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. Buenos Aires Vice Versa .
de Alejandro Agresti, Argentine,1996.
Avec Vera Fogwill, Nicolás Pauls, Fernán Mirás.
Durée : 2h00. Sortie : le 19 janvier.
Note : .....
Cadrages
approximatifs, image tremblée, son direct souvent inaudible, jeu
imprécis d'acteurs parfois livrés à eux mêmes : le film
s'affirme d'emblée comme un objet volontairement imparfait, qui
semble exhiber ses défauts pour mieux revendiquer son statut
d'uvre d'art. Le procédé a de quoi agacer, et le
labyrinthe narratif que construit Agresti avec ce matériel de
récupération ne semble mener nulle part. Les personnages
apparaissent et disparaissent sans qu'on ait vraiment l'occasion
de comprendre leur place dans le récit, et même si l'on
comprend assez rapidement que le film cherche à brosser le
portrait de l'Argentine des années 90, celle de Menem et de la
crise économique, même si le naufrage individuel de personnages
à la dérive apparaît clairement comme une évocation
symbolique du naufrage collectif d'un pays gangrené par le
chômage et la corruption, le spectateur peine à rentrer dans le
film. Heureusement, le sens du cocasse de Agresti fait souvent
mouche et nous sauve à plusieurs reprises de l'ennui.
Puis, dans le dernier tiers, le récit s'organise
progressivement, le réalisateur rassemble avec habileté tous
les éléments qu'il avait pris soin d'éparpiller auparavant, et
le sens profond surgit alors de manière inquiétante, lors d'une
scène magistrale où le style documentaire employé jusque là
se révèle d'une terrible efficacité. Profitant de l'infirmité
de sa victime, un papy jusque là prévenant et débonnaire
s'emploie durant de longues minutes à torturer mentalement une
jeune aveugle, révélant sa nature perverse et sadique. Après
avoir longtemps erré, le film débouche enfin sur son véritable
enjeu : l'évocation indirecte des horreurs de la dictature, qui
hantent la mémoire collective argentine comme un énorme
traumatisme national. Dédié aux fils des 30000 disparus de
l'époque des généraux, ce long-métrage convainc in extremis
de son utilité en invitant le spectateur à partager la douleur
des victimes et en désignant les militaires comme responsables
de la situation d'impasse dans laquelle se trouve l'Argentine
d'aujourd'hui.
A la lecture des dernières séquences, on se dit alors que
Alejandro Agresti n'est sans doute ni le Godard ni le Cassavettes
argentin que se plaisent à peindre ses admirateurs, mais que son
Buenos Aires Vice Versa ne manque finalement ni de force ni
d'intérêt, pour qui accepte de chercher un chemin dans les
allées mal éclairées de ce dédale porteño.