Explication
Commentaire d’un texte littéraire
A - Questions
d’observation (4 points)
Etudiez les indices temporels (temps des verbes, compléments et adverbes de
temps). Qu’en déduisez-vous quant à la construction du texte ? (2 points)
Il s’agit de saisir l’apparition progressive de la consistance de Dutilleul qui
contribue à associer le lecteur à la surprise du personnage. En outre, le
passage au présent dans le deuxième paragraphe souligne une évolution : le
texte s’éloigne du fantastique.
Quelle est la tonalité du deuxième paragraphe ? Justifiez votre réponse.
(1 point)
La tonalité en effet n’est plus fantastique comme dans le reste de la nouvelle
mais merveilleuse : un autre monde se crée, l’histoire bascule vers le
présent des contes de fée. A noter également la poésie de la description.
L’explication de la brusque consistance de Dutilleul vous semble-t-elle
convaincante ? (1 point)
L’élève doit ici repérer la fantaisie du texte : l’explication n’explique
guère, elle laisse de côté des interrogations de fond (l’existence possible
d’un tel don...) : M. Aymé s’amuse à glisser dans son texte un vernis
pseudo scientifique.
B - Vous
ferez de ce texte un commentaire composé (16 points)
Le Passe-muraille de Marcel Aymé raconte l’histoire d’un homme,
Dutilleul, qui se découvre soudain, par hasard, le talent de passer à travers
les murs. Loin de se réjouir de ce don, il consulte son médecin pour s’en
débarrasser. Cependant, un jour, son nouveau chef de service commence à le
persécuter. Alors, il joue de son pouvoir pour lutter contre l’importun, puis
pour s’amuser, cambrioler des banques, rendre visite à sa maîtresse. Mais une
fâcheuse distraction met malencontreusement cette faculté en péril, au moment
le moins approprié...
I - Le
point d’aboutissement du fantastique
Cet extrait
constitue la clausule de la nouvelle : il faut en dénouer les fils.
Le cadre
narratif
Le schéma quinaire et les notations temporelles soulignent la progression de la
situation initiale (il entre dans le mur) à la situation finale (il est
toujours coincé dans le mur). L’alternance entre l’imparfait explicatif et le
passé simple (pour les verbes de perception) montre la double approche de la
narration. Celle-ci se dédouble encore dans le deuxième paragraphe puisque le
présent y devient le temps de référence.
Un
narrateur omniscient : la focalisation zéro
Les actions de Dutilleul sont décrites et parallèlement le champ lexical des
sensations est très développé : le lecteur peut se mettre à la place du
personnage tout en ayant une perception extérieure, il peut ainsi mettre en
perspective Dutilleul coincé dans la muraille et invisible, sauf pour son ami
peintre, et percevoir son angoisse.
Expliquer
L’imparfait permet de décrire très précisément la progression du drame, du
" frottement inaccoutumé " jusqu’à " Il
n’avançait plus ". L’explication renvoie au début de la nouvelle (les
deux cachets, l’année précédente) et met en scène l’effet de la poudre et le
surmenage. Aymé mélange ainsi réalité et invention à travers un langage pseudo
scientifique. Mais il évite soigneusement les explications attendues :
pourquoi et comment Dutilleul a-t-il eu ce don ? Pourquoi ces comprimés
sont-ils capables de le lui enlever ?
II - Point
de départ du merveilleux
Cette pseudo
explication accentue encore l’effet de fantastique.
L’inexplicable
accepté
A partir du deuxième paragraphe, le texte dérive et fait passer le lecteur dans
un autre monde grâce au présent. Le fantastique est ramené dans un présent qui
ne se confond pas avec le quotidien mais se rapproche de l’univers du conte,
avec une autre logique et des règles propres, ce qui définit le merveilleux.
Du
fantastique au poétique
Par
un effet de synecdoque, Garou-Garou est réduit à sa voix (le champ lexical de
l’ouie remplace celui de la perception physique dans le deuxième paragraphe).
Une ambiance est très clairement évoquée (la nuit, le silence, Paris endormi,
les promenades des noctambules, la guitare, le chant) et Dutilleul lamente ses
amours perdues. La métaphore finale sous l’apparence d’une comparaison pourrait
bien se comprendre comme une définition de la poésie.
La
construction du verbe " lamenter "
La forme non pronominale est un néologisme de l’auteur qui lui permet d’établir
une relation directe avec la lamentation comme plainte lyrique et expression de
soi (sens biblique également). Les notes de musique capables de pénétrer la pierre
et d’apaiser la douleur témoignent de la puissance artistique de la
poésie : la douleur peut être créatrice et la création est parfois
consolatrice (c’est l’objectif de la chanson de Gen Paul).
L’originalité
de cette nouvelle fantastique est de proposer en guise de dénouement un envol
vers un autre univers : la peur devient poésie et le fantastique conte de
fées. Aymé y évoque une image de la création littéraire et artistique, telle
une douleur qui permet de créer. Il évoque ainsi, sous une apparente fantaisie,
une réflexion sur l’art mais aussi sur la réaction à l’oppression.