RAPPORT : MARTINIQUE / COOPERATION REGIONALE
"La Coopération Solidaire, un défi pour le XXIème siècle"
Remis par M. Alfred LARGANGE
A la mémoire de Frédéric ANCÈLE
Promoteur de "WEB INDIES"
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SOMMAIRE
INTRODUCTION
I - LES DEFIS DU DEVELOPPEMENT DANS LA CARAIBE
II - PENSER LA COOPERATION DANS L'ESPACE CARIBEEN
III - LA COOPERATION MARTINIQUAISE : REALITES ET ENJEUX
IV - COOPERATION SOLIDAIRE ET CO-DEVELOPPEMENT
V - PENSER UNE STRUCTURE DEDIEE A LA COOPERATION REGIONALE
VI - FONCTIONNALITES ET MODES D'ACTION DE L'AGENCE
VII - RECRUTEMENT ET PARCOURS DES COOPERANTS
VIII - ORGANISATION DE L'AGENCE DE COOPERATION
IX - CHRONOGRAMME DE DEVELOPPEMENT SUR 6 ANS
X - OBJECTIFS GEOGRAPHIQUES
ANNEXE I - ELEMENTS D'ANALYSE BUDGETAIRE
ANNEXE II - LISTE ALPHABETIQUE DES PERSONNES CONSULTEES ANNEXE III - LISTE DES DOCUMENTS CONSULTES__________________________________________
Dlo k gaspiye a Paris
Fè m pi swak jouk sou Granri
Manje k jete nan lanmè
Fè kòd trip mwen wè lanfè
Planèt la s on kalbas
Frajil pas on vè glas
Beethova OBAS
"Planèt La" - 1999
Dans le contexte international actuel, caractérisé par un phénomène de globalisation des flux financiers, des marchés et des réseaux de communication, la Caraïbe se retrouve à la fois en terrain familier, et confrontée à des défis sans précédents. La globalisation constitue un cadre familier parce qu'à travers une histoire contemporaine douloureuse et baroque, les pays de la Caraïbe sont issus des confluences tumultueuses et conflictuelles des Amériques, de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie.
Mais dans le même temps, ce phénomène constitue un défi sans précédent, en ce qu'il risque de conduire à une formidable accélération des schémas d'extraversion qui caractérisent les pays de la région depuis cinq siècles. Ce danger doit être pris très au sérieux dans la mesure où le sous-développement doit moins être analysé comme un retard que comme la résultante d'un système d'échanges inégaux, instaurés et perpétués au bénéfice des pays industrialisés.
Dans ce contexte, la construction de nouveaux réseaux internationaux, permettant des échanges plus équilibrés, est de longue date l'objectif ambitieux que se sont fixés les pays de la Caraïbe, tant à travers leurs processus d'intégration régionale (CARICOM, OECS, AEC) que par l'établissement de nouvelles modalités de coopération avec les pays industrialisés (Conventions de Lomé, Caribbean Basin Initiative…). Les politiques d'intégration régionale, en particulier, sont le résultat d'un consensus sur l'idée que l'établissement de partenariats solidaires constitue la seule réponse possible, quand l'atomisation et l'étroitesse des marchés insulaires et la faiblesse des ressources des institutions locales ne permettent pas d'envisager de manière isolée la résolution de problèmes économiques, sociaux et culturels d'une acuité croissante.
Dans le cadre de leurs relations internationales, les Etats caribéens ont naturellement établi des relations privilégiés avec l'Europe, plusieurs pays européens ayant avec eux des liens remontant à la période coloniale. Les Conventions de Lomé sont le meilleur exemple de coopération entre deux institutions d'intégration régionale, tandis que des conventions bilatérales ont été établies au gré des affinités particulières. Dans ce contexte s'est développée dans la Caraïbe une conscience aiguë de l'existence de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique, comme partenaires potentiels à la fois proches et bénéficiant de relations privilégiées avec la France et l'Union Européenne.
Alors que les Départements Français des Amériques vivent de façon paradoxale et souvent conflictuelle leur double appartenance à l'espace géographique et culturel caribéen d'une part, et au système politique et économique européen d'autre part, leurs voisins voient dans cette situation d'interface des potentialités qu'ils souhaiteraient explorer avec eux.
Ce rapport se fixe pour objectif de rechercher des moyens concrets de valoriser la position d'interface de la Martinique, à travers des dispositifs réalisant une synthèse dynamique de son identité caribéenne et de son appartenance européenne. Sa principale conclusion est que c'est en combinant ces deux atouts, dans le cadre d'une politique de Coopération Régionale axée sur le développement de la Caraïbe, que la Martinique pourra apporter des éléments de réponse à ses propres problèmes économiques et sociaux.
Fruit d'une série d'entretiens réalisées pour l'essentiel en Martinique et en Haïti, et de l'exploitation de ressources documentaires diverses (voir en Annexe), le présent rapport ne vise pas à l'exhaustivité sur le thème de la Coopération Régionale de la Martinique. Si le temps et les moyens réduits qui ont pu être consacrés à son élaboration expliquent en partie son caractère limité, la raison principale en est le choix qui a été fait de se focaliser sur le développement des actions de coopération de terrain. En ce qui concerne les aspects institutionnels, qui ne sont ici que rapidement abordés, le rapport LISE-TAMAYA et ses conclusions font actuellement l'objet d'un débat intense, au niveau des institutions et des entités politiques tant locales que nationales.
Le présent rapport se limite donc pour l'essentiel à proposer la création d'un dispositif dédié au développement opérationnel de la Coopération Régionale martiniquaise. L'objectif essentiel de cette Agence serait l'encadrement de jeunes Martiniquaises et Martiniquais impliqués dans les projets de développement institutionnel, économique et socioculturel, aux côtés des populations de la Caraïbe. Les modes opératoires et la philosophie de cette structure sont regroupés sous le vocable de Coopération Solidaire.
L'Agence de Coopération Martiniquaise sera amenée à faciliter les actions de coopération des diverses institutions, entreprises et organisations civiles martiniquaises. Par leur disponibilité, leur dynamisme, leur compétence et leurs facultés d'adaptation, les jeunes Martiniquaises et Martiniquais s'imposent comme des atouts déterminants pour la réalisation d'un tel objectif : l'insertion de la Martinique dans son espace naturel.
Construire, avec les Caribéens, une Caraïbe plus équilibrée, plus dynamique et plus prospère. Un formidable défi pour la jeunesse martiniquaise, à l'heure où commence un nouveau millénaire !
Alfred LARGANGE
Fort-de-France, Martinique - Septembre 1999
A la mémoire de Frédéric ANCÈLE
L'objectif de ce projet est de développer, par le biais d'une structure pérenne disposant de plusieurs implantations dans la région, des réseaux durables à finalités économique, sociale et culturelle. Il rejoint en cela le projet "WEB INDIES", qui visait à relier, par le biais d'Internet, l'ensemble des acteurs institutionnels, économiques, sociaux et culturels de la Martinique et, au delà, de la région Caraïbe. La disparition inattendue de Frédéric ANCÈLE, promoteur de "WEB INDIES", a mis un terme brutal à des échanges qui enrichissaient les deux projets, relevant de la même logique d'ouverture et de partage. La dédicace du présent rapport se veut un hommage à sa vision, à sa générosité, à son intelligence et à son dynamisme. |
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I - LES DEFIS DU DEVELOPPEMENT DANS LA CARAIBE
La démonstration, statistiques à l'appui, de l'état de sous-développement économique et social de la plupart des pays de la Caraïbe est un exercice courant. De nombreux exemples peuvent être trouvés dans divers rapports d'organisations internationales (Banque Mondiale, PNUD, Banque Inter-Américaine de Développement, etc.) et travaux universitaires. On pourra se reporter en Annexe II pour quelques indications bibliographiques, et en Annexe III pour un panorama des situations économiques et sociales des pays de la Caraïbe.
Les développements synthétiques qui vont suivre n'ont d'autre ambition que de présenter le cadre de réflexion qui a présidé à l'élaboration des propositions que fait ce rapport pour la mise en place d'une structure dédiée à la Coopération Régionale.
I.1 - Economies caribéennes : Extraversion et dépendance
I.1.a - L'extraversion, un héritage qui hypothèque l'avenir
Toute analyse de la situation actuelle des économies caribéennes doit prendre en compte, si elle vise à la cohérence, des héritages historiques dont le poids demeure prépondérant sur les réalités contemporaines. De manière évidente, les bouleversements politiques du vingtième siècle ne sont pas parvenus à remettre en cause fondamentalement les logiques d'extraversion héritées de la mise en valeur coloniale. Dans les liens privilégiés qu'entretiennent les économies de la Caraïbe avec les centres du monde industrialisé (Etats-Unis, France, Royaume-Uni…), le partage des richesses se fait toujours, pour l'essentiel, selon les règles qui prévalaient à l'époque de l'Exclusif : production de denrées tropicales brutes ou semi-élaborées (sucre, fruits tropicaux…) pour la Caraïbe; production de biens manufacturés, fourniture de services à valeur ajoutée et maîtrise des structures d'échange (transport aérien ou maritime, réseaux financiers…) pour le Nord industrialisé.
Les évolutions de l'économie mondiale ont bien entendu eu un impact profond sur la nature des activités. Ainsi l'émergence du secteur tertiaire s'est elle traduite dans la Caraïbe par l'explosion des activités touristiques ou des services financiers off shore. Mais il semble à travers ces nouvelles formes que les îles de la Caraïbe, n'ayant jamais rien su vendre d'autre que leur 'tropicalité', sont simplement à la recherche de nouvelles façons d'exploiter cet avantage. Les succès de récents de Cuba, destination touristique particulièrement dynamique, renvoient à l'idée que même un pays ayant pris des options politiques rompant radicalement avec les schémas classiques doit, en cette fin de siècle, composer avec les normes du commerce international.
Par leur extraversion, les pays caribéens sont extrêmement vulnérables aux évolutions économiques et technologiques de leurs partenaires industrialisés. La substitution des denrées tropicales par d'autres produits (le sucre de canne remplacé par le sucre de betterave, le glucose de maïs ou les édulcorants de synthèse) fait peser des risques sur les cours de ces productions, risques d'autant plus grands que la concurrence internationale s'est élargie. Café, cacao et bien entendu bananes sont de plus en plus produits par d'autres pays tropicaux d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique du Sud continentale, qui mettent en œuvre des moyens supérieurs et des espaces plus vastes pour satisfaire les marchés d'Europe ou d'Amérique du Nord.
Le contentieux en cours devant l'Organisation Mondiale du Commerce sur l'accès privilégié des bananes caribéennes à certains marchés de l'Union européenne montre bien la profondeur des enjeux relatifs à la substitution. En plus des recettes d'exportation des îles de la Caraïbe, c'est en effet la stabilité sociale du milieu rural qui est mise en cause en cas de disparition de ces cultures de rente.
I.1.c - Les défis de l'industrialisation
Dès avant les indépendances caribéennes, intervenues pour la plupart dans la seconde moitié du XXe siècle, la remise en cause des régimes d'Exclusif s'est traduite par un développement des activités industrielles. La plupart des observateurs s'accordent pour dire que des espaces et des marchés insulaires restreints, peu propices à l'émergence d'économies d'échelles significatives, expliquent un développement industriel somme toute limité, et en tous cas incapable de répondre aux besoins d'emploi générés par la croissance démographique. La question de l'industrialisation de la Caraïbe doit être cependant être abordée à travers une analyse des deux principales stratégies retenues par les décideurs de la région : substitution aux importations et activités manufacturières d'assemblage.
Industries de substitution aux importations : des tissus économiques à protéger
Le développement progressif de marchés de consommation dans les pays de la Caraïbe a conduit à ce que soit envisagée la production locale de produits dont le coût d'importation grevait significativement le prix, et qui ne nécessitaient pas de technologie particulièrement difficile à maîtriser. L'émergence d'industries de substitution aux importations a principalement concerné l'agro-alimentaire et quelques productions "lourdes" comme par exemple les matériaux de construction. Il convient de remarquer que ces productions intègrent pour l'essentiel des matières premières et des technologies importées, la valorisation des ressources et des savoir-faire locaux ressortissant plutôt au domaine de l'artisanat.
Les industries de substitution aux importations caribéennes se retrouvent aujourd'hui confrontées à plusieurs défis : la baisse tendancielle des coûts du fret maritime ou aérien, qui remet en selle les produits des pays industrialisés; l'influence du marketing international qui réoriente les goûts des consommateurs vers ces mêmes produits, avec des moyens dont les producteurs locaux ne disposent pas; l'intensification de la concurrence régionale, les acteurs les plus dynamiques recherchant des débouchés de proximité pour pouvoir accéder aux économies d'échelle. La conséquence est que, pour protéger des tissus industriels fragiles, mal préparés à la concurrence et peu familiers du commerce international, les autorités politiques sont conduites à prendre des mesures protectionnistes.
On aurait en effet tort de ne voir dans le problème des negative lists qu'un problème concernant les échanges entre les Départements Français des Amériques et les pays ACP. Droits de douane élevés, restrictions quantitatives et réglementaires concernent également les échanges entre pays caribéens souverains, et se retrouvent même au sein du CARICOM, comme en témoigne le récent contentieux entre la Barbade et la Jamaïque, la première restreignant l'accès à son marché aux boissons non-alcoolisées (soft drinks) produites par la seconde.
Industries de main d'œuvre : une concurrence de plus en plus globale
Les pays de la Caraïbe ont pu, pendant les dernières décennies, développer de manière significative des activités manufacturières d'assemblage : textile et accessoires, électronique grand public, équipement de la personne. La proximité d'un vaste marché pour ces produits, à savoir les Etats-Unis, a longtemps constitué un avantage déterminant, permettant l'essor d'activités de sous-traitance. Pendant les décennies 60 et 70, c'est même un véritable modèle de développement qui a été proposé aux décideurs caribéens par les Etats-Unis, qui ont utilisé à cette fin la "vitrine" constituée par Puerto Rico.
Si les activités manufacturières ont pu apparaître comme un élément de solution face aux problèmes de chômage urbain massif auxquels sont confrontés les pays de la Caraïbe, les évolutions récentes ont considérablement fragilisé leurs positions : la baisse des coûts logistiques globalisant la concurrence, la région se trouve aujourd'hui confrontée aux compétiteurs asiatiques favorisés par des dévaluations récentes de leurs monnaies, tandis que les évolutions stratégiques des donneurs d'ordres peuvent avoir des conséquences dramatiques.
I.1.c - Les perspectives du tertiaire : Tourisme et finance off shore
Les évolutions de l'économie internationale n'ont pas été sans affecter la Caraïbe, région perméable aux influences s'il en fut. C'est donc tout à fait naturellement que les secteurs émergeants comme le tourisme ou les services financiers ont prospéré dans la zone.
Tourisme : les déconvenues du all inclusive
Proche des marchés industrialisés de l'Amérique du Nord, remarquablement desservie par les lignes aériennes européennes, la Caraïbe a été parmi les premières régions tropicales a tirer parti des atouts de son climat et de son environnement pour se positionner comme une destination touristique. D'abord réservées, du fait du prix du transport aérien, à une clientèle haut de gamme, les destinations caribéennes se sont progressivement démocratisées. Les prestataires de services faisant du tourisme exotique un produit de grande consommation, les impératifs de rationalisation et de maîtrise des coûts ont conduit au développement de solutions globales regroupant sur un même site l'hébergement, la restauration, les activités sportives et ludiques et des facilités commerciales. Implantés sur les sites les plus spectaculaires des îles de la Caraïbe (Montego Bay à la Jamaïque, Sud de la Martinique, Côte des Arcadins en Haïti…), ces complexes hôteliers, dénommés all inclusive, un temps appelés de leurs vœux par les responsables politiques locaux, sont de plus en plus remis en cause.
Il apparaît en effet qu'ils perpétuent les schémas d'extraversion affectant les économies caribéennes. Si la perspective de créations d'emplois locaux est dans un premier temps attractive, le mode de répartition des revenus générés est peu avantageux pour les pays de la Caraïbe : l'essentiel des prestations (transport, hébergement, souvent encadrement des touristes…) reste aux mains des acteurs économiques des pays industrialisés : tour operators, compagnies aériennes, groupes hôteliers internationaux. Ces derniers disposent de moyens d'investissement conséquents, ainsi que des compétences marketing pour gérer ces activités, reléguant les populations locales à une participation relativement marginale : emplois des hôtels et restaurants, fourniture de denrées alimentaires, commercialisation éventuelle d'objets d'artisanat local, d'ailleurs fréquemment importés.
Services financiers off shore : les risques d'un métier global ?
Le développement d'un statut de "paradis fiscal" a constitué pour de nombreuses économies insulaires une stratégie économique relativement peu coûteuse, permettant d'engranger des taxes de domiciliation et autres redevances auprès d'entreprises souhaitant "optimiser" leur fiscalité. Les Iles Caïman, avec 28 000 sociétés étrangères utilisant les services de plus de 600 banques et sociétés financières, peuvent faire office de modèle, tout comme les Iles Vierges Britanniques.
Une telle stratégie ne va pas sans risques. Le premier danger, extrêmement grave dans la Caraïbe, est le développement de la criminalité internationale, qui entend profiter de ces environnements peu contraignants et peu contrôlés pour recycler leurs revenus illicites (narcotrafic, racket...). Les risques de corruption et de déstabilisation politique des petits Etats caribéens sont réels, sans compter que la bonne réputation d'un paradis fiscal est un de ses principaux atouts pour attirer des entreprises honnêtes.
Un autre risque, de nature systémique, tient au fait que ces pays se trouvent confrontés à une concurrence d'autant plus globale que la dématérialisation des flux financiers les dote d'une quasi-ubiquité : les centres financiers de la Caraïbe se doivent donc d'offrir une gamme de services et un niveau de prestations comparables à ceux de places comme la Suisse, le Luxembourg, le Lieschteinschtein, Hong Kong ou Singapour. Un défi que les Bahamas tentent de relever en mettant en place une Bourse de valeurs, mais qui ne constitue pas une garantie contre les changements de stratégie fiscale ou les évolutions de la réglementation dans les véritables pays d'origine des firmes multinationales.
Les sociétés caribéennes partagent le lot commun des pays en voie de développement. Elles se trouvent confrontées à des phénomènes qui mettent à mal leur cohésion et portent préjudice à leur progrès. Ne disposant pas en quantité suffisante des ressources nécessaires pour gérer une transition démographique qui fait exploser les populations, les pays de la Caraïbe doivent de plus faire face à un processus de redistribution spatiale de ces populations, l'exode rural transformant les villes en cauchemars insalubres et saturés en même temps que les mutations socioculturelles qui en résultent remettent en cause la stabilité des communautés humaines concernées. Les questions culturelles et l'émigration continue des éléments les plus compétents attirés par de meilleures perspectives professionnelles dans les pays industrialisés ("fuite des cerveaux") complètent un tableau qu'un œil peu porté à l'optimisme tendrait à voir peint aux couleurs d'une apocalypse en devenir.
I.2.a - Le défi de l'urbanisation : des villes caribéennes à inventer
Les centres urbains caribéens, qui trouvent leur origine à la période coloniale comme interfaces dédiées à la mise en valeur économique des pays caribéens au bénéfice des métropoles européennes, se sont d'abord développés comme des comptoirs regroupant les fonctions de pôle commercial, avec le port notamment, et de centre du pouvoir politique et militaire. Les fonctions d'éducation (écoles puis universités), de santé et de lieux d'accès à la culture ont suivi progressivement au cours des siècles, marqués pour ces cités par les incendies et les catastrophes naturelles (cyclones, tremblements de terre, éruptions volcaniques.
Le plus grand bouleversement est cependant intervenu au vingtième siècle, et particulièrement dans les dernières décennies, avec le phénomène de l'exode rural. Lieux du savoir, de la santé et de l'économie monétaire, les pôles urbains ont exercé une attraction considérable sur les jeunes populations rurales à la recherche de perspectives dépassant celles d'un terroir surpeuplé. Avec des populations aujourd'hui majoritairement urbanisées, les pays de la Caraïbe doivent faire vivre des populations dont les urbanistes des origines n'avaient même pas soupçonné l'importance. Saturés à tous les sens du terme (voies de communication, espaces de loisirs ou d'activité économique…), ces espaces urbains sont confrontés à de criants manques de ressources : électricité, distribution d'eau potable, gestion des déchets. Le premier défi caribéen consiste donc à inventer une ville plus vivable, en pensant à rééquilibrer des territoires souvent dominés par un ou deux pôles.
I.2.b - Les défis de l'éducation et de la culture
Développer des sociétés plus harmonieuses et des économies plus prospères suppose que l'on parvienne à augmenter la capacité des citoyens à participer à la vie publique et à la vie des affaires, par le biais d'une éducation adaptée à leur cadre de vie et susceptible de les ouvrir à une perception plus complète de leur réalité et du monde.
Des peuples à éduquer
Les pays de la Caraïbe, comme la grande majorité des pays en voie de développement, sont des pays jeunes. 23% de la population de la Barbade a moins de 15 ans, et ce chiffre est de 25% en Martinique, de 27% à la Dominique, de 28% à Trinidad et Tobago, de 32% à la Jamaïque et même de 43% en Haïti. En matière d'éducation, les pays de la Caraïbe sont confrontés à un manque de ressources (locaux, matériel pédagogique, financements), qui les contraint à réinventer des méthodes d'enseignement et des systèmes à la fois performants et économes. Mais le problème ne s'arrête pas là et comporte une dimension culturelle fondamentale. La rareté des ressources pédagogiques adaptées, correspondant à l'environnement matériel et culturel des apprenants, est un véritable problème si l'on entend que ces derniers maîtrisent leur réalité puis accèdent à l'universel sans perdre leur identité.
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"On n’a pas d’écoles adaptées aux réalités de notre pays, on a des écoles programmées par la France, par les Etats-Unis, avec des adaptations déformées. Si je prends un exemple, pour mon fils, tout son programme de grammaire est basé sur des exemples de la réalité française. Alors il faut composer avec tout ça, et en même temps, il faut se battre pour arriver à faire une adaptation en tant que mère militante. C’est très difficile de se battre contre ces agressions, qui ne sont pas des agressions ouvertes, mais des agressions sous-entendues: petit à petit, avec l’éducation scolaire, on arrive à façonner votre fils, votre fille, et en sortant de l’école l’enfant arrive à vous débiter des choses qui ne correspondent pas aux réalités du pays." Rosanne AUGUSTE (Haïti) Coordonnatrice d'une ONG de Santé Communautaire Interview dans le Bulletin PBI - Projet Haïti, N°11
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Bien entendu, le défi de l'éducation dans la Caraïbe ne se limite pas, malheureusement, à l'enseignement scolaire. Les problèmes d'analphabétisme et surtout d'illettrisme des populations adultes sont réels, tout comme les besoins en matière d'éducation civique, de formation à l'hygiène, à la nutrition, etc.
Des cultures riches mais confrontées aux risques d'aliénation
Sublimant le lourd héritage de la colonisation et de l'esclavage, les peuples de la Caraïbe ont su développer des formes culturelles syncrétiques exprimant la résistance à l'oppression, la solidarité et un hédonisme tempéré par un conscience aiguë des difficultés de la vie. C'est sans doute ce qui fait qu'aujourd'hui les cultures caribéennes séduisent les publics du monde entier. L'exemple le plus frappant est bien sûr celui des musiques, riches, notamment de par leur héritage africain, de valeurs de convivialité et de communion par le rythme. Il est également vrai que dans le domaine littéraire, plusieurs écrivains caribéens ont atteint cette dimension universelle, soit qu'ils aient choisi de s'abstraire de leur cadre d'origine, soit qu'ils l'aient sublimé, soit encore qu'ils s'y soient attachés jusqu'à lui faire exprimer, à travers ses particularités, l'essence de la condition humaine.
Les patrimoines culturels de la Caraïbe, alors même qu'ils séduisent le monde entier, sont soumis à la pression des flux médiatiques mondiaux qui les altèrent pour le meilleur quand ces influences nourrissent les expressions locales, ou pour le pire quand elles entraînent avec elles les repères identitaires et les constituants du lien social. Le défi qui consiste à concilier l'affirmation de soi et l'ouverture sur la diversité est peut être un de ceux pour lesquels la Caraïbe est le mieux armée. On ne peut que s'en féliciter quand on considère que c'est un des plus cruciaux.
I.2.c - Le défi du développement politique et civique
Les pays de la Caraïbe ont, dans leur ensemble, bénéficié depuis leurs indépendances d'une situation politique relativement calme et de modes démocratiques de résolution des conflits politiques. Tous les observateurs ont bien entendu à l'esprit les contre-exemples sanglants de plusieurs dictatures passées, les problèmes de violence politique extrêmement réels dans certains pays, ainsi que les forts questionnements auxquels donnent lieu les options politiques spécifiques à certains pays.
Cet état de fait, relativement privilégié si on le compare aux problèmes de l'Amérique Centrale toute proche, ne doit pas occulter la réalité des problématiques de Droits Humains dans la région.
Les conditions d'exercice des droits civiques font l'objet d'une observation constante de la part d'organisations locales, pleinement conscientes que pour faire face aux défis du développement, les pays de la Caraïbe doivent impérativement développer la participation citoyenne et inventer perpétuellement leurs démocraties.
Une autre question fondamentale est celle de la condition féminine. Sans qu'il s'agisse de confronter la perception des femmes par les cultures populaires, ou leur accès aux responsabilités politiques, aux standards des sociétés industrialisés, il est nécessaire de considérer que l'épanouissement de la moitié de la population et les conditions dans lesquelles elle peut apporter sa contribution au progrès des pays concernés et de la région toute entière sont des facteurs déterminants pour la réussite des projets de développement.
1.2.d - L'atout des diasporas caribéennes
Commencés au début du siècle et suivant chaque période de pénurie de main d'œuvre dans les pays industrialisés (Seconde Guerre mondiale aux Etats-Unis, Trente Glorieuses en Europe…), des mouvements de population considérables (en tout cas du point de vue des pays d'origine) ont eu lieu de la Caraïbe vers les pays d'Europe (France, Grande Bretagne, Pays-Bas) et d'Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada).
Si cet exode a souvent privé les pays caribéens de leurs éléments les mieux formés, il faut également garder à l'esprit que ces diasporas constituent un facteur de développement essentiel pour leurs pays d'origine, vers lesquels elles véhiculent compétences et flux économiques. En 1997, l'aide apportée à Haïti par les institutions et organisations internationales a atteint la somme de 400 millions de Dollars US, un chiffre à mettre en face des 200 millions constitués par les transferts de la diaspora haïtienne, destinés à l'investissement, à l'éducation ou à la consommation. Dans l'ensemble de la Caraïbe, le dynamisme des économies repose en grande partie sur les activités générées ou soutenues par les émigrés, qui sont généralement les premiers investisseurs privés.
L'importance d'une diaspora bien structurée en réseau, comme facteur de dynamisme économique, n'est plus à démontrer. On en veut pour preuve que les pôles les plus solides de l'espace économique du Sud-Est asiatique, Taïwan, Hong Kong et Singapour doivent leur prospérité aux communautés d'origine chinoise, également installées en interface dans les autres pays de la région : Indonésie, Philippines, Malaisie... ou dans le reste du monde, y compris les pays de la Caraïbe où elles se sont installées depuis plus d'un siècle.
I.3 - La Caraïbe face à la globalisation
Objet de toutes les spéculations de la part des observateurs et des décideurs caribéens, le phénomène de la globalisation est perçue de manière ambivalente. Il fait peur, parce qu’il est profondément inégalitaire et marque autour du monde le triomphe des trajectoires individuelles : celles des entrepreneurs, des investisseurs qui disposent des ressources, des informations et des réseaux nécessaires; celles des pays qui sont à l’origine des technologies et qui ont suffisamment de moyens pour les mettre en œuvre. Ce phénomène semble réserver, par contraste, de sombres perspectives à la grande majorité des individus et des sociétés qui, fonctionnant selon des logiques collectives, et sur des rythmes pris de court par la rapidité toujours croissante des transmissions numériques, ne semblent avoir ni le temps, ni les informations, ni les ressources nécessaires pour s'approprier les nouvelles réalités économiques et culturelles. La globalisation fait peur dans notre région, parce les pays de la Caraïbe luttent encore pour se dégager des réseaux séculaires d’exploitation dont ils ont hérité, tout en assistant à la création de nouveaux réseaux mondiaux dont ils perçoivent aussi bien les dangers que les formidables opportunités.
Mais à tout prendre, le message de la globalisation est ambivalent. C’est un message cynique et matérialiste, quand on réalise que les infrastructures de transport et de communication sont essentiellement développées en fonction de la demande solvable, et que bien des régions des mornes d’Haïti ne seront pas de sitôt connectées à Internet ou même au téléphone. Mais c’est aussi un message positif et un formidable défi : le développement de réseaux de plus en plus efficients, à des coûts de plus en plus faibles, permettant l'expression d'identités et de ressources jusque là marginalisées, constitue une chance. La création d’un marché global peut être considérée comme un formidable défi, celui de l'invention d’un village global, d'un nouvel espace dont les finalités économiques, politiques et culturelles seront l'objet de négociations intégrant la dimension humaine des problématiques abordées. La baisse du coût des communications et des transports, la mise en réseau de communautés tissant de nouvelles solidarités permet d'entrevoir la possibilité d'un monde où les échanges ne se feront pas uniquement sur la base de la valeur marchande de ce que chacun aura à offrir.
I.3.a - Une situation séculaire et un défi à relever
Ce que de nombreux observateurs ont parfois tendance à oublier, c'est que la Caraïbe est la première région au monde a avoir connu un phénomène de mondialisation, puisque dès le XVIe siècle, l'exploitation coloniale a déterminé des mouvements d'hommes, de capitaux et de marchandises concernant trois puis quatre continents.
Aujourd'hui situés sur des réseaux qu'ils n'ont pas choisis, les pays caribéens subissent des relations essentiellement déterminées et gérées par leurs partenaires industrialisés respectifs. Cette situation peut être illustrée par le fait qu'il y a chaque semaine en Martinique plus de voyageurs aériens vers l'Hexagone que vers l'ensemble des destinations de la Caraïbe, et cette situation se répète dans les autres îles, que la destination finale soit Miami, New York ou Londres.
Le défi fondamental de la Caraïbe au XXIe siècle consiste à mobiliser les ressources dont elle dispose et à utiliser les partenariats pour aboutir à un meilleur équilibre et à une redistribution de ses échanges. Pour reprendre les termes de Patrick CHAMOISEAU dans son essai Ecrire en Pays Dominé (1997), il s'agit de passer de la "Mise sous Relation" à la "Mise en Relation", afin d'ouvrir enfin tous les champs du possible.
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II - PENSER LA COOPERATION DANS L'ESPACE CARIBEEN
Les pays de la Caraïbe, confrontés aux défis de la globalisation, ont de longue date pris conscience des handicaps que constituent des économies extraverties, aux structures fragiles, dépendant des produits tropicaux et du tourisme. Leurs stratégies actuelles, à travers les processus d'intégration régionale et la recherche de partenariats horizontaux, visent à limiter les effets pervers d'une situation périphérique vis-à-vis des économies industrialisées du Nord.
II.1 - Les stratégies d'intégration régionale
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"Le renforcement de la coopération régionale entre les Etats, pays et territoires de la Caraïbe, basée sur leur proximité géographique et leurs liens historiques, contribuera au développement culturel, économique et social ultérieur de leurs peuples, au delà de leur éloignement passé."
Extrait du préambule de la convention créant l'Association des Etats de la Caraïbe 1994 - Cartagena de las Indias, Colombie
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II.1.a - Intégration caribéenne : une histoire déjà longue
La nécessité d'une union des pays de la Caraïbe est une très vieille idée. On la trouve dans les réflexions d'un Victor Schœlcher au milieu du XIXe siècle, dans les initiatives des pays hispanophones luttant pour mettre fin à la colonisation espagnole, et même, plus loin encore, dans les déclarations des chefs de la révolution haïtienne, qui proclamaient la nécessité de libérer les communautés d'esclaves des autres îles de la région.
Pour que l'on passe de l'intuition de l'intégration régionale aux premières réalisations concrètes, le chemin a été long. Les premières initiatives institutionnelles sont à mettre au compte des puissances de tutelle : en 1942, Etats-Unis et Grande-Bretagne créent la Commission Anglo-Américaine des Caraïbes, siégeant à Washington et qui devient Commission des Caraïbes en 1946 quand les Pays-Bas et la France la rejoignent. Théâtre de divergences politiques quant aux évolutions statutaires des territoires relevant de ces diverses souverainetés, cette structure passera sous la responsabilité directe des pays caribéens en 1959, devenant bientôt une agence du gouvernement portoricain dont les activités cesseront en 1971.
Cet épisode préliminaire montre que la condition préliminaire à un véritable processus d'intégration régionale était la maîtrise de leur destin politique par un nombre significatif de pays de la Caraïbe, déterminés à poursuivre les mêmes objectifs. La vague des indépendances des territoires britanniques le démontre amplement avec la création du CARICOM (Caribbean Community).
Aujourd'hui, trois institutions d'intégration régionale coexistent et se superposent partiellement dans l'espace caribéen : le CARICOM, l'OECS (Organization of Eastern Caribbean States) et l'AEC (Organisation des Etats de la Caraïbe). Premier dans l'ordre chronologique, le CARICOM, émanation du Commonwealth britannique, constitue un cadre de prolongement des solidarités mises en œuvre entre les colonies britanniques de la Caraïbe, qui partageaient diverses institutions. De ce point de vue, l'OECS s'inscrit comme une approche encore plus poussée, un exemple de mise en commun des ressources institutionnelles limités des petites îles anglophones du Sud Caribéen. L'AEC, organisation la plus récente, créée en 1994, se caractérise par son approche régionale globale, puisqu'elle regroupe tous les pays du pourtour caribéen.
II.1.b - Stratégies de Coopération Régionale
On peut distinguer globalement deux types de stratégies de coopération qui coexistent et même se superposent, dans l'espace caribéen comme ailleurs dans le monde.
Mise en commun des ressources
Face à la rareté des ressources disponibles pour chaque pays, la mise en place d'institutions communes a été considérée comme le meilleur moyen d'assurer les services nécessaires à un coût acceptable. C'est cette logique qui a été retenue par le CARICOM, avec la création d'un certain nombre d'institutions communes comme le Service Météorologique Caribéen en 1963 ou la University of West Indies dès 1948. L'Organisation des Etats de la Caraïbe Occidentale (OECS), avec par exemple une Banque Centrale, une Cour Suprême et une Direction de l'Aviation Civile communes à tous ses membres, est l'exemple le plus poussé de ce type de stratégie.
Stratégies d'échange
Partant du principe que la diversité des besoins et des expériences des pays de la région peut féconder les réflexions et les projets de chacun, l'échange international constitue un des fondements de la vie des institutions de recherche et d'enseignements, à travers les colloques et séminaires internationaux. Son extension à d'autres types d'institutions, à finalité économique ou sociale, s'intègre progressivement dans les mœurs. Idéalement, pour que l'on puisse réellement parler d'échange, et non de relation à sens unique, il est nécessaire que les deux institutions parties prenantes soient chacune consciente de ce qu'elle a à apporter, et de ce qu'elle peut attendre de l'autre. On dépasse alors l'assistance technique pour entrer dans une coopération au sens plein.
II.2 - La recherche de partenariats internationaux
Avec des poids économiques modestes, face à l'ampleur de flux internationaux qui les marginalisent, et disposant pour envisager leur développement économique et social de ressources limitées et fragiles, les pays de la Caraïbe sont contraints de rechercher des partenaires industrialisés pour accéder à des financements et des transferts de technologies nécessaires. Là encore, le déterminisme historique et les réalités géopolitiques placent au premier plan l'Amérique du nord et l'Union européenne, même si d'autres partenaires interviennent également.
II.2.a - Etats-Unis : "Danser avec les loups" ?
L’initiative de coopération états-unienne la plus médiatisée récemment a été la Caribbean Basin Initiative (CBI), proposée par l’Administration Reagan en Août 1983, comme une réponse aux risques de contagion communistes pressentis à Washington. Suivant le principe ‘Trade, not Aid’ (‘Du commerce plutôt que de l’aide’), les règlements de la CBI assurent un accès privilégié au marché américains aux produits récoltés ou manufacturés dans les pays de la Caraïbe et de l’Amérique Centrale. A l'heure des bilans, les résultats tangibles de la Caribbean Basin Initiative ne sont manifestement pas à la hauteur de l'enthousiasme suscité par son annonce.
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"Sur le plan commercial les importations de marchandises aux Etats-Unis, en provenance des pays du CBI, ont décliné de 10 milliards de dollars en 1982 à 6,6 milliards de dollars en 1989, soit une baisse de 35 p. 100 en termes nominaux. Tandis que le montant des exportations américaines vers la région progressait de 5,5 milliards de dollars à 6,9 milliards de dollars. Excédentaire en 1983 de 3,2 milliards de dollars, la balance commerciale des pays du CBI à l'égard des Etats-Unis accusait en 1989 un déficit de 0,3 milliards de dollars. […] Les produits dont les exportations ont progressé le plus sont le café, les textiles et la confection, produits pourtant exclus du bénéfice du CBI. A cela s'ajoutent les progrès de quelques exportations non-traditionnelles visées dans le CBI (électronique, fruits de mer, fruits et légumes tropicaux) très parcimonieusement répartis entre les pays, notamment la Jamaïque, la Barbade, la République Dominicaine, le Costa Rica. Les performances sont différentes selon les pays : globalement les pays du CARICOM assistent entre 1983 et 1989 à une baisse de 50,9 p. 100 de leurs exportations vers les Etats-Unis et pour l'ensemble de la Caraïbe (Amérique centrale exclue) la baisse est de 41,7 p. 100." Rapport présenté par M. Jean CRUSOL "La coopération entre les Etats ACP et les territoires et départements d'outre-mer dans la zone Caraïbe" Conseil Economique et Social - 1991
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Si les dividendes de cet accès privilégié ont surtout bénéficié aux donneurs d'ordres de la sous-traitance et aux entreprises d’import-export états-uniennes, les contreparties négociées par l'Administration Reagan et celles qui l'ont suivie sont bien réelles, et remettent en cause la souveraineté des Etats caribéens : l'exemple des droits de poursuite accordés aux autorités états-uniennes dans le cadre de la lutte contre le narco-trafic le prouve. De nombreux observateurs détectent derrière la politique de coopération états-unienne, qu'elle passe par des accords commerciaux comme la CBI ou par des ONG, une logique de contrôle : des politiques gouvernementales pour préserver les intérêts états-uniens, de la situation intérieure des pays en crise pour limiter les flux migratoires (Cf. intervention en Haïti en 1994), des espaces maritimes et aériens, afin de lutter contre le narcotrafic.
II.2.b - Union européenne : deux logiques en recherche de cohérence
L’Union européenne a historiquement des intérêts très forts dans le Bassin Caribéen. Si l’Espagne et le Danemark n’y ont plus de territoires, les autres puissances coloniales arrivées aux XVIe et XVIIe siècles y gardent encore aujourd’hui des positions jugées stratégiques. La France a perdu Saint-Domingue en 1804, mais conserve la Martinique, la Guadeloupe et ses dépendances. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas sont également présents à travers des pays relevant de leur souveraineté.
Aujourd’hui, la politique caribéenne des pays européens obéit à deux logiques, entre lesquelles les institutions de Bruxelles tentent de réaliser une synthèse : logique de souveraineté sur les territoires relevant de l’Union européenne, ex-colonies dont le statut politique a évolué, mais reste marqué par le poids de l’Histoire et fait aujourd’hui l’objet de réflexions ; logique de coopération contractualisée avec des Etats souverains mais sous-développés, coopération impliquant à l'origine un cadre de relations (la non-réciprocité,) qui évolue aujourd'hui vers un pragmatisme de plus en plus marqué.
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"Avec la mise en place, en 1971, du Système de Préférences Généralisé (SPG) communautaire, puis, quatre années plus tard, la signature de la première convention de Lomé, le libre accès des produits industriels et, dans une moindre mesure, agricoles des ACP concerne l'ensemble du territoire communautaire. La non-réciprocité des avantages commerciaux ainsi consentie fut présentée alors comme un élément déterminant de la contribution des "Européens" à la genèse d'un nouvel Ordre Economique International, par ailleurs tant revendiqué." Philippe MARIN - Université des Antilles et de la Guyane "Réflexions sur les limites du droit de la coopération régionale DOM/ACP à la lumière de l'exemple des Régions-Départements des Antilles" - 1991
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Les problèmes posés par la coexistence dans l'espace caribéen de Régions Ultra-Périphériques de l'Union européenne, de Pays et Territoires d'Outre-Mer et d'Etats souverains associés dans le cadre des conventions de Lomé sont nombreux. Le Rapport du Député Européen Blaise ALDO présente ainsi la non-réciprocité des avantages commerciaux comme un handicap pour le développement des échanges commerciaux des D.F.A. avec leurs voisins caribéens.
Selon d'autres observateurs, les choses sont plus complexes, les principaux facteurs déterminant l'état actuel des relations commerciales caribéennes devant plutôt être recherchés du côté des conditions historiques de constitution des appareils productifs et des réseaux d'échanges.
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"[…] l'ouverture des facilités du Système de Préférence Généralisé dès 1971 à destination de tous les Etats ou pays considérés comme en voie de développement (et cela visait notamment tous les Anglophones et Hispanophones … voisins des DOM) n'a incité les opérateurs économiques ni à s'empresser de mettre sur pied des moyens de transport et des circuits de commercialisation, ni à amorcer des productions compatibles avec les normes et les habitudes de consommation de ces marchés potentiels." Danielle PERROT - Université des Antilles et de la Guyane "Les départements français de la Caraïbe et la contrainte communautaire dans leurs relations avec les Etats tiers de la Caraïbe" - 1991
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II.2.c - Mexique et Venezuela : Le pacte de San José
Initié en 1980 et reconduit depuis sur une base annuelle, le Pacte de San José est un accord de fourniture de pétrole brut et produits dérivés à divers pays de la Caraïbe et d'Amérique Centrale, à des tarifs préférentiels. En consentant une réduction de l'ordre de 20% par rapport aux cours internationaux, le Mexique et le Venezuela entendent contribuer au développement des économies des pays bénéficiaires : Barbade, Bélize, Costa Rica, Salvador, Guatemala, Haïti, Honduras, Jamaïque, Nicaragua, Panama et République Dominicaine. A travers une action de solidarité qui porte sur un volume approximatif de 160 000 barils par jour, le Mexique et le Venezuela s'imposent comme des acteurs significatifs de la vie économique de la région.
II.2.d - La sollicitude des deux Chines, ou comment tirer parti d'une rivalité aux antipodes
Très présentes, les deux Chines (République Populaire et Taiwan) se disputent les faveurs diplomatiques des pays souverains de la région grâce à des actions d'assistance (fourniture de matériel, construction d'infrastructures) dont les motivations réelles ne trompent personne. En échange de la reconnaissance diplomatique des Etats souverains de la région, Beijing et Taipei se livrent à une surenchère de coopération, que l'on retrouve d'ailleurs également en Afrique sub-saharienne : fourniture de matériel de travaux publics et de voitures de police au gouvernement haïtien par Taïwan, qui contribue également à un programme d'amélioration de la riziculture dans la vallée de l'Artibonite; reconstruction d'un marché urbain à la Dominique par la République Populaire de Chine… Si au fil du temps les deux pays ont développé une véritable expertise en matière de coopération au développement, les motivations de telles actions font peser un risque, celui d'un brusque revirement en cas d'évolution majeure des relations politiques des deux Chines.
II.2.e - Cuba, "nouveau pays caribéen"
Alors que les principaux pays d'Amérique du Sud (Brésil, Venezuela, Colombie) sont confrontés à d'urgents défis internes, les récentes initiatives cubaines en matière d'aide humanitaire (notamment en Amérique Centrale après le cyclone Mitch), sont à tous points de vue remarquables. Malgré les difficultés que connaît actuellement ce pays, la volonté affichée de manifester une forte solidarité caribéenne tardive doit être saluée, même s'il n'échappe pas aux observateurs que, consécutive à l'effondrement du Bloc Soviétique, elle s'inscrit dans le cadre d'une politique volontariste et pragmatique d'ouverture sur un environnement régional relativement négligé auparavant, à la recherche de nouveaux partenariats politiques et économiques.
La fin de la Guerre Froide et de l'affrontement entre les deux blocs constitue un facteur déterminant qui fait que l'aide des Cubains est accueillie dans la région de façon positive. Un véritable dialogue s'installe, dans la mesure où il n'est plus question de se prémunir contre une éventuelle subversion communiste. Les dividendes politiques de la nouvelle attitude de La Havane se sont rapidement matérialisés, les pays de la Caraïbe remettant en cause ouvertement la politique d'embargo des Etats-Unis et l'hégémonie de l'hyper-puissance sur la région.
II.2.f - En attendant les Départements Français des Amériques ?
Dans le contexte de l'intégration caribéenne, les nouvelles générations de dirigeants politiques caribéens se distinguent par la conscience claire qu'ils ont de l'existence des Départements Français des Amériques, et des possibilités que recèle la présence de ces extensions de l'Union européenne dans leur environnement géographique immédiat.
Les perspectives de partenariats sont perçues sur deux niveaux, les décideurs caribéens réalisant sans problème une synthèse entre les différentes appartenances des Départements Français des Amériques. D'un côté, les possibilités d'accès aux marchés européens, aux ressources européennes en matière de formation ou de nouvelles technologies sont clairement mentionnées. De l'autre, le désir de vivre, à travers des échanges plus intenses, une véritable proximité historique et culturelle s'impose comme une évidence.
Ce n'est faire injure à personne que de dire qu'à l'heure actuelle les attentes de nos voisins caribéens, de même que les potentialités que constitueraient pour les Départements Français des Amériques de véritables partenariats régionaux, restent largement à l'état virtuel.
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III - LA COOPERATION MARTINIQUAISE : REALITES ET ENJEUX
Le terme de Coopération Régionale a connu récemment une certaine vulgarisation, et s'intègre aujourd'hui dans le discours de tous les secteurs du spectre politique martiniquais. L'ouverture récente des médias (télévision avec l'émission "26 Minutes des Caraïbes", presse hebdomadaire) sur l'actualité de la Caraïbe, de même que le succès de manifestations comme les "36 heures pour la Caraïbe", organisées par la Ville du Lamentin en Juillet 1997, ont contribué à une prise de conscience certaine de la part de la population. Il est indéniable que la perception des perspectives concrètes d'une politique de Coopération Régionale réclame des efforts de communication et de pédagogie. Il est également permis de penser qu'une politique volontariste, axée sur des réalisations concrètes et correctement médiatisée, constitue la meilleure des solutions.
A l'heure actuelle, la plupart des actions de Coopération Régionale de la Martinique sont financées par des institutions comme le Conseil Général, le Conseil Général ou le Fonds Interministériel à la Coopération, et plus rarement par des fonds européens comme le REGIS II. Les initiateurs de telles actions sont soit les collectivités locales, soit les services déconcentrés de l'Etat, soit encore des organisations de la société civile ou des institutions de formation. Une analyse des actions entreprises se révèle ardue du fait de la dispersion des sources d'information, qui met en avant la nécessité de constituer une mémoire de la Coopération Régionale, à même de contribuer à une optimisation de cet axe de développement stratégique.
III.1.a - Assistance ou coopération : la nécessité de clarifier les termes
Il ressort de l'analyse des actions présentées comme relevant de la Coopération Régionale qu'elles sont pour l'essentiel motivées par la solidarité avec les autres pays du Bassin Caribéen, aux premiers rangs desquels on trouve Haïti, la République Dominicaine et Cuba. Le contexte et la nature des actions, pour lesquelles la contrepartie reçue par la Martinique est généralement significativement inférieure à la valeur des ressources mobilisées, doit conduire à une clarification des termes : il paraît plus opportun de parler d'assistance dans la majorité des cas, qu'il s'agisse de répondre à des situations d'urgence (catastrophes naturelles) ou de s'inscrire dans un effort visant à améliorer une situation de détresse chronique. Motivées par un véritable sentiment de solidarité caribéenne, ces actions doivent néammoins être évaluées de façon critique.
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"[…] compte tenu de la modicité des moyens dont dispose chaque collectivité, du caractère généralement bilatéral des opérations, de l'absence de coordination systématique au niveau des collectivités, ces efforts ne peuvent avoir qu'un impact limité et ne correspondent pas à une utilisation optimale des ressources disponibles. De plus leur multiplicité laisse aux partenaires concernés l'impression d'un foisonnement qui manque de cohérence et d'objectif précis. Elle crée la confusion dans leur esprit quant à l'identification des principaux interlocuteurs de la coopération. A cet égard, on ne doit pas minimiser le risque d'agacement du côté des partenaires caraïbéens, que comporte la multiplication des visites et des missions si celles-ci ne donnent pas lieu à un suivi, des réalisations concrètes, ou encore si elles ne débouchent que sur des opérations d'intérêt limité." Rapport présenté par M. Jean CRUSOL "La coopération entre les Etats ACP et les territoires et départements d'outre-mer dans la zone Caraïbe" Conseil Economique et Social - 1991
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III.1.b - Santé et Formation : les domaines d'excellence
Dans l'ensemble, on peut dire que la qualité de ses infrastructures de santé et le niveau de compétence de son personnel font que la Martinique dispose dans ce domaine d'avantages qui devraient lui permettre de contribuer au développement du secteur de la santé dans la Caraïbe. De même, le secteur de la formation en Martinique, tant au niveau scolaire que supérieur, intègre de plus en plus les réalités de l'environnement régional dans la définition et le contenu des activités pédagogiques. Il est indéniable que la Martinique et la Guadeloupe ont vocation, notamment grâce à l'Université des Antilles et de la Guyane, à devenir des pôles caribéens dans certains domaines de la connaissance.
Assistance sanitaire et formation médicale
Le domaine de la santé est incontestablement le plus actif, avec une palette d'actions : envois de médicaments et de matériel médical organisés avec plus ou moins de bonheur par des associations caritatives, prise en charge de malades, actions de formation (sages-femmes haïtiennes, étudiants de la Faculté de Médecine de l'UWI…) S'inscrivant dans la durée, le travail de "Médecins du Monde Antilles" auprès des communautés d'ouvriers agricoles haïtiens de la localité de Barahona (République Dominicaine) mérite d'être souligné pour la rigueur avec laquelle les partenariats ont été développés. En plus du refus d'une assistance déresponsabilisante (les prestations médicales sont payantes), l'objectif du projet, qui assume sa dimension d'assistance, est de contribuer à ce que les partenaires locaux se structurent comme des interlocuteurs réels des autorités dominicaines, et accèdent ainsi à une certaine autonomie.
Autre exemple, le partenariat entre l'Hôpital du Lamentin et celui de Santiago de Cuba, qui prévoit des formations croisées au diagnostics d'affections sur lesquelles chaque institution a développé une réelle expertise, représente pour sa part un effort concret de valorisation des ressources de chacun des partenaires, conforme au schéma souhaitable pour le développement d'une coopération authentique. On pourrait encore signaler, à la fin des années 1980, les accords de partenariat entre le Conseil Régional et la commune de Carrefour (Haïti), qui ont permis la construction du centre de santé communautaire de Taillefer, en milieu rural. Conçu par le cabinet GENESICS, et dès le départ intégré à son tissu économique et social, ce centre continue à fonctionner malgré la mise en sommeil des partenariats qui lui avaient donné naissance, et constitue un exemple de projet de développement durable et de coopération effective.
Education et formation : l'ouverture caribéenne comme vocation
Le domaine de l'éducation apparaît comme le deuxième pôle d'"hyperactivité" de la coopération martiniquaise, avec des initiatives qui concernent tous les degrés d'enseignement et aussi bien la formation en elle-même que la gestion des institutions. Voyages d'études, échanges d'élèves et stages en entreprises se développent régulièrement, de même que, de manière plus récente, les actions de "mobilité régionale" à finalité de formation ou d'expérience professionnelle.
Trois actions doivent être distinguées pour leur qualité et leur exemplarité. La première est l'assistance portée par le service informatique du Rectorat de la Martinique, qui a contribué, sur demande de la Mission de Coopération Française de Port-au-Prince, à l'informatisation de la gestion du Baccalauréat par le Ministère de l'Education Nationale d'Haïti. Il s'agit d'une opération de transfert de technologie qui a grandement bénéficié de la proximité géographique et surtout culturelle entre les deux pays. Toujours en Haïti et dans le domaine du transfert de compétences, l'action de l'association Solidarité Laïque qui apporte son soutien à la Direction Départementale de l'Education Nationale autour de la ville de Jérémie (Département de la Grande Anse), doit être soulignée par l'ampleur du travail de rationalisation et de soutien pédagogique entreprise, et qui repose sur le dévouement des volontaires actifs sur le terrain.
Enfin, l'Université Antilles-Guyane, lieu d'échanges caribéens de longue date, donne une nouvelle dimension à cette vocation, à la fois par ses actions de soutien à l'Ecole Normale Supérieure de Port-au-Prince, et par l'organisation annuelle de l'Université de Juillet du CRPLC (Centre de Recherche sur les Pouvoirs Locaux dans la Caraïbe). Cette manifestation, qui rassemble des chercheurs et étudiants de toute la Caraïbe pour permettre la confrontation de leurs travaux de recherche, est également remarquable en ce qu'elle favorise l'établissement de réseaux intellectuels et de liens d'amitié durables.
III.2 - La coopération des collectivités locales
III.2.a - Un profond désir de Caraïbe
Les collectivités locales de Martinique entendent se positionner depuis plusieurs années comme de véritables partenaires de leurs homologues caribéennes, à travers des actions de jumelages ou des protocoles de coopération opérationnelle. Dans le premier cas on peut citer, sans nul souci d'exhaustivité, le jumelage de la Commune de Grand'Rivière avec Roseau, capitale de la Dominique ou celui de la Ville du Lamentin avec Santiago de Cuba.
En termes d'action opérationnelle, on peut encore citer les accords de coopération entre le Conseil Régional et la municipalité de Carrefour (Haïti) de 1987 à 1990, qui incluaient le financement d'infrastructures en échange de formations aux métiers de l'artisanat, et ont connu une éclipse avec les troubles politiques de ce pays. Les liens entre la Ville de Fort-de-France et la municipalité de Plaza de la Revolucion (La Havane, Cuba) portent pour leur part sur le développement conjoint de solutions en matière de réhabilitation et d'amélioration de l'environnement urbain.
L'ouverture des collectivités locales sur la Caraïbe est affichée comme un axe prioritaire de développement, et revendiquée par les responsables issus de l'ensemble du spectre politique comme une affirmation de l'identité caribéenne de leurs communautés et de la Martinique toute entière. Si la prise en compte de la Coopération Régionale doit encore se structurer en termes de définition des objectifs stratégiques et d'articulation opérationnelle, elle est par contre pleinement intégrée au débat politique martiniquais, et se manifeste notamment avec les débats sur la Coopération Décentralisée et la question du statut et des compétences internationales des collectivités.
III.2.b - Une nouvelle donne avec la Coopération Décentralisée
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"Au sens français, il y a coopération décentralisée lorsqu’une (ou plusieurs) collectivité locale française développe des relations avec une (ou plusieurs) collectivité locale étrangère : il peut s’agir aussi bien de l’établissement de relations d’amitié ou de jumelage avec des collectivités territoriales étrangères, d’actions de promotion à l’étranger, d’aide au développement de collectivités dans certains pays, d’assistance technique, d’action humanitaire, de gestion commune de biens de services mais aussi de coopération transfrontalière et de coopération interrégionale. Cette définition est inscrite dans la loi d’orientation n° 92-125 du 6 février 1992 relative à l’administration territoriale de la République : cette capacité reconnue officiellement aux collectivités locales inscrit désormais leur action en matière de coopération dans un cadre juridique, administratif et budgétaire précis." Source : www.resacoop.org - Site Internet de Cités Unies
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L'organisation d'un colloque sur le thème de la Coopération Décentralisée dans la Caraïbe à Port-au-Prince, les 8, 9 et 10 Décembre 1998, témoigne de l'intérêt primordial accordé par le gouvernement français à ce concept relativement nouveau, appelé selon ses promoteurs parisiens à renouveler la politique française en direction des pays du Tiers Monde. Le fait que la Caraïbe ne constitue pas, en une période de réduction des ressources diplomatiques françaises, un enjeu économique et géopolitique au même titre que de l'Afrique, l'Amérique du Sud ou surtout l'Europe Centrale et Orientale, explique que la participation des représentants de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane à ce colloque ait été vivement souhaitée et anticipée par ses organisateurs.
En souhaitant voir les Départements des Amériques prendre une part plus active aux politiques d'aide au développement françaises dans la région, le gouvernement manifeste qu'il a clairement conscience de leurs atouts spécifiques : proximité géographique, connivence culturelle et linguistique avec la créolophonie, similitude des problématiques de développement comme l'urbanisme ou la gestion des aléas climatiques, existence de diasporas caribéennes sur leur territoires (notamment les communautés haïtiennes). La volonté de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane de jouer un rôle actif dans les évolutions de leur environnement géographique immédiat constitue un élément supplémentaire qui, bien intégré par les observateurs parisiens, les conduit à voir dans les D.F.A. des relais potentiels de la politique de coopération française.
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"[Les collectivités locales] peuvent aider à l'élaboration et à la réalisation de projets de développement intégrés (micro-projets, création d'entreprises, etc.). Elles ajoutent à la verticalité de l'action étatique, l'horizontalité des pratiques démocratiques civiles en renforçant le rôle des acteurs de terrain et en développant des relations directes de société civile à société civile. Elles renforcent aussi la transparence de l'utilisation des fonds publics et leur contrôle par les populations. Par là, elles contribuent profondément à la transmission des pratiques démocratiques nécessaires pour la consolidation des Etats de droit dans les pays concernés. " Sami Naïr - Rapport sur la Politique de Co-Développement liée aux Flux Migratoires - 1998
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III.3 - Problématiques du cadre politique et réglementaire
Si la Coopération Décentralisée constitue une des innovations les plus marquantes de la décentralisation de 1982, en ouvrant aux collectivités locales des perspectives d'action internationales allant au delà du simple jumelage entre municipalités, les limites de ce nouveau champ d'action sont nettement ressenties par les Départements Français des Amériques.
III.3.a - Un contexte réglementaire perçu localement comme inadapté
Des dispositions originelles insuffisantes
Il apparaît à l'analyse que les réglementations édictées par l'article 65 de la loi du 2 Mars 1982 l'ont été en premier lieu avec à l'esprit les collectivités locales de l'Hexagone. La preuve en est que ce dispositif n'envisage que la coopération transfrontalière, cadre pertinent pour les collectivités territoriales de l'Hexagone ou pour la Guyane, mais qui ne correspond pas aux réalités insulaires de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion … ou même de la Corse. Une insuffisance corrigée par une circulaire du Premier Ministre de Mai 1985.
Un problème d'échelle dans l'environnement des Petites Antilles
Le principal problème est que le cadre posé pour la Coopération Décentralisée ne correspond que difficilement à la réalité géopolitique des collectivités locales insulaires de la Caraïbe. La question du niveau d'intervention se pose quand on considère que par leur taille, les institutions comme le Conseil Régional ou le Conseil Général peuvent trouver des partenaires équivalents dans les Grandes Antilles (Départements, communautés urbaines ou leurs équivalents de Cuba, d'Haïti, de République Dominicaine ou de Jamaïque), mais bien plus difficilement dans leur environnement immédiat constitué de micro-Etats. Un accord de partenariat avec une île voisine, apparaissant comme la manifestation d'une solidarité bien intégrée par ses promoteurs, se retrouve entaché d'illégalité parce qu'il empiète sur le domaine réservé de la diplomatie, sur les prérogatives de l'Etat.
Une tutelle métropolitaine remise en question au nom de l'identité caribéenne
Si des dispositifs législatifs organisent la participation des régions d'Outre-Mer aux processus d'élaboration des traités internationaux par le biais d'avis consultatifs ou même d'une participation aux négociations, de telles mesures apparaissent bien peu satisfaisants, à la fois en termes d'efficacité et de signification politique, dans un contexte ou les questions d'identité et de souveraineté qui entourent la coopération régionale sont les enjeux de vifs débats.
La position de plusieurs responsables martiniquais, exprimée à l'occasion des polémiques qui ont suivi les événements du Sommet de l'AEC à Santo Domingo, lors de critiques exprimées à l'encontre de la politique d'attribution des visas aux ressortissants caribéens, ou encore à travers des réactions pour le moins agacées face aux initiatives du réseau diplomatique français pour impulser la Coopération Décentralisée, donnent la mesure du caractère sensible de la question.
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"Pour l'heure, notre défi ne s'appuie pas sur les refrains imbéciles de l'intégration à l'Europe mais bien sur nos retrouvailles avec la Caraïbe d'abord. Kenny Anthony, Premier ministre de Sainte Lucie, et ses collaborateurs du gouvernement savent que la question des visas est un obstacle majeur à ces retrouvailles. La fébrilité de l'ambassadeur de France insistant sur l'intérêt de jumeler Fort-de-France et Castries nous est apparue comme une tentative de placer toute initiative martinico-sainte-lucienne sous le haut (et innocent ?) tutorat du représentant de l'Etat français à Sainte-Lucie." Paul GABOURG, militant anticolonialiste In "Coopération à la française : la couleur guenon" Tribune parue dans ANTILLA N°845 - 13 Août 1999
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Le caractère fortement symbolique de la coopération formelle (participation à des sommets, signature de déclarations et de traités) reflète la possibilité pour les responsables politiques de l'Outre-Mer d'exprimer, dans des actes officiels, une identité caribéenne installant leurs pays dans un dialogue de plain pied avec leurs voisins caribéens. C'est cette volonté qui entre en conflit avec un cadre réglementaire et une pratique institutionnelle qui, en organisant une "couverture" des initiatives des D.F.A. par le Ministère des Affaires Etrangères et le Secrétariat d'Etat à la Coopération, assurent la cohérence de l'action diplomatique française et préservent le domaine de compétences constituant la souveraineté de l'Etat.
Les conclusions du Rapport Lise-Tamaya montrent qu'un consensus se dessine dans l'Outre-Mer pour demander une évolution significative de cet état de choses.
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"Pour permettre aux DOM de disposer des instruments nécessaires à leur insertion dans les régions qui les entourent et stimuler le développement économique par une politique de coopération régionale dynamique, divers moyens doivent être mis en place. Le président du conseil régional ou du conseil général doit pouvoir se faire délivrer par les autorités compétentes de la République un pouvoir pour négocier des traités et accords internationaux avec un Etat étranger ou une organisation régionale. L'accord pourrait porter sur tout domaine, y compris ne relevant pas de la compétence de la collectivité locale considérée (comme, par exemple, les conventions fiscales ou les conventions portant sur la délimitation des eaux territoriales). Si cette solution n'était pas retenue pour une négociation déterminée, et si l'accord touche à une compétence de la région ou du département, un représentant du président de l'assemblée concernée devrait alors participer à la délégation chargée de négocier au nom de la France ledit accord. Les collectivités locales des DOM doivent également pouvoir désormais librement conclure des accords techniques ("arrangements administratifs") avec des Etats étrangers de la région dans les domaines de leurs compétences. L'article L.1112-5 du code général des collectivités territoriales interdit aujourd'hui une telle possibilité." Document de synthèse - Fiche N°6 D'après : Claude LISE, Sénateur de la Martinique et Michel TAMAYA, Député de la Réunion "Les départements d'outre-mer aujourd'hui : la voie de la responsabilité" Rapport à Monsieur le Premier Ministre, Juin 1999
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III.3.b - Faut-il faire de la question du statut un préalable à la Coopération Régionale ?
Les limites du cadre législatif actuel une fois mises en évidence, et les enjeux identitaires et politiques de la question du statut - et des compétences diplomatiques - des D.F.A. une fois cernés, l'observation des réalisations effectives prouve que des actions décisives et porteuses de potentialités pour l'avenir peuvent être entreprises dans le cadre réglementaire actuel. Une approche pragmatique conduit même à penser que le recours aux autorités parisiennes et au réseau diplomatique français dans la Caraïbe, pour pesant qu'il puisse paraître, et malgré tout ce qu'il implique "d'interférences" perçues dans une dynamique d'échange caribéenne, est avant tout susceptible de constituer un avantage décisif pour ces actions. Les ressources mobilisables en termes de réseaux, d'expertises et de financements peuvent constituer des atouts déterminants, profitables également aux partenaires caribéens.
Un argument final serait de dire qu'une coopération dynamique et entreprenante, composant avec les atouts et les inconvénients du cadre actuel constituera toujours la meilleure base possible pour une évaluation des aménagement nécessaires. Des réalisations concrètes, dûment documentées, constitueront autant d'arguments pour un élargissement des compétences des collectivités locales, évolution qui se réaliserait sur la base d'un consensus nourri de l'observation des réalités opérationnelles.
III.4 - Une coopération économique qui reste à développer
On a vu précédemment, lors de l'analyse des logiques de développement des tissus industriels caribéens, que ceux-ci portaient en germe des tendances protectionnistes. Le fait que les industries de substitution aux importations aient été mises en place à une époque où les coûts logistiques accolés aux importations rendaient certaines productions locales compétitives, et que ces industries, conçues pour satisfaire les demandes locales, n'aient pas de vocation à l'exportation et supportent difficilement la concurrence extérieure conduit à penser que les negative lists soient là pour durer.
En ce qui concerne les relations commerciales de la Martinique avec ses voisins caribéens, on a également vu que la non-réciprocité déterminée par le Système de Préférences Généralisé de l'Union européenne dans ses relations avec les pays ACP avait en fait un impact limité sur l'équilibre des échanges caribéens.
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"Sans nier l'impact de toutes les préférences tarifaires, il convient de les relativiser : l'intensité des importations venant de l'union douanière dont font partie les DOM de longue date (avec la France, en application de la loi du 19 Mars 1946; avec cinq autres Etats européens, en conséquence du traité fondant la CEE) a sûrement été autant favorisée par l'existence de réseaux de distribution et de facilités de transports réguliers entre l'Europe et les DOM que par le désarmement tarifaire : peu après son adhésion à la Communauté, l'Espagne occupe parmi les fournisseurs des DOM une place identique (1,6%) à celle de la Belgique et du Luxembourg réunis. En revanche, l'ouverture des facilités du Système de Préférence Généralisé dès 1971 à destination de tous les Etats ou pays considérés comme en voie de développement (et cela visait notamment tous les Anglophones et Hispanophones … voisins des DOM) n'a incité les opérateurs économiques ni à s'empresser de mettre sur pied des moyens de transport et des circuits de commercialisation, ni à amorcer des productions compatibles avec les normes et les habitudes de consommation de ces marchés potentiels." Danielle PERROT - Université des Antilles et de la Guyane "Les départements français de la Caraïbe et la contrainte communautaire dans leurs relations avec les Etats tiers de la Caraïbe" - 1991 |
D'ailleurs, demander la fin des negative lists aux voisins caribéens suppose que l'on soit, en Martinique, disposé à accueillir des produits caribéens en retour sur le marché local, quitte à ce qu'ils fassent concurrence aux productions locales.
La nécessité d'une sensibilisation aux enjeux du commerce international
Les faits de l'actualité montrent que la théorie des avantages comparatifs n'est encore intégrée que de façon imparfaite dans les schémas mentaux locaux : les importations de sucre guadeloupéen subissent des outrages que le sucre de betterave n'a jamais connus, et les ignames de Dominique ont plus de difficulté à aborder le marché que celles du Loiret ou du Costa Rica.
Un véritable travail de sensibilisation doit être fait sur ces questions, et le sens d'une solidarité économique caribéenne reste à construire. L'objectif qui consiste à réaliser un marché caribéen qui bénéficierait en priorité aux productions caribéennes demande un travail de longue haleine, même si des complémentarités peuvent être trouvées au niveau des produits de grande consommation.
Les potentialités sont là, reconnues par tous, qui feraient d'une plus grande intégration économique à la Caraïbe un succès pour la Martinique. Des exemples concrets vont d'ailleurs dans ce sens, les plus médiatisés étant constitués par la position commune des Régions Ultra-Périphériques de l'Union Européenne et des producteurs caribéens du groupe des pays Afrique-Caraïbe-Pacifique, sur la question de l'accès au marché européen de la banane.
De la similitude à la complémentarité ?
Outre la coordination des efforts politiques dans le cadre des négociations au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce, la coopération caribéenne en matière de banane recouvre d'autres aspects, dont certains ont un potentiel certain : assistance technique de la Martinique, à travers le Conseil Général, pour l'irrigation des exploitations à la Dominique et à Sainte-Lucie; flux logistiques; campagnes de marketing communes pour la promotion des bananes caribéennes face aux "bananes dollar". Le dossier de la banane est un exemple concret que la similitude des productions caribéennes, loin de constituer un handicap pour la coopération régionale, sert de base au développement d'actions importantes. D'autres champs peuvent être envisagés dans cette optique : promotion commune des rhums caribéens, agricoles ou industriels, mais issus d'une tradition industrielle et d'un savoir-faire séculaires, face aux alcools européens de qualité inférieure qui "usurpent" la dénomination de rhum, et limitent ainsi le potentiel commercial de produits de grande qualité.…
L'insuffisance des réseaux commerciaux caribéens de la Martinique
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"Les raisons abondent pour expliquer les maigres performances à l'exportation des DOM : liaisons aériennes et maritimes insuffisantes, concurrence des pays à faibles coûts salariaux sur des produits similaires, effets négatifs de la Convention de Lomé en cours de révision, etc. Mais la réussite de quelques entreprises prouve que c'est plutôt l'inertie des relations traditionnelles avec la métropole qui est cause de cet état de fait. Des possibilités existent cependant dans les domaines suivants : a/ exportation de services : l'avance technologique des DOM par rapport à leur environnement permet de vendre aux pays des régions environnantes des services d'ingénierie, d'installation d'équipements et de formation de personnel, d'entretien de machines, dans les domaines de l'informatique, des télécommunications, de la météo, des recherches tropicales, géologiques, etc. b/ exportation de produits : […] cette piste a déjà été évoquée plus haut. Le développement de produits haut de gamme en particulier dans le domaine agro-alimentaire devrait permettre de gagner des marchés, dès lors que des efforts sont consentis dans le secteur de la publicité, qui créent un "effet de mode". […] on devrait envisager une stratégie "d'export-substitution" en faveur de produits manufacturés pas ou peu pénalisés par le coût des transports et pour lesquels une forte demande existe, comme les produits pharmaceutiques. Mais la fidélisation des marchés implique la possibilité de flux réguliers de produits exportables, qualitativement et quantitativement." Eliane MOSSE - Economiste "Quel développement économique pour les Départements d'Outre-Mer ?" Rapport à Monsieur le Secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, Février 1999 |
Le coût du transport dans l'espace caribéen est souvent évoqué comme un des principaux facteurs limitant les échanges économiques dans la Caraïbe. Faut-il que ce coût baisse pour que les échanges se développent, ou faut-il plutôt que les flux de personnes et de marchandises soient suffisants pour que l'on aboutisse, grâce aux économies d'échelle et au jeu de la concurrence, à une baisse des tarifs pratiqués ? La vérité se trouve certainement entre ces deux propositions, mais deux remarques indiquent de quel côté on a plus de chances de la trouver : premièrement, les tarifs et la rareté des liaisons n'ont pas empêché le développement de réseaux et de pratiques commerciales informels et efficaces, comme le prouve l'exemple des "Madan Sara", ces marchandes ambulantes haïtiennes qui circulent de la Floride aux Guyanes pour acheter ou vendre produits alimentaires, articles textiles et de maroquinerie, gadgets et autres menus équipements; deuxièmement, les tarifs pratiqués sont suffisamment modiques pour permettre à des contingents significatifs de touristes martiniquais de s'approprier l'espace caribéen, de Margarita à Miami.
La nécessité de créer des structures pérennes
Les nombreuses visites de délégations et voyages d'études organisés par les milieux d'affaires martiniquais (sur le modèle de la mission Cap Antilles réalisée en Haïti en 1998) sont l'occasion pour les entrepreneurs de nouer des contacts et de prendre conscience des opportunités d'affaires. Le principal problème est que le développement de relations économiques significatives suppose l'établissement de relations de confiance, lesquelles ne sont possibles qu'avec la réalisation de deux conditions : la durée des relations et la continuité des échanges d'informations entre les partenaires potentiels.
Les observateurs avertis s'accordent pour reconnaître que la mise en place de structures durables, à même d'assurer le suivi des contacts, de réaliser études de marché et prospections commerciales et de permettre l'amorçage de véritables courants d'affaires, est une condition sine qua non du développement des échanges économiques.
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IV - COOPERATION SOLIDAIRE ET CO-DEVELOPPEMENT
"Les pays,
dit la sagesse populaire, n'ont pas d'amis. Ils n'ont que des intérêts". Les discours humanistes qui entourent les actions de solidarité ou d'aide au développement ne peuvent masquer que la coopération est un élément essentiel des relations internationales, traduisant les préoccupations politiques, économiques et culturelles des pays qui en prennent l'initiative. Conscientes de ces enjeux, les parties prenantes aux processus de coopération, gouvernements, agences diverses, ONG et acteurs de terrain locaux, les intègrent dans leurs perceptions et dans leurs stratégies.Quels sont les enjeux d'une politique de coopération martiniquaise ? A ce stade de la réflexion, un objectif découlant de l'analyse des réalités observées (diverses, contrastées et parfois conflictuelles) et subordonné à l'impératif de développement de la Martinique pourrait être de réaliser une synthèse entre l'affirmation d'une identité caribéenne solidaire d'une part, et l'instrumentalisation ambitieuse de notre intégration à l'Union européenne d'autre part. De cette synthèse découleront des positionnement et des modes opératoires contribuant à l'expression des potentiels économiques, humains et culturels martiniquais à la travers la réalisation de projets de développement concernant la Caraïbe. C'est cet ensemble qui est désigné par le concept de Coopération Solidaire.
IV.1 - Une position d'interface à valoriser
IV.1.a - Une identité caribéenne porteuse de solidarités
La solidarité entre les pays de la Caraïbe s'exprime dans plusieurs dimensions, qui dépassent pour la plupart les cadres institutionnels et les circuits officiels pour s'exprimer dans l'informalité des connivences culturelles, dans la longue habitude des cabotages commerciaux, dans la solidarité enfin de liens tissés au gré des migrations et renforcés par la conscience de destins parallèles. Fondée sur des bases historiques, géographiques et culturelles, cette solidarité a vocation à servir de cadre pour des relations privilégiées.
Partageant, au-delà des éventuelles différences linguistiques, des éléments de leurs mentalités respectives, les Martiniquais et les autres Caribéens disposent d'une base fertile pour établir des partenariats de travail efficaces, dans le cadre de projets de développement concernant leurs pays respectifs. Les appels de
Chefs d'Etats caribéens, comme le Président haïtien René Préval, pour une plus grande implication des originaires et des institutions des Départements Français des Amériques dans les projets financés par la France ou l'Union européenne peuvent témoigner que cette opinion est largement répandue dans la région.
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"Nous sommes accoutumés de penser en termes archipéliques. Mettons nos actes en accord avec cette belle démesure, qui n'est ni désordre ni affolement. Appelons Barbade et Jamaïque, Trinidad et Porto Rico, appelons Cuba et Haïti. Voyons comme nous greffons l'Utopie sur ces plants rassemblés de la végétation créole. Du moins, proposons-le. Nous avons besoin d'eux, ils ont besoin de nous. Non, la notion de besoin est limitatrice. Les peuples de la Caraïbe sont en nous, et nous sommes en eux. Contribuons s'il se peut à faire de ces archipels des lieux tenaces dans le monde, superbement des lieux communs." Edouard GLISSANT - Homme de lettres "La Caraïbe et "Tout-Monde" Allocution lors du colloque "36 Heures pour la Caraïbe", Juillet 1997 |
IV.1.b - Une appartenance européenne sur laquelle capitaliser
La reconnaissance des spécificités des régions ultra-périphériques de l'Union européenne, convergent chez cette dernière avec la conscience des problématiques de développement des pays de la Caraïbe. En conséquence, des dispositifs et des financements favorisant l'intégration des D.F.A. dans leur espace régional ont été mis en place. Si elles sont abondantes, ces ressources sont également difficiles à mobiliser, du fait de la complexité des procédures européennes. Un effort doit être entrepris pour s'en assurer la maîtrise.
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"Depuis de nombreuses années déjà, la Commission des Communautés Européennes essaie de promouvoir une politique tendant à favoriser d'une part les rapprochements entre DOM, PTOM et pays ACP participant d'un même ensemble géographique, d'autre part de prévoir des mesures spécifiques permettant aux DOM de mieux s'insérer dans un environnement régional. C'est ainsi que les programmes de coopération interrégionale bénéficient de cadres juridiques et financiers favorables tant dans POSEIDOM que dans la Convention de Lomé. […] Dans le cadre de la coopération entre les régions ultra-périphériques et les pays tiers voisins, en particulier les Etats bénéficiaires de la quatrième convention ACP-CEE, sont éligibles les mesures suivantes : aides à la réalisation de séminaires, de réunions, de missions, d'études, et au démarrage d'organismes afin de rechercher des partenaires, de définir et de mettre sur pied des actions communes de coopération; aides aux services et à l'achat d'équipements nécessaires à la mise en place d'actions communes, notamment dans les domaines touristique et commercial, etc." Marc JANUS - Université des Antilles et de la Guyane "POSEIDOM et la Coopération Régionale" - 1991 |
Accès aux fonds européens : un rôle de facilitation nécessaire
Un des principaux aspects de la valorisation de l'appartenance européenne des Départements Français des Amériques pourrait être de contribuer, grâce à leurs compétences administratives et techniques, ainsi qu'à leurs réseaux, à un meilleur accès des porteurs de projets caribéens aux financements disponibles. Il s'avère en effet que la mobilisation des ressources disponibles est bien inférieure aux prévisions, du fait de la difficulté qu'ont les acteurs à formater leurs projets et demandes de fonds selon les critères des bailleurs de fonds. Cette situation se traduit sur le terrain par une prépondérance des ONG internationales et étrangères sur des organisations civiles locales qui s'épuisent à rechercher les moyens de leur simple subsistance.
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"En dépit des efforts déployés par l’Union européenne et par les fonctionnaires régionaux des Caraïbes en charge de Lomé, la coopération décentralisée en est toujours au stade de la théorie. L’an dernier, moins de 8% de l’ensemble du budget alloué à la région a été consommé. La mise en œuvre des principes et de la vision de base de la coopération décentralisée a été estompée par des discussions de procédure qui ont empêché la concrétisation d’initiatives novatrices et qui ont en outre écourté la mise en place de l’élément essentiel de la coopération décentralisée: un dialogue politique de développement entre le Nord et le Sud... […] La mise en œuvre de la coopération décentralisée est prise au piège. D’un côté, on a conçu des procédures coûteuses, verticales et complexes : une sorte de cocktail dans lequel des procédures nationales verticales (parfois déresponsabilisées) ont été mélangées au mode de fonctionnement coûteux et complexe de l’Union européenne. De l’autre, le manque d’information, d’expérience et parfois une incapacité des organisations non gouvernementales locales et régionales à présenter des projets de haut niveau amenuisent les chances de voir cette forme de coopération devenir une réalité. " Josefina Stubbs, OXFAM (ONG internationale de développement) "Caraïbes: de la théorie à la pratique" in LIAISON SUD, N°1- Avril 1997 |
IV.1.c - Penser l'interface comme une synthèse dynamique
Dans le cadre du débat sur le développement de la Coopération Régionale, les arrière-plans politiques et idéologiques des différents intervenants rendent nécessaire une clarification des concepts proposés, pour ne pas remettre en cause un consensus fragile.
Ni "vitrine", ni "tête de pont" : l'affirmation d'une identité positive
Parler de la position d'interface de la Martinique, située entre Europe et Caraïbe, et mettre en avant les potentialités de cette double appartenance pourrait, dans un premier temps, ramener les images de "vitrine de l'Europe" ou de "tête de pont" du monde industrialisé. Ces expressions, qui ont connu un succès à la mesure des critiques qu'elles ont suscité, ne conviennent pas pour exprimer la philosophie d'un projet de Coopération Solidaire. Rien de moins interactif qu'une vitrine, dispositif statique destiné à exciter les pulsions consuméristes sans tenir compte des frustrations générées par le spectacles de richesses inaccessibles au plus grand nombre. Rien de moins dynamique qu'une tête de pont, structure utilitaire qui ne prend aucune part aux stratégies auxquelles elle sert de support logistique.
Penser la Martinique comme une interface, dans le cadre d'un projet de Coopération Solidaire, c'est réaliser une synthèse dynamique de ses deux appartenances caribéenne et européenne. C'est la concevoir comme un élément privilégié par ses relations avec les deux ensembles, s'inscrivant dans un processus de développement profitable à tous ceux qui y prennent part. Le concept de Coopération Solidaire doit donc être perçu comme une stratégie de résolution, par et à travers l'action, des problématiques identitaires martiniquaises. L'engagement des acteurs institutionnels et civils martiniquais dans une stratégie contribuant à l'épanouissement de la Caraïbe, en proposant une "nouvelle frontière" aux forces vives locales, apparaît comme le meilleur moyen pour ouvrir des espaces d'affirmation à une identité qui pourra, en se pensant et en se vivant comme dynamique et ouverte au monde, échapper aus ressassements, aux rancunes stériles et à la victimisation séculaire.
S'affirmer comme un véritable acteur régional
Une opinion de plus en plus répandue tient qu'il existe un certain risque que l'Union européenne se détourne des pays ACP et de ses régions ultra-périphériques, pour consacrer l'essentiel de ses efforts et ses ressources à l'Europe Orientale, plus proche géographiquement et culturellement, et plus susceptible de constituer un marché de masse dans les décennies à venir. Si ces craintes peuvent faire l'objets de débats contradictoires, il est certain que la manifestation d'un dynamisme caribéen réel et la mise en place d'initiatives structurantes sont les plus à même de garantir le maintien des flux financiers européens à l'avenir.
La non consommation de l'intégralité des fonds disponibles, du fait d'une capacité d'absorption limitée de la Caraïbe (par manque de projets formatés aux normes définies pour les lignes budgétaires et de ressources administratives suffisantes en nombre et en qualité pour en assurer le suivi) se révèle être le principal facteur qui risque de conduire à une diminution des fonds accordés.
IV.1.d - Ouvrir des perspectives pour la jeunesse martiniquaise
La mobilisation des jeunes Martiniquais(es) pour le développement de réseaux de coopération caribéens apparaît comme une évidente nécessité. Apportant leurs compétences et leur disponibilité, leur volonté d'engagement et leur énergie, ils doivent être placés au centre d'une politique de développement s'inscrivant nécessairement dans la durée.
Le premier des bénéfices que l'on peut attendre d'une telle politique sera que les réseaux individuels constitués à l'occasion de missions de coopération diverses, et couvrant divers pays de la région, pourront servir d'amorce à des relations économiques, politiques et culturelles dont la Martinique tirera profit de manière certaine. Les carrières professionnelles de ces jeunes coopérants bénéficieront pour leur part, grâce à une expérience "précoce" et significative, d'une impulsion décisive et d'une ouverture pragmatique sur les réalités de l'environnement régional.
Les bénéfices retirés de la mise en place du dispositif des Coopérants du Service National, aussi bien pour les administrations que pour les entreprises (avec les CSNE) françaises, montrent bien la validité d'une telle approche. En conséquence, penser la Coopération Régionale de la Martinique doit donc être, de façon déterminante, penser le développement de dispositifs permettant la mobilisation des jeunes professionnels martiniquais pour des actions concrètes aux côtés des institutions, organisations civiles et entreprises de la Caraïbe.
IV.2 - Principes fondateurs d'une Coopération Solidaire
C’est en formulant et en mettant en pratique une ligne directrice claire que la coopération martiniquaise affirmera sa cohérence et son identité propre auprès de ses interlocuteurs caribéens ou européens, asseyant ainsi sa crédibilité tout en s'assurant une lisibilité favorisant l'établissement de partenariats sans ambiguïté.
Les principes qui vont suivre ont été construits par la synthèse de deux sources. Premièrement, une analyse critique des politiques de développement menées par les principales institutions présentes dans la Caraïbe, originaires pour la plupart des pays industrialisés, a fourni un aperçu significatif des modes opératoires contemporains et de leurs justifications. Dans un deuxième temps, des échanges approfondis avec les acteurs locaux du développement, en particulier en Haïti, a permis de cerner les limites de ces politiques telles qu'elles sont perçues par les observateurs de divers niveaux sociaux.
IV.2.a - Principe N°1 : Partir de l’existant
Une solidarité effective, déterminée à contribuer à l’amélioration des situations auxquelles elle s’adresse, doit dépasser le stade de la charité compatissante et (parfois) condescendante, et commencer par une évaluation des besoins et des ressources disponibles localement.
Certaines initiatives, partant d’un "coup de cœur", échouent pour n’avoir pas pris en compte les réalités du terrain. En proposant des solutions toutes faites, transplantées dans un contexte radicalement différent, elles courent de plus le risque de laisser de côté les réalisations locales, voire de les marginaliser au lieu de bénéficier de leur expertise et de leurs réseaux. Un premier impératif est donc de faire précéder toute nouvelle initiative de coopération par une étude approfondie et un inventaire des réalisations effectives et des partenaires locaux potentiels.
Les actions de coopération seront conçues comme un apport de compétences et de ressources à des initiatives existantes. En termes de principes, il s’agira donc de "Faire avec" plutôt que de "Faire pour", la maîtrise des projets restant aux partenaires locaux. Un corollaire de ce principe est la mixité des équipes de travail, favorisant le développement d’échanges sur un pied d’égalité, et s'inscrivant dans un objectif de pérennisation des actions entreprises.
IV.2.b - Principe N°2 : Valoriser la dimension pédagogique des expériences
De même que les réflexions théoriques doivent se nourrir de l’observation et de l’analyse des réalités de terrain pour échapper à la spéculation stérile, l’action concrète doit s’appuyer sur un travail d’évaluation, de synthèse et de remise en cause, pour ne pas se limiter à un pragmatisme répétitif et sans perspectives.
Prendre les projets de coopération comme objet d’étude, parallèlement à leur développement, permettra de mobiliser les ressources universitaires de Martinique, de la Caraïbe et de l’Union européenne. Les pôles de recherche en matière de développement social et économique, aussi bien ceux existant que ceux qui viendraient à se créer, ont vocation à s’intégrer à la dynamique de coopération comme des acteurs essentiels. Il pourrait s'agir soit de compléter les compétences des personnes évoluant dans le domaine de la Coopération par des formations ad hoc, soit de développer à partir des projets réalisés des travaux de recherche de niveau universitaire.
Le moindre des avantages d’une telle approche sera de doter les projets de coopération d’une véritable mémoire, ouverte à tous. Grâce aux nouvelles technologies, bases de données, mémoires d’études, manuels pratiques et documents audiovisuels pourront être tenus à la disposition des projets et des générations futurs.
IV.2.c - Principe N°3 : Mettre l'accent sur des réseaux internationaux équilibrés
Il ressort d'une analyse du développement économique et culturel de la Caraïbe qu'une des principales raisons de la situation actuelle est l'insertion des pays de la région dans des réseaux qui remontent à la période coloniale, réseaux qui sont définis et maîtrisés de manière presque exclusive par les pays industrialisés.
Correspondant en cela à un axe stratégique reconnu globalement, y compris par des acteurs industrialisés, le troisième principe de la Coopération Solidaire doit être de contribuer à l'établissement de réseaux Sud-Sud permettant, autant que possible, la mobilisation de ressources caribéennes pour la réalisation des projets de développement. L'exemple du centre de santé communautaire de Taillefer, dont la charpente en aluminium a été conçue et réalisée par des Jamaïcains, constitue en cela un exemple à suivre.
Il s'agit également, à travers la mobilisation des ressources des pays industrialisés, de contribuer à l'émergence de nouveaux modes de relation, plus équilibrée, en contribuant de manière active aux efforts de promotion menés par les pays caribéens auprès de leurs partenaires du Nord: valorisation de leurs cultures, de leurs réalisations concrètes, facilitation des échanges et des voyages d'études…
IV.3 - Modes d'action de la Coopération Solidaire
Les modes de coopération qui semblent les plus efficaces et les plus susceptibles de contribuer au co-développement de la Martinique et de ses partenaires caribéens sont d'une part la mise à disposition de compétences et d'autre part, la médiation technologique et financière.
IV.3.a - Pourquoi la mise à disposition de compétences ?
Mettre des Coopérants à la disposition des entités avec lesquelles sont mises en place des actions de coopération constitue un mode de coopération relativement classique, pratiqué de longue date par les principaux Etats ayant l'initiative des actions d'aide au développement. On peut citer le Peace Corps des Etats-Unis ou les Coopérants du Service National français, pour les pays industrialisés, mais des exemples sont également fournis par des ressortissants de pays émergents ou du Tiers-Monde : agronomes de Taiwan, spécialistes de la riziculture, dans la plaine de l'Artibonite en Haïti, médecins cubains en Amérique Centrale au lendemain du cyclone Mitch, en 1998.
Le premier objectif de la mise à disposition de compétences est de réaliser, au cours des actions entreprises, un échange de connaissances et d'expériences bénéficiant aux deux parties prenantes. Cet échange peut se faire soit directement, à travers des actions de formation s'appuyant sur les réalités immédiates et l'activité quotidienne des structures partenaires, soit par une contribution des Coopérants au travail de recherche et à la conception des projets envisagés par ces structures. On peut également attendre un effet "catalytique" de la présence des Coopérants : la structure-hôte, confrontée à des méthodologies et des analyses différentes de celles qu'elle pratique traditionnellement, peut de ce fait s'engager dans un processus interne de remise en cause et d'expérimentation débouchant sur de réelles innovations.
Au-delà de la manifestation concrète d'une solidarité entre les peuples caribéens, travaillant côte à côte de manière effective, cette approche de la coopération peut, beaucoup plus que les actions humanitaires ponctuelles ou les rencontres internationales (qui concernent les chercheurs et universitaires ou les gouvernements) favoriser le développement de liens durables entre les sociétés, les institutions ou les entreprises, et contribuer ainsi à la constitution de véritables réseaux à finalité politique, commerciale ou culturelle.
Le fait de placer des Martiniquais durablement au contact des réalités des autres pays de la Caraïbe participe de plus d'une pédagogie de la coopération et de l'intégration caribéenne, tout comme les différents programmes de l'Union européenne (du type ERASMUS) contribuent à l'émergence d'une conscience européenne non seulement chez leurs bénéficiaires, mais aussi au sein des communautés dont ils sont issus (familles, institutions d'enseignement…)
IV.3.b - Définir la médiation technologique et financière
La finalité du secteur de l'aide au développement (agences internationales, organisations non-gouvernementales, cabinets d’études et de conseil…) est l’intermédiation entre les bailleurs de fonds et les bénéficiaires des lignes budgétaires allouées à la réalisation de divers objectifs, à travers un ensemble de prestations de collecte de données, d’analyse, d’évaluation, de suivi d’exécution ou même de réalisation des projets.
Faciliter l'accès aux financements internationaux…
Par sa position d'interface, sa double appartenance à la Caraïbe et à l'Union européenne, une structure martiniquaise de coopération, travaillant en réseau avec les organisations de divers pays de la Caraïbe peut contribuer à renforcer la fiabilité et la crédibilité des projets locaux, facilitant ainsi leur accès aux fonds consacrés au développement par la France, l’Union européenne ou les organismes mondiaux.
Une telle perspective ne doit nullement être envisagée comme une "mise sous tutelle" des projets concernés. Bien au contraire, un des objectifs majeurs de la coopération, dont on rappelle qu'elle doit s'intégrer aux initiatives existantes, consisterait dans cette optique à contribuer à l'amélioration des projets caribéens dans leur conception, leur planification, la mise en place d'outils de suivi et d'évaluation et finalement dans leur présentation aux bailleurs de fonds potentiels.
… et aux méthodes et technologies innovantes
Cette même logique d'apport de compétences a vocation à concerner la réalisation des projets à travers la recherche de solutions innovantes et la mobilisation de ressources technologiques adaptées aux réalités de terrain. La dimension de valorisation pédagogique des projets a un rôle essentiel à jouer dans ce cadre. Le Coopérant jouerait auprès des entités locales un rôle de "courtier en informations et en technologies", mettant à contribution des réseaux hors de portée des acteurs locaux. Dans cette optique également, il est envisageable de recourir intelligemment aux ressources de l'Union européenne, mais également d'autres continents qui ont développé des solutions à leurs problèmes de développement. L'utilisation des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication constitue une perspective essentielle pour cela.
IV.4 - Champs d'action de la Coopération Solidaire
La Coopération Solidaire doit être pensée pour la Martinique comme une façon d'être de plain pied dans la Caraïbe, en capitalisant sur les opportunités offertes par les avatars d'une Histoire qui a longtemps joué contre le développement durable de cette région du monde. Elle peut donc être comprise comme une approche globale, concernant tous les champs de l'existant caribéen. Le passage à la mise en œuvre d'une telle politique implique pour sa part que des axes prioritaires cohérents, en nombre limité, soient définis pour les premières actions de terrain.
Les trois domaines retenus sont : 1° - le soutien aux institutions et collectivités; 2° - les droits humains et le développement social; 3° - les relations économiques.
IV.4.a - Soutien aux Institutions et Collectivités Publiques
Les institutions des pays de la Caraïbe, aussi bien au niveau national que local, souffrent souvent de carences graves en termes de moyens et de compétences, carences qui limitent leur capacité à prendre en charge de manière effective les besoins des populations en matière de santé, d'éducation, d'urbanisme, etc.
Les actions des bailleurs de fonds internationaux témoignent, selon leur obédience, de la diversité des logiques qui président à l'appréciation du développement institutionnel des pays caribéens : ajustements structurels et renforcements organisationnels peuvent, de ce point de vue, se succéder ou même se superposer, dans un contexte dont la souveraineté des Etats caribéens ne sort pas toujours indemne.
Au delà des aspects matériels, pour lesquels les moyens d'action directe de la Martinique seront limités, les besoins qui se manifestent et peuvent être satisfaits concernent aussi bien des expertises ponctuelles que le développement des compétences des agents à tous les niveaux hiérarchique, l'accent étant mis sur le milieu rural, où les structures se caractérisent souvent par leur manque de ressources.
Des ressemblances à valoriser
Dans ce contexte, la Coopération Solidaire martiniquaise doit avant tout se concevoir comme une volonté de contribuer aux orientations déterminées sur place, par la mise à disposition de compétences spécifiques en matière technique, juridique ou de gestion. Les éléments de similitude entre les collectivités publiques de la Martinique et des autres pays de la Caraïbe (conditions climatiques, conditions historiques de développement, caractéristiques comparables des populations et des modes de vie…) doivent de ce point de vue être regardés comme des atouts déterminants pour une telle politique, dont l'objectif sera le développement durable des ressources locales.
IV.4.b - Droits Humains et Développement Social
La notion de solidarité entre peuples de la Caraïbe, doit s'exprimer par une contribution aux expériences des premiers acteurs du développement, à savoir les populations. Bien que les contextes politiques et sociaux soient extrêmement variés selon les pays de la région, partout les organisations de la société civile tentent de pallier aux insuffisances d’Etat limités en moyens, par un travail considérable de formation et d'encadrement des secteurs les plus vulnérables de la population (alphabétisation, éducation sanitaire ou civique…), et par la réalisation de micro-projets de développement local.
Apporter une aide aux initiatives de la base
L'enjeu fondamental de ces initiatives est de lutter contre les facteurs de désagrégation du corps social issus d'un environnement urbain en crise permanente, ou de permettre un développement durable et une structuration des espaces ruraux qui en fassent des lieux de vie plus acceptables, limitant ainsi les phénomènes migratoires. La nécessité d'inventer perpétuellement des modes de participation de la population qui dépassent le cadre formel de la démocratie représentative et la problématique de la promotion féminine apparaissent naturellement, dans ces processus, comme des objectifs primordiaux.
Les principaux problèmes de ces entités tiennent à leur faiblesse organisationnelle (manque de personnel, de formation, déficiences de la formulation des objectifs et de la stratégie), doublée d'une recherche de financements souvent compromise par des difficultés à satisfaire les critères d’allocation fixés par les bailleurs de fonds. Une politique de coopération peut être réellement novatrice si elle ambitionne d’accompagner ces groupes de base (organisations de base, comités de quartier, coopératives agricoles ou artisanales, groupes religieux ou culturels) pour les aider à atteindre leurs objectifs.
L'extrême richesse des expériences et des recherches qui peuvent être menées dans ce cadre sur le fonctionnement des sociétés et la réalité du développement pourrait constituer, à elle seule, une motivations suffisante pour entreprendre de telles actions. Plus fondamentalement, de telles expériences seront de nature à nourrir en Martinique et ailleurs de nécessaires réflexions sur le fonctionnement des sociétés et les valeurs de la démocratie.
IV.4.b - Prospection Commerciale et Transferts Technologiques
L’exiguïté des marchés locaux et la faiblesse de la demande solvable sont souvent considérés comme des facteurs limitant le développement des entreprises de la Caraïbe. On a précédemment démontré que la carence de réseaux commerciaux performants spécifiques à la Caraïbe relègue les échanges actuels au niveau de l'informalité et des spéculations ponctuelles. Un objectif stratégique pour le développement de la coopération économique doit donc être l'établissement de réseaux caribéens.
Créer des réseaux économiques
Une coopération économique ambitieuse doit se fixer pour objectifs le développement de courants d'affaires et la facilitation d'échanges technologiques entre les entreprises martiniquaises et leurs homologues caribéennes. Le positionnement de coopérants en interface entre des entreprises de Martinique et leurs homologues caribéennes, ou leur intégration au sein des institutions consulaires locales ou mixtes sont de nature à permettre, davantage que les visites ponctuelles actuellement organisées, la recherche efficace de complémentarités et la prospection d'opportunités d'affaires, à travers l'établissement de liens de confiance et une connaissance approfondie et opérationnelle des marchés locaux.
Divers modes d'action peuvent être retenus pour parvenir à cet objectif de développement des réseaux à finalité économique : mise à disposition d'experts techniques, permettant une amélioration des processus de production, du marketing ou des méthodes de commercialisation; missions de prospection commerciale, participation à l'organisation de manifestations à finalité économique (salons, foires…); transferts de technologies dans le cadre de prestations ponctuelles ou de joint-venture, pouvant également intégrer les pôles de compétences tels que centres de recherche, institutions de formation…
Il serait prématuré de prétendre figer ici les modalités d'une coopération économique qui, quels que soient les dispositifs et ressources mis à disposition, ne recevra de réelle impulsion que de la volonté des acteurs du monde de l'entreprise. C'est en partenariat avec ces agents économiques que devront être précisément définis les dispositifs les plus susceptibles de réaliser le potentiel de la Martinique en termes d'échanges avec l'espace caribéen.
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V - PENSER UNE STRUCTURE DEDIEE A LA COOPERATION REGIONALE
La nécessité de doter la Coopération Régionale martiniquaise d'un outil opérationnel s'impose pour assurer la continuité des actions de terrain et le développement de partenariats de long terme avec les pays de la Caraïbe. Il est bien entendu que la définition des orientations stratégiques et le choix des actions entreprises relèvent de choix politiques, qui seront effectués par les institutions dont dépendra cette structure. Un certain nombre de points peuvent cependant être dégagés dès à présent.
V.1 - Finalités d'une structure dédiée à la coopération
La mise en place d'une agence martiniquaise de coopération constituera nécessairement un processus pragmatique et exploratoire, qui permettra au fur et à mesure de cerner les fonctionnalités les plus nécessaires, de constituer les réseaux et de détecter les ressources humaines nécessaires à son développement. Cette structure sera également évolutive, en fonction des priorités qui lui seront fixées par ses instances de référence, des demandes qui lui seront adressées, et des résultats d'une évaluation permanente de son fonctionnement et de sa stratégie. Les partenariats qu'elle nouera avec diverses institutions tant en Martinique que dans la Caraïbe, dans l'Hexagone et en Europe auront également un impact sur cette évolution.
Un rôle d'encadrement, de facilitation et d'information
Il apparaît possible de désigner les premières fonctionnalités de cette Agence de Coopération :
L'Agence constituera un outil de terrain dédié à l'organisation logistique, à l'encadrement et au suivi d'actions de coopération, de prospection commerciale et de transferts de technologies, reposant sur des partenariats entre structures martiniquaises et caribéennes. Elle assurera l'accueil et éventuellement l'hébergement des Coopérants et des partenaires, constituant leur principale référence tout au long de leurs missions dans la Caraïbe et leur apportant un soutien constant.
Référence des partenaires locaux des actions de coopération, l'Agence assurera avec eux et avec leurs homologues martiniquais la préparation, le suivi et l'évaluation des actions entreprises.
La constitution d'un centre de ressources documentaires, la publication régulière de rapports, d'analyses thématiques, de reportages, et la valorisation des travaux de recherche réalisés dans le cadre de son fonctionnement, ou qui viendraient en sa possession conduiront l'Agence à constituer une mémoire de la coopération et des échanges caribéens. Celle-ci pourra faire l'objet d'un rapport périodique présentant un tableau aussi exhaustif que possible des actions détectées.
Un travail de production (études de marché) et de diffusion des informations économiques est également envisageable. Ces actions devront être menées en partenariat étroit avec les centres de formation et de recherche et les institutions consulaires.
L'Agence doit donc être perçue comme un outil privilégié de la Coopération Régionale des collectivités locales martiniquaises, qu'il s'agisse des assemblées locales ou des communes. De ce point de vue, la structure offrira un cadre privilégié pour le développement à moindres frais de la coopération opérationnelle : visites d'équipes techniques, échanges d'élèves, d'artistes ou de sportifs
Dans la mesure de ses possibilités, l'Agence assurera donc, dans les pays où elle sera présente, des prestations de préparation des visites des acteurs martiniquais de la Coopération : réservations, prises de contacts…
Des rapports et analyses successifs (Rapport CRUSOL au CES en 1991, Mission de Coopération et d'Action Culturelle Française en Haïti en 1998) mettent l'accent sur les carences en terme de communication et de coordination entre le réseau diplomatique français et les institutions des Départements Français des Amériques. Des initiatives récentes, comme les visites programmées des Ambassadeurs en poste dans la Caraïbe, marquent la pleine prise de conscience de cet état de fait.
Au delà des problématiques politiques déjà évoquées sur la question de la coexistence, difficile à envisager pour certains, des logiques européenne et caribéenne dans ce cadre, il apparaît aux observateurs avertis que l'ensemble des partenaires d'un tel processus bénéficieront d'une meilleure circulation des informations entre le réseau diplomatique et consulaire français (ambassades, postes d'expansion économique, chambres de commerces mixtes…) et les institutions et organisations civiles martiniquaises. Meilleure connaissance des opportunités économiques, facilitations des échanges culturels et optimisation des opérations de solidarité peuvent être attendus.
En conséquent, il apparaît normal que la présence de coopérants martiniquais dans les institutions diplomatiques françaises, préconisée par le Rapport CRUSOL dès 1991, soit envisagée comme un des axes de développement de l'Agence de Coopération.
V.2 - Un projet reposant sur les jeunes Martiniquais
Le développement d'actions de coopération significatives dans l'espace caribéen suppose la participation de personnes compétentes, maîtrisant des langues comme l'anglais, l'espagnol et le créole, dynamiques, réactives, dotées de bonnes capacités d'adaptation et d'une grande disponibilité, pour des missions s'inscrivant dans la durée. Ces critères conduisent à penser, sans qu'il faille faire de l'âge un facteur discriminant, que les Coopérants seront pour l'essentiel de jeunes professionnels attirés par une expérience internationale stimulante.
Le terme de "Coopérants", employé jusqu'ici, décrit une réalité correspondant dans une certaine mesure aux formes internationales du Service National (CSN). Les évolutions futures de ce dispositif doivent être observées avec attention car elle peuvent être envisagées comme cadre de référence pour le développement de dispositifs dans le cadre de la Coopération martiniquaise.
Objectif : renouvellement constant des équipes
Le caractère novateur et la forte attractivité des activités proposées aux Coopérants martiniquais sont de nature à assurer un nombre important de candidatures. Le fait d'être sélectionné et intégré à la structure ne doit pas être perçu comme un privilège réservé à quelques heureux bénéficiaires, qui en tireraient des bénéfices durables. En un mot, il ne s'agit pas de créer une nouvelle "fonction publique", mais bien au contraire de permettre au maximum de jeunes talents martiniquais d'accéder, pour une durée significative, à une expérience de premier ordre.
Un des objectifs du fonctionnement de l'Agence doit donc être le renouvellement constant de ses effectifs, à tous les niveaux hiérarchiques, pour en faire une "pépinière" offrant une expérience à un nombre aussi grand que possible de personnes.
V.2.a - L'expérience caribéenne : une perpective séduisante
La conscience de notre identité caribéenne est une réalité de plus en plus affirmée au sein de la population martiniquaise, et plus particulièrement de la jeunesse qui vit sans complexes la participation de la Martinique à des solidarités diverses et maîtrise de façon pragmatique les paramètres et les manifestations de la mondialisation. Une expérience de travail exigeante, au contact des réalités de terrain et des cultures caribéennes, est de nature à susciter l'enthousiasme de la jeunesse martiniquaise et à provoquer un afflux de candidatures de valeur.
De plus, institutions et entreprises reconnaissent et apprécient ce que de telles expériences peuvent apporter à de jeunes professionnels : maturité, sens pratique, esprit d’initiative, créativité, valeurs d’engagement et de solidarité. A travers l’exercice de responsabilités partagées, les coopérants auront la possibilité de s’affirmer comme capables de prendre en charge le défi du développement de la Martinique.
V.2.b - Un recrutement élitiste pour des objectifs ambitieux
La proposition du Rapport FRAGONARD relative au "Contrat Initiative Jeune" apparaît aux yeux de certains décideurs comme un outil possible de développement de la Coopération Régionale. Il semble cependant nécessaire d'y apporter un regard extrêmement critique avant d'exposer plus avant les conditions de recrutement des coopérants et de remettre en cause quelques idées reçues sur la mobilité régionale.
Rapport FRAGONARD : Une proposition qui manque d'ambition
En proposant que, dans le cadre d'un "Contrat Initiative Jeunes", des Martiniquais de moins de trente ans se voient encouragés, grâce à une subvention de 2000 Francs par mois, à s'installer dans la Caraïbe, le Rapport FRAGONARD entend présenter un dispositif à même de favoriser, entre autres, "la prospection ou la prise d'un emploi hors du département" et "la prospection de marchés, en particulier dans la zone géographique avoisinante". Un rapide calcul basé sur un effectif de 10 000 bénéficiaires l'amène à estimer le coût annuel d'une telle mesure à 360 Millions de Francs.
Le fait que l'auteur du rapport n'ait pas intégré à ce calcul le coût probable des structures locales et internationales à mettre en place pour assurer le suivi d'un tel dispositif, ou qu'il ait largement sous-estimé les effets d'aubaines inévitables dans un contexte où la circulation des personnes est à la fois aisée et difficile à contrôler (à moins d'interdire l'entrée du territoire martiniquais aux bénéficiaires pendant la durée de leur contrat !) ne sont pas les problèmes les plus importants d'une telle proposition. Le risque majeur d'un tel dispositif, au vu des résultats de l'application du RMI tant en Hexagone que dans l'Outre-Mer (insuffisance notoire du suivi et du volet "insertion"), est qu'il sombre dans un fiasco dû au manque d'ambition du dispositif et aux stratégies informelles des bénéficiaires.
Un tel dispositif est voué à l'échec dans la mesure où, du fait de la modicité des revenus proposés, les jeunes Martiniquais(es) les plus capables (diplômés des grandes écoles, troisièmes cycles universitaires…) arbitreront en faveur de perspectives professionnelles économiquement plus motivantes : recrutement par des entreprises locales ou multinationales … ou intégration à la fonction publique !
Mobiliser les meilleurs autour d'un objectif ambitieux
Si l'on considère l'impact extrêmement positif d'un dispositif comme celui des Coopérants du Service National (CSN) en terme de constitution de réseaux internationaux pour les entreprises françaises, ou de formation des cadres qui ont pu accéder à cette voie, il faut être conscient que les conditions proposées (indemnités confortables, exercice de responsabilités dans des structures existantes, possibilité d'embauche à terme…) ont su drainer les meilleurs éléments de la jeunesse française pour en assurer le succès. C'est ce type de dynamique qu'il importe de mettre en œuvre si l'on entend que les plus capables des jeunes Martiniquais(es) contribuent au développement de la Coopération Régionale.
Le développement progressif d'un réseau caribéen doit être conçu comme un projet ambitieux, dont le succès reposera sur l'excellence des ressources humaines martiniquaises mobilisées. Un niveau de rémunération motivant (de 150% à 200% du SMIC) est le corollaire d'une telle politique.
Lutter contre la fuite des cerveaux
Enfin, il convient de faire un sort au récent concept de "mobilité régionale" qui prétend que la Martinique ne créant pas suffisamment d'emplois, ses jeunes diplômés doivent être prêts à s'expatrier dans la Caraïbe, où leur compétence leur permettra de s'insérer à un niveau professionnel compensant la différence des niveaux de vie. Tous les pays de la Caraïbe, même les plus pauvres, produisent des élites de niveau mondial, dans tous les domaines d'activité. Le fait est que les conditions économiques locales, en particulier l'inertie des économies et des milieux d'affaires, les conduisent à choisir, faute de perspectives, à s'expatrier, pour le plus grand bénéfice des firmes multinationales qui mettent en place des junior training programs pour les attirer. Il ne saurait être question d'exporter des informaticiens martiniquais en Haïti pour y remplacer les informaticiens haïtiens installés dans la Silicon Valley.
L'objectif d'une politique de Coopération Régionale martiniquaise doit être de dynamiser le tissu économique local par l'insertion d'éléments dynamiques, dotés d'une expérience enrichissante et de réseaux caribéens qu'ils mettront à profit pour le développement des entreprises dans lesquelles ils s'intégreront, ou qu'ils seront amenés à créer un jour. L'insertion professionnelle ultime des coopérants martiniquais doit être envisagée en priorité en Martinique.
V.3 - Statut et perspectives de financement
Les perspectives de financement d'une Agence de Coopération Martiniquaise dépendent de la forme juridique retenue pour une telle structure, et des institutions qui s'engageront dans son développement.
V.3.a - Statut de l'Agence et de son personnel
Dans un premier temps, la forme d'une association à but non lucratif (de type Loi 1901) semble la plus appropriée pour permettre une certaine adaptabilité à l'évolution des missions et des terrains d'intervention, avant que la forme finale de la structure ne soit déterminée.
A terme, cependant, la forme d'un établissement public semble le mieux convenir aux objectifs de pérennisation et de crédibilisation de la structure.
Personnel : un statut de droit privé
En ce qui concerne le statut du personnel de l'Agence, deux facteurs, le souci de maîtrise des effectifs de la Fonction Publique Territoriale et l'objectif de rotation des ressources humaines, conduisent à privilégier pour l'ensemble des postes des contrats de droit privé, à durée déterminée. Tandis que les Coopérants seront recrutés pour la durée de leur mission (de 6 à 18 mois), les Coordonnateurs le seront pour une durée que l'on peut fixer a priori à 3 ans. En termes de recrutement, une place pourra être faite aux fonctionnaires des administrations centrales ou des collectivités locales en situation de disponibilité, selon des modalités spécifiques.
Concernant le budget de l'Agence, trois sources de financement peuvent être envisagées : subventions publiques, dispositifs d'aides aux entreprises et commercialisation de produits d'information.
V.3.b - Subventions publiques
Les activités envisagées par l'Agence correspondent à des orientations politiques qui font l'objet d'un large consensus et sont proclamées prioritaires tant par les collectivités locales (Conseil Général, Conseil Régional) que par le gouvernement (Secrétariats d'Etat à la Coopération et à l'Outre-Mer) et par l'Union européenne (POSEIDOM, …). Les perspectives de financement par ces trois niveaux institutionnels sont à envisager avec optimisme, sous réserve de leur adhésion à un projet cohérent et rigoureux.
Les frais relatifs au fonctionnement de la structure (loyers, équipement, transport, télécommunication…) et à sa coordination (salaires des cadres) relèvent directement, dans cette logique, de financements publics.
En ce qui concerne l'indemnisation des Coopérants, plusieurs logiques vont a priori cohabiter. Pour les filières "Soutien aux institutions publiques" et "Droits Humains et Développement Social", correspondant à des orientations définies par les institutions, les financements publics semblent à privilégier également, dans un cadre correspondant à l'indemnisation des Coopérants du Service National. Les structures martiniquaises susceptibles de devenir partenaires de ces actions, qui sont dans leur grande majorité des associations à but non lucratif, reposant de plus sur le bénévolat des membres, sont généralement peu susceptibles de prendre à leur charge de tels frais supplémentaires. Il est d'ailleurs avéré qu'elles ont recours pour leur propre fonctionnement à la mobilisation des lignes budgétaires de l'Etat et des collectivités locales correspondant à leur domaine d'intervention.
Pour la filière "Prospection Commerciale et Transferts Technologiques", plusieurs logiques sont appelées à cohabiter du fait de la diversité prévisible des missions des Coopérants, tant du point de vue du cadre (institutions ou entreprises) que de leur finalité et de leur durée. En ce qui concerne la Coopération entre entreprises, la prise en charge du salaire des Coopérants doit être envisagée comme relevant au moins pour partie des entreprises partenaires, aussi bien en Martinique que dans la Caraïbe. Il s'agit là tant de limiter les effets d'aubaine que de placer dès le départ l'action de coopération entre les entreprises dans une logique économique favorable à l'insertion professionnelle ultérieure du Coopérant. Dans cette optique, et dans un but de facilitation, il peut être envisagé que l'Agence se limite à prendre en charge le logement et la couverture sociale des Coopérants pour assurer un certain degré de sérénité aux missions, dans leur phase initiale au moins.
V.3.c - Dispositifs d'aide aux entreprises
Un ensemble de dispositifs, alimentés par des lignes budgétaires des collectivités locales ou des administrations centrales, sont mis à la disposition des entreprises désireuses d'entreprendre des activités d'exportation, d'investir à l'international, ou tout simplement de recourir aux services de consultants spécialisés (Aides Régionales au Conseil). L'Agence de Coopération pourrait faciliter l'accès des entreprises à ces ressources financières, dans le cadre de missions confiées à des Coopérants. Il pourrait s'agir ainsi d'amorcer l'insertion professionnelle de ces Coopérants, soient qu'ils constituent ainsi leur propre clientèle, soit qu'ils soient en fin de compte recrutés par l'entreprise au développement de laquelle ils auront travaillé.
V.3.d - Diffusion de produits d'information
Les impératifs de constitution et d'animation d'un réseau caribéen, de même que les finalités pédagogiques de la Coopération Solidaire, impliquent une activité éditoriale régulière pour l'Agence : publication de rapports, d'analyses, de reportages sur les projets entrepris et sur les réalités de terrain.
En plus d'un bulletin de liaison entre ses divers partenaires, il est naturellement envisageable que l'Agence commercialise également une revue périodique, destinée au grand public et consacrée aux réalités économiques, culturelles et sociales de la Caraïbe. Les revenus tirés de la vente de produits d'information apparaissent a priori comme marginaux dans le budget de fonctionnement de l'Agence.
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VI - FONCTIONNALITES ET MODES D'ACTION DE L'AGENCE
S'il est entendu que les finalités d'une structure dédiée à la Coopération Régionale doivent être définies par les institutions qui prendront en charge son développement, l'observation des institutions similaires existantes, de leur mode d'action, et la prise en compte des réflexions des opérateurs de terrain permettent de dégager des axes de travail susceptibles de rassembler un large consensus.
VI.1.a - Faire exister des partenariats de coopération par le biais de missions de terrain
Ces missions s'inscriront dans la durée (jusqu'à 18 mois, selon les filières) et consisteront en un travail de terrain axé sur la mise à disposition de compétences, dans une finalité de développement des projets des entités concernées (organisations civiles, entreprises) et de leurs échanges caribéens.
En établissant, de façon couplée, des partenariats concernant à la fois une entité martiniquaise (institution, collectivité, organisation civile ou entreprise) et son homologue d'un pays caribéen, l'Agence agira entre ces deux structures comme une interface. Ces partenariats se matérialiseront premièrement à travers le travail de terrain des Coopérants, dont une des fonctions sera de faciliter le développement des échanges entre les structures.
VI.1.b - Faciliter la mise en place des actions de coopération martiniquaises
La présence d'une structure martiniquaise pérenne dans un pays de la Caraïbe est de nature à contribuer de façon déterminante au développement des échanges et de la coopération avec le pays concerné. Constituant une référence lors de la préparation et de la réalisation des actions (échanges scolaires, visites de terrain, actions de solidarités, missions techniques…), le bureau local de l'Agence jouera un rôle déterminant dans le succès des actions entreprises par les institutions, collectivités, organisations civiles et entreprises martiniquaises en direction de la Caraïbe.
La nature des prestations (fourniture d'information, conseil, organisation logistique de voyages, prises de rendez-vous…) dépendra bien entendu des attentes des structures concernées, et éventuellement des institutions finançant ces opérations, s'ils sont partenaires de l'Agence. Une collectivité subventionnant une action de solidarité pourrait par exemple être intéressée par une prestation de suivi et d'évaluation de cette action.
VI.1.c - Animer un réseau international axé sur la coopération et le développement
La mobilisation des financements et des ressources diverses nécessaires tant pour l'Agence que pour le développement des projets de ses partenaires martiniquais et caribéens sera l'occasion de développer des réseaux institutionnels au niveau national, européen et international.
Les partenariats pédagogiques et les échanges d'information avec diverses structures participent de la même logique, ce qui permet d'envisager l'Agence comme animant un véritable réseau international facilitant la mise en relation de partenaires potentiels. La publication d'un bulletin périodique, une politique systématique de prise de contacts, la diffusion de rapports, d'articles, de reportages, etc. doivent constituer une des principales activités de l'Agence.
La constitution d'un véritable carnet d'adresses sera un des résultats les plus probant, aussi bien pour la structure que pour les coopérants et les partenaires. Ce répertoire des organismes, sources d'information et ressources humaines susceptibles d'être mobilisés constituera à terme une véritable banque de compétences dans laquelle les divers partenaires seront invités à puiser pour satisfaire leurs besoins en matière de ressources humaines, d'informations, de financements…
VI.1.d - Développer des prestations d'étude et d'information
Tirant parti de sa position privilégiée, l'Agence a vocation a fournir des prestations diverses, en fonction de ses possibilités : études de marché, recherche de partenaires commerciaux, facilitation de participations à des manifestations…
Le travail de terrain des coopérants, ainsi que la constitution et l'animation de réseaux locaux et internationaux permettent également à l'Agence d'éditer de façon périodique des produits d'information orientés vers le grand public, ou vers des clients professionnels : revue, analyses sectorielles, rapports, articles de presse, reportages…
VI.2 - Contenu des partenariats de coopération
VI.2.a - Objectifs de la mise à disposition de compétences
La coopération régionale doit être envisagée comme une mode concret de manifestation de la solidarité caribéenne de la Martinique. Le travail de terrain, aux côtés des entités locales œuvrant pour le développement de leur pays, s'impose dès lors comme une évidence. De plus, une approche respectueuse des réalités et des réalisations des peuples caribéens commande de préférer une participation aux actions déjà entreprise à l'implantation ex nihilo de nouvelles initiatives.
La présence d'un coopérant a dans ce cadre pour objectif de faciliter l'accès à certaines ressources (formations, expertise, financements, réseaux…), d'enrichir les processus par un regard et des méthodes de travail extérieurs, qui s'enrichiront dans le processus. Il est essentiel de redéfinir le rôle du coopérant "Je-sais-tout" en celui d’un compagnon de route qui cherche avec les populations de nouvelles façons de gérer les problèmes locaux de manière autonome.
Dans cette optique, il est possible de définir a priori des tâches pouvant être attribuées aux Coopérants, en fonction de leurs compétences propres, de celles disponibles dans l'organisation partenaire et du cadre fixé pour la coopération.
VI.2.b - Avec les Institutions et Collectivités Publiques
En fonction des partenariats établis par les collectivités martiniquaises, les partenaires locaux seront, dans le cadre réglementaire actuel, des municipalités et communautés urbaines. Les exemples de partenariats sont nombreux à ce jour et ont été cités plus haut.
Il n'est cependant pas exclu que l'action de l'Agence s'intègre également aux actions de coopération institutionnelle menées par le réseau diplomatique français, et concerne donc les administrations centrales de certains pays.
Deux axes peuvent être identifiés pour ces actions de coopération et d'assistance technique :
- Apport d'expertise technique ponctuelle (urbanisme, développement des services publics…)
- Contribution au développement de solutions novatrices, en liaison avec des processus similaires ou comparables en Martinique.
VI.2.c - Avec les organisations civiles (Volet DH - Développement Social)
Les partenaires concernés a priori sont sur place les organisations civiles de défense des Droits Humains et de développement social, actives en milieu urbain ou rural. Il peut s'agir de travailler avec une organisation, ou avec un groupes d'organisations poursuivant des objectifs compatibles et constituées en réseau.
Du côté de la Martinique est attendue une implication des institutions de formation ou d'action sociale, des organisations civiles, des organisations syndicales et religieuses... L'objectif du partenariat est, en Martinique, de nourrir les réflexions et les pratiques de terrain par une confrontation avec les réalités et réalisations d'un autre pays de la Caraïbe et de développer le sentiment de solidarité caribéenne parmi les membres des entités concernées, ainsi que dans l'ensemble de la population.
Les visites de terrain, échanges culturels et opérations d'assistance bénéficieront du fait de l'Agence d'un cadre facilitateur.
Le travail concret des Coopérants pourra s'organiser autour des axes suivants, concourant au développement des partenaires locaux :
- Constitution ou développement de la mémoire de l'organisation, de son contexte d'évolution et de ses réalisations
- Formalisation des projets et aide à la constitution des dossiers de financement, notamment auprès des bailleurs internationaux
- Développement des méthodes et formation des effectifs
VI.2.d - Avec les entreprises (Volet Prospection commerciale et Transferts de Technologie)
Dans le cadre des partenariats d'entreprises, les candidates sont clairement des entreprises martiniquaises désireuses d'initier ou d'amplifier leur ouverture sur la Caraïbe, en développant des courants d'affaires et des échanges technologiques avec leurs homologues de la Caraïbe.
L'existence d'une structure pérenne, dédiée aux échanges économiques, constitue également une opportunité pour les organisations consulaires martiniquaises, locales et mixtes (Chambres de commerce franco-locales…) La perspective de coopérants recrutés pour le développement des relations entre institutions consulaires s'impose comme une évidence.
Là encore, trois axes de travail peuvent être dégagés :
- Prospection commerciale bilatérale et développement de courants d'affaires par le biais d'actions ponctuelles
- Recherche d'information et identification des opportunités d'affaires
- Amélioration des processus de production et transferts de technologie, dans le cadre de prestations ponctuelles, ou de recrutements par les entreprises caribéennes (ou par la création de joint ventures avec des entreprises martiniquaises).
Pour les trois volets d'activité de l'Agence, l'existence de réseaux de parrainage des Coopérants semble un facteur essentiel pour le bon déroulement de leur mission (tutorat, soutien méthodologique) et pour leur insertion professionnelle ultérieure.
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VII - RECRUTEMENT ET PARCOURS DES COOPERANTS
L'idée de partir en mission dans un pays étranger, au contact d'une autre culture et d'une autre réalité, séduit depuis qu'ont été médiatisées les expériences des "French Doctors". Le romantisme n'est cependant pas seul à avoir droit de cité dans ces projets. De plus en plus, les institutions et les entreprises reconnaissent et apprécient ce que de telles expériences peuvent apporter à de jeunes professionnels : maturité, sens pratique, esprit d'initiative, créativité, valeurs d'engagement et de solidarité.
En conséquence, le recrutement des coopérants devra se caractériser par sa sélectivité. La réussite d'une entreprise comme le développement de la Coopération de la Martinique réclame en effet de ses acteurs compétence, dynamisme, créativité, adaptabilité et disponibilité.
VII.1 - Recrutement et Formation des Coopérants
VII.1.a - Une sélection drastique
La sélection des femmes et des hommes appelés à représenter la Martinique auprès des peuples de la Caraïbe devra être basée tant sur l'excellence de leurs compétences que sur leurs savoir-être : capacités de communication, sens des relations humaines et du travail en équipe, capacité à concevoir et à gérer un projet, à s'impliquer dans une action en fixant des objectifs ambitieux, etc.
Le niveau de formation constitue un premier critère : seront retenus dans cette optique les titulaires de diplômes de deuxième ou de troisième cycle de l'enseignement supérieur (Bac +4 ou +5), une place étant faite également aux titulaires d'un Brevet de Technicien Supérieur. A côté de cette approche académique, le recrutement devra savoir faire une place à des profils caractérisés par la qualité de leur expérience personnelle (engagement associatif, service militaire…) et professionnelle.
Un processus en deux temps
En plus de l'étude des dossiers de candidature classiques (curriculum vitae, lettre de motivation, personnes de référence…), la procédure de sélection inclura une session combinant travail personnel et travail en équipe. Réalisation de dossiers de synthèse, présentations orales et mises en situation (jeux de rôles) permettront de mieux évaluer les capacité d'analyse, l'aisance relationnelle et le sens collectif des candidats.
Il va sans dire que la maîtrise à l'oral et à l'écrit des langues anglaise et espagnole sera évaluée.
VII.1.b - Formation : Le terrain en perspective
Compte tenu des exigences des activités de coopération au développement, la maîtrise de savoir-faire essentiels doit être évaluée et au besoin optimisée : gestion participative de projets, conduite de réunions, montage de projets, rédaction de rapports et de notes de synthèse, communication et utilisation de l'outil informatique.
L'acquisition de quelques techniques de base (logistique, premiers gestes de secourisme...) complétera utilement une telle formation qui se déroulera idéalement sous forme d'une expérience de groupe (de type séminaire résidentiel), de nature à créer des liens entre les membres d'une même promotion.
A l'arrivée sur le terrain, il est essentiel que les 2 ou 3 premières semaines du séjour du(de la) Coopérant(e) soient consacrées à son immersion dans la réalité locale, et à la constitution de ses réseaux institutionnels et personnels. Présentations formelles aux personnalités et aux institutions, expériences spontanées et autonomes, visites de terrain doivent alterner et faire l'objet d'une évaluation continue. Le rôle de l'encadrement sera à cet égard déterminant, puisqu'il devra veiller au bon "démarrage" de chaque mission.
VII.2 - Un parcours progressif et modulaire
Le parcours des coopérants est conçu pour se dérouler sur un à trois modules de 6 mois chacun, pouvant correspondre à divers degrés de responsabilité et d'autonomie. La définition des objectifs de chaque module et les procédures d'évaluation et de planification qui l'accompagnent, ainsi que les transitions permettent de formaliser l'encadrement et d'impliquer au maximum le coopérant dans la construction de son parcours. Une telle construction constitue également un gage d'adaptabilité à la fois des missions et de la présence sur le terrain de l'Agence.
Des parcours différents selon les filières
Les filières "Soutien aux Institutions et Collectivités Publiques" et "Droits Humains et Développement Social" semblent être prédisposées à des missions sur deux ou trois modules, permettant aux coopérants d'acquérir une véritable expertise de terrain et d'organiser sur la durée le développement et la pérennisation de leurs réalisations.
La filière "Prospection Commerciale et Transferts de Technologie", pour sa part, pourra, selon les objectifs fixés par les entreprises partenaires, se limiter à un module de six mois, durée suffisante pour permettre l'établissement de relations d'affaires et assurer l'insertion professionnelle des coopérants. Il s'agit en effet d'éviter, par une mise à disposition trop prolongée, la recherche systématique d'aubaines qui se matérialiseraient au détriment de l'Agence et des Coopérants. L'objectif recherché est donc une intégration aussi rapide que possible des Coopérants dans l'une ou l'autre des entreprises, voire les deux, en cas de joint-venture. Des missions plus longues (en institutions consulaires) ou plus courtes (autour de manifestations ponctuelles) peuvent également être envisagées.
Au terme d'une expérience exigeante de 12 à 18 mois, les coopérants auront fait la preuve de leurs capacité à relever des défis et à développer des solutions dans des conditions parfois difficiles. On attendra encore d'eux des efforts supplémentaires.
Objectif N°1 : Insertion professionnelle
L'objectif principal à la sortie de la mission est l'insertion professionnelle, par la médiatisation des expériences et par le recours aux réseaux développés dans les entreprises et les institutions, tant par les coopérants que par l'Agence. Ces entreprises et ces institutions auront la certitude de disposer de cadres de valeur, à même de contribuer efficacement au développement de leur structure et de lui donner une dimension véritablement caribéenne.
L'insertion professionnelle des coopérants est envisagée prioritairement en Martinique, mais il n'est évidemment pas à exclure que certains choisissent de s'installer dans le pays où ils auront travaillé … ou ailleurs. Dans tous les cas, leur expérience aura dotée les coopérants de réseaux caribéens leur permettant une mobilité ponctuelle en fonction des besoins de l'entreprise ou de l'institution (colloques, missions exploratoires, visites de terrain…). Le carnet d'adresse de l'Agence leur sera ouvert, à travers par exemple la constitution d'une "Association des Anciens".
Contribuer au développement de l'Agence de Coopération Régionale
Un travail fondamental d'analyse, d'évaluation et de proposition est attendu du coopérant. A travers la valorisation pédagogique de son expérience (rédaction d'un mémoire), et également sous d'autres formes, il sera attendu de lui qu'il remette en cause de manière constructive la structure de coopération, son fonctionnement, ses interactions avec les milieux caribéens et avec ses partenaires. Ce travail sera essentiel pour construire une " mémoire" de la coopération.
Constituer une "Banque de Compétences"
Le plan de développement sur 6 ans de l'Agence fait apparaître que sur cette période, un minimum de 100 personnes, Coordonnateurs, coopérants et Assistants, auront été mobilisés pour des périodes allant de 6 mois à 3 ans ou plus.
Il apparaît essentiel de valoriser les informations rassemblées lors du fonctionnement de l'Agence, qu'il s'agisse du recrutement du personnel ou des recherches effectuées pour le développement des projets, en constituant une base de données ouvertes aux entreprises, institutions et organisations recherchant des compétences caribéennes pour leur développement. Des partenariats avec l'Agence Nationale pour l'Emploi, l'Association pour l'Emploi des Cadres et les cabinets de conseil en recrutement de l'ensemble de la Caraïbe doivent être envisagés en ce sens.
VII.4 - Partenariats pédagogiques
De même que les réflexions théoriques doivent se nourrir de l'observation et de l'analyse des réalités de terrain pour échapper à la spéculation stérile, l'action concrète doit s'appuyer sur un travail de réflexion et de conceptualisation dynamique, pour ne pas se limiter à un pragmatisme répétitif et sans perspectives.
Les projets de coopération ont vocation à constituer des objets d'étude, parallèlement à leur développement.
Le partenariat des institutions de formation, en Martinique comme dans les pays d'accueil, constitue de ce fait une évidence, et peut être envisagé de diverses façons, selon la nature du projet.
VII.4.a - Intégration de l'expérience de coopération dans un cursus de formation
Une expérience en coopération d'une durée compatible à la fois avec les impératifs de l'enseignement supérieur et avec un objectif d'efficacité réelle peut être réalisée sur une durée de 5 à 6 mois. Il est donc envisageable que l'Agence propose aux étudiants des stages de cette durée, correspondant à un module classique.
De telles expériences pourront être proposées une fois que l'implantation de l'Agence sur son terrain d'intervention sera bien assurée. Seront concernés a priori des stagiaires de niveau Bac +3 ou +4 : Licence, Maîtrise, fin de cursus en Ecole de Commerce ou d'Ingénieur. L'ouverture de telles opportunités à des Techniciens Supérieurs en cours de formation, ou à des personnes en formation continue, n'est cependant pas à exclure.
VII.4.b - Accès aux ressources pédagogiques des institutions de formation
Le développement des actions de coopération, en même temps qu'il donne lieu à la production de travaux de réflexion théorique et de recherche, sera l'occasion pour que soient identifiées les lacunes éventuelles des coopérants. La préparation des missions est a priori le moment ou un bon nombre de ces lacunes émergeront. Des partenariats doivent être établis avec les institutions de formation de Martinique pour répondre à ces besoins.
Des procédures souples et réactives doivent être mises en place pour assurer la formation complémentaire des coopérants ou l'encadrement de leur travail de recherche. L'organisation de tutorats et de séminaires spécifiques semble le type de solutions à adopter.
Envisager la création de certificats
Si les stages en coopération s'intègrent par définition dans les objectifs des institutions de formation et de recherche, il doit être envisageable de sanctionner les expériences des autres coopérants qui développeraient un travail de recherche suffisamment remarquable, par un certificat validant leur mémoire et leur expérience, et ouvrant éventuellement la possibilité d'accéder par équivalence à un cursus de formation supérieure.
Partenariats possibles
- Université des Antilles et de la Guyane
(particulièrement les centres de recherche : CRPLC, CEREGMIA, GEODE Caraïbe…)
- Ecole Internationale des Affaires et du Management (E.I.A.M.)
- Chambre de Commerce et d'Industrie de la Martinique
(notamment pour les formations en langues)
- Lycées d'Enseignement Secondaire ou Technique
(en particulier les Sections de Techniciens Supérieurs)
- Centre de Formation Professionnelle des Adultes
- Centres de formation professionnelle privés
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VIII - ORGANISATION DE L'AGENCE DE COOPERATION
Compte tenu des impératifs de réactivité et d'adaptabilité de l'Agence, celle-ci doit être pensée comme entièrement tournée vers l'opérationalité, avec un nombre limité de niveaux hiérarchiques, des fonctions de gestion administrative externalisées, et une organisation matricielle. L'utilisation des nouvelles technologies de permet d'envisager un fonctionnement satisfaisant en dépit de la dispersion géographique des effectifs.
VIII.1 - Organisation pratique : une structure légère, modulaire et matricielle
VIII.1.a - Instances de supervision et d’orientation stratégique
Le Conseil d'Administration de l'Agence, chargé de la définition des axes de développement stratégique, de la validation des projets de coopération opérationnelle et de l'évaluation tant du fonctionnement de la structure que des partenariats, sera naturellement composé de représentants des institutions parties prenantes à l’Agence : représentants des assemblées locales, des administrations centrales, des institutions consulaires, des structures de formation et de recherche...
Le Conseil d’Administration pourrait également intégrer avec profit des représentants de la société civile martiniquaise, qui manifesteraient, par leur participation, l’adhésion de la population à la politique de coopération régionale.
Les Comités Mixtes de Projets seraient des instances consultatives mixtes, intégrant de façon paritaire des représentants des institutions et des organisations de la Martinique, leurs homologues locaux, et les Coordonnateurs d'équipe. Il y en aurait un dans chaque pays où l’Agence aurait un bureau.
Leur rôle serait de contribuer à l'évaluation périodique du travail effectué par l'Agence, ainsi qu'à la réflexion sur les modes de coopération et les actions à entreprendre. Les Comités Mixtes Caribéens constitueraient un élément concret de l'approche participative et solidaire de la Coopération martiniquaise, en plus d'apporter des connexions déterminantes avec les tissus institutionnels, économiques et civils.
VIII.1.b - Fonctionnement : Externaliser les fonctions annexes
Le premier risque qui guette une structure émergente est celui d'être dès le départ écrasée sous le poids d'une administration limitant sa réactivité et grevant son budget de départ.
Le choix qui s'impose est donc celui d'une structure entièrement tournée vers le travail de terrain, externalisant les fonctions de gestion administrative pour se concentrer sur le travail de terrain. Le début de l'Agence doit être envisagé en Martinique dans le cadre d'un local prêté par une institution ou une organisation, mettant à disposition un espace de rangement et ponctuellement un ordinateur et une imprimante, une ligne téléphonique… La possibilité d'une contribution du réseau diplomatique français dans la Caraïbe, par la mise à disposition de locaux, doit également être étudiée.
A plus long terme, étant entendu qu'une Coordination centrale basée en Martinique s'impose comme une évidence, une piste à explorer pour l'évolution administrative de l'Agence serait l'établissement d'un partenariat de long terme avec une institution existante, qui prendrait en charge les fonctions administratives basiques, contre participation à son budget, ce qui permettrait de préserver l'essentiel des ressources humaines de l'Agence pour le travail de terrain.
VIII.1.c - Le module de base est l'Equipe-Pays
Composée d'un Coordonnateur et de 6 Coopérants, ses activités se partagent idéalement de manière équilibrée entre les divers domaines d'intervention de l'Agence. Assurant le travail d'encadrement, le Coordonnateur produit également les documents généraux (rapports d'étape, évaluations), aidé en cela par les Coopérants qui produisent également les documents relatifs à leur mission. Les tâches plus ponctuelles sont assurées par des équipes ad hoc, étant bien entendu que les Coopérants consacrent une part de leur temps de travail au fonctionnement de la structure.
VIII.1.d - Une organisation matricielle pour mettre les compétences en réseau
Les fonctions de coordination incluent également un rôle d'expertise auquel les Coopérants peuvent se reporter ponctuellement au cours de leur mission, typiquement pour la supervision des activités d'analyse et d'évaluation. La sollicitation de compétences réparties au sein du réseau, mais non centralisées, apparaît comme un gage de dynamisme et de réactivité.
L'utilisation des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication permet d'envisager ce type de fonctionnement avec sérénité.
VIII.2 - Personnel de l'Agence
VIII.2.a - Coordonnateurs
Placés sous la direction d'un Coordonnateur Général, ils sont, du fait de l'organisation matricielle, à la fois responsables d'une équipe-pays (ou du bureau central) et experts thématiques pour l'ensemble du réseau.
Ayant une expérience significative de la coopération et de la gestion d'équipes, il supervise le travail des équipes de 6 Coopérants, en les aidant dans l'organisation et la planification de leurs premières activités. Responsable du bon démarrage des missions et de l'intégration personnelle des coopérants dans leur milieu de vie et de travail, il constitue pour eux une référence constante en termes d'encadrement et d'évaluation. Il est l'interlocuteur privilégié des organisations et entreprises partenaires.
Le Coordonnateur maintient une activité constante de prise de contacts et par la rédaction d'évaluations et d'analyses. Il alimente l'Agence et ses supports de communication en rapports, articles, documents…
Spécialisé dans un des domaines d'intervention de l'Agence (éducation civique, promotion féminine, droit, commerce international, technologies…), chaque coordonnateur est sollicité ponctuellement, par le biais des autres coordonateurs, sur des dossiers correspondant aux actions menées par l'agence. Il apporte son expertise pour l'évaluation des projets, la définition des solutions, la rédaction des documents, le montage des dossiers de financement…
Les Coordonnateurs pourront être amenés à visiter ponctuellement les autres équipes pour mener à bien cette mission, après avoir organisé le fonctionnement de leur équipe pendant leur absence.
VIII.2.b - Coopérants
Recrutés pour une période de 6 à 18 mois (1 à 3 modules), éventuellement stagiaires (1 module adapté), ils sont les acteurs de terrain de la coopération solidaire de la Martinique, par leur travail au sein des organisations ou des entreprises de divers pays de la Caraïbe. La mise à disposition de leurs compétences doit contribuer au développement de ces entités par une meilleure définition des stratégies, une amélioration des processus et l'utilisation de méthodologies ou de techniques innovantes. Ils peuvent être amenés à contribuer à la recherche de financements sans se substituer aux bénéficiaires, ni constituer pour eux une quelconque garantie.
Les coopérants de la filière "Prospection Commerciale et Transferts de Technologies" réalisent des prospections et des études ayant pour objectif le développement de courants d'affaires ou le transfert de technologies entre entreprises martiniquaises et caribéennes. Leur intégration à l'effectif de l'Agence dépend des modalités d'intégration aux entreprises partenaires : prestation externe, stage, recrutement…
Il sera attendu des coopérants qu'ils participent sur une base régulière au fonctionnement de l'équipe : travail administratif, rédaction de rapports, d'analyses, de reportages, soutien logistique…
VIII.2.c - Assistants
Il peut être envisagé, sans que cela constitue une dérive bureaucratique, de recourir à moyen terme au travail d'Assistants contribuant au fonctionnement du bureau central ou des équipes caribéennes. Un certain nombre de périodes critiques correspondent en effet à des besoins en personnel accrus : édition des publications périodiques, phases de recrutement et gestion des dossiers de candidatures, organisation des sessions de formation, rencontres d'experts, manifestations de promotion…
Une approche intéressante consisterait à solliciter les assistants pour une période de six mois, incluant des activités au bureau central, et des périodes de soutien aux équipes de terrain, et donc des séjours dans la Caraïbe. Ce profil de poste peut correspondre à des stagiaires de haut niveau.
VIII.2.d - Experts
La définition d'un tel poste avant le démarrage concret de l'Agence reste purement théorique. Cependant, il s'agit simplement d'anticiper la possibilité que, au cours de son développement, l'Agence s'implique dans des projets de développement ambitieux (partenariats avec des organisations internationales) et leur fournisse des experts dont l'identification sera rendue possible par la consultation du fichier de compétence établi au fil du travail d'animation d'un réseau de compétences.
Sollicités pour des missions ponctuelles, ces experts seraient a priori rémunérés sur le budget des projets concernés.
VIII.3 - Brève définition des lieux de vie et de travail
VIII.3.a - Maison des Equipes : des lieux de vie essentiels
La prise en compte des difficultés d'une expérience d'expatriation sur le moyen terme (12 à 18 mois) conduit à prévoir que les coopérants partageront un même domicile, constituant un lieu de référence où s'effectuera également la gestion de l'équipe. Bien entendu, le besoin d'autonomie de certains pourra les conduire à rechercher un logement ailleurs.
Le rôle de ce lieu de vie est de constituer un espace de récupération dans le cadre de missions parfois difficiles (visites en province, stress du milieu urbain et des transports…) Il s'agira également d'un lieu de référence pour les familles des coopérants et pour leur réseau en Martinique (courrier, communications téléphoniques, télécopies…)
Un soin particulier sera apporté au choix de ces lieux de vie : sécurité, confort, accessibilité. Des efforts financiers significatifs seront éventuellement à consentir.
VIII.3.b - Bureaux : lieux de production et de représentation
Il est probable que dans les premiers mois de leur développement, le bureau des équipes soit constitué par une pièce de leur domicile, pour des raisons de coût et de praticité.
Il doit cependant être très vite envisagé de consacrer un lieu distinct aux activités formelles de l'Agence. Ce bureau devra de même combiner des critères d'accessibilité, de sécurité et de confort, devenant le lieu de référence des partenaires locaux de l'Agence.
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IX - CHRONOGRAMME DE DEVELOPPEMENT SUR 6 ANS
(Voir le document en Annexe pour l'évaluation financière du développement)
Bien évidemment, l'établissement d'un plan de développement sur six ans est un exercice qui tient dans une large mesure de la prospective. Les développements suivants ne doivent être lus que comme une conceptualisation peut-être audacieuse de l'évolution de l'Agence de Coopération.
La durée de 6 années retenue correspond à celle du Contrat de Plan Etat-Région, cadre dans lequel la création de l'Agence doit être envisagé si l'on entend lui assurer les moyens des ambitions qu'elle affiche. Ce cadre de réflexion permet ainsi d'établir une estimation des ressources humaines, financières et matérielles nécessaires à moyen terme.
Le rythme de développement retenu (2 pays tous les 2 ans) semble le plus adapté pour atteindre une taille significative tout en ménageant les durées nécessaires à la consolidation de la structure.
Effectif global : 8 puis 12 personnes
2 coordonnateurs, chargés à la fois des équipes et de la liaison avec la Martinique
2 équipes de 3 puis 5 coopérants
Les Coordonnateurs et les équipes sont chargées pendant les 6 premiers mois autant de la mise en place des missions que de l'installation de l'Agence.
La définition des modes opératoires de la coopération est affinée de façon pragmatique. Important travail d'analyse et d'évaluation.
Au bout de 6 mois, 2 nouveaux coopérants rejoignent chaque équipe.
Effectif global : 19 puis 17 personnes
3 coordonnateurs dont 1 en Martinique
2 équipes de 7 puis 6 coopérants
2 assistants (pour 6 mois)
Chaque équipe a son coordonnateur. Un troisième coordonnateur en Martinique et en Europe. L'Agence s'installe dans sa vitesse de croisière.
Les modes opératoires de la coopération sont "rodés". Les réseaux locaux, martiniquais et européens sont développés.
L'année commence avec 2 nouveaux coopérants par équipe. 2 autres arrivent au bout de 6 mois, tandis que les 3 premiers de chaque équipe arrivent au terme de leur mission (prolongation possible pour assurer la transition). Les équipes atteignent au second trimestre leur taille définitive.
En cours d'année, deux nouveaux pays sont prospectés.
5 coordonnateurs dont 1 en Martinique
2 équipes de 6 coopérants (Haïti et République Dominicaine)
2 équipe de 4 puis 6 Coopérants
2 assistants (pour 12 mois)
Les 4 équipes se renouvellent à effectifs constants. Les deux nouvelles équipes atteignent leur taille définitive au bout de 6 mois.
L'Agence capitalise sur son expérience pour continuer son développement en termes de modes d'action et de renforcement des réseaux institutionnels internationaux. Des missions ponctuelles à Bruxelles sont ainsi envisagées.
Effectif global : 31 ou 32 personnes
5 coordonnateurs dont 1 en Martinique
4 équipes de 6 coopérants
2 ou 3 assistants (pour 12 mois)
Les 2 premières équipes se renouvellent à effectifs constants et la troisième arrive à son effectif de croisière au second semestre.
Une évaluation comparative de l'efficacité de la coopération est conduite dans les trois pays. Les impacts de la coopération en Martinique sont évalués : insertion professionnelle des coopérants, développement des relations commerciales avec la Caraïbe, impact sur le domaine de l'enseignement et e la formation, perception par le public… Un coordonnateur chargé de l'évaluation est recruté pour mener cette étude.
Un important travail éditorial suit ce travail, accompagné de manifestations incluant les institutions, les milieux d'affaires, les universitaires, etc.
Effectif global : 44 puis 48 personnes
8 coordonnateurs dont 2 en Martinique
4 équipes de 6 coopérants
2 équipes de 4 puis 6 coopérants
4 assistants (pour 12 mois)
Les 4 premières équipes se renouvellent à effectifs constants.
2 nouvelles équipes sont mises en place dans deux nouveaux pays de la Caraïbe, et montent en puissance sur l'année.
Il est possible que certaines équipes conservent un effectif de 4 personnes (et 1 coordonnateur), s'il s'agit de petits Etats. Tout dépend de la politique d'implantation définie à ce moment.
Une réflexion sur le développement de la structure sur les six années suivant la première phase est engagée.
9 coordonnateurs dont 3 en Martinique
6 équipes de 6 coopérants
4 ou 6 assistants (pour 12 mois)
Les 6 équipes se renouvellent à effectifs constants.
La structure achève, en concertation, la définition de sa stratégie pour les 6 années suivantes (un Coordonnateur a été recruté pour cela), et présente à ses partenaires et bailleurs de fonds sa nouvelle stratégie.
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X - OBJECTIFS GEOGRAPHIQUES
Pour envisager le développement de la Coopération Régionale de la Martinique, il est nécessaire de fixer des objectifs géographiques. Si, à terme, l'ensemble de la Caraïbe est amené à devenir un terrain d'activité, il importe de fixer des objectifs pour initier l'action.
Un ensemble de raison pousse à choisir Haïti et la République Dominicaine, deux pays à la fois extrêmement dissemblables, et en cela complémentaires pour accumuler d'emblée une expérience décisive, suffisamment vastes pour que l'impact de la coopération n'ait pas des répercussions immédiates sur la perception de cette coopération, et en même temps frontaliers, leurs capitales étant à quelques heures de route l'une de l'autre, ce qui limite le coûts logistiques de coordination dans la phase initiale du projet.
L'analyse suivante met l'accent sur les perspectives des volets "Droits Humain et Développement Social" et "Prospection Commerciale et Transferts Technologies". Il est bien entendu que la coopération institutionnelle ("Soutien aux Institutions et Collectivités Publiques") sera pour sa part définie par les partenariats (jumelages et autres) déjà établis par les collectivités martiniquaises, ou ceux qui viendraient à se concrétiser à l'avenir.
X.1 - Haïti, le choix de la fraternité créole
27 750 km2 / 7 Millions d’habitants environ
Statut Politique : Indépendant depuis 1804 (France)
Langues : Créole, Français
PNB : 7 100 millions de Dollars US - PNB / Habitant : 1 070 Dollars US
Plus grand pays créolophone du monde, la République d'Haïti partage avec la Martinique un héritage historique et des traits culturels qui fondent une réelle fraternité, marquée par des échanges personnels et culturels et par une intense activité économique essentiellement limitée au secteur informel.
Panorama de la situation haïtienne
Haïti est un pays rural à 65%, dont la population pratique une agriculture domestique de subsistance, sur un terroir dont la plus grande partie a été dévastée par le déboisement et l'érosion. Une agriculture rizicole prospère se développe dans les périmètres irrigués, mais reste vulnérable aux importations. L’essentiel de la paysannerie haïtienne vit de ses cultures vivrières, la carence de moyens de communication (routes insuffisantes) nuisant à l’acheminement de leur production vers les villes, où l’on constate pourtant une certaine pénurie alimentaire. L'exode constitue la seule perspective pour une jeunesse rurale consciente de la surpopulation de terroirs mal exploités et surpeuplés.
Au nombre des atouts d'Haïti, il faut compter la vitalité d'un artisanat de qualité, nourri par les talent artistiques de la population (vannerie, travail du bois, peinture…), et qui alimente l'ensemble de la Caraïbe en produits attractifs à destination des touristes. Un secteur manufacturier de sous-traitance, localisé à Port-au-Prince, tire profit de l'habileté des ouvriers et de la modicité des salaires. Le manque de fiabilité des infrastructures (télécommunications, électricité…) limite pour le moment son développement.
L’explosion démographique et la carence d’investissements publics depuis près de 40 ans fait du milieu urbain un véritable cauchemar d’inorganisation et d’insalubrité. Le chômage et le sous-emploi affectent durement la population. Le budget de l'Etat haïtien dépend à 60% de l'aide internationale.
X.1.a - Volet Coopération Economique : des potentialités réelles
Les difficultés économiques considérables d'Haïti ne doivent pas faire oublier la réalité des potentialités économiques de ce pays. En termes de marché de consommation, au sein d'une population de 7 Millions d'habitants existe une classe moyenne de plusieurs centaines de milliers de personnes, dont les standards de consommation sont proches de ceux des Martiniquais (automobile, ameublement, produits culturels). Le développement de la grande distribution, du réseau bancaire ou de celui des stations-service sont une réalité aisément observable, tout comme le boom de la construction. Il existe donc là des possibilités réelle pour la diffusion de services et de produits de haut de gamme.
En termes de productions, l'agriculture haïtienne propose des produits de qualité avec le riz de l'Artibonite, apprécié des gourmets des Etats-Unis, ou le café Haitian Blue. L'industrie agro-alimentaire (transformation du café, confitures, jus de fruits, liqueurs…) constitue un partenaire potentiel (transferts de technologie), tout comme le secteur de la sous-traitance, qui se caractérise à la fois par des coûts salariaux très bas et par une qualité de fabrication qui séduit les donneurs d'ordre états-uniens ou européens.
X.1.b - Volet Droits Humains et Développement social : Une démocratie à inventer
Face au défi que constitue l'établissement d'une société démocratique, les organisations de la société civile haïtienne ont entrepris depuis le début des années 80 un travail considérable de formation, de recherche et d'encadrement des secteurs les plus vulnérables de la population. Dans un contexte souvent difficile fait de répression brutale (1991-1994) et d'espoirs déçus, ces organisations ont réalisé un indéniable travail d'éducation civique et de structuration du corps social, même si ce dernier est constamment remis en cause par la difficulté des conditions de vie et l'instabilité politique. Elles sont aujourd'hui à la recherche des moyens de leur renforcement et de la pérennisation de leur action.
Une politique de coopération peut être réellement novatrice si elle ambitionne d'accompagner ces groupes de base (organisations de femmes, comités de quartier, coopératives agricoles ou artisanales, groupes religieux ou culturels) pour les aider à atteindre leurs objectifs d'intégration des institutions formelles et d'invention d'une indispensable démocratie de proximité.
X.2 - République Dominicaine : Un dynamisme exceptionnel
48 730 km2 / 8 millions d’habitants
Statut Politique : Indépendante depuis 1844 (Espagne, puis Haïti)
Langue : Espagnol
PNB : 38 300 millions de Dollars US - PNB / Habitant : 4 700 Dollars US
La République Dominicaine présente une économie en voie de modernisation, au dynamisme remarquable, avec une croissance économique de l'ordre de 7%, et une inflation très faible, même si l'impact de l'Ouragan Georges a été réel. qui fait un effort d'ouverture vers les investisseurs étrangers, avec pour objectif de moderniser un appareil productif largement étatisé. De nombreuses entreprises publiques dominicaines sont obsolètes et en état de faillite virtuelle, et la production d'électricité doit se développer pour permettre le décollage du secteur manufacturier. Celui-ci bénéficie depuis 1997 d'une absence de droits de douane pour l'importation des équipements de production.
La production de sucre de canne, épine dorsale de l'économie dominicaine depuis des décennies, reste une activité essentielle, reposant lourdement sur une main d’œuvre haïtienne aux conditions de travail pour le moins difficiles.
Les secteurs les plus dynamiques sont les télécommunications, le BTP, et bien entendu le tourisme, qui se développe vigoureusement, en privilégiant pour le moment les infrastructures de type all inclusive. La République Dominicaine est une des destinations les plus importantes du tourisme caribéen, avec une clientèle européenne et nord-américaine.
X.2.a - Volet Coopération Economique : une opportunité à saisir maintenant
L'ensemble des observateurs avertis s'accorde pour reconnaître en la République Dominicaine un des pays les plus prometteurs de la Caraïbe du point de vue économique, à la fois par la qualité des réalisations effectuées, et par l'ampleur des besoins en termes d'infrastructures, d'équipements et de services.
La filière canne, avantagée par le coût très faible de la main d'œuvre haïtienne, ne peut aujourd'hui faire l'économie d'une profonde modernisation des méthodes et des équipements et offre, tant en termes d'investissements que de prestations de services d'expertise, de réelles opportunités.
Le développement de secteurs comme le tourisme et les télécommunications implique également des investissements et le recours à des équipements et des expertises que la Martinique pourrait fournir (marketing, développement des prestations…). Enfin, l'élévation progressive du niveau de vie des Dominicains se traduit par l'émergence de marchés de consommation (grande distribution) sur lesquels des acteurs martiniquais se positionnent.
X.2.b - Volet Droits Humains et Développement social : Une société en pleine évolution
Bien moins médiatisée que le processus haïtien et ses difficultés, la transition démocratique dominicaine, après des décennies de régime autoritaire, est une réalité qui s'ancre progressivement dans le fonctionnement des institutions et dans les mentalités. Contribuent de manière déterminante à ce processus une floraison d'organisations civiles, qui ont pour objectif d'organiser une population fortement urbanisée, aux conditions de vie souvent difficiles. Leur travail en matière d'information et de sensibilisation sur la justice et sur les Droits Humains mérite d'être soutenu.
De même, les organisations de promotion féminine, dont l'action est essentielle pour le développement harmonieux du cops social, se caractérisent en République Dominicaine par leur dynamisme et leur volonté d'établir des contacts avec l'ensemble de la Caraïbe, avec bien entendu des relations privilégiées dans l'aire hispanophone (Cuba, Puerto Rico, Mexique…)
Les actions entreprises en faveur de la préservation du milieu naturel, qui constitue un des principaux atouts de la République dominicaine, peuvent également être citées comme un axe de travail intéressant.
X.3 - Demain : Tout un archipel à rencontrer…
Haïti et la République Dominicaine sont présentés dans ce rapport comme deux pays avec lesquels la Coopération Régionale martiniquaise pourrait initier un nouveau cycle de développement.
Bien évidemment, les solidarités déjà établies avec d'autres pays comme Cuba ou les îles des Petites Antilles, notamment les voisines que sont la Dominique et Sainte-Lucie, appellent une intensification des relations de coopération à laquelle l'Agence pourra contribuer par le développement d'équipes dans ces pays.
Plus au Sud, le dynamisme de Barbade et de Trinidad et Tobago est également un appel que l'on ne peut manquer d'entendre…
Plus largement, la constitution de véritables réseaux caribéens amène à considérer le développement de la coopération avec les organisations régionales et à leurs institutions : CARICOM, OECS, AEC, Banque Caribéenne de Développement… Les implications de ces perspectives dépassent bien entendu le cadre de la présente étude.
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ANNEXE I - ELEMENTS D'ANALYSE BUDGETAIRE
Il ne s'agit ici que de présenter quelques hypothèses de travail, calculées pour une période de 6 années, correspondant au prochain Contrat de Plan Etat-Région.
Une mission de terrain est indispensable pour rassembler les informations relatives aux loyers effectifs, au côut des services de télécommunication, d'électricité...
BASES DE CALCUL
Equipes de 6 Coopérants et 1 Coordonnateur
Rémunération Coordonnateurs : 250% du SMIC, soit 210 KF par an, contrat de 3 ans
Rémunération Coopérants et Assistants : 150% du SMIC, soit 126 KF par an, contrat de 18 mois
(Les Coordonnateurs sont augmentés de 5% par an, les Coopérants de 5% par semestre)
Charges : 1500 FF de loyer et 400 FF de télécommunications par mois et par personne
Transports : Billet Moyen Caraïbes = 4 000 FF. 8 voyages par Coordonnateur, 2 par Coopérant
Equipment : 10 000 FF par équipe et par an et 3 000 FF par personne pour la durée du contrat
Budget de Communication (publications…) 50 KF par an, en augmentation de 10% chaque année
L'Agence étant implantée dans deux pays de la Caraïbe, elle y développe ses activités pendant 6 années. En Année 2, ouverture d'un Bureau en Martinique, qui compte de 1 à 3 Coordonnateurs et de 2 à 6 Assistants.
Dans cette optique, le rôle du Bureau Central est de développer des actions ponctuelles dans la Caraïbe (participations à des foires, missions de prospection…)
Partant de 3,95 Millions de Francs en Année 1, le Budget croît jusqu'à 7,5 Millions de Francs en Année 6.
Le Budget sur 6 ans est de 37,5 Millions de Francs.
L'Agence permet sur cette période à 88 personnes, Coordonnateurs, Coopérants et Assistants, de vivre une expérience caribéenne significative.
L'Agence s'implante dans deux pays en Année 1, puis un troisième en Année 4.
Le Bureau Central développe des actions ponctuelles ailleurs dans la Caraïbe.
Partant de 3,95 Millions de Francs en Année 1, le Budget atteint 9,9 Millions de Francs en Année 6.
Le Budget sur 6 ans est de 44,1 Millions de Francs.
L'Agence permet sur cette période à 102 personnes de travailler dans la Caraïbe, pour des contrats allant de 6 mois (Assistants) à 3 ans (Coordonnateurs).
L'Agence s'implante dans deux pays en Année 1, deux autres en Année 3 et encore deux autres en Année 5. Le Bureau Central, ouvert en Année 2, est par conséquent beaucoup plus consacré à la gestion et à la planification du développement des activités de l'Agence (contacts internationaux, animation de réseaux de recherche, diffusion de produits d'information élaborés…)
Partant de 3,95 Millions de Francs en Année 1, le Budget atteint 18,9 Millions de Francs en Année 6.
Le Budget sur 6 ans est de 68 Millions de Francs.
Sur la période, un total de 146 personnes passent dans les effectifs de l'Agence.
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ANNEXE II - LISTE ALPHABETIQUE DES PERSONNES CONSULTEES
La réflexion développée dans ces pages est le fruit d'un processus participatif de consultation, impliquant responsables politiques, milieux d'affaires et société civile, d'abord en Haïti puis en Martinique.
Que tous ceux qui par leurs conseils, leurs informations et leurs opinions ont contribué à enrichir ce travail soient ici remerciés.
Mlle Muriel ABATI - Membre de la Mission A.N.T. à Jacmel, Haïti (Programme d'appui aux coopératives de production agro-alimentaire) en 1998.
M. Jean-Louis AMICE - Assistant en Développement - Mission de Coopération et d'Action Culturelle Française en Haïti
M. Philippe APANON - Chargé de Mission aux Affaires Economiques et aux Relations Extérieures
Cabinet du Président du Conseil Général de la Martinique
Mlle Régine BEAUNOL - Chargée de Projet "Mobilité Europe et Caraïbe", Centre d'Information de la Jeunesse de Martinique
M. Clovis BEAUREGARD - Expert en Coopération Internationale - Ancien Secrétaire Général de la Commission des Caraïbes
M. Jean-Claude BONN - Directeur du Centre d'Affaires Internationales, Chambre de Commerce et d'Industrie de la Martinique
M. Maurice BURAC - Géographe, Directeur du Centre de Recherche GEODE Caraïbe, (Université des Antilles et de la Guyane)
M. Guy CABORT-MASSON - Journaliste et Essayiste.
Mme Suzy CASTOR (Haïti) - Directrice du CRESFED (Centre de Recherche et de Formation Sociale, Economique et pour le Développement)
Mme Marie-Claude CELESTE - Journaliste, RFO Télé Martinique, Présentatrice de l'émission "26 MINUTES DES CARAIBES"
M. Serge CHALONS - Médecins du Monde Antilles - Responsable de l'évaluation pour Médecins du Monde.
M. Patrick CHESNEAU - Journaliste, Antilles Télévision (ATV), Présentateur de l'émission "DROIT DE CITE"
M. Luc-Louison CLEMENTE - Conseiller Général
Mme Myriam COTTIAS - Historienne; Chargée de Recherche au CNRS; Membre du Centre de Recherche sur les Pouvoirs Locaux dans la Caraïbe (Université des Antilles et de la Guyane); Coordonnatrice de l'Université de Juillet "Sciences Sociales et Caraïbe"
M. Jean CRUSOL - Economiste, Spécialiste du Développement de la Caraïbe (Université des Antilles et de la Guyane); Conseiller Régional; Ancien Député européen; Ancien Conseiller Economique et Social
M. Justin DANIEL - Politiste; Directeur du Centre de Recherche sur les Pouvoirs Locaux dans la Caraïbe (Université des Antilles et de la Guyane)
Mlle Sandrine DAUNAR - Doctorante en Economie - CEREGMIA, Université des Antilles et de la Guyane
Mme Marie-Claude DERNE - Collaboratrice de Cabinet, Conseil Régional de la Martinique; Coordinatrice CCPER et DOCUP
M. Serge DEROTUS - Membre de la Mission A.N.T. à Jacmel, Haïti (Programme d'appui à la distribution d'électricité) en 1998
Mme Christiane DESPORTES - Coordonnatrice du Projet SOLIDARITE LAÏQUE à Jérémie, Dépt. de la Grande Anse (Programme d'appui à la Direction Départementale de l'Education Nationale)
M. Necker DESSABLES (Haïti) - Militant distingué de la cause des Droits Humains, Consultant au Fonds des Droits Humains
Me. Gérard DORWLING-CARTER - Avocat, Journaliste à ANTILLA
M. Roger EUSTACHE - Chargé de Mission, Direction Départementale des Services Techniques et Economiques, Conseil Général de la Martinique
Mme GOSPODNETIC - Centre d'Affaires Internationales, Chambre de Commerce et d'Industrie de la Martinique
M. Bernard GOUT - Directeur des Affaires Economiques Régionales; Préfecture de Région de la Martinique
M. Renaud de GRANDMAISON - Président de la Commission Affaires Caribéennes et Européennes du Conseil Général de la Martinique
M. Ramon GROSFOGUEL (Puerto Rico) - Professeur de Sociologie, Université de Binghamton, Etats-Unis
M. Jean HABER - Chef de la Mission de Coopération et d'Action Culturelle Française en Haïti
M. Bernard HADJHADJ - Représentant de l'UNESCO en Haïti (Ancien Chef de la Mission de Coopération Française en Haïti)
M. Roland LAOUCHEZ - Journaliste, Le Canal Local (LCL)
M. Miguel LAVENTURE - Président du Conseil Economique et Social de la Martinique; Conseiller Régional; Conseiller Général
M. Frantz LEBON - Président de la Commission Coopération et Affaires Européennes du Conseil Régional de la Martinique; Conseiller municipal de la Ville du Lamentin
M. Georges LESEL - Président de la Commission Coopération du Conseil Consultatif de la Culture, de l'Education et de l'Environnement
M. Jean L'HERISSON (Haïti) - Président du Comité Exécutif de M AP VIV (Mouvement d'Appui aux Victimes de Violences Organisées); Coordonnateur de Haïti Solidarité Internationale
M. Claude LISE - Sénateur; Président du Conseil Général de la Martinique
M. Eddy MARAJO - Président-Directeur Général de OPEN SOFT SYSTEM
M. Alfred MARIE-JEANNE - Président du Conseil Régional de la Martinique; Député-Maire de Rivière Pilote
M. Serge MENIL - Président du Conseil Consultatif de la Culture, de l'Education et de l'Environnement; Coordonnateur de Solidarité Laïque
M. Thierry MICHALON - Juriste - Membre du Centre de Recherche sur les Pouvoirs Locaux dans la Caraïbe (Université des Antilles et de la Guyane)
Mme Viviane NAQUIN - Directrice de l'Agence Nationale pour la Promotion et l'Insertion des Travailleurs d'Outre-Mer (ANT), Agence de la Martinique
M. Jean-Baptiste NILOR - Collaborateur de Cabinet, Mairie de Rivière-Pilote
M. Henri PIED - Directeur de la Rédaction, ANTILLA (Hebdomadaire)
M. Lovinsky PIERRE-ANTOINE (Haïti) - Président du Comité Exécutif de la Fondation 30 Septembre(Organisation de victimes du Coup d'Etat du 30 Septembre 1991)
M. Eddy POGNON - Collaborateur de Cabinet, Conseil Régional de la Martinique
Mlle Emmanuelle RANO - Secrétaire Générale de la Mairie du Saint-Esprit - Membre de la Mission A.N.T. à Jacmel, Haïti (Programme d'appui au développement touristique) en 1998.
M. Alain RODAIX - Journaliste à RFO Télé Martinique; Présentateur de l'émission "KAT CHIMEN"
Mme Colette ROSSI - Economiste, spécialiste du développement et des relations internationales
SEMAFF : Mmes JEAN-MARIE et LEGENDRI, MM. LAMEYNARDIE et HEJOAKA - Société d'Economie Mixte d'Aménagement de la Ville de Fort-de-France
M. SCHENIN-KING - Chef du Bureau de la Coopération Régionale; Préfecture de Région de la Martinique
Mme Christiane TAUBIRA-DELANON - Députée de la Guyane; Ancienne députée européenne
Mme Eliane TREFLE - Chargée de Mission à la Commission Affaires Caribéennes et Européennes du Conseil Général de la Martinique
M. Christian de VASSOIGNE - Géographe; Membre du Centre de Recherche GEODE Caraïbe, (Université des Antilles et de la Guyane)
Mme Monique WEILER - Responsable du Centre de Documentation du Centre d'Affaires Internationales, Chambre de Commerce et d'Industrie de la Martinique
Mme Sonia ZOBDA-QUITMAN - Chargée de Mission à la Commission Coopération et Affaires Européennes du Conseil Régional de la Martinique
__________________________________________
ANNEXE III - LISTE DES DOCUMENTS CONSULTES
Rapports, Documents Officiels et Manifestations
Claude LISE - Sénateur de la Martinique
Michel TAMAYA - Député de la Réunion
"Les Départements d'Outre-Mer aujourd'hui : La voie de la responsabilité"
Rapport à Monsieur le Premier Ministre - Juin 1999
Eliane MOSSE - Economiste
"Quel développement économique pour les Départements d'Outre-Mer ?"
Rapport à Monsieur le Secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer - Février 1999
Bertrand FRAGONARD - Conseiller-Maître à la Cour des comptes
"Les Départements d’Outre-Mer : Un pacte pour l’emploi"
Rapport à Monsieur le Secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer - 1999
Rapport du Conseil Economique et Social, présenté par Jean CRUSOL
"La coopération entre les Etats ACP et les territoires et départements d'outre-mer dans la zone caraïbe"
Journal Officiel de la République Française - Mai 1991
Sami NAÏR - Professeur d'Université,
Chargé de la mission interministérielle Migrations/Co-Développement
"Rapport de bilan et d'orientation sur la politique de co-développement liée aux flux migratoires"
Remis à M. Lionel JOSPIN en Décembre 1997
Mission de Coopération et d'Action Culturelle Française de Port-au-Prince (Haïti)
"Actes du Colloque de Port-au-Prince sur la Coopération Décentralisée"
Colloque organisé du 8 au 10 Décembre 1999
(une synthèse de ce document a été réalisée par l'auteur)
Groupe des Régions Européennes Ultra-Périphériques
(Açores, Canarias, Guadeloupe, Guyane, Madeira, Martinique et Réunion)
"Nos différences se ressemblent … nous rassemblent"
Mémorandum - Mars 1999
Préfecture de la Martinique
Conseil Régional de la Martinique
Conseil Général de la Martinique
Contrat de Plan Quinquennal entre l'Etat et la Région Martinique : 1994-1998
Archives du Conseil Régional de la Martinique
Décisions de la Commission Permanente
(années 1994 à 1998)
Archives du Conseil Général de la Martinique
Décisions de la Commission Permanente
(années 1994 à 1998)
Table Ronde : Présentation des Résultats du Projet "Mobilité Caraïbe" de l'ANT
(Mission réalisée de Mai à Novembre 1998 en Haïti par 5 jeunes Martiniquais
dans le cadre d'un programme de l'A.N.T.)
Préfecture de Région de la Martinique - 29 Avril 1999
Table Ronde : "Les obstacles aux échanges dans la Caraïbe"
Schœlcher, Palais des Congrès de Madiana - 23 Juin 1999
Université de Juillet
"Transferts technologiques, économiques et culturels dans la Caraïbe"
Organisée par le Centre de Recherche sur les Pouvoirs Locaux dans la Caraïbe
Université des Antilles et de la Guyane - Campus de Schœlcher - du 5 au 17 juillet 1999
Table Ronde avec M. François-Xavier DENIAU
Ambassadeur de France en République Dominicaine
"Investissements en République Dominicaine"
Chambre de Commerce et d'Industrie de la Martinique - 23 Juillet 1999
Travaux universitaires et apparentés
Philippe MARIN, Chargé d'Enseignement en Droit Public - Université des Antilles et de la Guyane
"Réflexions sur les limites du droit de la coopération régionale DOM/ACP à la lumière de l'exemple
des Régions-Départements des Antilles"
in L'Outremer et l'Europe Communautaire, Quelle insertion ? Pour quel développement ?
Sous la direction d'E. JOS et de D. PERROT
Actes des Journées d'Etudes du CRPLC, Octobre 1991(Ed. Economica)
Danielle PERROT, Maître de Conférence de Droit Public - Université des Antilles et de la Guyane
"Les départements français de la Caraïbe et la contrainte communautaire dans leurs relations
avec les Etats tiers de la Caraïbe"
in L'Outremer et l'Europe Communautaire, Quelle insertion ? Pour quel développement ?
Sous la direction d'E. JOS et de D. PERROT
Actes des Journées d'Etudes du CRPLC, Octobre 1991(Ed. Economica)
Patrice NDIAYE - Maître de Conférences de Droit Public - Université Montpellier I
"Le régime général des relations extérieures des départements d'outre-mer"
in L'évolution du statut de Département d'Outre-Mer
Sous la direction de Jean-Yves FABERON et Jean-François AUBY
Colloque organisé par l'Institut de Droit d'Outre-Mer de la Faculté de Droit de Montpellier, Janvier 1999
Marc JANUS - Doctorant en Droit, Membre du CRPLC, Université des Antilles et de la Guyane
"POSEIDOM et la Coopération Régionale"
in Pouvoirs dans la Caraïbe - Coopération et Intégration Régionale dans la Caraïbe
Revue du CRPLC, N°8-9, 1996-1997
Pierre PETIT - Député-Maire du Morne-Rouge
Président de la Commission du Développement Economique et de l'Emploi
du Conseil Régional de la Martinique
Osons Oser - 1997
Thierry MICHALON : Juriste, Membre du CRPLC, Université des Antilles et de la Guyane
"Une voie pour les Départements d'Outre-Mer : L'insularité à la carte"
in L'évolution du statut de Département d'Outre-Mer
Sous la direction de Jean-Yves FABERON et Jean-François AUBY
Colloque organisé par l'Institut de Droit d'Outre-Mer de la Faculté de Droit de Montpellier, Janvier 1999
Warwick University - Caribbean Studies
Caribbean Economic Policy and South-South Coopération
Edited by Ramesh RAMSARAN
MacMillan Press Limited - 1993
Ramon GROSFOGUEL - Professeur de Sociologie, Université de Binghampton (USA)
"Les Migrations Caraïbes vers la France, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis"
in Hommes et Migrations - N° 1213, Mai-Juin 1998
Maurice BURAC - Professeur de Géographie, Université des Antilles et de la Guyane
Les Petites Antilles - Etude géographique des disparités régionales de développement
Presses Universitaires de Bordeaux - 1989
Forum Libre du Jeudi - Port-au-Prince
L'avenir de la Coopération Externe en Haïti
Centre Pétion-Bolivar (Haïti) & Fondation Ebert Friedrich - 1998
Union européenne
Wilfried MARTENS - Député Européen
"Les relations UE-ACP à l'aube du 21ème siècle - Une convention élargie et revitalisée"
Rapport du Parlement européen - Octobre 1997
Michel ROCARD - Député Européen
"Les relations UE-ACP à l'aube du 21ème siècle - Un partenariat nouveau"
Rapport du Parlement européen - Avril 1998
Philip LOWE - Comité Développement du Parlement européen
"La coopération UE-ACP en 1998 - Bilan et perspectives"
Bruxelles - 19 janvier 1999
Isabelle ESSERS et Nadia DUTHOO
"Onze fiches pour comprendre la coopération décentralisée"
<http://europa.eu.int/comm/dg08/publicat/codec/fr11cd.htm>
Ramesh JAURA
"La Convention de Lomé et le cadre global"
in D+C Développement et Coopération - N°1, janvier-février 1998
LIIASON SUD
Bulletin d'information des ONG sur la Coopération Décentralisée de l'Union européenne
Numéros de 1997 à 1999
S'y ajoute une consultation du site Internet de la Direction Générale VIII de la Commission Européenne, et du site Oneworld, destiné à l'information des acteurs de l'aide au développement.
Bailleurs de fonds internationaux
Helen NANKANI - Economiste
"Moyens privés, fins publiques : La participation du secteur privé dans les systèmes caribéens
de gestion de l'eau."
Banque Mondiale, Département du Développement du Secteur Privé - , Washington, DC.
Banque Interaméricaine de Développement (BID)
Département de l'Intégration et des Programmes Régionaux
"Integration and Trade in The Americas"
Washington - Décembre 1998
S'y ajoute une consultation de la liste des projets financés par la Banque Mondiale et BID dans la Caraïbe, et diverses ressources Internet sur le thème du développement économique et social des Amériques.
Organisations Régionales
Déclaration de Santo Domingo
Second Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement des Etats, Pays et Territoires
De l'Association des Etats de la Caraïbe (AEC)
Santo Domingo de Guzmán, République Dominicaine - 16-17 April 1999
Comité des Ministres de l'Education du CARICOM
"Creative and Productive Citizens for the Twenty-First Century"
Document approuvé lors d'une réunion spéciale à Barbade - Mai 1997
Comité des Ministres responsables de la Condition Féminine du CARICOM
"Towards Regional Policy on Gender Equality and Social Justice"
Document approuvé lors d'une réunion à Trinidad et Tobago - 1996
S'y ajoute une consultation des sites Internet de l'Association des Etats de la Caraïbe (AEC), du CARICOM et de l'Organisation des Etats de la Caraïbe Orientale (OECS).
Les dépêches de la Caribbean News Agency ont été consulté de manière régulière.
__________________________________________
ANNEXE IV - LES CHIFFRES DE L'EXTRAVERSION
Données comparées du Commerce Extérieur de quelques pays de la Caraïbe
|
Guadeloupe - 1996 |
Exportations |
Importations |
|
France |
56,1 % |
64,7 % |
|
Union Européenne |
11,9 % |
15,2 % |
|
Autres D.F.A. |
7,9 % |
3,2 % |
|
Petites et Grandes Antilles |
8,8 % |
2,1 % |
|
Autres |
21,4 % |
21,0 % |
(Source : INSEE)
|
Martinique - 1996 |
Exportations |
Importations |
|
France |
53,2 % |
62,7 % |
|
Union Européenne |
14,4 % |
13,3 % |
|
Autres D.F.A. |
24,7 % |
0,9 % |
|
Petites et Grandes Antilles |
2,6 % |
2,4 % |
|
Autres |
5,2 % |
20,6 % |
(Source : INSEE)
|
Trinidad & Tobago - 1996 |
Exportations |
Importations |
|
Etats-Unis |
48,3 % |
38,1 % |
|
Union Européenne |
9,3 % |
16,7 % |
|
D.F.A. |
1,9 % |
- |
|
Petites et Grandes Antilles |
21,6 % |
1,7 % |
|
Autres |
18,9 % |
43,5 % |
(Source : Banque Inter-Américaine de Développement)
|
Jamaïque - 1996 |
Exportations |
Importations |
|
Etats-Unis |
36,7 % |
52,3 % |
|
Union Européenne |
29,6 % |
10,8 % |
|
D.F.A. |
0,3 % |
- |
|
Petites et Grandes Antilles |
3,5 % |
9,3 % |
|
Autres |
29,9 % |
27,6 % |
(Source : Banque Inter-Américaine de Développement)
|
Barbade - 1996 |
Exportations |
Importations |
|
Etats-Unis |
15,5 % |
43,5 % |
|
Union Européenne |
24,1 % |
15,2 % |
|
D.F.A. |
0,3 % |
- |
|
Petites et Grandes Antilles |
35,7 % |
13,9 % |
|
Autres |
24,4 % |
27,4 % |
(Source : Banque Inter-Américaine de Développement)
Sans prétendre le moins du monde à l'exhaustivité, la présentation des chiffres du commerce extérieur de quelques pays de la Caraïbe, à savoir la Martinique et la Guadeloupe, Départements Français des Amériques, Trinidad et Tobago et la Barbade, micro-Etats membres de l'Organisation des Etats de la Caraïbe Orientale (OECS) et du CARICOM, et la Jamaïque, de taille intermédiaire dans la région (2,6 millions d'habitants), permet d'esquisser quelques analyses.
Le phénomène le plus évident est la part prépondérante que prennent, dans les échanges extérieurs de ces pays, les pays industrialisés : il s'agit soit des Etats-Unis, pour les pays anglophones, soit de la France hexagonale pour les deux Départements d'Outre-Mer. Un tel phénomène, pour des flux comptabilisés en valeur, est lié, du côté des exportations caribéennes, à la commercialisation de denrées tropicales (fruits, sucre, rhum) et de services de loisirs (tourisme) qui correspondent aux besoins des consommateurs des pays industrialsés. En ce qui a trait aux importations, la prépondérance des partenaires industriels est plus marquées du fait de la forte valeur ajoutée contenue dans les biens industriels acquis par les pays caribéens. Les importations en provenance d'autres partenaires commerciaux (Amérique Latine, Asie du Sud-Est), représentant des biens moins élaborés (produits alimentaires, textiles accessoires) ont par conséquent un poids moins marqué.
Un autre phénomène, très marqué également, est la faible ouverture des Départements Français des Amériques sur leurs voisins caribéens, avec des valeurs faibles pour les importations (fruits de mer, produits agricoles, artisanat) et encore plus pour les exportations. S'ile ne saurait être question d'envisager d'accéder à la situation trinidadienne, basée sur des exportatios d'hydrocarbures, l'exemple de la Barbade, dont les échanges avec le reste des Antilles esont particulièrement dynamiques, montre bien qu'il existe une réelle marge de manœuvre pour le développement de la coopération régionale économique de la Martinique et de la Guadeloupe.