namaskar  

 
 
 

ssis sur la véranda, au beau milieu du pays des Tigres, le chasseur rêvait à sa maîtresse abandonnée loin derrière lui, en Europe. Il repensait à la nuance verte et dorée de ses yeux, une nuance si changeante qu’il était impossible de se la remémorer. 
Impossible de recréer Mariana par le jeu de l’esprit. Il savait en la quittant qu’il perdrait à la fois sa personne et jusqu’à son souvenir. Il se contentait donc de fredonner, en tentant désespérément de couvrir le bruit des insectes vrombissant des environs, ces vers appris par coeur:

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

         Tu te lèves l’eau se déplie
            Tu te couches l’eau s’épanouit.
Il entendit derrière lui les pas d'un ami imaginaire qui faisaient craquer les planches de la véranda. Les craquellements s’arrêtèrent quelques pas derrière son dos, puis, après un bref namaskaron entendit ces mots:
           I know your face.
L’ami parlait parfois en anglais, quoi de plus répandu en Inde. Mais cela donnait un tour étrangement solennel à ses phrases les plus banales, sans qu’on sût vraiment pourquoi. Il semblait alors au chasseur entendre déclamer du Tennyson.

                     ƒƒƒ

Cet ami lui envoya un jour une étrange missive. Il avait reçu d’Italie une lettre contenant la photographie de son quatrième enfant et il se demanda alors:

Pourquoi a-t-on le visage qu’on a?
Pourquoi ce visage plutôt qu’un autre?
Et que signifient tout ces traits?

                    ƒƒƒ


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Namaskar: en Inde, geste de salutation qui consiste à joindre les mains en les portant au front, tout en prononçant la salutation, "namaskar".