
La peinture est une pratique artistique qui consiste à couvrir une surface de couleurs. Introduction En tant qu'uvre d'art, chaque peinture est le résultat de multiples facteurs collectifs tels les événements historiques au sens le plus large, les phénomènes économiques d'une société, les règles religieuses et spirituelles, les tendances philosophiques, les débats littéraires et les recherches scientifiques, etc. Dans la civilisation occidentale, la peinture est également le lieu de confrontations permanentes entre ces données macro-historiques et sa propre histoire, l'histoire des productions artistiques. À l'intérieur de ces champs qui la déterminent, le rôle de l'artiste, face à l'uvre, consiste à sélectionner, à choisir certains éléments afin de modeler l'objet artistique au moyen de sa poétique qui donne à l'uvre une dimension personnelle et forge sa singularité. En premier lieu, les caractères généraux et particuliers de chaque objet dépendent des conditions matérielles et techniques de production : les matériaux disponibles et accessibles, l'organisation des formes sur la surface, l'apparence des touches et les effets produits, le rapport entre la couleur et le graphisme, etc. Car la peinture, avant de représenter des objets, n'est qu'«!une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées!» comme l'écrivait Maurice Denis en 1890. Afin de mieux comprendre les avantages et les contraintes respectifs à chaque technique, on distingue trois éléments fondamentaux : le subjectile (le support de la peinture), les pigments colorés et le médium, un liquide dont l'action vise à broyer, diluer et fixer les pigments sur le subjectile. En outre, dans la plupart des cas, un enduit isole le subjectile de la couche picturale. Après la peinture, on applique, en général, un vernis qui protège la couche picturale et tend à assurer la stabilité des couleurs. La fabrication de ces éléments est le plus souvent complexe, les formules dépendent des ateliers qui les tiennent secrètes et les modifient constamment, en fonction des effets recherchés. Dans le cas de la peinture ancienne, notre connaissance est due, en grande partie, au travail des restaurateurs qui analysent les peintures en laboratoire. Le résultat final d'une peinture dépend également des instruments qui sont employés pour appliquer la couleur sur la surface : depuis les pinceaux, brosses, couteaux, vaporisateurs de toutes sortes et de toutes dimensions jusqu'aux instruments les plus inattendus, comme le corps humain ou des machines a priori destinées à un autre usage. On distingue en général deux groupes principaux de techniques : les peintures à base d'eau, dites «!tempera » et les peintures à base d'huile. En outre, un paragraphe sera consacré à un cas très particulier de la peinture sur mur, dite «!à fresque!». Origines La peinture commence avec les premières organisations sociales de l'homme. L'action de déposer des couleurs sur une surface stable, et d'intervenir dans la distribution de ces couleurs, marque la naissance du phénomène artistique. Les sociétés préhistoriques utilisent des argiles de différentes couleurs, des cendres d'os, des pigments végétaux associés à de l'eau et à de la graisse. Dans l'Antiquité, les techniques picturales se développent, les pratiques ont peu à peu été codifiées pour donner naissance à l'histoire de la peinture dont nous dépendons encore aujourd'hui. Toutes les sociétés anciennes de la Méditerranée connaissent et pratiquent la tempera, une technique à base d'eau et parfois d'uf. La cire, qui évite l'effritement de la couche picturale, est également employée. Les pigments sont le plus souvent d'origine minérale; afin d'obtenir différentes nuances, on les chauffe plus ou moins, on les réduit en poudre et on les mélange. La plupart des peintures conservées de cette époque sont des peintures murales, mais on la pratiquait également sur des objets amovibles comme les tissus, les meubles, les vases, les papyrus et, plus tard, vers le VIIème siècle, sur des parchemins. On sait aussi que, depuis l'antiquité grecque, l'on peint souvent les sculptures et les façades des monuments les plus importants. Au Moyen Âge, on perfectionne et l'on adapte les techniques des anciens. Dans le cas de peintures murales, en fonction de la nature des pigments, on associe souvent les deux techniques : à sec et à fresque. La peinture sur panneaux de bois amovibles rencontre peu à peu un plus grand succès auprès des commanditaires. Elle permet également une plus grande circulation des uvres, et donc la possibilité, pour les artistes, de s'enrichir des expériences des autres. Dans certains cas, on juxtapose des feuilles d'or aux couches colorées, ce qui augmente la valeur de l'objet et grandit le prestige des figures représentées. Tempera La tempera reste la pratique dominante dans la peinture sur panneaux jusqu'à la fin du XVIème siècle. On peut utiliser de l'eau ou de la colle comme seuls médiums, mais la peinture est alors peu résistante et très sensible aux variations hygrométriques. On préfère souvent ajouter de l'uf. Le jaune permet l'émulsion (avec de l'huile et du vinaigre) et le blanc, insoluble à l'eau, donne de l'éclat aux couleurs. Les recettes sont très nombreuses. On peut ajouter de la cire d'abeille, de la chaux, de l'amidon, de la caséine ou toute autre sorte de substance. Sur les panneaux de bois, on est souvent contraint d'employer un enduit appelé gessoduro composé de plâtre mêlé à de la colle. Les couleurs de la tempera sont plutôt mates, elles perdent leur ton en peu de temps. Peu à peu, le nombre des pigments employés s'accroît considérablement. Ils sont d'origine minérale (terres naturelles ou brûlées, pierres) ou animale (résidus animaux). Avant de les incorporer au médium, il est nécessaire de les broyer longuement. (Voir Détrempe.) Aquarelle, gouache et pastel L'aquarelle, employée depuis la Renaissance, constitue un cas particulier. C'est une détrempe très légère, appliquée sur du papier, et dans laquelle on emploie beaucoup les superpositions de couches de différentes couleurs et de différentes densités. L'aquarelle permet surtout aux artistes de composer leur peinture en utilisant la réserve qui consistait à laisser vierges certaines surfaces de papier. Pour cette raison, les questions concernant l'aquarelle sont très proches de celles du dessin. La gouache est une tempera plus épaisse, plus pâteuse. C'est la technique traditionnelle des anciens manuscrits, à laquelle on ajoutait une substance empêchant la fermentation. Le pastel, qui eut un grand succès au XVIIIème siècle, associe les matériaux du dessin (le fusain, la sanguine, la craie, etc.) qui, après être réduits en poudre, sont dilués avec de l'eau et parfois des pigments supplémentaires. Fresque À la Renaissance, on codifie la pratique de la fresque, employée pour la peinture murale depuis l'Antiquité sous différentes formes. Le principe classique consiste à appliquer des pigments colorés dilués à l'eau sur une paroi enduite d'un mortier frais composé de chaux éteinte. Au moment du séchage, le mortier absorbe les couleurs et fixe ainsi la peinture sur le mur. L'opération se réalise en plusieurs temps. On enduit d'abord le mur d'un mélange appelé l'arriccio et composé de deux tiers de sable fin (ou de stuc) et d'un tiers de chaux. Au moyen d'un poncif (la sinopie), on reporte sur le mur, par la technique du pochoir, les contours du dessin d'ensemble. On divise ensuite la surface à peindre en plusieurs secteurs appelés les giornate (journées) et correspondant chacune à la capacité quotidienne de travail de l'atelier. Chaque matin, on applique un dernier enduit, moins épais, appelé l'intonaco et composé pour moitié de sable et pour moitié de chaux. On peut alors étendre au-dessus les couleurs tout en ayant préalablement connaissance des modifications qu'elles subiront au contact de la chaux. Les pigments employés sont des terres (chaux séchée, terre de Sienne, cadmium, cobalt, etc.) et des pigments d'origine végétale (chêne ou pins calcinés, etc.). En théorie, lorsque l'enduit est sec à l'issue de la journée, il n'est plus possible d'intervenir sur la peinture, sinon au moyen de la peinture à sec. Le graffito constitue un cas particulier de la peinture à fresque. Il est d'un usage courant dans les peintures de murs extérieurs à l'époque moderne, et, bien qu'il soit particulièrement exposé aux intempéries, on en conserve de fort beaux témoignages, notamment dans le nord-est de l'Italie et au sud de l'aire germanique. Il consiste à recouvrir de mortier la couche colorée. Le dessin recherché apparaît après un grattage de certaines parties. Les contraintes de cette technique ont poussé les artistes à chercher des solutions intermédiaires comme la demi-fresque, dans laquelle on peut intervenir après séchage au moyen de couleurs diluées à l'eau de chaux. Mais, fréquemment, la peinture que l'on appelle aujourd'hui à fresque n'est qu'une simple peinture à l'eau, le plus souvent synthétique, sur un enduit sec. Peinture à l'huile La véritable nouveauté fut la peinture à l'huile. Cette technique a été définitivement mise au point vers la fin du XVème siècle dans les Flandres et en Italie. Sous de multiples variantes, le procédé se généralisa au XVIème siècle dans tout l'Occident. Les frères Van Eyck et Antonello da Messina furent parmi les premiers à montrer toutes les ressources que l'on pouvait tirer de cette matière. Elle procure une certaine commodité du travail (avec la possibilité de travailler assez longtemps sans que le véhicule ne sèche trop vite) et donne aux couleurs brillance et transparence. Comme dans le cas de la tempera, les recettes sont innombrables. Il s'agit parfois d'une émulsion composée d'huile, d'uf, de vernis et d'eau. Plus simplement, on trouve également l'emploi d'huiles essentielles (comme l'essence de térébenthine ou de lavande) ou d'huiles pures (comme l'huile de lin, de pavot ou de ricin) comme seuls médiums. Avec l'huile, on emploie le plus souvent un subjectile composé d'une toile (lin ou chanvre) tendue par un châssis en bois enduit d'une couche de colle. Mais on peut aussi utiliser des supports très variés : la pierre, le cuivre, l'ardoise, etc. Dans certains cas, on passe également un fond coloré avant de peindre. C'est le cas de la technique dite de l'imprimitura, un liquide composé de jaune de Naples et d'huile. Le procédé du marouflage, employé depuis le XVIème siècle, consiste à encoller des toiles peintes sur un mur, sur un plafond ou sur un support amovible comme un panneau de bois, par exemple. La dernière opération, après les couleurs, consiste à appliquer un vernis qui a pour but de protéger la couche picturale. À Venise, on employa beaucoup le glacis qui consistait en un premier vernis légèrement pigmenté, c'est un vernis dit «!à peindre!». D'une manière plus générale, on distingue les vernis gras des vernis à base d'essence. Les vernis gras sont plus résistants, mais tendent à s'assombrir et à jaunir avec le temps. Techniques synthétiques Depuis la Seconde Guerre mondiale, l'emploi des peintures de synthèse s'est développé afin de répondre de manière plus souple aux exigences des artistes en matière de siccativité des matériaux (temps de séchage), de maniabilité (possibilité d'employer des instruments d'application plus variés) et de stabilité des couleurs. Il s'agit d'émulsions composées de résines de synthèse de type vinylique ou acrylique (matières plastiques). Elles possèdent un grand pouvoir couvrant, ce qui permet de les utiliser même sur des supports particulièrement difficiles, comme le béton ou le ciment. Elles sèchent en peu de temps et évitent ainsi à l'artiste l'inconvénient majeur de la peinture à l'huile. En outre, les couleurs sont remarquablement stables et presque inaltérables dans le temps. On peut enfin réguler la densité du produit, dont dépend la matité de la couleur, par une simple adjonction d'eau. |
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