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. Solas .


de
Benito Zambrano, Espagne, 1999.
Avec Ana Fernández, María Galiana et Carlos Alvarez Novoa.
Durée :
1h38. Sortie le 31 mai.

Note : .....

Certains affirment que le mélodrame est l'expression même de la latinité et Solas, le film révélation de l'année 1999 en Espagne, nous le prouve une fois de plus. Mais alors qu'Almodóvar a fait de ce genre cinématographique un laboratoire d'expérimentation postmoderne, Benito Zambrano démontre que d'autres voies restent à explorer, et délaisse la distanciation ironique pour revenir aux sources mêmes du genre, avec une sincérité qui ne doit rien à la naïveté. La trame de l'histoire que choisit de nous raconter Zambrano pour son premier long-métrage fleure bon le culebrón (feuilleton télévisé fleuve, généralement mexicain ou vénezuelien, que les ménagères espagnoles de moins de 50 ans dégustent avant la sieste) et le metteur en scène ne recule devant aucun cliché. Jugez-en plutôt : le film raconte l'histoire de María, jeune femme originaire d'un petit village de province, qui vient d'emménager dans un appartement vétuste d'un quartier défavorisé de Séville, pour fuir la tyrannie paternelle. Enceinte d'un homme qui refuse de reconnaître son enfant, elle survit en faisant des ménages, et noie son désespoir dans l'alcool. Mais son père est hospitalisé en ville, et sa mère s'installe quelque temps chez elle. Une relation particulière s'instaure alors entre les deux femmes et un vieil homme qui vit à l'étage du dessous, seul avec son chien.


N'allez pas croire cependant que Zambrano milite pour le retour du cinéma d'antan. Ce synopsis n'est qu'un canevas sur lequel le cinéaste brode avec habilité des motifs plus subtils et plus complexes que ne le laisse supposer une lecture à froid du sujet. La force de Solas réside dans sa capacité à combiner deux esthétiques et deux morales filmiques a priori irréconciliables : celle du mélo larmoyant, et celle du film réaliste, socialement engagé. Le traitement réservé à certains personnages secondaires - le bon Docteur, le gentil chien, le routier machiste, la bourgeoise arrogante - lorgne clairement dans la première direction, mais une multitudes de détails éparpillés à différents niveaux du récit - dialogues, costumes, décors, jeu des acteurs - donnent aux personnages principaux une vérité sociologique étonnante. Il est d'ailleurs à craindre que la méconnaissance de l'Espagne dans laquelle vivent bon nombre de nos concitoyens ne fassent passer le public français à côté de cette justesse et de cette acuité sur laquelle repose précisément la réussite artistique du film. Le parler populaire, l'accent andalou, la table de cuisine en formica, le bar enfumé : tout respire ici l'Espagne profonde, celle qui vit et travaille loin des enclaves touristiques de la Costa Brava. A ce titre, la scène la plus réjouissante est sans conteste celle où le vieil homme offre un poisson d'une fraîcheur extrême à la mère de María, en témoignage de son amour. Etrange pays que celui où l'on séduit les femmes avec du poisson frais plus sûrement qu'avec qu'un bouquet de roses, me direz-vous. Rien de plus vrai pourtant, rien de plus authentique que ce détail de mise en scène qui révèle combien Zambrano aime et connaît la société qu'il nous dépeint.


Son film n'est cependant ni une ode aux valeurs de l'Espagne éternelle ni une défense illustrée du prolétariat urbain. Le cinéaste s'inscrit tout simplement dans une perspective humaniste, et en nous racontant la vie de María et de sa mère, il nous parle des femmes espagnoles dans leur ensemble, de leurs espoirs, de leurs souffrances, de leurs rapports difficiles avec les hommes, que ce soit leurs maris ou leurs amants, trop souvent tyranniques ou lâches. Il rejoint là les préoccupations de son compatriote Almodóvar, sans la flamboyance ni la drôlerie ce dernier, mais avec une sincérité sans doute plus touchante. S'il fallait jouer au jeu des filiations, nous dirions que Zambrano, qui réalisa ces études de cinéma à Cuba, à l'école de San Antonio de Los Baños très exactement, est plutôt le fils spirituel de Tomás Gutiérrez Alea, avec lequel il partage de toute évidence la même conception du cinéma. Pour Alea en effet, le cinéma populaire ne devait pas être un produit calibré pour plaire au plus grand nombre ni un moyen d'évasion bon marché, proposé au peuple par quelques industriels du divertissement. Il voyait au contraire dans le cinéma un instrument d'émancipation et de progrès social formidable, pour peu qu'on sache le manier avec intelligence et honnêteté, et toute sa vie il défendit la théorie selon laquelle un film ne peut être efficace idéologiquement -et donc socialement- que s'il est efficace cinématographiquement. " Fraise et chocolat " est la plus parfaite démonstration de la validité de ce présupposé, et le succès récent de " Solas ", déjà vu par 900.000 spectateurs et récompensé par le jury et le public du dernier festival d'Annecy, démontre qu'en Espagne comme à Cuba, les recettes les plus éprouvées du cinéma de genre permettent d'attirer la foule des spectateurs vers des films dont le véritable propos n'a rien de commercial. Cette redécouverte d'une troisième voie cinématographique ne manquera pas d'irriter les intégristes de tous poils mais réjouira ceux qui pensent qu'un bon film n'a pas besoin d'être barbant pour être intelligent.

 

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