La chanson

On ne pourrait parler de langue française sans évoquer la chanson.

Le mot "chanson" apparaît vers 1080. Il vient du latin cantio, (accusatif cantionem) qui signifie chant. Sous le vocable de " chanson ", on retrouve divers sens :

  1. texte mis en musique, généralement divisé en couplets et refrain(s) et destiné à être chanté. Par extension, on qualifie de chanson la musique seule ou la partition seule ou bien encore le texte seul, le genre musical formé par les chansons, le bruit harmonieux, les propos rebattus ou futiles.
  2. poème épique au Moyen-Âge divisés en laisses : épopée et geste et poème lyrique à structure répétitive.

Jusqu’au XIXème siècle, certains textes en vers mis en musique sont également appelés chansons.

Nous envisagerons plutôt l’art créé par le peuple et issu de lui ; un texte français sur une musique, objet mercantile entre tous en cette fin du XXème siècle.

Pour certains auteurs, la chanson est poésie (c’est le propos de Ronsard, Boileau et bien d’autres…) mais le plus souvent en tant qu’art, elle se trouve exclue car elle représente souvent la seule opposition possible au pouvoir en place (mazarinades : chansons politiques virulentes et satiriques dont la mode se poursuivra, en dépit des censures, jusqu’à la fin du XIXe siècle). Sa valeur de " bonne " ou de " mauvaise " chanson change selon qu’elle se rapproche de la " bonne " ou la " mauvaise " poésie…

Le premier texte connu en langue française est une séquence chantée : la Séquence de sainte Eulalie (composée à la fin du IXème siècle à l’abbaye de Saint-Amand) et dont le manuscrit se trouve toujours aujourd'hui à la bibliothèque de Valenciennes. Du chant d’Église en latin, est né un art populaire : la chanson de langue française. Alors que les troubadours chantent des chansons savantes, les ménétriers pratiquent la langue du peuple. Ils font partie de deux classes sociales différentes mais entretiennent des rapports étroits et même souvent cordiaux. Ils s’empruntent l’un l’autre des images, des sons - tout comme le fait la " chanson d’église " qui inspire à son tour les chanteurs des routes. Il suffit pour s’en convaincre de regarder certains thèmes communs entre les cantiques religieux et les chansons populaires (exemples : utilisation du Benedicamus Domino dans Pernette ou du Dies irae dans J’ai vu le loup, le renard, la belette ou bien encore du Kyrie dans La Fille soldat et de l’Ave maris stella dans Le Roi Renaud). Avec le temps, les thèmes profanes (souvent légers) sont l’origine de messes polyphoniques.

La chanson savante telle qu’elle est pratiquée à la cour et à l’église semble le plus souvent issue du motet (comme chez Josquin Des Prés ou Pierre de La Rue). Le XVème siècle sera " enchanté " par des chansons à trois ou quatre voix. Elle se démarque des formes rurales et citadines que chantent le peuple et qui n’ont qu’une seule voix et qui reste attachée à des formes fixes comme le rondeau, le virelai ou la bergerette. Le XVIème siècle voit l’avènement de formes riches en polyphonie. La chanson polyphonique devint progressivement tant au stade de la composition que de l’interprétation, le domaine réservé de professionnel. Cette chanson savante marque la rupture historique entre le chanson populaire (citadine ou villageoise, élaborée ou "spontanée") et la Musique.

L’avènement de l’imprimerie bouleverse la donne. La chanson à la merci de la tradition orale, pourra être diffusée par des recueils ou par colportage. On peut imaginer que seules les chansons urbaines aient bénéficié de ce nouveau moyen de diffusion et plus certainement la chanson parisienne où des "cabarets" fréquentés par des artistes et des poètes (Villon, Rabelais, Pierre Gringoire, Théophile de Viau) existent déjà. Dans la rue, on chante des chanson d’amour traditionnelles et des chansons à boire mais dans les salons des nantis la romance, héritée des airs de la cour, fait son apparition.

Avec la Révolution, la chanson, comme la musique, sert la cause républicaine. C’est par milliers que des chansons satiriques font leur apparition. (Ça ira, La Carmagnole, La Marseillaise…)

Vers 1730, quelques auteurs à la mode : Piron, Collé, Crébillon fils, Panard, Moncrif, Gentil Bernard fondent le Caveau prémices à nos futurs cabarets et fréquentés par les personnalités en vue.

On fréquente les goguettes où s’est réfugié l’esprit révolutionnaire et républicain. On y applaudit des chansonniers ouvriers, dont certains sont arrivés jusqu’à nous : Henri Avenel, Vinçart, J.-B. Clément, Charles Gille, Eugène Pottier (l’auteur de L’Internationale).

La chanson telle que nous la connaissons aujourd’hui naît suite à l’industrialisation

Au milieu du XIXe siècle (1851) se dessinent la notion de la propriété artistique et le mythe de la vedette, artiste grassement payée et adulée: Térésa, Paulus, Polin apparaît.

Les cabarets, la chanson plus raffinée, qualifiée de "littéraire" ou "poétique"… toutes sortes d’évolution pour arriver jusqu’à notre chanson...

De très belles pages de langue française ont été écrites sous forme de chansons. Nous avons des paroliers particulièrement doués qui en quelques lignes peuvent évoquer tous les sentiments, tous les grands problèmes et les grandes joies de l'existence.

La langue de chez nous - Yves Duteil
Ne me quitte pas - Jacques Brel
L'étoile d'Or - Herbert Pagani
La bête est revenue - Pierre Perret