HISTOIRE D'UN ETAT FANTOCHE FONDE SUR LA PURIFICATION ETHNIQUE : CHYPRE OCCUPEE

       Histoire d'une purification ethnique : Chypre occupée

 

1) C’est vers 1955 que la Turquie et certains mouvements chypriotes turcs eurent l’idée de partager Chypre et d’y procéder à une véritable purification ethnique entre Grecs et Turcs de l’île. Voici dans quel contexte.

  L’île était alors peuplée à 80 % de Grecs. Elle était contrôlée par les Britanniques (c’était une colonie britannique). Les Turcs étaient une minorité de 18 % (120.000 personnes) disposés sur tout le territoire.

  Les Grecs de l’île avaient commencé la lutte armée pour l’Union de Chypre à la Grèce. Ils s’en prirent donc aux Britanniques. Ceux-ci recrutèrent des forces spéciales parmi la minorité turque pour contrer les manifestations des Chypriotes grecs et les guérilléros Chypriotes grecs de l’EOKA qui luttaient férocement contre les Britanniques pour l’Union à la Grèce. La Grande- Bretagne s’appuya aussi diplomatiquement sur la Turquie qui commençait à s’intéresser à Chypre pour des raisons stratégiques et politiques.

  Les extrémistes Chypriotes turcs et la Turquie saisirent l’occasion pour demander le partage et le déplacement des populations, y compris d'un nombre important de Chypriotes turcs pour créer au Nord une zone exclusivement turque. Mais ils n’y parvinrent pas immédiatement.

 PREMIERS MASSACRES ET DEBUT DE LA PURIFICATION ETHNIQUE

2) Pour y parvenir, la Turquie et les extrémistes chypriotes turcs mirent au point une milice armée et entraînée par des officiers turcs, la TMT (qui se présente comme une " milice d’autodéfense " ). La TMT commit le premier massacre intercommunautaire à Gunely en 1958 (l'un des fondateurs de la TMT est Rauf Denktash). Ils s’en prirent aussi aux Chypriotes turcs qui parlaient grec ou qui simplement entretenaient des relations normales avec leurs voisins grecs. Ils chassèrent les habitants grecs du quartier turc de Nicosie (la capitale). Avec un certain mépris pour leur propre communauté, ils amorcèrent la séparation des deux communautés.

 

3) En 1960, c’est finalement l’indépendance de l’île qui fut proclamée (à contrecoeur pour les Chypriotes grecs). La Grande – Bretagne conservait des bases à Chypre. La minorité avait un droit de veto sur les décisions prises par le gouvernement de l’île.

La TMT continua ses activités malgré l’indépendance.

   En 1963, le président de l’île (le Chypriote grec archevêque Makarios) voulut réformer la Constitution qui avait été imposée par les accords de l’indépendance. La Turquie et les leaders Chypriotes turcs refusèrent. Cela donna lieu à des affrontements entre la TMT et les Chypriotes grecs. De nombreux civils furent tués des deux côtés de manière atroce. Mais il semble que cela fut perçu comme une aubaine pour la TMT. Les extrémistes turcs proclamèrent une " administration chypriote turque autonome " pour préparer le partage de l’île.

   Ils continuèrent leur politique de séparation de la majorité et de la minorité et réglementèrent les déplacements des Chypriotes turcs dans les zones contrôlées par la TMT. Ces zones étaient placées à des endroits stratégiques destinés à préparer une invasion turque et à être ravitaillées par la Turquie.

 

 En photo: un Chypriote turc (Dervish Kavazoglu) et un Chypriote grec (Kostas Mishaoulis), tués côte à côte par la milice turque TMT, avril 1965 (la TMT, fidèle à sa politique, empêchait toute communication entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs; telle était la punition pour ceux qui contrevenaient à son mot d'ordre).

 L'INVASION

4) En 1974, la dictature d’Athènes alors au pouvoir, brouillée avec le président de Chypre Makarios, fomente un coup d’état contre lui. Les leaders des Chypriotes turcs et la Turquie reconnurent officiellement qu’il s’agissait " d’une affaire entre Grecs " ( car tous les morts du coup d’Etat étaient grecs ).

  Mais la Turquie, le 20 juillet 1974, utilisa le coup d’Etat comme un prétexte et envahit l’île. Elle commença à se livrer à des exactions. Les Chypriotes grecs commencèrent à fuir les régions contrôlées par l’armée turque. Un cessez-le-feu fut proclamé par l’ONU. Il fut violé par la Turquie. Le 13 août celle-ci continua son avancée pour occuper 40 % du territoire de l’île.

  Images de l'invasion de Chypre par l'armée turque, juillet-août 1974:

    
  

5) Bilan : de nombreux morts civils dans des combats et des atrocités ( la grande majorité des exactions fut commise par l’armée turque contre les civils chypriotes grecs ). 160 000 réfugiés Chypriotes grecs fuirent vers le Sud. La Turquie réclama que les Chypriotes turcs vivant au Sud joignent le Nord, ce qui fut fait en 1975.

  Il restait encore 20 000 Chypriotes grecs au Nord qui n’avaient pas fui avec les 160 000 réfugiés. Mais les conditions de vie qui leur furent imposées par la Turquie sont telles qu’aujourd’hui il en reste 300 . Il y a donc 180 000 réfugiés Chypriotes grecs ( 211 000 avec leurs familles ). C’est plus d’un tiers de la population chypriote grecque . Ces personnes revendiquent toujours leur droit au retour, à travers diverses associations. D’un point de vue juridique, ils sont d’ailleurs toujours propriétaires de leurs terres même si ce droit est nié par les Turcs.

 

 En photo : des réfugiés chypriotes grecs qui n’avaient pas fui au moment des atrocités (des vieillards) furent plus tard expulsés par bus entiers.