Question religieuse au 17ème siècle

Synthèse littéraire ou culturelle n°6/6

LA QUESTION RELIGIEUSE AU XVIIe SIÈCLE

Ex-voto de 1662, Philippe de Champaigne

Philippe de Champaigne, Ex-Voto de 1662

Le renouveau du sentiment religieux et ses excès
En réaction contre le progrès de la réforme (à la base du protestantisme), le catholicisme connaît un élan nouveau. La croyance est plus profonde, la fréquentation des lieux de culte conseillée, et les attitudes de piété recommandés, d'où l'éloquence religieuse de Bossuet et Fénelon. Mais il y a des excès : la compagnie du Saint-Sacrement devient un groupe de pression : elle sera dissoute en 1665. C'est le renouveau du catholicisme à cette époque qui est à l'origine des multiples attaques contre Molière, pour ses pièces Tartuffe et Dom Juan, on le soupçonne d'impiété, de libertinage et son mariage avec la sœur de son ancienne maîtresse, qui a de plus vingt ans de moins que lui, donne un motif de reproche supplémentaire à ses détracteurs. D'autres auteurs sont également critiqués pour leurs pensées religieuses et leurs mœurs, parmi lesquels Racine. 

Le problème protestant
L'édit de Nantes n'a réglé le problème protestant que sur le papier. En effet, les protestants sont toujours persécutés et doivent célébrer leur culte de manière clandestine. L'assassinat d'Henri IV est la preuve de l'hostilité désormais croissante entre ces deux branches de la chrétienté. Les régions tenues par les protestants voient les combats reprendre à Montauban (1621) et La Rochelle (assiégée par les troupes du roi, sous l'influence de Richelieu, de 1626 à 1627). Officiellement, c'est la paix, mais la France bouillonne et la menace de guerre n'est pas à écarter. Les protestants fuient. En 1685, Louis XIV révoque l'Édit de Nantes, c'est alors l'apogée de l'intolérance religieuse en France.

Jésuites et jansénistes
La seconde partie du siècle est profondément marquée, dans la vie politique comme dans la vie culturelle par la lutte fratricide que se livrent jésuites et jansénistes. Son enjeu ? La domination idéologique de l'Église..
Les jésuites, jusque là, exerçaient une influence considérable. Cet ordre, fondé en 1540 par Ignace de Loyola, est puissant, très organisé, et conseille les grands de ce monde, par l'intermédiaire du père La Chaise, confesseur du roi soleil par exemple. La compagnie de Jésus dispose de collèges réputés pour la qualité de leur enseignement.
Le jansénisme est beaucoup plus récent. C'est le théologien hollandais Jansen (1585-1638), qui l'expose dans l'
Augustinus, œuvre qui ne paraît qu'en 1640. Mais les théories sont héritées de Saint Augustin. Le "port d'attache" français des jansénistes est l'abbaye de Port-Royal les champs, où vivent les "Solitaires", aussi appelés les "Messieurs". Affin  de concurrencer les jésuites, ils dispensent un enseignement de qualité à dominantes langues anciennes (latin et grec), dans les petites écoles, dont Racine fut élève.
Mais la lutte est inégale : l'ordre des jésuites est beaucoup plus vieux, donc plus ancré au sein du pouvoir (père La Chaise), plus organisé. Le pape et le pouvoir royal vont prendre parti contre les jansénistes, les persécutions vont se multiplier, et finalement, en 1710, l'abbaye sera démolie sur l'ordre de Louis XIV.

La Grâce divine
Pour les jésuites, l'homme est libre de son destin et il détermine lui-même la direction que doit prendre sa vie.
Pour les jansénistes, Dieu accorde sa grâce par avance, à ceux qui la mériteront. La liberté de l'homme existe encore, mais est très limitée. Ainsi, celui qui est prédestiné au mal, ne peut en aucun cas se retourner vers le bien.

L'interprétation du péché
Les jansénistes pensent que le bien doit redouter les puissantes forces du mal qui constituent une importante menace.
Les jésuites tiennent à atténuer la notion de péché. Il pense que l'homme n'a commis un péché que lorsqu'il en a conscience. De plus, la casuistique, développe l'idée que le péché a des effets négatifs, mais aussi un côté positif sur lequel ils insistent, a tel point que l'aspect bienfaisant prendrait le dessus pour faire oublier le reste.

Comportement en société et vis-à-vis de la politique
La vie quotidienne est le reflet de ses deux différentes pensées.
Les jésuites accordent beaucoup d'importance à l'action. Ils exercent leur autorité sur les classes "dynamiques", la haute bourgeoisie et l'aristocratie.
Le jansénisme, figé dans un profond pessimisme, séduit la bourgeoisie parlementaire, en déclin, car progressivement privée de ses pouvoirs.
Les écrivains de l'époque se rattachent généralement au type d'école qu'ils ont fréquenté : Racine, Pascal, La Fontaine, au jansénisme ; Corneille prend parti pour les jésuites.

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