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. Liste d'attente .
Lista de espera
de
Juan Carlos Tabío, Cuba, 1999.
Avec Vladimir Cruz, Jorge Perugorría, Tahimi Alvarino.
Durée : 1h42. Sortie : 14 juin 2000.
Note : .....
Dans la
grande tradition du film cubain, " Liste d'attente "
est une radiographie sociale en forme de comédie, un de ces
bilans teinté d'auto-dérision qu'aime à dresser de temps à
autre une cinématographie soucieuse de témoigner sur son
époque. Juan Carlos Tabío, à qui l'on doit déjà, entre
autres, " Guantanamera " et " Fraise et chocolat
", co-réalisés avec Tomás Gutiérrez Alea, reprend ici
tous les ingrédients qui ont fait le succès de ses films
précédents - dont les acteurs principaux, Vladimir Cruz et
Jorge Perugorría -, et nous invite à un savoureux voyage au
pays du socialisme tropical. Dans cette île qui résiste encore
et toujours à l'envahisseur, une poignée de personnages se
retrouvent bloqués dans la gare routière d'un village perdu du
bord de mer, et attendent vainement l'arrivée du bus qui mettra
fin à leur interminable attente. Les heures, les jours passent,
et les individualités se dessinent peu à peu, dévoilant
qualités et défauts de chacun ; mais tout le groupe reste uni
dans sa volonté de s'échapper de cette prison improvisée,
métaphore à peine voilée de l'île elle-même. Alors que la
tension monte, une vieille dame ne manque pas de remarquer que la
situation lui rappelle un vieux film projeté à la télévision,
où une force mystérieuse empêchait un groupe de convives de
sortir de la maison où ils s'étaient réunis. Victimes de la
situation d'incurie et de pénurie qui règne dans le pays, les
protagonistes involontaires de ce naufrage immobile, au dessus
duquel plane en effet l'ombre de " L'ange exterminateur
", commencent alors à prendre leur sort en main, et
utilisant au mieux les maigres ressources à leur disposition,
ils construisent peu à peu une micro-société utopique où
toute forme d'autorité semble avoir disparu, pour laisser la
place à l'amour et la fraternité. Par une de ces pirouettes
scénaristiques qui font le charme du cinéma cubain,
(souvenons-nous des incroyables apparitions du metteur en scène
et de l'équipe technique dans " Plaff ! ", déjà
réalisé par Juan Carlos Tabio ), la fin du film ramène
cependant le récit et les personnages aux dures réalités de
l'existence cubaine. Sans jamais se livrer à une charge en
règle contre le régime, Juan Carlos Tabio porte alors un regard
lucide et désabusé sur son pays, et le ton de son film devient
plus amer et plus critique. Mais au delà des aspects purement
politiques, ce sont surtout la drôlerie des situations et
l'humanité des personnages qui emportent l'adhésion du
spectateur, et font de ce film un très agréable moment de
cinéma, une dernière bouffée d'oxygène avant la déferlante
hollywoodienne de l'été.