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. Amores Perros .
Film de Alejandro González Iñárritu
Pays : Mexique
Acteurs : Emilio Echevarría, Gael
García Bernal, Goya Toledo, Alvaro Guerrero, Vanessa Bauche et
Jorge Salinas
Scénario : Guillermo Arriaga
Image : Rodrigo Prieto
Musique : Gustavo Santaolalla
Montage : Alajandro González
Iñárritu, Lluis Carballar et Fernando Pérez Unda
Production : Zeta Films et AltaVista
Films
Distribution : Pyramide
Durée : 2 h
33
Sortie le 1er novembre 2000
Note : .....
L'Amérique Latine va mal, et des films comme " Amours chiennes " viennent régulièrement nous le rappeller. Souvenons récemment de " Central do Brasil ", de " Orfeu " ou bien de " Sicario ", du vénézuelien Juan Ramon Novoa, descente dans l'enfer des bidonvilles de Medellín qui préfigurait " La vierge des tueurs ", le dernier opus d'un Barbet Schroeder revenant sur les lieux de son enfance, et qui s'inscrivait dans un genre initié avec éclat par Buñuel dans " Los Olvidados ". Dans tous ces films, on retrouve la même peinture noire d'une société urbaine chaotique, dominée par la violence, la misère et la drogue, et où seuls une poignée d'ultra-priviligiés vit dans un luxe et une opulence inouïs. " Amours chiennes " s'inscrit dans cette tradition, mais dans un certain sens la dépasse également : ce film ne dépeint pas seulement la vie des quartiers populaires de México, il propose en réalité une vision globale de la ville, s'intéressant aux différentes strates sociales qui la composent, réduites ici pour des raisons évidentes de commodité dramaturgique au nombre de trois : le peuple, la haute bourgeoisie et les intellectuels. D'où la structrure en tryptique du récit, qui se décompose en trois grands moments d'égale durée, signalés par un carton, et qui s'intéresse à trois groupes de personnages tous réunis par un même événement qui sera vu sous plusieurs angles au cours du film. Cet événement qui sert de noeud central à l'histoire, c'est un accident de voiture d'une extrême violence, où se rencontrent dans le sang des individus que la société avait jusque là maintenus dans des compartiments étanches. Octavio, un adolescent d'une famille modeste, percute de plein fouet la voiture de Valeria, top model en pleine gloire, alors qu'il tente d'echapper à ses poursuivants, des delinquants dont il vient de tuer le chef suite à un combat de chiens qui a mal tourné. Un vieux clochard assiste à la scène : c'est El Chivo, ex-prof de fac, ex-guerrillero communiste devenu tueurs à gages par dépit idéologique, qui recueille le chien mourant d'Octavio.
Il est beaucoup question de chiens dans ce film, dont le titre
français, une fois n'est pas coutume, est respectueux du titre
original. Chiens tueurs, comme celui d'Octavio, dressés pour
combattre dans les arènes clandestines qui réunissent des
jeunes désoeuvrés, exaltés par la violence et attirés par la
perspective de gains faciles ; mais aussi chiens de compagnie,
comme celui de Valeria, une adorable petite bête parfumée et
shampooinée qui finira de manière surréaliste et symbolique,
mangée par les rats qui grouillent sous le parquet de
l'appartement du mannequin. Buñuel n'a pas fini d'inspirer le
cinéma mexicain.
Le film de Alejandro González Iñárritu n'est cependant pas l'uvre
d'un cinéphile poussièreux, enfermé dans ses références. Il
se dégage au contraire de son travail une singulière énergie,
un élan vital et créateur qui contredit le parcours de mort de
ses personnages. Le montage est nerveux comme dans un polar
hollywoodien, la caméra colle aux personnages (sans pour autant
provoquer la nausée comme chez Lars von Trier) et n'hésite pas
à se jeter dans l'arène où combattent les molosses. On est pas
loin du documentaire télévisé choc, même si le dossier de
presse nous rassure en nous apprenant qu' " aucun animal n'a
été blessé durant le tournage ". Homme de médias et
publicitaire de renom, Inárritu a su garder le meilleur du
langage televisuel pour le mettre au service d'une histoire riche
et complexe, qui peint dans le bruit et la fureur la dérive de
México Distrito Federal, mégalopole aux abois, métaphore de
tout un continent.