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. Jeu de rôles .
Nadie
conoce a nadie
Film de Mateo Gil
Pays : Espagne
Acteurs : Eduardo Noriega, Jordi
Molla, Natalia Verbeke, Paz Vega
Scénario : Mateo Gil
Image : Javier Salmones
Musique : Alejandro Amenábar
Montage : Nacho Ruiz Capilla
Production :
DMVB Films,
M6 Films, Sogetel, Maestranza Films
Distribution :
DMVB Films
Durée : 1h48
Sortie le 11 octobre 2000
Note : .....
Tombé il y a peu à 7 % de parts de marché sur son propre sol, le cinéma espagnol a dû opérer une mutation profonde pour reconquérir les faveurs du public, mutation toujours en cours dont on ne sait pas encore si elle portera ses fruits, tant sur le plan économique qu'artistique. On observe simplement l'émergence d'une nouvelle génération de metteurs en scène et de techniciens, plus ou moins coupés de leur tradition cinématographique nationale, et baignant depuis l'enfance dans un flot d'images venues d'Hollywood. D'où la facture très américaine de certaines productions récentes ( cf. " La secte son nom ", sorti il y a quelques semaines), visiblement pensées et tournées pour séduire un public juvénile, qui partage avec ces nouveaux réalisateurs le même goût pour un cinéma de genre (thriller, horreur, science-fiction), très narratif, filmé de manière graphique, et accompagné d'une sauce post-movida dont on a parfois du mal à identifier les ingrédients mais à la saveur immédiatement reconnaissable.
" Jeu de rôles " s'inscrit dans cette
nouvelle tendance du jeune cinéma espagnol. Réalisé par Mateo
Gil, 26 ans, déjà remarqué pour son travail de scénariste
dans "Tésis " et " Ouvre les yeux
", le film reproduit peu ou prou les qualités et les
défauts de ces deux titres mis en scène par Alejandro
Amenábar, l'ami intime et le compagnon de route
cinématographique de Gil. Il y a tout d'abord la musique,
symphonique, aux accents hermanniens, composée par Amenábar
lui-même. Et puis il y a l'histoire, celle d'une manipulation,
comme dans " Ouvre les yeux ". Eduardo
Noriega, étoile montante du cinéma hispanique, y interprète le
rôle de Simon, un jeune écrivain qui se trouve impliqué
malgré lui dans un jeu de rôles macabre et démesuré,
organisé à l'échelle de Séville toute entière par une
poignée de joueurs dont le fanatisme ludique n'a d'égal que
l'exaltation religieuse qui accompagne les festivités de la
Semaine Sainte. Adapté d'un roman homonyme, ce film est un
authentique thriller, genre dont Mateo Gil s'emploie à reprendre
tous les codes narratifs et visuels : séquence d'ouverture choc,
succession de morts violentes et mystérieuses, explosions,
poursuites, scènes de foule, enquête qui multiplie les pistes,
révélations fracassantes, plans aériens de la ville qui
délimitent les lieux de l'action, etc. Un plan surtout révèle
l'influence visuelle du cinéma américain sur celui de Mateo Gil
: il s'agit d'un travelling dans la salle de rédaction du grand
journal local où travaille le héros, image toute droit sortie
des " Hommes du président ". Le problème,
comme toujours, c'est le sentiment de frustration qu'éprouve le
spectateur à la vue de ce cinéma d'imitation : on ne peut
s'empêcher de préférer l'original. Ce reproche, qu'un critique
du quotidien El País formulait il y a peu à l'encontre des
" Rivières pourpres ", doit cependant être
nuancé : certes, ce " Jeu de rôles " n'est
pas aussi spectaculaire que, par exemple, " Une journée
en enfer ", film dont il reprend pourtant le principe
(la ville comme plateau de jeu pour psychopathe) ; certes, le
rythme du récit est parfois frappé d'une indolence que les plus
médisants n'hésiteront pas à qualifier de latine ; il
n'empêche que le projet est ambitieux, et le résultat assez
souvent plaisant, surtout visuellement, avec en prime une
excellente scène de poursuite dans les ruelles de Séville, où
le réalisateur arrive à faire naître un sentiment de tension
et d'inquiétude alors même que les personnages n'échangent que
des coups de feu symboliques à l'aide de pistolets lumineux.
Cette scène emporte l'adhésion par sa capacité à faire
ponctuellement ce que le film refuse malheureusement de faire
dans son ensemble, à savoir interroger ce genre 100 % américain
qu'est le thriller pour le travailler selon un point de vue à la
fois hispanique et distancié, profond et spirituel.