Dictionnaire des figures de style II

DICTIONNAIRE DES FIGURES DE STYLE II

CONTREPÈTERIE, n.f.
Expression dans laquelle l'échange de la place d'au moins deux lettres aboutit à une expression différente, dont le sens est le plus souvent grivois.
Sur cette planète, les plages étaient vertes. (journalisme)
Synonyme : Contrepet

CORRECTION, n.f.
Reprise oratoire d'une idée qu'on vient d'exprimer et qu'on corrige, nuance, amplifie.
Le temps s'en va, le temps s'en va, ma Dame;
Las ! le temps, non, mais nous nous en allons (P. de Ronsard)

DÉRIVATION, n.f.
Proximité, dans le discours, de termes remontant à la même racine lexicale.
[…] les tentatives comme les tentations des chercheurs… (J. Lacan)

DIALOGISME, n.m.
Insertion, au milieu d'un récit, d'éléments au discours direct (dialogue ou monologue censément réels, ou reproduisant la pensée des personnages ou du narrateur, ou bien présentant un débat fictif entre le narrateur et des personnages réels ou imaginaires).
Mme de Coulanges dit: Voilà qui est bien difficile à deviner; c'est Mme de La Vallière. - Point du tout, Madame. - C'est donc Mlle de Retz ? - Point du tout, vous êtes bien provinciale. - Vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous, c'est Mlle Colbert. Encore moins. - C'est assurément Mlle de Créquy. - Vous n'y êtes pas. (Mme de Sévigné)

DIATYPOSE, n.f.
Description vive d'une scène animée.
Tour dessus tour, bond dessus bond se roule
Ce gros morceau qui rompt, fracasse et foule
Les bois tronqués, et d'un bruit violent
Sans résistance à bas se va boulant ;
Mais, quand sa chute en tournant est roulée
Jusqu'au profond de la creuse vallée
S'arrête coi : bondissant il ne peut
Courir plus outre (P. de Ronsard)

DIGRESSION, n.f.
Changement temporaire de sujet dans le cours d'un récit ou d'un discours (la digression devenant une parabase si un récit est interrompu pour permettre à l'auteur de s'adresser au lecteur et d'exprimer directement ses opinions).
Digression sur le prétendu droit des fils de France de présenter des sujets pour être faits chevaliers de l'Ordre. (Saint-Simon) - (Manchette prévenant le lecteur de la digression à venir)

DORICA CASTRA, n.m.
Répétition d'une même syllabe à la fin d'un mot et au début du mot suivant.
J'en ai marre / Marabout / Bout d’ficelle / Sell' de ch’val

ELLIPSE, n.f.
Suppression de certains éléments d'une phrase pour la rendre plus ramassée et plus frappante sans toutefois en modifier le sens.
Je t’aimais inconstant ; qu'aurais-je fait fidèle ? (J. Racine)
Synonyme: Brachylogie

EMPRUNT, n.m.
Reprise avouée de thèmes, d'idées, de formes d'expression appartenant à des artistes antérieurs.
O Fontaine Bellerie,
Belle fontaine chérie
De nos Nymphes... (P. de Ronsard)
(cf. Horace : 0 fontaine de Bandusie, plus limpide que le verre
Synonyme: Imitation

ÉNALLAGE, n.f.
Remplacement d'un trait grammatical par un autre, pouvant affecter les modes et temps verbaux (infinitif pour indicatif ... ), les catégories grammaticales (adjectif pour adverbe ... ), la personne ou le nombre (singulier pour pluriel...)
C'est dire que je me méfie atroce ! (L. F. Céline)
[ ... ] la Faculté confondue, les valets éperdus, le courtisan bourdonnant, se poussaient les uns les autres (Saint-Simon)

ÉNUMÉRATION, n.f.
Accumulation, à la suite les uns des autres, de plusieurs éléments de même niveau syntaxique coordonnés ou non.
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières... (V. Hugo)

ÉPANADIPLOSE, n.f
Répétition d'un élément identique au début d'un membre d'une structure et à la fin du membre suivant ( A - / - A ).
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses (F. de Malherbe)

ÉPANALEPSE, n.f. Voir Répétition

EPANORTHOSE, n.f. Voir Palinodie

ÉPIPHONÈME, n.m.
Remarque de portée générale formulée par un auteur au début, à la fin, ou dans le cours d'un récit qui en illustre la justesse.
Deux coqs vivaient en paix: une Poule survint,
Et voilà la guerre allumée.
Amour, tu perdis Troie ; et c'est de toi que vint
Cette querelle envenimée,
Où du sang des Dieux même on vit le Xanthe teint.
Longtemps entre nos Coqs le combat se maintint … (J. de La Fontaine)

ÉPIPHORE, n.f.
Répétition d'un élément identique à la fin de plusieurs membres successifs d'une structure ( - A / - A ).
Sans bruit je quitt' la maison, tout est gris dehors, comm' d'habitude.
J'ai froid, je relèv'mon col, comm' d'habitude... (C. François)
Synonyme : Épistrophe, antistrophe

ÉPIPHRASE, n.f.
1. Bref commentaire, sous forme d'incise, d'un auteur à propos de l'idée qu'il développe.
Sa fortune était sinon faite, on ne faisait pas sa fortune auprès du roi, mais sa position assurée. (A. Dumas)
2. Bref ajout à la fin d'un discours, qui permet d'en développer une dernière fois, et de manière imprévisible, l'idée finale.
Ils ont rompu ma robe en rompant mes cités,
Rendant mes citoyens contre moi dépités,
Ont pillé mes cheveux en pillant mes églises,
Mes églises, hélas ! que par force ils ont prises,
En poudre foudroyant images et autels,
Vénérable séjour de nos saints immortels. (P. de Ronsard)

ÉPISTROPHE, n.f. Voir Épiphore

ÉPITHÈTE D'ORNEMENT, n.f.
Épithète qualifiant un substantif de manière non nécessaire, c'est-à-dire de manière qualitative et non déterminative.
Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts... (A. Rimbaud)

ÉPITHÈTE MORALE, n.f.
Épithète qui, se rapportant syntaxiquement à un substantif qu'elle ne saurait normalement qualifier sur le plan sémantique, et ne pouvant par ailleurs se rattacher sémantiquement à aucun autre terme de l'énoncé, a pour fonction de caractériser le climat d'ensemble de la phrase où elle apparaît.
[ ... ] leurs tours populeuses ou leurs avenues urgentes... (J. L. Borges)

ÉPITHÈTE TRANSPOSÉE, n.f.
Hypallage affectant une épithète qu'on fait se rapporter au terme métaphorique plutôt qu'au terme propre.
Le blond torrent de mes cheveux immaculés... (S. Mallarmé)

ÉTYMOLOGISME, n.m., ÉTYMOLOGIE SAVANTE, n.f. Voir jeu étymologique

EUPHÉMISME, n.m.
Expression ou appellation adoucie - ayant recours à une périphrase, à une litote, etc. - par laquelle on remplace une formule plus directe et qui est considérée comme choquante.
[ ... ] la chambrette où les rois ne vont pas à cheval. " (A. Cohen)
[ …] ce salaud [est] le fils d'une femme de mauvaises mœurs. (A. Cohen)

EXPLÉTION, n.f.
Ajout de mots inutiles au sens comme à la syntaxe.
Mon manège à moi, c'est toi. (É. Piaf)

FAUSSE INTERROGATION, n.f.
Tournure interrogative destinée non pas à questionner mais à affirmer fortement - et le plus souvent avec ironie - quelque chose.
[ ... ] Quelque Troyen vous est-il échappé ? (J. Racine)

FIGURE ÉTYMOLOGIQUE, n.f. Voir Accusatif d'objet interne

GRADATION, n.f.
Série de plusieurs termes ayant même nature et même fonction, et exprimant à peu près la même idée de manière de plus en plus forte (gradation ascendante) ou au contraire de moins en moins vigoureuse (gradation descendante ou inverse).
- J'attends, je demande, j'implore... (V. Hugo) -
-... [je suis] ravie - heureuse - contente... " (M. Proust)
Synonyme : Climax (gradation ascendante), anticlimax (gradation descendante)

HARMONIE, n.f.
Ensemble des moyens qui aboutissent à l'adéquation de la forme d'un texte au contenu de celui-ci.
Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche,
Deux Belettes à peine auraient passé de front
Sur ce pont. (f. de La Fontaine)
Synonyme: Harmonisme

HARMONIE IMITATIVE, n.f.
Imitation, par les sonorités d'une phrase, de la réalité qui y est évoquée.
[ … ] gemmes rouges de jus (P. Valéry)

HARMONISME, n.m. Voir Harmonie

HENDIADYS, HENDIADYIN, HENDIADYN, n.m.
Remplacement d'un syntagme unique (substantif + qualifiant) par deux éléments (substantifs) coordonnés.
[ … ] il est tout à fait hors de saison de rappeler Van Gogh et sajolie... (P. Gauguin)

HOMÉOTÉLEUTE, HOMOIOTÉLEUTE, n.f.
Utilisation à intervalles rapprochés de mots présentant des finales identiques,
[ ... ]spectacle dantesque, gigantesque, burlesque, grand-guignolesque. (San Antonio)

HYPALLAGE, n.m. ou f.
Déplacement d'un mot dans une phrase, qui lui fait assurer une fonction syntaxique différente de celle que le sens exigerait.
- Les moissonneurs posant leurs faucilles lassées(P. F. Guyot Desfontaines)
- Louer super, c'est Citer. (Publicité)

HYPERBATE, n.f.
Disposition des mots d'une phrase aboutissant à un éloignement remarquable de deux termes unis par la syntaxe.
Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose... (P. de Ronsard)

HYPERBOLE, n.f.
Expression exagérée ou amplifiée d'une idée ou d'un fait.
Je m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse... (Mme de Sévigné)

HYPOTYPOSE, n.f.
Description précise et riche qui est censée mettre sous les yeux du lecteur, de l'auditeur, la scène ou l'objet décrits.
Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,
Entrant à la lueur de nos palais brûlants,
Sur tous mes frères morts se faisant un passage,
Et, de sang tout couvert, échauffant le carnage
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants,
Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants ;
Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue (J. Racine)

IMITATION, n.f.
1. Utilisation dans une langue donnée d'une structure caractéristique d'une autre langue ou d'un état de langue différent ou antérieur.
By Jove, mon ketchup est maintenant deux ! (Publicité)
2. Voir Emprunt

INVERSION, n.f.
Inversion de l'ordre dans lequel apparaissent normalement les termes d'une séquence syntaxique donnée.
Chutes à terre elles fussent demain. (P. de Ronsard)

IRONIE, n.f.
Manipulation du contenu sémantique d'un énoncé consistant à dire autre chose que ce qu'on veut faire entendre (à l'aide d'une antiphrase, d'une litote, voire d'une hyperbole, etc.).
Quelle raison aurais-je à combattre vos vœux ?
Le parti, de soi-même, est fort avantageux.
Monsieur Tartuffe ! Oh ! oh ! N'est-ce rien qu'on propose ?
Certes monsieur Tartuffe, à bien prendre la chose,
N'est pas un homme, non, qui se mouche du pié,
Et ce n'est pas peu d'heur que d'être sa moitié. (Molière)

JEU ÉTYMOLOGIQUE, n.m.
Utilisation d'un mot dans son sens étymologique.
Charmes . [titre d'un recueil de poèmes cf. fat . carmina, "vers" ] (P. Valéry)
Synonyme: Étymologie savante, étymologisme

KAKEMPHATON, n.m.
Calembour portant sur deux séquences phonétiques identiques ou voisines, dont l'une est incongrue ou malsonnante.
Et le désir s'accroît quand l'effet se recule... (P. Corneille)

LAPALISSADE, n.f.
Évidence indiscutable (truisme) présentée sous une forme naïve ou humoristique.
[ ... ] on part du principe que plus les choses sont simples, moins elles sont compliquées. (San Antonio)

LATINISME, n.m.
Imitation de la langue latine, fréquente chez les écrivains des XVI et XVIIème siècles.
Ainsi ceux qui jadis soulaient, à tête basse,
Du triomphe romain la gloire accompagner (J. Du Bellay)

LIEU COMMUN, n.m.
Idée banale et rebattue.
"Avec cette difficulté de trouver du personnel, il faut être reconnaissant de ce que Dieu nous envoie comme domesticité, même si ce n'est pas de premier ordre. [ ... ] Ces domestiques n'en font pas d'autres. Enfin, nous sommes à leur merci." (A. Cohen)
Synonyme: Poncif