CEL: Argumentaire
 

ARGUMENTAIRE 


Un préambule... 

un quotidien a dit de cette affaire qu'elle avait fait couler beaucoup d'encre...Et bien, nous en sommes heureux. Car s'exprimer est une des bases de la démocratie. Là où certains voient une polémique, nous répondons que ce n'est que de la libre expression. Le droit de parole ne s'acquiert pas qu'au moment des consultations électorales. N'en déplaise à certains, être citoyen, cela se vit au quotidien; c'est la confrontation des idées, dans un débat démocratique, qui fait avancer les choses. C'est , cela a été, et ça continuera à être notre pratique dans cette affaire.

Cela fait maintenant 15 années que nous vivons à l'ombre des projets de Monsieur de Lapanouse. D'ailleurs grâce à lui, il nous a fallu être inventifs et innovants pour montrer à chaque fois qu'une autre politique était possible en matière d'environnement. 

Dans cette affaire, deux philosophies s'affrontent: une qui prône le productivisme, et l'autre, plus humaniste, respectueuse d'un pays et de ses habitants, à la recherche de l'équilibre entre économie et écologie. Chacun avance ses arguments...Voici les nôtres:



HARMONIE, EQUILIBRE, RESPECT 


Le site du Colombier est magnifique à plusieurs égards: paysage, faune, flore... 

Il se suffit à lui même, pour preuve le nombre croissants de randonneurs qui le sillonnent. Seulement voilà,...ça ne rapporte pas ! Alors, sous prétexte de protection du Patrimoine, le promoteur dépose un projet de parc animalier...La ficelle est tellement grosse que pour la camoufler, il n'a pas fallu moins de deux tentatives appelées "Journées Portes Ouvertes". Et là a été mis en avant la réfection du château ainsi que la création de jardins botaniques à l'anglaise... Pourquoi pas... mais il se trouve que ce qui est déposé à l'enquête publique (du 6 janvier au 7 février 97) est bien la création d'un parc animalier et d'un parc de loisirs ... 

Le projet de M. De la Panouse ne lésine pas sur les moyens: sur le thème des contes et des légendes de la chasse du Moyen Age, de la quête du Graal et des croisades, le site devrait abriter des rapaces, des ours, linx, aurochs et lions; pour ces derniers, la mise en scène ne manque pas d'épique: les promeneurs devraient traverser un labyrinthe végétal, un labyrinthe à miroirs souterrains...miroirs aux lions ou miroirs aux alouettes ? 

Les retombées économiques ne promettent pas, elles d'être faramineuses. Le coût d'un tel projet est estimé à 7 800 000 F avec une demande de subvention de 25% .Ce qui revient à faire financer un quart de cette entreprise par le contribuable local. En compensation, il y aura... 4 emplois permanents et 5 saisonniers. 

En ces temps de restriction budgétaire, voilà qui devrait faire réfléchir à la rationalité de l'utilisation des deniers publics

On n'a pourtant pas attendu la venue du messie pour mettre en valeur la richesse environnementale et les éléments de culture locale. Sans artifices ni mise en scène... 

Mondalazac, berceau dans les années 80, d'un tourisme différent, basé sur le respect des habitants du pays et la découverte de ses richesses naturelles à travers la pratique de la randonnée pédestre. Pratique qui depuis a fait des émules partout en Midi Pyrénées; 

Mondalazac, berceau des classes d'agriculture qui avaient pour but de permettre aux agriculteurs une diversification de leurs produits; 

Mondalazac, berceau des Veillées au Village, soirées mensuelles culturelles en milieu rural, pionnières pour l'époque; 

Mondalazac, berceau du tourisme vert, le vrai, pas celui qui à pour symbole le petit billet vert américain. 

Et vous savez pourquoi tout ça est né à Mondalazac, sur le causse Comtal ? C'est parce qu'il y a 15 ans, il fallait déjà proposer une alternative à un projet de tourisme industriel, le même qu'aujourd'hui, avec le même promoteur, ... tout à l'identique! 

Des projets, nous en avions... A cette époque là, pas un seul élu du canton, ni même du causse ne nous a soutenu quand des habitants de Mondalazac essayaient de faire intégrer le causse comtal dans le projet de Parc Naturel Régional des Grand Causses. Voilà un projet créateur d'emploi, dixit " le Monde" du 10/07/96 qui souligne que ce genre de structures a pour mission de créer des emplois (5500 an niveau national depuis 94) et d'entreprendre des actions de développement local et durable. 

Causse En Liberté propose... Ses adhérents , passionnés qui ont su se fondre dans l'harmonie des lieux, l'ont prouvé de par leurs engagements respectifs à travers les diverses initiatives locales. Leurs idées, leurs projets sont les émanations des gens du pays... 

Personne ne nous fera croire qu'en Aveyron nous n'avons pas d'idées; 

Personne ne nous fera croire que nous devons attendre après les gens d'ailleurs pour que notre activité touristique se développe; 

Et comment peut-on parler d'harmonie quand dans le même département le CDT aura à promouvoir le Centre d'Entomologie de St Léons, le circuit des Bastides et des Templiers, et un zoo industriel. 

C'est comme s'il existait une galerie d'art qui vende à la fois les tableaux du Louvre et les reproductions que l'on trouve en Supermarché. Où est l'équilibre ? 

Harmonie, équilibre, deux mots phares pour notre association. Comment peut-on parler d'harmonie quand la même commune crée un verger pour sauvegarder des espèces locales d'arbres fruitiers, et accepte sans rien dire la création d'un zoo industriel. On trouvera à Salles la Source le meilleur comme le pire. Ca ira de la beauté de Microcosmos à la tristesse du regard du lion dans son labyrinthe de verre. 

Quelle politique touristique, quelle réflexion se cache derrière tout ça...

Il faut respecter l'harmonie, conserver cet équilibre entre économie et environnement, deux atouts majeurs de notre département, de notre région. Ce respect doit permettre de revitaliser et dynamiser nos régions. 

On ne voit guère alors, comment la réalisation d'un tel zoo pourrait favoriser l'implantation de familles résidentes, la préservation des écoles, la multiplicité des actions associatives, bref, tout ce qui fait qu'un village vit toute l'année et pas seulement le temps d'une saison.

Pourquoi parlons nous de zoo industriel... 

Parce que Mr de Lapanouse ne sait faire que ça... 

On nous l'a dit et répété au Ministère de l'Environnement à Paris: 

"Ce projet sera grand ou ne sera pas". 

Quinze années d'acharnement pour implanter ce projet...vous croyez qu'il sera petit ? 

Certains élus attendent après un cahier des charges ..Il n'y en a pas, .Il n'y en aura jamais. Ce qu'attend de Lapanouse, c'est l'accord du Préfet pour ouvrir son zoo... 

Bien sûr, il commencera petit, mais après, qui va l'arrêter ? Après les travaux illégaux autour de son château (1), comment croire qu'il respectera d'éventuelles promesses. 

C'est partant de ces constats que nous nous opposons à ce qu'il obtienne l'accord d'ouvrir un parc animalier...car, une fois qu'on lui aura mis le pied à l'étrier...personne ne pourra l'arrêter...A t-on pu empêcher la création du petit train sur le site de Montpellier le vieux? 

Et si ce projet voit le jour, cela risque d'être le début d'une dérive dans la politique touristique départementale... Ne lit-on pas, dans les brochures du Conseil Général "Avec un patrimoine naturel, architectural d'exception, l'Aveyron développe une politique touristique de qualité...". 

Pourquoi ne pas s'en tenir à ce qui a été clamé haut et fort lors des journées Aveyron 2001: 

"L'Aveyron doit jouer la carte d'un tourisme doux, le mieux intégré possible à ses campagnes et à ses villages. Un tourisme d'identité, à développer d'abord, à maîtriser ensuite" 

En ce qui concerne le canton de Marcillac, il n'existe aucune trace d'un schéma de développement touristique. Pas de projet...C'est certainement pour cela que l'on se rabat sur celui de De Lapanouse... 

Et pourtant...notre commune est celle de l'Aveyron qui possède le plus grand nombre de kilomètres de sentiers balisés...Et cela à l'initiative d'habitants de Mondalazac et du causse Comtal...Est- ce que cela ne pourrait pas être une piste à l'heure où l'Observatoire économique du CDT conclue sur la saison touristique 96: 

" Le touriste potentiel de l'Aveyron est un touriste avide de découverte patrimoniale et d'activités, au premier rang desquelles figure la randonnée". 

Sur la commune de Salles la Source, l'heure est à la réflexion sur un schéma communal d'assainissement. Et le schéma communal de développement touristique...y pensent-ils ? Nos élus vont avoir à se prononcer sur ce projet de zoo d'ici fin février, il serait incompréhensible qu'ils le fassent sans savoir si ce projet rentre dans leur cadre de développement touristique, encore faut-il avoir le cadre; en tout cas les habitants de la commune n'en ont pas connaissance. 

Idem au niveau du Canton et du Sivom où tout le monde se fait des gorges chaudes sur la communauté des communes, mais où pas une seule réflexion sur un développement touristique cantonal n'a de chance de voir le jour d'ici l'échéance de l'enquête . Pourtant, ce serait le moment!

Depuis quelques années, le causse Comtal, le canton de Marcillac et plus généralement les zones rurales de notre Aveyron sont entrain de vivre "un retour au vert". 

A l'image du niveau national où depuis 1992 le nombre d'achat de maisons a la campagne a progressé de 17% (chiffres SAFER), 61000 citadins ou ruraux non-agricoles ont acheté 53000 hectares en 1995. Et ce, principalement parce que des néo-ruraux font le choix de vivre à plusieurs kilomètres de leur lieu de travail ou s'octroient, le temps d'un week end ou de vacances, le droit d'aspirer à un autre art de vivre. Sur notre commune, si le chiffres des constructions de maison a très nettement progressé, c'est justement parce que les gens sont à la recherche de cette qualité de vie propre au monde rural et encore si préservée chez nous, sur le causse Comtal, du côté de Souyri, Cadayrac, Solsac et Mondalazac. 

Dès lors, ainsi que le revendique Bertrand Hervieu, "il faut penser les campagnes comme des territoires d'intégration, ouverts aux non-agriculteurs qui viennent y vivre et qui doivent s'en sentir responsables". 

Une mutation des mentalités s'impose pour que devienne à son tour "naturelle" cette ouverture qui est la condition de la sauvegarde du territoire lui-même. 

En novembre 96, s'est tenue la conférence européenne sur le développement rural qui déclarait 

"Les zones rurales sont des réservoirs d'atouts décisifs, au premier rang desquels la qualité de la vie et l'harmonie des paysages, lorsqu'il faudra définir un modèle de croissance qui ne sera pas fondé sur l'accumulation des hommes, des capitaux et des activités". 

Nous sommes heureux que ce discours soit entendu au niveau européen, nous espérons qu'il le sera aussi d'en notre département. Jean Louis Chauzy, président du Comité Economique et Social, présent à cette conférence européenne, nous a déjà fait connaître son sentiment sur ce zoo "lequel ne revêt aucun caractère d'intérêt général mais des intérêts un peu particuliers". 

Rappelons en effet que ce projet est financé en grande partie par des fonds publics. Que l'on redistribue cette même somme aux artisans, aux agriculteurs, aux associations, et gageons que cela les aidera à vivre, créera une dynamique dans le pays et ne nous transformera pas en vitrine, mais en pays debout. 

Récemment, l'hebdomadaire Télérama parlait en ces termes de notre département : 

"Ici, la nature existe encore; l'Aveyron abrite la mystérieuse genette, ainsi que la fouine, le blaireau ou le lézard hispanique, des oiseaux en voie de disparition, comme l'outarde et l'oenicdème qui hantent encore les causses". 

Depuis, il y a eu Microcosmos, qui a mis en lumière la beauté de la commune , du vallon et du causse...Si si, c'était chez nous, à deux pas des lions et autres espèces locales de Mondalazac.. 

En Février, le Figaro écrivait qu'une des chances de notre environnement caussenard, sur le comtal, c'était d'être inviolé...jusqu'à ce que le concepteur de Thoiry ne jette son dévolu sur la commune de Salles la Source. 

En Septembre, le journal Le Monde mettait à sa Une, à propos de notre affaire:" Ici, le respect du brin d'herbe constitue la règle du jeu". 

Nous ajoutons, respect tout court, respect des habitants, de leur désir de vivre pleinement le monde rural. 

Le Monde poursuit en ajoutant: "L'affaire du causse Comtal, c'est en miniature l'enjeu de l'aménagement des 40% du territoire français qui se trouvent en état de déshérence: développement de l'espace rural oui, mais quel type de développement et pour quel mode de vie ?" 

A Mondalazac, 80 % de la population a opté pour un développement contraire à celui prôné par Mr De Lapanouse. Il est hors de question ici d'assimiler le zoo à du tourisme intégré ou même accepté.... (2) 

Rappelons la promesse du maire à Mondalazac "Rien ne se fera contre l'avis des habitants". 

Causse en Liberté place son espoir dans le sens des responsabilités de nos élus locaux et départementaux... 

Nous plaçons aussi notre espoir dans l'enquête publique qui va bientôt s'ouvrir, nous plaçons l'espoir dans les actions que nous allons mener dans les jours à venir, seuls ou avec d'autres qui eux aussi se battent pour que l'aménagement du territoire ne soit pas laissé aux seuls fanatiques du productivisme. 

Quand on ne voit dans la nature qu'un amas d'objet que l'on peut à sa guise exploiter et manipuler en vue du profit immédiat, sans égard aux liens intimes entre l'être humain et le milieu naturel dans lequel il est immergé, et de l'évolution duquel il est responsable devant les générations à venir, cela donne à un important niveau, l'affaire de la vache folle; en Aveyron, cela nous donnes des porcheries industrielles, et des zoos du même acabit.

Ah, que la vie était sereine en Aveyron...Le Conseil Général dans le cadre d'Aveyron 2001, lançait une politique touristique qui faisait l'unanimité; sur le Causse Comtal et le canton de Marcillac, l'harmonie existaient entre environnement et développement local; sur les écrans européens, le film Microcosmos mettait en valeur toute la richesse de notre nature aveyronnaise...véritable apologie de l'authentique.

Causse En Liberté 

Mondalazac, le 19 décembre 1996 


(1) Le 29 septembre, notre association porte plainte auprès du Procureur de la République pour travaux illégaux autour du château du Colombier; 

Le 2 octobre, les services du Préfet, en l'occurrence le service des contentieux de la DDE, dressent un procès-verbal de constat, transmis au Procureur de la République, et demandent des sanctions pénales. 

Le 3 octobre, nous dénonçons auprès du Préfet, l'abattage illégal de nombre de chênes adultes plantés à proximité du château; les dégâts sont constatés, de visu, par l'architecte des Bâtiments de France. 

(2) Les opposants à ce projet se sont regroupés au sein de l'association "Causse En Liberté" depuis mai 95: 
20 mois qui nous auront permis d'affiner notre projet:


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