Histoire géologique du bassin de l'arc Martigues

Chapitre I

Histoire Géologique du bassin de l'Arc

par Jean-François GONZALES

Docteur en Sciences de la Terre

CADRE GEOGRAPHIQUE


Le bassin de l'Arc est une vaste dépression de plus de 70 km de long d'Est en Ouest sur 20 km de large du Nord au Sud. La partie occidentale est occupée par l'étang de Berre dans lequel se jettent entre autres les eaux de l'Arc, rivière qui coule dans la partie orientale du bassin.
On reconnaît au bassin de l'Arc, les limites suivantes :
Au Nord, les chaînons de la Fare, les collines d'Eguilles, les coteaux d'Aix et la montagne Sainte-Victoire.
Au Sud, la barrière montagneuse de la Nerthe et de l'Etoile, le Regaignas, l'Olympe et l'Aurélien.
Le bassin se referme à l'Est dans la région d'Ollières.
Il s'étend à l'Ouest au-delà de l'étang de Berre, jusqu'à la plaine caillouteuse de la Crau.
La partie orientale du bassin de l'Arc est dénommée "bassin de Gardanne", la partie occidentale répond à l'appellation de "bassin de l'étang de Berre". La limite entre ces deux régions se situe approximativement sur le méridien d'Aix-en-Provence.

CADRE GEOLOGIQUE


Le bassin de l'Arc est une cuvette synclinale individualisée dès le Crétacé supérieur. Elle est limitée au Sud et au Nord par des structures plissées et des chevauchements. Dans cette unité synclinale se sont régulièrement accumulés sur un substratum jurassique ou crétacé inférieur, les formations marines du Santonien, puis les dépôts fluvio-lacustres du Campanien, du Maestrichtein et de l'Eocène.
Dans la partie orientale du bassin, ces affleurements décrivent de larges auréoles concentriques demi-dôme autochtone du Regaignas.
A l'Ouest du méridien d'Aix et jusqu'aux environs d'Eguilles, les assises éocènes et crétacés disparaissent sous les épaisses formations de l'Oligocène.
Au-delà, dans la région de l'étang, de Berre, les terrains éocènes et crétacés réapparaissent et dessinent une gouttière synclinale d'axe sensiblement Est-Ouest.
Le retour de la mer au Miocène est attesté par la présence locale (St Mitre, Istres, Aix, Luynes) de dalles de molasse (calcarénite biodétritique) ou de surfaces d'abrasion marine.
De part et d'autre du massif du Regaignas, on observe : à l'Est, le chevauchement de l'Olympe - Aurélien; à l'Ouest, les unités allochtones de l'Etoile et de la Nerthe.
Au Nord, l'anticlinal chevauchant de la Sainte-Victoire et ses brèches de piedmont affectent largement la bordure du bassin.
Le bassin de Gardanne est séparé du bassin de l'étang de Berre par un accident sub-méridien : la faille d'Aix.

 

HISTOIRE GÉOLOGIQUE DU BASSIN DE L'ARC

200 m.a. - 105 m.a. Période Jurassique et début du Crétacé de l'Ere Secondaire
Pendant le Jurassique et une partie du Crétacé, règne en Provence occidentale, un régime de sédimentation marine avec des faciès variés. Au Portlandien, la mer atteint son extension maximale. Au Sud d'une ligne Etang de Berre - Aix - Rians, la basse Provence est occupée par une plate-forme carbonatée (faciès coralligène) ; au Nord de cette ligne, se développe le faciès tithonique. Une tendance à la régression s'amorce alors ; elle va se poursuivre jusqu'au Crétacé moyen.

Vers 95 m.a. Fin de l'Albien et Cénomanien, période Crétacé (Ere Secondaire)
A partir de la fin de l'Albien, une phase tectonique dite "albocénomanienne", est responsable de l'émersion de vastes territoires dont font partie le Regaignas et l'actuel bassin de l'Arc. L'édification de reliefs a entraîné de fortes érosions et la formation de bauxite, piégée dans des zones karstifiées calcaires ou dolomitiques.
Vers 80 m.a. Santonien, période Crétacé (Ere Secondaire)
Au Santonien, la mer s'avance brusquement sur les zones émergées. Elle occupait déjà les dépressions de Basse Provence depuis le Cénomanien. Cette mer va se retirer progressivement vers l'Aquitaine avant le Campanien, donnant localement des récurrences (écozone du Plan d'Aups).

Vers 75 m.a. Campanien, période Crétacé (Ere Secondaire)
Après le Santonien marin, s'accumulent dans une vaste dépression des dépôts fluvio-lacustres. La séquence sédimentaire du Campanien ou Valdo-Fuvélien débute par un régime fluviatile donnant des argiles rougeâtres et des grès. D'épaisses séries calcaires se déposent ensuite, avec une grande régularité. Elles témoignent de l'existence d'un lac fuvélien très étendu (100 km d'Est en Ouest et 30 km du Nord au Sud). La profondeur de ce lac est peu importante et très uniforme (20 m au maximum). Les niveaux ligniteux qui se forment correspondent même à un milieu marécageux. Des passages latéraux à des sédiments fluviatiles (Berre, Trets et Ollières) montrent que des cours d'eau se jetaient dans ce lac. La faune récoltée dans ces niveaux indique un climat de type tropical humide. Les reliefs entourant le lac étaient peu élevés et soumis a une érosion faible, comme l'atteste la finesse des sédiments déposés.

Vers 70 m.a. Maestrichtien, période Crétacé (Ere Secondaire)
La phase tectonique ante-maestrichtienne met fin à la stabilité des temps fuvéliens. Elle est responsable de la première structuration en anticlinaux et en synclinaux de la basse Provence. Des reliefs d'orientation Est-Ouest comme la Nerthe, l'Etoile, la Sainte-Victoire et peut-être le Regaignas s'érigent en bordure du bassin de l'Arc nouvellement formé. Immédiatement attaqués par l'érosion, parfois jusqu'aux horizons triasiques, ces anticlinaux fournissent d'épaisses brèches de démantèlement, qui viennent s'accumuler sur leurs flancs. Pendant ce temps, la sédimentation continentale se poursuit. Le bassin est occupé par des cours d'eau qui déposent dans leurs chenaux : argiles, sables et galets. Episodiquement, des lacs, où prolifèrent les algues, envahissent les dépressions. C'est le cas dans la région de la Bégude (près de Fuveau), puis plus tard aux environs de Rognac.

65 m.a. Disparition des dinosaures (Passage de l'Ere Secondaire à l'Ere Tertiaire)
De nombreuses espèces vivantes, en particulier les dinosaures, ont brutalement disparu. Elle a marqué une trace particulièrement visible dans les sédiments marins : plus de 80 % des espèces constituant le plancton ont disparu simultanément, de même que les ammonites, les bélemnites et les rudistes. Sur les continents, toutes les espèces dont le poids est supérieur à 25 kg ne survivent pas. Les fragments d'oeufs de dinosaures sont visibles dans les argiles rouges, les grès et les lentilles de conglomérats du Rognacien supérieur sur le gisement classé de Roques-Hautes. Les oeufs sont attribués à Hypselosaurus Priscus, Dinosaurien dont on a récolté des ossements dans les grès rognaciens près de Rousset.

55 m.a. - 37 m.a. Epoque Eocène (Ere Tertiaire)
A l'Eocène, la sédimentation est toujours fluvio-lacustre. Au Vitrollien inférieur, un lac ou plutôt un marécage s'étend de l'actuel étang de Berre, jusqu'à la région de la Sainte-Victoire. Ce lac est revenu temporairement durant tout l'Eocène, donnant les calcaires lacustres à Characées et Microcodium de Meyreuil, de Saint-Marc, de Langesse et du Montaiguet. Mais ce lac s'est réduit au cours du temps pour n'occuper plus que la région du Montaiguet au Lutétien. Lorsque le lac ou marécage est asséché, les argiles rouges charriées par les cours d'eau, envahissent et recouvrent les plaines.

49 m.a. - 43 m.a. Lutétien, Epoque Eocène (Ere Tertiaire)
Au Lutétien terminal, intervient la phase tectonique principale de l'orogenèse provençale. Les anticlinaux érodés subissent une compression de direction Nord-Sud. La couverture est alors cisaillée au niveau des régions ou la série "durancienne" réduite à bauxite passe latéralement à la série sédimentaire complète. Ces cisaillements sont sans doute accompagnés d'un écaillage du socle. Les zones de faiblesse mécanique sont le siège d'accidents inverses et de recouvrements tangentiels. Deux raisons à cela :
1) Les effets de la compression dans le socle écaillé se traduisent par un écaillage dans la couverture.
2) Les effets de la gravité provoquent le glissement de la couverture.
Les chevauchements (l'Etoile, l'Olympe-Aurélien) recouvrent les parties sud et sud-est du bassin de l'Arc. Ils ont arraché, au cours de leur avancée, des écailles para-autochtones appartenant au bassin (lambeau charrié de Gardanne) ou à sa bordure plissée (écaille de Sousquières, écailles jurassiques au front de l'Olympe-Aurélien). Par ailleurs, le flanc renversé de l'anticlinal de Sainte-Victoire et ses brèches de piedmont chevauchent largement la bordure septentrionale du bassin. Cet épisode de déplacements tangentiels provoque aussi une migration des zones de subsidence au niveau des déchirures d'origine tectonique.

37 m.a. - 25 m.a. Epoque Oligocène (Ere Tertiaire)
A l'Oligocène, se déroule une phase distensive majeure. Cette distension est marquée par l'individualisation de bassins de sédimentation. A l'Ouest de la faille d'Aix, le bassin d'Aix, néoformé, va pouvoir recevoir des conglomérats, résultat du démantèlement des chaînons de bordure. Un régime lacustre s'établit par la suite dans cette dépression.
L'évolution tectonique se signale en outre par la surrection du massif d'Allauch et par la poursuite de la déformation de structures acquises au cours de la phase pyrénéo-provençale : plissement des bandes triasiques à l'arrière des chevauchements.

25 m.a - 6 m.a. Epoque Miocène (Ere Tertiaire)
Au début du Miocène, beaucoup de reliefs sont aplanis, et les dépressions sont comblées. Dans la région d'Aix, la mer du Tortonien recouvre ces surfaces aplanies. La régression marine intervient à la fin du Miocène sous l'effet de mouvements liés à la phase dite "tardi tectonique alpine". Ce nouvel épisode compressif entraîne l'apparition de chevauchements d'extension limitée, localisés au Nord de la Provence. Il se traduit aussi par des réajustements par cassures verticales ou par plissement à grand rayon de courbure.
Les principaux éléments du cadre géologique actuel sont alors en place.

dernière mise à Jour le 31 Décembre 2000
© Camoin Septembre 1999