olimpo

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. Garage Olimpo .


de
Marco Bechis, Argentine-Italie,1998.
Avec Antonella Costa, Carlos Echevarría, Chiara Casellii
Durée :
1h38. Sortie : le 22 mars.

Note : .....

 

Quelques semaines à peine après la sortie de "Buenos Aires Vice Versa ", voici un nouveau film argentin qui se penche sur le proceso, à savoir la période de la dictature militaire. Mais là où Alejandro Agresti n'évoquait qu'indirectement les atrocités commises entre 1976 et 1983 par les hommes du général Videla, chef de la junte alors au pouvoir, Marco Bechis a choisi de situer son récit au beau milieu d'un des centres de torture de l'armée argentine, le sinistre garage Olimpo, où furent interrogées puis envoyées vers une mort atroce quelques-unes des 30 000 victimes de la répression. C'est donc de manière très frontale que le metteur en scène montre ce qui n'était évoqué que de manière plus ou moins symbolique dans " l'Histoire officielle ", le premier film à parler des disparus et à rendre hommage au combat des " folles de la place de mai ". Quatorze ans plus tard, Marco Bechis décide de plonger sa caméra là où personne ne s'était aventure avant lui. Le film s'ouvre d'ailleurs sur l'image des eaux troubles de l'estuaire du Rio de la Plata, faisant appel à une symbolique de l'introspection dont la suite du plan - la caméra remonte pour déboucher sur un plan large de Buenos Aires - nous révèle que sa portée est avant tout collective. Le metteur en scène apparaît dans le début comme l'homme par qui la mémoire arrive, et toute sa démarche est contenue dans son mouvement de caméra. Notons au passage que les dernières images du film rejoignent ce plan d'ouverture, tourné en réalité depuis l'avion d'où seront jeté s vivants les prisonniers du garage Olimpo, et que le récit finit par enfermer ses personnages dans une structure narrative circulaire et dans un temps devenu tristement mythique.

Mais Bechis a aussi voulu revenir dans ce film sur sa propre expérience. Le metteur en scène a en effet été le pensionnaire, l'espace de quelques jours, de ce centre de détention, où des militaires l'ont à cinquante-deux reprises torturé à l'electricité avant de le relâcher sur ordre d'un général contacté par sa famille. Le film n'est cependant pas une autobiographie stricto sensu, dans la mesure où il nous propose d'accompagner dans sa descente aux enfers un personnage de fiction, Maria, une jeune militante de gauche enlevée sous les yeux de sa mère, et d'assister à son calvaire.

Cette prise de distance vis-à-vis d'un vécu personnel douloureux par le biais d'une fictionnalisation assumée et revendiquée souligne que le cinéaste a souhaité se placer dans une perspective avant tout analytique, où la relation victime / bourreau constitue l'un des axes essentiels de sa réflexion. Le lien qui, selon Bechis, unit celui qui torture et celui qui est torturé est d'ailleurs souligné de manière on ne peut plus transparente : le principal geôlier de Maria n'est autre qu'un des locataires de la maison de sa mère, amoureux de la jeune fille, qui voit dans cette relation particulière que la prison a créée un moyen de lui extorquer son amour; le tortionnaire finit même par emménager dans la cellule de sa " fianciée " pour tenter d'y vivre une existence normale de jeune marié, se souciant par exemple de la décoration intérieure ! Jamais on n'avait montré de manière aussi limpide les fondements sexuels de la torture, et le désir de possession que celle-ci suppose.

Ce film n'est pas pour autant un simple essai, tout en intellectualité raisonnée : c'est aussi un bloc d'émotion, une machine à vous remuer les tripes d'une efficacité redoutable. Dans un style faussement documentaire, Bechis met en effet les nerfs du spectateur à rude épreuve, et rend palpable ce qui n'est le plus souvent au cinéma qu'une abstraction dramaturgique : la souffrance.

Progressivement, il enferme le spectateur dans les sous-sols du garage Olimpo, et adopte le point de vu d'un détenu par le biais d'une mise en scène qui joue sur la rétention d'information. Ainsi, l'action est souvent située hors-champ, ou bien dans l'obscurité, ou bien encore évacuée par une ellipse. Les personnages nous sont également présentés de manière très fragmentaire, et le spectateur en sait aussi peu sur la structure de l'organisation subversive que pourchassent les militaires que ses membres eux-mêmes. La bande-son, qui amplifie le cliquetis des menottes raclées contre le béton, le claquement des lourdes portes qui s'ouvrent et se ferment, ainsi que les commentaires sportifs et les chansonnettes que débite à longueur de journée un vieux poste de radio qui étouffe les cris de douleur des détenus dans un contrepoint glaçant, nous immerge quant à elle dans un monde de sensations où les oreilles imaginent ce que les yeux bandés des prisonniers ne peuvent voir.

On ressort donc bouleversé de ce film, qui nous montre la barbarie sous son jour le plus effrayant : celui de la normalité. Les tortionnaires sont quelconques, parfois même beaux ; ils pointent consciencieusement en arrivant au " travail ", se répartissent les interrogatoires avec équité, jouent au ping-pong pour se d\'e9tendre entre deux s\'e9ances de g\'e9g\'e8ne. Tout cela rappelle l'assurance tranquille des artisans de l'Holocauste, avec lequel Bechis établit de discrets rapprochements, comme quand par exemple Maria choisit une paire de chaussures parmi toutes celles prises aux détenus, qui forment une pile semblable à celles que découvrirent en leur temps les libé rateurs des camps de la mort.

De Auschwitz à Buenos Aires, tous les hommes sont frères de sang devant leurs bourreaux : tel semble être en filigrane le message de Bechis, qui porte sur la douleur des victimes un regard d'une humanité universelle.

 

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