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REPONSE DE MONSIEUR JACK LANG, MINISTRE DE L'EDUCATION
NATIONALE, DE LA RECHERCHE ET DE LA TECHNOLOGIE.
Paris,
le 19 février 2002
Mesdames, Messieurs,
C'est
avec la plus grande attention que j'ai pris connaissance de
votre lettre par laquelle vous me transmettez le texte de
la pétition CLASCHES
On
constate ces comportements insupportables, pas seulement à
l'université, mais malheureusement partout où
se jouent des relations de pouvoir et où se mettent
en place des mécanismes de domination.
Ils
sont en outre très directement liés à
un autre problème, celui du sexisme, et indignes du
fonctionnement transparent, égalitaire, respectueux
qu'on est en droit d'attendre dans un établissement
d'enseignement et de recherche.
Croyez
bien que j'aurai à cur d'agir très concrètement.
C'est pourquoi j'ai demandé à Madame Francine
Demichel, directrice de l'Enseignement Supérieur, de
vous recevoir dans les meilleurs délais.
Je
serai également attentif à ce que les services
juridiques de mon ministère apportent l'aide nécessaire
à ceux et à celles qui se trouveraient confrontés
à des situations difficiles.
Ensemble,
agissons dans la sérénité et avec fermeté
pour bannir le harcèlement sexuel des universités.
Jack
LANG
LETTRE OUVERTE AU MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE, DE LA
RECHERCHE ET DE LA TECHNOLOGIE
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CLASCHES
(Collectif de Lutte Anti-Sexiste
Contre le Harcèlement sexuel
dans l'Enseignement Supérieur)
J. LaBare
29 rue du faubourg Saint-Martin
75011 PARIS
http://clasches.multimania.com
petition_clasches@yahoo.fr
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le
2 février 2002
A
l'attention de M. Jack Lang,
Ministre de l'Education Nationale
110 rue de Grenelle
75357 Paris Cedex 07
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Monsieur le Ministre,
Veuillez
trouver ci-joint le texte d'une pétition contre les
pratiques de harcèlement sexuel dans l'enseignement
supérieur. Elle émane d'un collectif de doctorant-e-s
(Clasches) qui vise à redonner toute sa valeur à
la relation pédagogique. Cette pétition qui
circule sur internet recueille à présent plusieurs
centaines de signatures. Elle est largement relayée
par les enseignant-e-s et les étudiant-e-s du supérieur
appartenant à des institutions différentes.
Son objectif est triple :
-
Ouvrir le débat et informer sur le harcèlement
sexuel et les différentes formes de violences sexuelles
dans l'enseignement supérieur en faisant connaître
la loi qui les condamne.
- Dénoncer activement les pratiques d'abus d'autorité
en matière sexuelle dans la relation pédagogique.
- Proposer des recours efficaces pour les victimes en repensant
le fonctionnement des commissions disciplinaires existantes
(internes et ministérielles).
Nous
tenions à vous informer de cette initiative qui vise
à briser le silence qui entoure ces pratiques. Les
conséquences sont trop souvent dramatiques pour les
victimes qui ne connaissent pas toujours les recours légaux
dont elles disposent. Le large écho que nous avons
reçu dans les médias et dans le monde universitaire
renforce notre conviction que ces pratiques condamnables existent
dans l'université comme dans le monde du travail et
qu'il existe une attente réelle, aussi bien du côté
des étudiant-e-s que du corps enseignant, pour que
les choses changent. Attente qui s'adresse naturellement au
ministère dont nous dépendons et qui doit aujourd'hui
prendre une position ferme.
Plus important qu'on ne pourrait le
penser, ce phénomène demeure toutefois un tabou
comme l'attestent les nombreux témoignages reçus
sur notre messagerie. Les victimes, préfèrent
se taire plutôt que d'être stigmatisées
et pénalisées en révélant ces
faits. Il est de la responsabilité de l'enseignement
supérieur, lieu de formation, de promotion et d'insertion
professionnelle, de se doter d'instances de régulation
efficaces pour protéger les victimes de telles violences.
La loi du silence règne.
Les étudiant-e-s qui ne se soumettent pas aux propositions
de nature sexuelle subissent en effet des sanctions de la
part de leur professeur-e (mauvaise note, absence d'encadrement,
refus de lettres de recommandation, harcèlement moral,
isolement ou exclusion d'un laboratoire de recherche, etc.).
Le traumatisme est tel qu'il freine toujours la progression
de l'étudiant-e dans son cursus universitaire et peut
même conduire à l'abandon des études.
Les cas de dépression nerveuse et autres symptômes
pathologiques en liaison avec la situation de souffrance vécue
en sont bien souvent la conséquence.
Pour notre part, nous demandons l'instauration
d'une véritable politique de prévention et de
traitement des plaintes, dont nous vous présentons
les grandes lignes :
1)
Notre projet est tout d'abord préventif, il s'agit
:
-
D'informer les étudiant-e-s et les enseignant-e-s que
le harcèlement sexuel est interdit par loi et qu'il
est passible de sanctions. Une campagne de sensibilisation
doit être menée par le ministère dans
toutes les institutions du supérieur pour rompre l'isolement
des victimes et lever le tabou.
- De remettre aux étudiant-e-s, au moment des inscriptions,
des brochures sur le harcèlement sexuel et de mener
une campagne d'affichage.
- De communiquer sur les sites internet des universités
les adresses et les numéros de téléphone
des associations spécialisées dans ce type de
violence.
- D'associer les syndicats étudiants à ce projet
d'information.
2) Traitement interne et ministériel des cas
de harcèlement sexuel, il s'agit :
-
D'inscrire dans la loi, l'obligation du respect de liberté
sexuelle des étudiant-e-s et de reconnaître le
harcèlement sexuel comme motif légitime de recours
aux commissions disciplinaires de l'université.
- De rédiger une procédure de traitement des
plaintes dans laquelle seront identifiées les personnes
ressources, la méthodologie de l'enquête menée
suite à ces plaintes, les garanties offertes aux parties
concernées, ainsi que les sanctions éventuelles.
- De rendre possible, sans préjudices pour l'étudiant
le changement de tutelle enseignante en cas de désaccord
et de harcèlement sexuel.
- De penser à changer le système qui impose
à l'étudiant-e un ou une seul-e directeur/ directrice
de thèse. Un comité composé de plusieurs
enseignants habilités à diriger des thèses
permettrait, pour les professeur-e-s comme pour les doctorant-e-s,
de sortir d'une relation pédagogique exclusive.
- De revoir la mission et la composition de la section disciplinaire
des institutions de l'enseignement supérieur. Cette
section, actuellement composée exclusivement d'enseignants
et de chercheurs élus par le conseil d'administration,
doit avoir la même représentativité que
le conseil d'administration de chaque université, soit
40 à 45% d'enseignants et chercheurs, 20 à 30%
de personnalités extérieures, 20 à 25%
de représentants étudiants et 10 à 15%
de représentants des personnels administratifs, techniques,
ouvriers et de service.
Il convient en outre d'imposer une
parité entre les hommes et les femmes.
Le ou la plaignant-e peut présenter
son dossier, en dehors de toute voie hiérarchique,
à cette section disciplinaire et choisir les membres
qui établiront ou non la véracité du
fait dénoncé. Tout membre de la section disciplinaire,
s'il est proche de la " victime " ou de " l'accusé-e
", devra s'abstenir d'enquêter et de se prononcer
sur ce cas.
Cette section disciplinaire
appliquera l'échelle des sanctions, énoncées
à l'article 29-1 et 29-2 (ajouté à la
loi n°84-52 du 26 janvier 1984) : rappel à l'ordre,
blâme, retard à l'avancement d'échelon
pour une durée de deux ans maximum, l'abaissement d'échelon,
interdiction d'accéder à une classe, grade ou
corps supérieurs pendant une période de deux
ans maximum, l'interdiction d'exercer toute fonction d'enseignement,
de recherche ou certaines d'entre elles, dans tout établissement
public d'enseignement supérieur pendant cinq ans au
maximum, avec privation de la moitié ou de la totalité
du traitement, mise à la retraite d'office, exclusion
de l'établissement et révocation.
Le ou la plaignant-e doit pouvoir
être représenté-e par le syndicat de son
choix. A ce titre, il ou elle doit pouvoir trouver les informations
concernant le harcèlement sexuel au sein des syndicats
étudiants de son université. Le syndicat d'étudiants
doit pouvoir lui servir de relais afin de demander la constitution
d'une commission disciplinaire statuant sur un cas de harcèlement
sexuel.
- De repenser l'articulation de la section disciplinaire avec
le Conseil National de l'Enseignement Supérieur et
de la Recherche (CNESER). Si le ou la plaignant-e ne souhaite
pas faire appel à une section disciplinaire interne,
il doit lui être possible de soumettre directement sa
plainte au CNESER sans passer par la voie hiérarchique.
Il faut repenser à ce sujet le rôle du CNESER,
la recomposition de ses membres et rendre ses activités
plus transparentes.
Le ou la plaignant-e, dans l'attente
des résultats de l'enquête menée par la
section disciplinaire ou par le CNESER, ne doit plus être
sous la tutelle du professeur-e incriminé-e. Des mesures
conservatoires doivent donc être prises dès le
dépôt de la plainte.
3)
L'organisation d'un colloque
En dernier lieu, nous proposons
l'organisation d'un colloque sur ce thème. Il réunira
des personnes expertes dans la rédaction et l'application
de ces politiques, des étudiants, des enseignants,
le ministère et des associations. Son objectif sera
de proposer des modalités de l'application de la loi
sur le harcèlement sexuel dans l'enseignement supérieur
et plus largement, dans l'Education nationale. Un texte sera
soumis à la lecture des participant-e-s pour amendement
et/ou adoption.
Nous
vous saurions gré de nous indiquer la position de votre
ministère sur les faits que nous dénonçons
et les mesures à adopter. Dans cette attente, nous
vous prions, Monsieur le Ministre, d'agréer l'expression
de nos salutations respectueuses.
Le collectif Clasches
Une
copie de cette lettre sera adressée à :
- M. le Ministre de la recherche, Roger-Gérard Schwartzenberg,
- Mme la Ministre déléguée à la
famille, à l'enfance et aux personnes handicapées,
Ségolène Royal
- Mme la Secrétaire d'Etat aux droits des femmes et
à la formation professionnelle, Nicole Péry.
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