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La façade de la cathédrale d'Antibes fût classée parmi les monuments historiques le 16 octobre
1945.
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Au milieu du XVIIIème siècle la cathédrale fut très gravement endommagée au cours d'un siège
mémorable. "Antlbes avait bien mérité de la patrie, avec ses deux bataillons d'infanterie son
détachement d'artillerie, vingt dragons et vingt maîtres de cavalerie. Elle avait reçu deux mille
trois cents bombes et deux cents pots à feu. Elle fut délivrée le 30 janvier 1747". (Abbé Tisserand,
Nice 1862). La nef et la façade furent reconstruites à la suite de ces bombardements, sur les fonds
de la cassette royale.
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Il était peu vraisemblable que la vénérable façade romaine puisse être retrouvée et restituée au
cours des travaux de ravalement de 1991, dont le projet consistait à réparer l'existant en lui
rendant sa dignité. Le décroûtage attentif nous a livré une façade dont le dessin très ordonnancé
masque les maçonneries hétérogènes pour ne pas dire hétéroclites... Seule constante : tous les
châpiteaux ioniques des pilastres cannelés sont identiques, taillés en trois morceaux dans un
calcaire tendre assimilable aux pierres de Fontvieille. Le travail savant et un peu froid permet de
supposer une préfabrication en atelier. Cette pierre tendre, plus blonde quand elle était protégée,
se retrouve dans le larmier des corniches dans les pilastres de part et d'autre du porche et de la
niche axiale. Les encadrements des portes et de la niche axiale abritant la très belle vierge de
marbre sont constitués d'un calcaire dur, assimilable aux calcaires de Vence ou de la Turbie. Le
marbre fin de sculpture se retrouve dans les rayons du fronton, les flammes des pots à feu... la
croix qui, par son échelle et son dessin détonne avec la composition de l'ensemble. Le corps des
maçonneries est essentiellement composé de moellons calcaires de dimensions variables, de
blocs de briques de qualités inégales dont certaines sont retaillées pour approcher au plus près
des profils des modénatures. Sous un enduit de mortier de ciment, dans les creux, des
échantillons d'enduit de chaux, finement frotassé... nous ont livré un ton légèrement ocré alors
que, sous et même sur certains reliefs, la couleur est un rouge brun, très répandu.
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On ne peut parler de style baroque stricto-sensu pour la composition plane et frontale de cette
façade, traitée en décor de fond de place, utilisant le vocabulaire décoratif classique sans respect
des canons des proportions ni même le traditionnel jeu des superpositions d'ordres au relief très
faible appelant un rehaut par le traitement des épidermes, par leur grain et par la couleur.
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Par le grain, le résultat est recherché en traitant les modénatures avec une finition au stuc, c'est à
dire un enduit de chaux grasse et de poudre de marbre, très fin et poli. Les fonds seront exécutés
au mortier de chaux grasse frotassé selon la tradition.
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La couleur de cette façade plane a une importance fondamentale dans la présentation du
monument, fond d'une placette au sommet d'une rue ascendante qui en fait un élément
monumental, complément de la tour de la cathédrale et de celle du château en pierres d'appareil
à bossage.
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Cette placette, en 1947, était encore symétrique avec à gauche le plan du mur de la galerie de
liaison entre la cathédrale et sa tour et, à droite, avec un petit immeuble à deux niveaux; ces
deux écrans plans, symétrie voulue, culminant très précisément au niveau de la corniche de
l'ordre ionique inférieur. Cette symétrie de la placette était contrariée d'une façon savante par
deux axes secondaires constitués l'un par le point majeur fort qu'est la tour, qui ferme l'espace de
la place, contrepoint des degrés d'accès à la place du château, l'autre par le rue du St.-Esprit.
Nous sommes en présence d'une composition très soignée d'un lieu équilibré selon trois axes dont
la démolition d'une partie a cassé l'harmonie - sans doute pour "dégager" la vision de l'angle de
la cathédrale, angle qui n'a pas été conçu pour être vu = la façade est plane, pour être vue de
face, entre deux écrans dont la hauteur identique était réglée sur le dessin de la façade
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Il était concevable de ne pas recourir à la couleur : la vétusté de l'ensemble ne laissait percevoir
que des traces de couleurs fanées et salies, et le seul ]eu des matières du stuc et de l'enduit, dans
un traitement en camaïeu était d'autant plus concevable que le goût de nos contemporains pour la
"pierre vue" et la "poutre apparente" aurait été flatté par ce qu'ils auraient appelé la "vérité de la
matière. Mais ce camaïeu se serait mal accordé avec la composition évoquée cf- dessus - d'où une
étude des polychromies concevables.
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Les couleurs compatibles avec la technique du badigeon à fresco sont limitées à deux registres
simples de couleurs froides ou de couleurs chaudes. Ces badigeons sont composés d'un lait de
chaux grasse ou "aérienne" par opposition aux chaux hydraulique qui n'ont pas besoin d'air pour
faire prise, et de pigments nécessairement naturels, les pigments synthétiques "virant" par
réaction physico-chimique. Ces pigments naturels sont des terres ou des oxydes naturels : ocres
jaunes, ocres rouges, terres vertes, bleu outre-mer ou de lapis lazulis, blanc pur du stuc, noir de
fumée et oxyde de manganèse pour le nuancier des gris...
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Au jeu des couleurs s'ajoute celui des valeurs.
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Souligner le dessin des reliefs en foncé sur fond clair, parti exploité en Europe centrale, donne du
décor une perception qui le rend plus mince, plus étriquée. Contrairement, le traitement du décor
et des reliefs en clair l'élargit et le magnifie.
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Cette première analyse fixe le parti de base : modénatures claires sur fonds soutenus, ce qui est
conforme à la tradition italienne reprise en France et illustrée, sous l'influence franco-italienne, à
Saint-Petersbourg.
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La dominante ocre rouge retrouvée tant sur la façade que sur celle de la façade de la passerelle
en retour nous amène naturellement à proposer une composition dans laquelle l'ocre rouge
occupe l'espace central de la façade et les deux retours sur la place. A droite et à gauche du motif
central, l'ocre, jaune prépare l'oell à la perception qu'il aura des plages colorées dans cette
gamme, à gauche dans la rue du Saint-Esprit, à droite sur les façades latérales de la cathédrale.
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Une retouche du pavement de la place, qui n'était pas prévu au programme, complétera à très
peu de frais la mise en valeur de cet espace très limité dans la ville mais tellement dense ; il
suffira d'inclure dans l'existant un réseau de pavés très clairs qui rythme l'espace.
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Conséquence inattendue du ravalement d'une façade en très mauvais état et des analyses
successives, notre proposition de polychromie de la façade irradie, se répercute sur les
espaces environnants.
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