Aymé, Le Passe-Muraille (1943)

Aymé, Le Passe-Muraille (1943)
   Lorsqu'il...

Explication

Commentaire d’un texte littéraire 

A - Questions d’observation (4 points)
Etudiez les indices temporels (temps des verbes, compléments et adverbes de temps). Qu’en déduisez-vous quant à la construction du texte ? (2 points)
Il s’agit de saisir l’apparition progressive de la consistance de Dutilleul qui contribue à associer le lecteur à la surprise du personnage. En outre, le passage au présent dans le deuxième paragraphe souligne une évolution : le texte s’éloigne du fantastique.
Quelle est la tonalité du deuxième paragraphe ? Justifiez votre réponse. (1 point)
La tonalité en effet n’est plus fantastique comme dans le reste de la nouvelle mais merveilleuse : un autre monde se crée, l’histoire bascule vers le présent des contes de fée. A noter également la poésie de la description.
L’explication de la brusque consistance de Dutilleul vous semble-t-elle convaincante ? (1 point)
L’élève doit ici repérer la fantaisie du texte : l’explication n’explique guère, elle laisse de côté des interrogations de fond (l’existence possible d’un tel don...) : M. Aymé s’amuse à glisser dans son texte un vernis pseudo scientifique.

B - Vous ferez de ce texte un commentaire composé (16 points)
Le Passe-muraille de Marcel Aymé raconte l’histoire d’un homme, Dutilleul, qui se découvre soudain, par hasard, le talent de passer à travers les murs. Loin de se réjouir de ce don, il consulte son médecin pour s’en débarrasser. Cependant, un jour, son nouveau chef de service commence à le persécuter. Alors, il joue de son pouvoir pour lutter contre l’importun, puis pour s’amuser, cambrioler des banques, rendre visite à sa maîtresse. Mais une fâcheuse distraction met malencontreusement cette faculté en péril, au moment le moins approprié... 

I - Le point d’aboutissement du fantastique 

Cet extrait constitue la clausule de la nouvelle : il faut en dénouer les fils. 

Le cadre narratif
Le schéma quinaire et les notations temporelles soulignent la progression de la situation initiale (il entre dans le mur) à la situation finale (il est toujours coincé dans le mur). L’alternance entre l’imparfait explicatif et le passé simple (pour les verbes de perception) montre la double approche de la narration. Celle-ci se dédouble encore dans le deuxième paragraphe puisque le présent y devient le temps de référence.

Un narrateur omniscient : la focalisation zéro
Les actions de Dutilleul sont décrites et parallèlement le champ lexical des sensations est très développé : le lecteur peut se mettre à la place du personnage tout en ayant une perception extérieure, il peut ainsi mettre en perspective Dutilleul coincé dans la muraille et invisible, sauf pour son ami peintre, et percevoir son angoisse.

Expliquer
L’imparfait permet de décrire très précisément la progression du drame, du " frottement inaccoutumé " jusqu’à " Il n’avançait plus ". L’explication renvoie au début de la nouvelle (les deux cachets, l’année précédente) et met en scène l’effet de la poudre et le surmenage. Aymé mélange ainsi réalité et invention à travers un langage pseudo scientifique. Mais il évite soigneusement les explications attendues : pourquoi et comment Dutilleul a-t-il eu ce don ? Pourquoi ces comprimés sont-ils capables de le lui enlever ? 

II - Point de départ du merveilleux 

Cette pseudo explication accentue encore l’effet de fantastique.

L’inexplicable accepté
A partir du deuxième paragraphe, le texte dérive et fait passer le lecteur dans un autre monde grâce au présent. Le fantastique est ramené dans un présent qui ne se confond pas avec le quotidien mais se rapproche de l’univers du conte, avec une autre logique et des règles propres, ce qui définit le merveilleux.

Du fantastique au poétique
Par un effet de synecdoque, Garou-Garou est réduit à sa voix (le champ lexical de l’ouie remplace celui de la perception physique dans le deuxième paragraphe). Une ambiance est très clairement évoquée (la nuit, le silence, Paris endormi, les promenades des noctambules, la guitare, le chant) et Dutilleul lamente ses amours perdues. La métaphore finale sous l’apparence d’une comparaison pourrait bien se comprendre comme une définition de la poésie.

La construction du verbe " lamenter "
La forme non pronominale est un néologisme de l’auteur qui lui permet d’établir une relation directe avec la lamentation comme plainte lyrique et expression de soi (sens biblique également). Les notes de musique capables de pénétrer la pierre et d’apaiser la douleur témoignent de la puissance artistique de la poésie : la douleur peut être créatrice et la création est parfois consolatrice (c’est l’objectif de la chanson de Gen Paul).

L’originalité de cette nouvelle fantastique est de proposer en guise de dénouement un envol vers un autre univers : la peur devient poésie et le fantastique conte de fées. Aymé y évoque une image de la création littéraire et artistique, telle une douleur qui permet de créer. Il évoque ainsi, sous une apparente fantaisie, une réflexion sur l’art mais aussi sur la réaction à l’oppression.