 |
Espace Lecteurs. |
 |
Procès Politique et Détenus de Droit Commun
Bgayet 15 Décembre 1981, vingt trois jeunes( lycéens, enseignants, travailleurs, plus trois étudiants du C.U.T.O) comparaissent devant le tribunal correctionnel, arrêtés en mai 81 à Bgayet et Alger, ils passèrent une première fois devant les tribunaux le 28 octobre. Mais les peines prononcées alors étaient de 04 ans de prison ferme pour l'ensemble des inculpés furent particulièrement sévères en regard des délits reprochés sur les bases d'un dossier totalement vide. A Alger comme à Bgayet , s'est toujours en correctionnelle qu'ils ont été traduit puisque officiellement , il n'y a pas de détenus pour délit d'opinion en Algérie .
Le premier procès de Bgayet était une mascarade. On ne jugea même pas nécessaire l'assistance d'avocats pour les défendre. Les jeunes prévenus furent l'objet de sévices corporels durant leur détention , qui pour garde à vue se prolongeait bien au delà des délais reconnus .
Cependant, parallèlement un collectif D'avocats bénévoles se constitua et se rendait à Alger le 15 Décembre 1981.Nous tenons ici à leur exprimer toute notre reconnaissance , notre respect, pour le courage dont ils font preuve , face à un pouvoir qui a bafoué de plus en plus leur profession en faisant de l'appareil judiciaire un simple instrument de répression légalisée . Lors du deuxième procès, des étudiants de Tizi Ouzou solidaires de leurs camarades ont tenu à être présents au tribunal .Des lycéens qui avaient décidés l'arrêt des cours étaient là aussi .Si tôt introduits dans la salle, les jeunes prévenus qui avaient déjà pour la plus part, passé huit mois de prison, levèrent le point et entonnèrent des chants d'Imazighen Imula : Am Rezg Nnegh ghuri Yiwen N Umdakwel ,que le public reprit en chœur la police fit sortir les lycéen, légère réaction de panique parmi les services de polices.
Vint le police lui même .officiellement les vint trois jeunes étaient emprisonner pour avoir dégradé les biens publiques le 19 mai 1981, jour anniversaire du soulèvement du soulèvement de la jeunesse estudiantine sous le colonialisme. La police dans ses procès verbaux affirmera même Qu'il étaient passibles de flagrant délit .Or à L'audience, les inculpés feront savoir Qu'aucun d'entre eux ne fut arrêté le 19 mai mais plus tard voir des mois pour certains d'entre eux , qui chez soi, qui au lycée, qui dans la rue .De toute évidence parmi les manifestants, la police ne s'intéressait qu'à certains individus, comme devait le souligner un des avocats du collectif. De fait, tous ces jeunes appartenaient à des collectifs culturels qui par les problèmes de fond qu'ils soulevaient, embarrassaient de plus en plus le pouvoir .
Comme à Alger, c'étaient bien les éléments les plus actifs qui étaient visés ; comme à Alger la tactique consistera à criminaliser toute idée contestataire. La cour, lors de ce deuxième procès consciente sans doute de son incompétence à résoudre un problème qui relève d'un débat national semblait clémente à l'égard des inculpés .il fut même permis aux détenus de s'exprimer en tamazight . Les magistrats, visiblement dépassés par les événements , semblaient de simples figurants d'une tragédie, dont ils ne maîtrisaient le dénouement. Plusieurs centaines de personnes attendaient le verdict dans un état de tension nerveuse apparente.
Une trentaine de cars de CNS bourrés avaient pris position au point névralgique de la ville. le verdict vint à 22h30mn.de quatre ans, les condamnations passèrent miraculeusement à deux ans .seul un enseignant sera condamné à trois ans pour avoir clamé ouvertement sa participation à la rédaction de tracts. Nous saluons son courage non son amertume, en constatant ce qu'il en coûte à un citoyen algérien, dans une Algérie libre et indépendante de manifester pour la reconnaissance et le maintien de sa langue maternelle.
Certes si on se contente d'une simple arithmétique d'épicier, ces réductions de peine paraissent une victoire relatives, mais comment se résigner à accepter l'idée même de prison pour des jeunes parfois mineurs, qui n'ont rien fait d'autre que de réclamer ce que nous réclamons tous .certains parmi ces jeunes que le pouvoir taxe de brigands et hordes de voyous ,ont eu à préparer leurs bac, alors qu'ils étaient sous les verrous( nous les félicitons ici de la réussite de neuf d'entre eux sur les dix).
Est-ce ainsi que l'état entend récompenser les aspirations d'une jeunesse studieuse dont le délit a été de réclamer la construction d'une université à Bgayet, université qui d'ailleurs était prévus sur les plans mais dont le projet fut abandonné. Ce qui provoqua précisément la colère et l'insatisfaction des lycéens que se voyaient ainsi condamnés comme leurs aînés à partir pour Constantine ou Sétif pour accéder au privilège de faire les études supérieures. Aujourd'hui les détenus condamnés à deux ans de prison ou plus, sont transférés sur Constantine ; ce qui pour des raisons de distance et de complication des transports découragent jusqu'aux visites des parents. Rappelons que seuls les proches parents sont admis à rendre visite au prisonniers. toutes ces brimades cumulées ne visent évidemment qu'à renforcer l'isolement des détenus.
A Alger le 09 janvier 1982, le juge Mme Aslaoui à qui fut confie le procès énonça dés l'ouverture de l'audience les chefs d'inculpations retenus, relevant insista t-elle, strictement du droit commun :
" vous êtes ici pour les incidents du 19 Mai. Vos opinions et vos activités ne m'intéressent pas."
l'incohérence d'une telle affirmation apparaîtra cependant tout au long du procès .Madame la juge nullement incommodée de jongler avec les contradictions s'appliquera en effet tract à l'appuie, à dénoncer le caractère subversif des délit reprochés .Incohérence d'autant plus flagrant que le tract en question, lu par la présidente de la cour, n'avait rien à avoir avec les incidents du 19 mai .tout le monde parmi l'assistance put remarquer le désordre et l'embarras d'un tel discours. L'explication est évidente : en Algérie la justice est un mot vide de sens une simple chimère que l'état manipule à son gré .
Ainsi nous constatons aujourd'hui que le pouvoir par institution judiciaire interposée cherche à nier sans y parvenir (parce qu'il faudrait pour cela nier l'existence de 18 millions d'algériens) le problème linguistique et culturel en algérie. le premier détenu appelé à la barre, nullement dupé de la véritable raison de son inculpation saisit immédiatement des inepties d'un raisonnement sans queue ni tête, et dénonça la machination du 19 mai, monté uniquement pour arrêter les éléments du collectif culturel. " Non, aujourd'hui ce n'est pas le procès des évènements du 19 mai, c'est celui de la démocratie et de la culture " fera t-il entendre. Le détenu suivant fera ressortir encore davantage tout le ridicule et l'inconsistance de ce procès lorsqu'à la question : " Quelle arme a-t-on trouvé sur vous ", il répondra : " des livres ". Ainsi manifestement aucune violence ne pouvait leur être reprochée.
La présidente du tribunal s'élèvera énergiquement cependant lorsque la partialité du juge d'instruction sera dénoncée par le même détenu. Mais ne s'offusquera nullement du caractère abusif d'une garde à vue de neuf jours.
- vous avez dit que vous n'avez pas distribuer de tracts par ce que vous étiez en retard .
- parfaitement, répond le détenu, le car arrivant de Tizi Ouzou a eu de retard et la distribution était terminé à mon arrivé, mais je réclame ma part de responsabilité devant mes camarades qui comptaient sur moi.
On est bien loin des bagarres de voyous et D'associations de malfaiteurs dont parle le pouvoir pour designer ces inculpés .du reste, les pièces à conviction réunies par la police après des perquisitions faites sans mandats, c'est à dire dans l'illégalité étaient des banderoles, des alphabets berbères, des poèmes et un tourne-vis. Chaque question du juge amenait une réponse claire. on assistait à des militants qui ne se reniaient pas au contraire, ils affirmaient avec conviction leur position .
En fait, pour tout le monde il était claire que cela N'avait rien avoir avec les incidents du 19 mai, les agresseurs citées nommément n'ont à aucun moment été entendus . il est vrai que pour certains d'entre eux boursiers du gouvernement algérien, il leur aurait difficile d'être là puisque à l'heure du déroulement du procès ils étaient en stage aux USA .
Dans ce procès sans cohérence aucune, mené de façon à nier l'éclatante vérité des faits la lecture de la déposition de Abdemadjid Meziane alors recteur de l'université d'Alger a surpris bon nombre de gens. TAFSUT n°2 a déjà publié le compte rendu d'une entrevue qu'il a eu avec une délégation d'enseignants. ses positions étaient alors relativement souples .il déclare de même aux étudiants du collectif culturel : " Je garantirai à tout les courants la liberté d'expression de PAGS aux F.M " sans doute lorsqu'il avait fait sa déposition auprès du juge d'instruction il ignorait qu'elle allait être lue en public. Il a déclaré en effet que le collectif culturel s'est imposé à l'université par la violence à l'instigation de SALEM CHAKER nom qui reviendra six ou sept fois dans la déposition. Belle volte face et remarquable esprit de solidarité de Mr Meziane, envers un collègue de l'université remarquant cependant que le pouvoir lui reconnaissant les talents d'opportuniste sut le recomposer en lui offrant aussitôt le poste de ministre de la culture qu'il occupe actuellement.
Mais le sommet de la sinistre bouffonnerie sera peut être atteint par le juge d'instruction Mr BERRIM .ce n'est pas un magistrat qui essaie de comprendre les faits pour les restituer dans leur exacte vérité afin de permettre à la justice de prononcer, c'est un virile qui a de la justice une vision tout a fait originale .d'entrée il se pare de toutes les vertus révolutions, s'affirme comme l'héritier et le gardien de la révolution et déclare à ce titre aux inculpés :
" les Baathistes comme vous les appelez n'ont fait que défendre leur opinions et les intérêts supérieurs de la nation alors que vous, par vos banderoles vous avez insulté un million et demi de martyrs, dix huit millions d'Algériens, cent millions d'Arabes et quatre cent millions de musulmans . Vous êtes passible de peloton d'exécution . c'est par miracle le tribunal devait vous libérer un jour, j'en fais une affaire personnelle et me chargerai de vous expulser de ce pays . "
C'est ainsi qu'il est courant Aujourd'hui d'entendre nos responsables rendre hommage à la mémoire de nos martyrs et louer la révolution chaque fois que pour préserver leurs intérêts ,ils perpètrent des actes de répression, piétinant sans vergogne les règles élémentaires de la démocratie .Dans leur frénésie, ils souvent tel ce juge que parmi ceux qu'ils répriment fermement au nom de la révolution, se trouvent des enfants de martyrs. Vrai pour nos dirigeants cela n'est sans doute qu'un détail, car eux seuls peuvent se prévaloir de la citoyenneté algérienne, le reste de la population peut en être déchu au gré de leur honneur .ainsi ce juge d'instruction dans sa furie d'expulsion dira à un avocat Me AINOUZ : " je vais vous expulser du territoire national " oubliait-il assurément que celui à qui il s'adressait était pendant la guerre de libération nationale dans les prisons françaises, le plus jeune condamné à mort .
Aujourd'hui Mr BERRIM veut anéantir de ce pays toute trace de TAMAZIGHT à un étudiant Kabyle il dira : " Qu'est ce que tu fait avec eux ? pour moi, tu est un Harki ! ".
Les délires schizophréniques de ce représentant de la justice se passe de commentaires.
DOCUMENT Extrait de: la revue TAFSUT N°04 Mars 82
|
|