaindo (à la différence d'autres îles de la Caraïbe membres du Commonwealth, la Dominique n'a pas la Reine d'Angleterre pour Chef de l'Etat), s'est caractérisé par ses très fortes connotations religieuses, de nombreuses références bibliques le transformant en sermon patriotique. Il a notamment déclaré : "Nous ne pouvons pas atteindre notre plein potentiel en tant que peuple, à moins d'être en règle avec Dieu, à moins d'avoir une relation intime avec Lui, qui aura pour résultat de saines relations avec les autres. Soyons par conséquent un seul peuple, pénétré de l'Esprit du Christ, et embrassons cet agent de transformation de la nature humaine égoïste, afin de devenir une rivière d'eau vive satisfaisant les besoins de tout notre peuple".
Le Premier Ministre Edison James a pour sa part lancé un appel à la concorde nationale : "Résolvons-nous à faire de la Dominique une nation de paix, d'harmonie et de prospérité […] en cherchant à nous comprendre les uns les autres, en nous respectant les uns les autres, en ayant dans nos cœurs un esprit d'unité, de fraternité et d'unité".
Le Ministre de l'Education, Ronald Green, s'est quant à lui adressé à la jeunesse en lui demandant de cesser de se considérer comme "victime du système". En demandant aux jeunes Dominiquais de faire de l'éducation leur priorité et de se fixer des objectifs d'épanouissement personnel, il les a applelés à dépasser les mirages du consumérisme : "Soyez bien plus que les vêtements de marque et les chaussures de sport que vous portez", leur a-t-il conseillé.
Les blessures du passé proche sont encore vives
Les initiatives entourant les célébrations n'ont pas toutes été exemptes de polémique. Ainsi la radio nationale DBS avait initié un programme intitulé "100 Grands Dominiquais", présentant autant de personnalités ayant contribué à l'histoire du pays. Ce projet a reçu un coup mortel quand Madame Eugenia Charles, ancienne Premier Ministre connue comme "La Dame de Fer de la Caraïbe" a refusé d'être incluse dans la liste de personnalités sélectionnées au motif qu'y figurait également Patrick John, le premier Premier Ministre de la Dominique, emprisonné en 1985 pour avoir tenté de renverser le gouvernement d'Eugenia Charles. Un vif débat sur les motivations politiques de la sélection s'en est suivi, dégénérant en l'une des plus amères polémiques qu'ait connu le pays dans sa jeune existence.
Une culture dynamique et ouverte
Les discours et débats politiques n'ont bien évidemment pas monopolisé l'attention des Dominiquais pendant ces célébrations. C'est ainsi qu'un concours de calypso célébrant l'Indépendance a été remporté par Spider (l'Araignée), un des vétérans de la chanson dominiquaise, dont le refrain "One people, one flag, one destiny" (Un peuple, un drapeau, un destin) a su faire l'unanimité.
Un des symboles de l'indépendance dominiquaise doit peut-être être recherché du côté des Caraïbes, marginalisés depuis des générations, et qui prennent depuis quelques années de l'assurance et s'affirment comme une communauté dynamique. Ainsi, une dizaine de jeunes issus de cette communauté poursuivent actuellement des études supérieures à Cuba.
De plus en plus, des manifestations culturelles au Canada, à Paris et à Londres sont l'occasion de faire connaître le patrimoine, l'artisanat et la vitalité de ces Amérindiens. Un Caraïbe dominiquais a d'ailleurs remporté le premier prix lors de la première Foire Artisanale de la Caraïbe, organisée à Barbade en Octobre. La réserve, longtemps un ghetto tropical, s'ouvre aujourd'hui aux visiteurs, avec un projet de village modèle reproduisant le mode de vie des Caraïbes à l'arrivée de Christophe Colomb. Sur le rivage, des pirogues creusées dans des gommiers,semblables à celle qui a rallié, en 1997, le continent sud-américain, semblent monter, avec leurs étraves pointées vers l'horizon, la direction d'un futur envisagé avec détermination.


- Copyright Novembre 1999 - Alfred LARGANGE, CADENCES CREOLES
|