FRANC-MAÇONNERIE
LIVRES
Histoire de la Franc-Maçonnerie au XIXe siècle, Tome 1, par André Combes, Éditions du Rocher.
Notre ami André Combes nous offre, avec sa modestie habituelle, un livre qui restera comme une référence et une contribution majeure dans le domaine de l'histoire de la Franc-Maçonnerie. L'ouvrage est dense, rigoureux et porte souvent pour la première fois un regard lucide sur les pièces d'archives originales qui fondent son travail.
Mais en traitant de l'histoire de la Franc-Maçonnerie au XIXe siècle, André Combes traite aussi de l'histoire de l'idéal républicain et de la République.
Le 6 avril 1814, l'Empereur abdique et la Franc-Maçonnerie, choyée mais normalisée, dominée jusqu'alors par le Grand Orient de France, connaîtra alors une période d'agitations et d'incertitudes, dont elle sortira grandie, mais sans unité. Nombre de situations présentes, aussi bien dans le sein de la Franc-Maçonnerie, que dans la vie sociale et politique de la nation, ont leur origine dans ce passé troublé mais riche d'idées nouvelles, de débats, de combats pour la liberté et la fraternité. Entre les idéaux, changeants, et l'adversité du terrain, la Franc-Maçonnerie se forge et apparaît à la fois comme le vecteur d'une stabilité que certains gouvernements rechercheront, et comme le vecteur du changement social voir même du bouleversement, selon les périodes, mais aussi les lieux, car l'influence des loges ne se restreint pas à l'hexagone. Confrontées à la question raciale aux Antilles, au choc interculturel en Algérie, aux conflits locaux à l'étranger, chaque fois les loges ne pourront rester à l'écart ou indifférentes à l'environnement social et politique.
André Combes met en évidence l'évolution de la Franc-Maçonnerie dans l'idée qu'elle se fait d'elle-même, comme des conceptions qu'elle développe sur la religion, sur la philosophie, sur l'autorité politique.
L'ouvrage, en quatre parties, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Seconde République, et la Franc-Maçonnerie sous l'Empire autoritaire, permet de bien identifier les mouvements, préparés ou spontanés, qui émergèrent au sein de la Franc-Maçonnerie comme au sein de la société, pendant tout le XIXe siècle.
Signalons que l'évolution de la Maçonnerie égyptienne, souvent combattue par le Grand Orient, comme par les autorités politiques, est examinée en détail et que l'ouvrage fourmille d'informations importantes pour tout ceux qui s'intéressent à l'histoire des rites maçonniques égyptiens. Tout au long du livre, de nombreux événements situés en marge de la vie du Grand Orient de France sont observés, comme le néo-templarisme, la charbonnerie, ou l'atelier Le Temple des familles.
Enfin, cette histoire de la Franc-Maçonnerie est bien entendu également une histoire de l'anti-maçonnisme qui, virulent ou étouffé, selon les périodes, n'a jamais cessé d'exister.
Un travail remarquable. Un livre indispensable.
Éditions du Rocher, 6 place Saint-Sulpice, 75006 Paris.
Comment la Franc-Maçonnerie vint aux femmes, par Gisèle et Yves Hivert Messeca, Éditions Dervy.
Voici un ouvrage à la fois savant et passionnant, savant car les auteurs nous livrent un véritable travail d'historien, passionnant car en même temps que nous pénétrons la Franc-Maçonnerie française de 1740 à 1940, c'est l'évolution de la société française et des idées durant deux siècles qui nous est présentée à travers plusieurs tableaux significatifs.
Replaçant le Franc-Maçonnerie française dans le contexte maçonnique général de l'époque et dans son environnement socio-politique, les auteurs s'intéressent d'abord aux sociétés androgynes "maçonniformes", nombreuses aux XVIIIe siècle. Celles-ci bénéficièrent à la fois du développement du phénomène associatif et de la libération des moeurs, qu'elles soient des sociétés secrètes galantes, licencieuses, badines,. ou des ordres qui, parodiant la Franc-Maçonnerie, pourront tenter d'entrer en concurrence avec elle. L'Ordre des Mopses et l'Ordre des Fendeurs et Fendeuses sont un exemple typique de sociétés qui parodièrent la Franc-Maçonnerie.
Au XVIIIe siècle, la littérature maçonnique anti-féminine met en avant trois types d'arguments pour justifier l'interdit d'admettre les femmes en loge. Rappelons que le texte fondateur d'Anderson interdit, mais ne motive pas l'interdit. Les arguments sont donc principalement l'indiscrétion féminine, les désordres que pourraient occasionner une présence féminine dans une loge masculine, le danger de voir les autorités civiles et ecclésiastiques accuser les loges de libertinage. Le combat pour l'entrée des femmes en loge sera donc difficile. Il n'est point terminé, loin s'en faut. Si dès le XVIIIe siècle, les femmes réussissent à s'introduire en Franc-Maçonnerie par les loges d'adoption, le chemin jusqu'à la création des premières grandes obédiences mixtes, et de la première obédience féminine, la G:.L:.F:.F:., fut parchemé d'embûches. Les auteurs nous font revivre, à partir de documents, cette lente évolution qui mit en avant des femmes remarquables, dont bien sûr Maria Deraismes, mais aussi Marie Bonnevial, Louise Michel, Clémence Royer et tant d'autres.
Les françaises furent des pionnières en Franc-Maçonnerie, et elles contribuèrent largement à la construction et au développement du droit des femmes.
Éditions Dervy, 34 Boulevard Edgar Quinet, 75014 Paris.
Mozart, frère maçon, de Jacques Henry, Éditions du Rocher.
Non ce n'est pas un simple travail de plus sur Mozart franc-maçon, Jacques Henry a réalisé une recherche à la fois originale et très rigoureuse pour démontrer que l'oeuvre maçonnique de Mozart ne se limite pas aux quelques compositions reconnues comme maçonniques. Jacques Henry distingue les musiques destinées à un usage rituel des autres musiques, non prévues pour le rituel, mais inspirées par le symbolisme maçonnique et l'esprit de la quête. Certains musicologues pensent en effet que la place de la spiritualité maçonnique dans l'oeuvre de Mozart est comparable à la place tenue par le christianisme luthérien dans l'oeuvre de Bach.
C'est par la reprise des symboles auditifs présents dans le rituel (batteries), et par la transposition de leur contenu en harmonie que Mozart construit ses compositions maçonniques. Mozart ne fut pas le seul musicien franc-maçon a opéré ainsi: Haydn, Glück, Hoffmann, Beethoven, mais aussi des français comme Giroult ou Devienne.
L'auteur présente de brèves oeuvres circonstancielles pour tenues maçonniques, les oeuvres non rituelles de caractère maçonnique et les grandes oeuvres inspirées par le symbolisme maçonnique et conclut:
"Mozart conscient de la signification universelle et éternelle des symboles, acquise par son initiation, conduit l'homme dans l'harmonie au-delà de sa simple existence terrestre. Étonnante perception de la sérénité, de l'amour et de la lumière, dont sa musique révèle qu'ils sont pour lui la divinité.
Mozart appréhende l'être humain, ses sentiments, ses douleurs et ses espérances, puis, lui-même s'effaçant dans l'expression de la plus pure harmonie, ainsi que s'efface le symbole devant son contenu d'éternité, il laisse cet homme seul dans la lumière, face à la révélation de sa propre raison d'être."
Éditions du Rocher, 6 place Saint-Sulpice, 75006 Paris.
La Clé d'Hiram de Christopher Knight et Robert Lomas, Éditions Dervy.
L'ouvrage risque d'irriter les historiens de la Franc-Maçonnerie, non sans raison. Cet ouvrage, qui connaît un franc succès chez nos amis britanniques, traite en effet des origines de la Franc-Maçonnerie. Les thèses avancées par les auteurs sont le plus souvent d'une grande fragilité et ne respectent nullement les exigences de la démarche historique, toutefois le livre est intéressant et même fascinant car il est une exploration, non de l'histoire, mais des mythes qui courent dans le labyrinthe maçonnique.
Il met en évidence des héritages spirituels, réels, captés, ou de désir, qui fondent la Tradition maçonnique, dans ses rituels parfois, le plus souvent dans les recherches de ses loges et de ses membres. Car à travers l'aventure labyrinthique, c'est bien leur propre réalité ultime que recherchent les maçons, comme peut-être et même sans doute les auteurs, et pourquoi pas, les lecteurs. L'ouvrage met en évidence la richesse d'une exploration sans doute aventureuse, mais qui ramène invariablement le questeur à lui même.
L'hypothèse des auteurs réside dans la découverte de la tradition écossaise, héritée des templiers, et dans l'origine égyptienne et chrétienne des rituels maçonniques. Leurs recherches à travers les mythes les conduit à la chapelle de Rosslyn, dans laquelle ils voient une copie très fidèle du Temple d'Hérode. Ils suggèrent alors que la chapelle pourrait avoir conservé des Évangiles secrets et un éventuel trésor templier.
Ce livre est donc intéressant à condition de le prendre pour ce qu'il est, une exploration constructive des mythes par deux francs-maçons qui renouent avec l'aventure.
Éditions Dervy, 34 Boulevard Edgar Quinet, 75014 Paris.
REVUES
Renaissance Traditionnelle, n° 110-111, B.P. 161, 92113 Clichy cedex.
Ce numéro rassemble les Actes du deuxième Colloque du Cercle Renaissance Traditionnelle, qui s'est déroulé le 11 octobre 1997 àParis, sur le thème des Hauts-grades au XVIIIè et au XIXe siècles. Après les interventions d'ouverture de Roger Dachez et Antoine Faivre, Roger Dachez consacra son travail à la Naissance des Hauts-Grades: le grade de Maître et les "autres grades" . Pierre Mollier appode nouveaux éléments sur la patente Morin. Michel Brodsky posa quelques pertinents Regards sur le problème des hauts-grades en Angleterre au XVIIIe siècle, le débat souleva une nouvelle fois la différence d'approche entre nos amis britanniques et les historiens français. Michel Brodsky met en évidence, ce qui est essentiel, ce qu'est réellement un maçon et un maçon régulier, la souveraineté des loges bleues et la richesse des hauts grades anglais et des sociétés secrètes souchées sur la F:.M:.. Brent Morris présenta Les Hauts-grades aux États-Unis et 1730 à 1830, on découvre ainsi l'influence des Maçons Instructeurs itinérants. Enfin, Michel Piquet fournit une étude très appofondie sur les sources des grades de Rose-Croix, étude qui, une nouvelle fois, démontre l'importance de ces grades.
La Chaîne d'Union, n°2 et 3, Éditions EDIMAF.
La revue fondée en 1864, relancée en 1997 par le G:.O:. de F:. tient ses promesses: réflexion sur la finalité de la franc-maçonnerie et son caractère traditionnel, études symboliques ou historiques ne peuvent qu'apporter des élements de réponses et des pistes de recherches à ceux, de plus en plus nombreux au sein du G:.O:. de F:., qui s'interrogent sur le sens traditionnel de leur rite.
Dans le n°2, Peter Bru pose la question A quoi peut bien servir une loge maçonnique? Question à laquelle il répond dans une perspective humaniste. Deux études de symbolisme sont proposées au lecteur, l'une sur le pain, l'autre sur le mot de passe Tubalcaïn, qui fait référence à l'alchimie et au travail de la forge, assimilant Tubalcaïn à Vulcain. Enfin Tanang nous rappelle la création par Fabre d'Olivet d'un ordre pythagoricien "agricole", l'Ordre de la Céleste Culture, tout à fait digne d'intérêt.
Dans le n°3, Bernard Caussain tente de définir la laïcité. Artus Eques Læti Indolentis propose une étude de symbolisme sur le vitrail johannique de Chartres. Cette étude est une introduction à la symbolique médiévale. Le Dr L. Vans s'intéresse au processus de symbolisation au regard de la psychanalyse. La psychanalyse n'est certes pas, malgré quelques pères comme Jung qui travaillèrent avec des Collèges initiatiques, un moyen d'approcher la Tradition ou les traditions. L'article n'en est pas moins intéressant du point de vue. de la psychanalyse. Tanang nous livre une approche riche d'un blason maçonnico-alchimique et rappelle l'importance initiatique de l'art du blason.
La Chaîne d'Union, 16 rue Cadet, 75009 Paris.
O Aprendiz, Nova Série - Ano 1 - N°1, Solsticio de Inverno de 5997.
Le bulletin de la Grande Loja Legal de Portugal, GLRP, propose un entretien intéressant avec José Carlos Nogueira notamment sur l'évolution et l'avenir de la F:.M:., mais aussi sur les thèmes de maçonerie et hermétisme ou sur la problématique tradition et modernité. Le bulletin rassemble également de nombreuses informations maçonniques.
GLLP, Av 5 de Outubro, 204- 8° A, 1050 Lisboa, Portugal.
A PROPOS
A Londres, une commission de la Chambre des communes a demandé la fin de la confidentialité des membres de la Franc-Maçonnerie. La Grande Loge Unie est menacée, si elle n'obtempère pas, d'outrage au Parlement. La Grande Loge a bien sûr refusé. Cet incident fait suite à une campagne qui court depuis plusieurs mois et dont nous étions fait l'écho.
En son temps, Jacques Delors avait souhaité que les membres du Parlement européen et les fonctionnaires européens francs-maçons soient connus en tant que tels. Sa proposition avait jeté un froid et était restée sans suite.
Cette tentation n'est donc pas nouvelle ni isolée, elle est à inscrire dans le dossier Tradition et modernité. Les francs-maçons ont souvent recherché une reconnaissance sociale, ce faisant ils ont rompu avec la perspective traditionnelle. En demandant à être reconnus par le monde profane en tant que francs-maçons comme acteurs sociaux, ils se sont évidemment exposés à des exigences profanes.
ARCHITECTURE SACRÉE
Les Éditions Dervy publie un ouvrage magnifique qui passionnera notamment tous les francs-maçons conscients de l'importance de l'architecture et de la géométrie, L'Ombre du Poteau et le Carré de la Terre de Jean-Paul Lamotte.
Le travail de Jean-Paul Lamotte mérite une mention spéciale car il allie la rigueur de la démarche scientifique à un esprit très religieux au sens propre du terme, qui veut relier les sens et l'essence, et enfin la tradition à l'originalité.
Les églises, les cathédrales, les bâtiments religieux en général sont porteurs d'un enseignement, d'une sagesse, gravés dans leurs murs, leur proportions, leurs orientations, etc.
L'ouvrage, didactique comporte cinq parties.
Dans la première partie, l'auteur propose un résumé du contexte philosophique, religieux et scientifique de l'époque, rappelant qu'un édifice religieux se dresse toujours dans une culture particulière.
La seconde partie s'intéresse aux particularités architecturales des églises, abbayes et cathédrales pour dégager les fondamentaux autour desquels s'organise la construction.
La troisième partie démontre comment la culture chrétienne a transposé les méthodes de construction de la société romaine dans le contexte symbolique et culturel chrétien. L'auteur définit un "dialogue primordial", les règles d'une communication avec Dieu qui donne forme au rite de fondation d'où découleront les principales dimensions et dispositions de l'édifice religieux, concrétisées par les maîtres maçons et charpentiers dans la pierre et le bois. Le tracé symbolique voulu par le maître d'oeuvre prend vie.
La première démarche consiste à créer une première relation symbolique avec l'Etre suprême. Le point sur lequel plus tard se dressera l'autel, base de l'Axis Mundi comme de l'Échelle de Jacob, est concrétisé par un poteau dressé vers le ciel, interrogation lancée à Dieu qui répondra par l'intermédiaire du soleil. La seconde étape en effet consiste à déterminer le point de terre, déterminé par l'ombre du poteau, réponse de Dieu.
La méthode proposée par Jean Paul Lemonde est appliquée dans une quatrième partie à douze édifices religieux médiévaux comme Saint-Vincent des Prés, non loin de Cluny, l'abbaye de Sénanque, Chartres,.
Enfin, l'auteur synthétise et analyse les résultats obtenus qui confirment les thèses avancées.
Ce travail est important, tant par son apport à la symbolique de la géométrie sacrée, qu'à celle de la compréhension de l'architecture médiévale.
Un livre indispensable à une bibliothèque maçonnique.
Éditions Dervy, 34 Boulevard Edgar Quinet, 75014 Paris.