MARTINISME
LOUIS-CLAUDE DE SAINT-MARTIN
Nous continuons la présentation des indispensables oeuvres complètes de Louis-Claude de Saint-Martin, présentées par Robert Amadou, publiées par Georg Olms.
Le volume IV des oeuvres Majeures rassemble deux ouvrages de Saint-Martin, Ecce homo et Le Nouvel Homme. Ecce Homo vient après la publication de L'Homme de désir, et concrétise ce que ce livre augurait. En même temps, il annonce Le Nouvel Homme. Maillon entre les deux, Ecce homo reflète presque parfaitement la maturité à laquelle Saint-Martin a désormais accès, maturité littéraire d'une part, maturité spirituelle enfin.
Voici ce que dit Sédir de Ecce homo: "L'Ecce homo renferme, sous une forme élégante et claire, toutes les idées qui peuvent servir d'introduction à l'étude et à la pratique de l'illuminisme chrétien. Avec l'observation ingénieuse dont se sert le Philosophe inconnu quand il veut amener son lecteur du sensible à l'intelligible, la contemplation de la Nature y est le point de départ de découvertes lumineuses dans le monde intérieur."
Le Nouvel Homme est un ouvrage clef de l'oeuvre saint-martinienne. Saint-Martin précise ce qu'il entend par le mot nouveau.
"Quant au mot nouveau , vous n'ignorez pas, mon cher frère, que le monde temporel n'est que la figure du monde vivant et spirituel. C'est, pour ainsi dire, le vieil homme des choses créées et, quand ce vieil homme sera passé, nous retrouverons la source éternelle de toutes les productions, et particulièrement celle spirituelle de la vigne matérielle, qui ici-bas aura servi de base au sacrement. Jésus-Christ, qui connaissait son heure, savait qu'il n'userait plus de cette source matérielle avant d'avoir été puiser dans l'autre par son sacrifice."
Robert Amadou nous précise l'importance du livre: "Au secret livré dans l'Homme de désir - que Satan a besoin des hommes - correspond celui du Nouvel Homme: chaque ange a besoin de l'homme confié à sa garde". Ce secret capitale éclaire particulièrement l'expérience de Saint-Martin des opérativités des Élus Coens. Robert Amadou, de nouveau: "Le nouvel homme doit développer en lui et hors de lui les abondances de la miséricorde et les abondances de la lumière. Le Seigneur, en prononçant son nom sur lui et en voulant que les puissances suprêmes fassent de même, rassemble aussi son propre nom, comme elles rassemblent les leurs qui répercutenyt le sien, dans son essence et dans son unité, et ainsi le rend-il susceptible d'opérer dans son enceinte la manifestation des merveilles que le Seigneur opère dans tous es mondes et toutes les régions."
ROBERT AMBELAIN
Le Dragon d'Or, rites et aspects occultes de la recherche des trésors, de Robert Ambelain, Éditions Dervy.
Robert Ambelain fut une grande figure de la scène maçonnique et hermétiste de la seconde moitié du siècle. Auteur d'une cinquantaine d'ouvrages traitant d'occultisme et d'initiation, son Dragon d'or, paru en 1958, épuisé jusqu'à cette réédition, étonnera peut-être le lecteur par le thème traité, la recherche des trésors. Pourtant, comme dans la célèbre fable de La Fontaine, le trésor n'est peut-être pas celui auquel on pense. A travers la problématique particulière à la recherche des trésors, Ambelain traite d'occultisme, de cet occultisme qu'il connaissait s'y bien pour l'avoir longuement pratiqué. Ambelain puise heureusement dans les trois sciences arcanes, magie, alchimie et astrologie, pour traiter son sujet. Une occasion de démontrer comment user de ces trois sciences pour un objectif précis. L'ouvrage s'avère très pédagogique, il démontre les règles, pointe les écueils, les dangers, souligne les incertitudes, et rappelle finalement que seul celui qui demeure au centre peut organiser la circonférence.
L'ouvrage bénéficie de la postface de Serge Caillet qui nous rappelle l'homme, l'aventurier, le franc-maçon. Dommage que Serge Caillet, tout en lui rendant un légitime hommage pense pouvoir juger Robert Ambelain comme homme des paradoxes s'étant séparé de la route idéale. Les chemins serpentins sont souvent les chemins les plus directs pour le Ciel, là où demeurent les Aigles, et Robert Ambelain était certes l'un d'eux.
Éditions Dervy, 34 Boulevard Edgar Quinet, 75014 Paris.
Le martinisme, les serviteurs inconnus du christianisme, de Jean-Louis de Biasi, Éditions SEPP.
Voici un livre utile sur le martinisme et plus particulièrement sur le martinisme contemporain.
L'auteur rappelle ce qu'est le martinisme à travers les personnages qui l'animèrent, Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-Baptiste Willermoz, avant de présenter les doctrines martinésiste et martiniste et le martinisme papusien.
Il explore le martinisme contemporain, à travers les ordres et les rites qui en sont les véhicules. Il met en évidence les forces de ce courant très présent, mais aussi ses faiblesses, ses tentations et ses errements. Il s'interroge et interroge sur les tentations orientalistes, sur les rapports entre Ordres martinistes et Églises gnostiques, sur les rapports entre martinisme et franc-maçonnerie.
En publiant le rite martiniste de 1897 et les rituels en usage dans une loge de recherche d'aujourd'hui, Jean-Louis de Biasi veut montrer à la fois ce qui demeure et ce qui évolue, au gré des influences.
Une partie est consacrée à la présentation succinte d'une douzaine d'ordres martinistes ou martinésistes, connus ou peu connus, importants ou confidentiels.
L'ensemble forme un travail sérieux qui intéressera ceux qui veulent découvrir le martinisme dans sa forme, ou mieux dans ses formes.
SEPP, 108 rue Truffaut, 75017 Paris.
POLITICA HERMETICA
Avec ce n°10, qui rassemble les actes du XIe colloque international consacré à L'histoire cachée entre histoire révélée et histoire critique , thème du Colloque de 1996, Politica Hermetica nous offre l'une de ses meilleures livraisons, par la haute tenue des interventions et le choix des sujets abordés. Nous ne pourrons malheureusement rendre compte ici de l'ensemble des contributions, toutes excellentes, mais nous signalerons celles qui nous semblent particulièrement significatives, en regard des centres d'intérêt des lecteurs de la L.d.C.
Et tout d'abord qu'est-ce que cette histoire cachée, cette troisième histoire? Émile Poulat en ouvrant le colloque ouvre le champ, vaste, très vaste, de cette interrogation: "Est-il excessif de dire que l'histoire cachée commence au premier verset de la Genèse? Personne n'était là pour nous raconter ce qui s'est passé quand Dieu créa le ciel et la terre. Aucun témoin, aucun document, sinon ce grand livre de la Nature que les générations humaines cherchent à déchiffrer avec les clés qu'elles ne cessent de se donner. Est-il excessif de penser qu'elle nous accompagnera jusqu'au dernier verset de l'Apocalypse? Aucune "révélation", en effet n'a donné lieu à autant de spéculation sur ce qu'elle annonçait. En un premier sens, l'histoire cachée s'identifie ainsi à l'histoire révélée."Antoine Faivre rappelle les trois postulats du pérennialisme, l'existence d'une Tradition primordiale, l'incompatibilité entre modernité et Tradition, la possibilité de retrouver cette Tradition par une ascèse intellectuelle et spirituelle. Ces trois postulats induisent une manière d'écrire l'histoire. Antoine Faivre met en évidence à la fois l'apport du pérénnialisme à l'étude des religions en même temps la nécessité pour l'historien de se démarquer des positions pérénnialistes. Roger Dachez s'intéresse aux sources et fonctions de l'histoire secrète chez J.B. Willermoz: "L'histoire en effet, selon Willermoz, l'histoire du sens commun, et de la connaissance vulgaire, que nous nommerons ici l'histoire publique, n'est, si l'on peut employer cette image, que la partie émergée d'un iceberg dont l'ensemble constitue ce que nous pourron snommer l'histoire globale. La partie essentielle de cette immense collection de faits est donc soustraite aux regards de l'historien classique. Cette partie pourtant essentielle de l'histoire, c'est précisément l'histoire secrète."
Parmi les contributions, nous attirons également votre attention sur celle d'Hervé Savon, consacrée à Jacques-Joseph Du guet et le figurisme, celle d'André Coyné, tout à fait remarquable sur le Sébastianisme, celle de Jean-Bruno Renard qui s'intéresse au mouvement Planète, à son évolution, son influence, et son héritage, celle de Philippe Laprévôte qui s'interroge sur le processus qui tend à faire du Prieuré de Sion, que celui-ci soit un montage ou ce qu'il dit être, un mythe créateur et porteur, celle de Massimo Introvigne sur les satanismes et anti-satanismes modernes, dont voici deux citations: "Le satanisme existe mais le vrai phénomène social qui intéresse davantage sociologues et historiens c'est l'anti-satanisme, c'est l'idée de trouver le bouc-émissaire par excellence. C'est le Diable mais même des gens qui ne croient pas au Diable croient au moins aux satanistes, ils voient les satanistes qui se cachent derrière les jacobins, les francs-maçons, les nazis, les communistes, les "sectes". Les satanistes devraient donc être des puissants princes des ténèbres, alors que ceux que j'ai connus -et dont s'occupent parfois les gendarmes- sont plutôt des pauvres diables." . "Je crois à l'existence du Diable, je n'ai aucun doute sur cette existence, je crois à son action dans le monde,je pense que cette action est bien plus souple et astucieuse que de se faire vénérer à la télévision. L'action du Diable se trouve davantage dans les guerres et les massacres, l'intolérance, que dans les inerviews des satanistes."
Ces quelques lignes resteront très insuffisantes à vous démontrer la richesse de ce n°10 de Politica Hermetica, indispensable outil de travail dans votre bibliothèque.
Politica Hermetica, L'Age d'Homme, 5 rue Férou, 75006 Paris.
SUPÉRIEUR INCONNU
Supérieur Inconnu, n° 9, janvier-mars 1998.
Cette nouvelle livraison de Supérieur Inconnu est largement consacrée à une femme extraordinaire, Joyce Mansour, créatrice rebelle, amie des derniers grands surréalistes, à la fois adulée et méconnue. Marie-Laure Missir a consacré son mémoire de maîtrise et son DEA à la "poétique de la violence" et au "surréalisme frénétique" de Joyce Mansour. Elle prépare actuellement sa biographie et nous parle longuement dans les pages de S.I. de la femme, de l'artiste, de la révoltée, de l'oeuvre,.
En 1954, elle publie un recueil de poèmes, Cris , et reçoit les encouragements d'André Breton. Les surréalistes parisiens l'adopte immédiatement. Avec Déchirures, un nouveau recueil, elle continue d'explorer les méandres obscures de l'expérience humaine. Et nous touchons là un point fondamental concernant le surréalisme. Bien sûr Joyce Mansour n'est pas comprise de la critique. C'est que le surréalisme comme le souligne Marie-Laure Missir n'est pas une "école" littéraire. Art de vivre, rupture, manière d'être, manière de défaire, . le surréalisme est plus proche de la voie d'éveil que des salons littéraires, où il dérange trop l'ordre établi.
Joyce Mansour fascine. Égyptienne, elle possède cette beauté troublante de l'Orient, que vient renforcer cette volonté farouche de mettre la noirceur à la lumière. Jeu entre obscurité et lumière, angoisse et joie, érotisme violent et érotisme transcendant.
Suivent quelques textes inédits de Joyce Mansour.
Le sommaire de cette revue nous propose bien d'autres détours étonnants. Toujours les Désirs de femmes avec un texte de Marie-Claire Pasquier consacré à Karine Saporta, et les poèmes. Jean-Dominique Rey nous invite à découvrir et redécouvrir Pierre Bettencourt, un aventurier de la chair et de l'esprit.
Jean-Dominique Rey ouvre, mais peut-il le fermer, son Journal sans bord(s): "Parfois la vie est trop intense pour qu'on la supporte, il faut qu'elle se résolve dans l'amour ou qu'elle périsse dans l'action." En opposant l'acuité à la vitesse, il insiste sur un biais perceptuel propre à l'éveil: "A la vitesse il faut opposer l'acuité. L'oeil qui embrasse tout l'horizon et d'un éclair saisit sans bouger le point, la légère vibration, le cheval blanc qui passe à x kilomètres - cet oeil est supérieur au bolide qui couvre cette même distance."
Supérieur Inconnu, 9 rue Jean Moréas, 75017 Paris.