Le théâtre

Le théâtre

Sous le terme de "spectacle de théâtre", on entend dans un sens restrictif : une pièce de théâtre mais le terme peut aussi couvrir la comédie musicale, l'opéra, la danse, le cirque et le carnaval, le mime, le spectacle de music-hall ou celui de marionnettes et les fresques historiques. Ces spectacles visent à provoquer émotion ou réflexion chez les spectateurs. Il vise le plus souvent à divertir et à transmettre des valeurs morales ou politiques même si certaines œuvres présentent un caractère abstrait.
Le théâtre, c'est aussi l'espace, le lieu où le spectacle est présenté. Au cours de l'histoire, l'architecture de la scène et de la salle s'est considérablement modifiée. D'un spectacle donné dans la rue, sur une place publique ou de marché, dans un église ou dans un endroit non destiné à cela, on est arrivé à une structure moderne : les théâtres polyvalents où peuvent s'exécuter les œuvres des divers genres énoncés plus haut. Bien plus, le théâtre expérimental contemporain rejette les contraintes spatiales du théâtre classique et recherche des lieux insolites. La scène et ma salle est seulement suggérée par le seul jeu des acteurs et par la composition de ce lieu.
Le théâtre en évolution constante se caractérise par des éléments communs : scénario, mise en scène, jeu des acteurs, décor et musique. Autres éléments essentiels de la production théâtrale : les costumes, le maquillage, l'éclairage, les accessoires.

THÉÂTRE - nom masc. - Genre littéraire consistant à faire représenter sur une scène un texte dialogué joué par des acteurs.
ETYM.: du grec theatron = " le lieu d'où l'on regarde (de theomai= "je regarde ", "je suis spectateur".
Le théâtre se distingue des autres genres littéraires comme le roman ou la poésie par le fait que l’œuvre ne se réduit pas au texte: il est certes possible de la lire, et certaines pièces importantes - Le Soulier de satin de Claudel ou les textes qui composent Un spectacle dans un fauteuil de Musset - ont été présentées sous forme de livre avant d'avoir été effectivement montées. Cependant, l’œuvre théâtrale ne prend sa véritable dimension que lorsqu'elle est présentée sur une scène. D'où un certain nombre de caractéristiques qui font la spécificité du théâtre: la présence d'individus en chair et en os (les acteurs) évoluant dans un espace à part (la scène avec son décor), se faisant les porte-parole d'un texte tout en se soumettant à la lecture qu'en propose le metteur en scène; tout cela se déroulant sous les yeux d'un public.
De la réunion de tous ces éléments peut naître une impression de réalité dont certains dramaturges ont joué: le spectacle est doté d'une présence et d'une immédiateté qui font inévitablement défaut au texte écrit. Mais, à l'inverse, lorsque l'on assiste à une pièce de théâtre, on peut tout aussi bien être frappé par les inévitables conventions qui accompagnent toute forme de représentation. C'est pourquoi, au théâtre, selon un mot de l'écrivain argentin Borges, on trouve des individus qui font semblant d'être d'autres qu'eux-mêmes (les acteurs) devant d'autres individus qui font semblant de les prendre pour ceux-ci (les spectateurs). Le théâtre serait impossible sans cette illusion partagée.
La fonction du théâtre n'est pas radicalement différente de celle des autres genres littéraires. Le théâtre entend divertir ou convaincre, plaire et éduquer; il représente la réalité, mais soumet celle-ci à une stylisation qui, lui donnant forme et cohérence, la fait accéder au rang d'œuvre d'art. Pour parvenir à ses fins, il dispose d'un langage propre qui pose des problèmes spécifiques. Ce langage n'est pas seulement celui des mots, mais il utilise aussi celui des gestes et des signes (costumes, décors, mouvements, musique, etc.), d'où la question de savoir si le théâtre doit être d'abord un texte parlé (comme chez Racine ou Claudel) ou s'il doit mettre l'accent sur les moyens d'expression qui lui appartiennent en propre (Artaud).
Le langage théâtral, de plus, ne peut aller aussi loin que le roman dans la peinture des personnages ou dans la description des situations: ainsi que le souligne Ionesco, il est contraint à une certaine forme de simplicité et doit souvent se résoudre au stéréotype. Faut-il dans ces conditions jouer à fond la carte de la caricature et de la charge comme nous y invite le nouveau théâtre ou faut-il se risquer sur scène à l'analyse psychologique ou au débat philosophique ?
Enfin, le langage du théâtre est par nature un langage qui s'adresse non pas au lecteur dans la solitude mais au groupe, à la collectivité. Quelle doit être, dans ces conditions, sa fonction? Doit-il être au service de la catharsis, permettre à l'individu de se libérer des passions qui menacent la collectivité en s'identifiant aux personnages malheureux de la tragédie comme nous y invite l'esthétique antique? Doit-il, à l'inverse, provoquer une prise de conscience de nature critique et politique comme le veulent Brecht et les dramaturges engagés ?
Le théâtre, par son origine, est religieux. Il naît en Grèce d'une célébration du culte de Dionysos, puis d'autres dieux et héros. Il renaît au Moyen Age dans les églises puis devant les églises. Il en a gardé un caractère de célébration, de liturgie ou, idéalement, devrait l'avoir gardé. Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner de tout ce qui est conventionnel (des jeux de scène à la diction) dans cette manifestation essentiellement symbolique.

THÉÂTRE DE L'ABSURDE - Expression introduite par la critique pour désigner un certain nombre d'œuvres dramatiques que caractérisait, dans les années 50, le recours à une forme d'absurde.
On range d'ordinaire parmi les œuvres du théâtre de l'absurde les pièces de Ionesco, Adamov, et quelquefois celles de Beckett, Genet, voire Pinter, c'est-à-dire toutes les grandes œuvres dramatiques qui, au milieu du siècle, ont bouleversé les conventions du genre.
Leur point commun serait d'exposer sur scène une vision absurde de la condition humaine. Elles traduiraient donc dans le langage propre du théâtre une philosophie qu'exposèrent dans le langage de la réflexion théorique Sartre et Camus par exemple. L'originalité propre du théâtre de Ionesco ou de celui de Beckett serait d'exprimer cette philosophie dans un langage lui-même absurde qui réduit les personnages au rang de pantins, détruit entre eux toute possibilité de communication, ôte toute cohérence à l'intrigue et toute logique aux propos tenus sur scène.
Si l'on adopte le point de vue exprimé plus haut, il est cependant nécessaire de reconnaître que le théâtre de l'absurde n'est en rien une école ou un mouvement: Beckett et Ionesco ont par exemple peu de choses en commun sinon la facilité avec laquelle les critiques les ont rapprochés.

THÉÂTRE DE BOULEVARD - Théâtre présentant des pièces d'un comique assez populaire et commercial.
Le théâtre de boulevard est avant tout un théâtre de divertissement. Il se développe essentiellement au XIXème siècle et joue d'un certain comique stéréotypé où les quiproquos et les mésaventures des maris trompés ont la part belle. Si l'essentiel de la production est de nature commerciale et d'assez médiocre qualité, de grandes œuvres théâtrales - telles celles de Labiche ou de Feydeau - sont nées sur les planches du boulevard et, aujourd'hui, lorsqu'il est interprété par des acteurs de tempérament, le genre peut ménager de réjouissantes surprises.

THÉÂTRE DE LA CRUAUTÉ - Terme introduit par Antonin Artaud pour désigner la forme dramatique à laquelle il travailla.
Ainsi qu'Antonin Artaud le précisait lui-même, "ce mot de cruauté doit être pris dans un sens large, et non dans le sens matériel et rapace qui lui est prêté habituellement". Dans son ouvrage majeur, Le Théâtre et son double, Artaud précise ce qu'il faut entendre par théâtre de la cruauté. Il s'agit d'un art qui saura frapper au cœur de la manière la plus profonde et la plus violente le spectateur. Pour ce faire, une rupture totale avec le langage de la tradition théâtrale est nécessaire: à un théâtre où domine le mot il faut substituer un théâtre total qui, s'inspirant des spectacles orientaux, fera place en lui aux signes, aux gestes et à la danse.
Les thèses d'Artaud n'ont jamais été appliquées telles quelles, ni par lui, ni par aucun dramaturge, mais elles ont exercé une influence décisive sur le théâtre contemporain.

TRAGÉDIE - nom fém. - Œuvre dramatique en vers mettant en scène, conformément à certaines règles, des personnages illustres déchirés intérieurement par le destin qui les frappe ou les passions qu'ils éprouvent.
Étymologie : du grec tragôidia. Se rattache à tragos = "Le bouc". La tragédie est née du dithyrambe dionysiaque. Le chœur qui exécutait ce dithyrambe était composé d'interprètes jouant le rôle de satyres à pied de bouc, compagnons habituels de Dionysos.
La tragédie naît en Grèce et s'y épanouit avec les oeuvres d'Eschyle, Sophocle et Euripide. Le modèle antique sera longtemps la référence essentielle et il exercera une influence considérable sur l'histoire du théâtre occidental. Outre les textes qui sont parvenus jusqu'à nous -des 120 Œuvres de Sophocle, seulement sept ont été conservées -, la tragédie grecque a été connue à travers la théorie qu'en formule Aristote dans sa célèbre Poétique. Pour lui, la tragédie doit présenter au spectateur des événements qui font naître en lui des sentiments de pitié et de peur par lesquels s'accomplit la catharsis. A cette fin, elle doit mettre en scène un héros qui sombre dans le malheur.
A partir de 400 av. J.-C., la tragédie disparaît en Grèce et si l'on excepte, à Rome, les œuvres de Sénèque qui exercèrent une influence considérable sur le théâtre anglais, elle ne réapparaîtra pas avant la Renaissance. Au moment où, dans un nouveau contexte religieux, les moralités et les mystères du Moyen Age cessent de séduire, les poètes de la Pléiade se retournent vers le modèle antique et, s'inspirant du théâtre latin, favorisent l'émergence de la tragédie au XVIème siècle.
On soulignera tout particulièrement parmi les pièces de cette époque - outre la Cléopâtre captive de Jodelle qui, en 1553, ressuscite le genre - Les Juives (1583) de Robert Garnier. Le grand siècle de la tragédie en France reste cependant le XV118. Face à l'exubérance baroque de certaines pièces, s'impose progressivement un corps de règles qui va donner son visage à la tragédie classique: respect des trois unités, vraisemblance, bienséance, etc. Corneille proclame que la tragédie doit choisir comme sujet " une action illustre, extraordinaire... " et traiter de " quelque passion plus noble et plus mâle que l'amour" même si l'amour y a sa place dans l'intrigue. Racine, quant à lui, fait de la passion la forme essentielle d'une fatalité qui déchire les êtres et les enferme dans le cercle de leur destin. Tous deux portent la tragédie à son degré le plus haut de perfection. Au XVIIIème siècle, la tragédie, certes, ne disparaît pas, comme en témoigne, par exemple, l'œuvre de Voltaire. Mais toujours fidèle à la lettre du classicisme sans être encore habité par son esprit, elle décline indubitablement.
Le XIXème siècle verra l'apparition de nouvelles formes théâtrales dont le drame romantique qui se construit par le refus même du modèle tragique tel que celui-ci avait été fixé par l'esthétique classique.

TRAGI-COMÉDIE - nom fém. - Genre dramatique qui met en scène des sujets romanesques sans se soumettre aux règles de la tragédie et en proposant un dénouement heureux.
Étymologie.: du latin tragico comoedia. Le terme fut introduit par Plaute pour désigner ses propres pièces dans lesquelles coexistaient de manière assez peu orthodoxe personnages de dieux et personnages de serviteurs.
Au sens strict, la tragi-comédie naît en Italie à la Renaissance avec l'apparition d’œuvres dramatiques qui mêlent à la tragédie des éléments comiques ou qui mènent celle-ci jusqu'à une conclusion heureuse.
Le genre est introduit en France par Robert Garnier avec Bradamante (1582) et connaîtra une formidable vogue dans la première moitié du XVIIème siècle jusqu'à ce que s'imposent la tragédie et la comédie. Il a surtout été illustré par l’œuvre du prolifique Alexandre Hardy (Il 569-1632). La distinction entre tragi-comédie, comédie et tragédie est souvent subtile et incertaine: c'est ainsi que Le Cid a été défini par Corneille tour à tour comme une tragi-comédie puis comme une tragédie.
Si le comique et le tragique se trouvaient mélangés dans la tragi-comédie latine, ce n'est pas le cas dans la tragi-comédie française.

L'ANALYSE DU THÉÂTRE :

Genres : Comédie, Commedia dell'arte, Comédie de boulevard, Farce, Vaudeville, Drame, Drame bourgeois, Drame romantique, Tragédie…
Le texte de théâtre
: Dramaturge, Dramaturgie, Spectateurs, Catharsis.
Double énonciation.
Acte, Épisode, Scène, Tableau, Didascalie, Rôle.
Acteur, Chœur, Coryphée, Confident, Personnage.
Dialogue, Enchaînement du dialogue, Réplique Stichomythie, Monologue, Tirade ; Stances, Aparté.
Théâtre dans le théâtre.
Exposition, Intrigue, Péripétie, Rebondissement, Coup de théâtre, Nœud, Dénouement, Quiproquo, Deus ex machina, Châtiment comique, Catastrophe tragique, Liaison des scènes, Tempo.
Unités d’action, de temps, de lieu ; Bienséances, Vraisemblance.
La représentation Configuration du lieu théâtral (Théâtre à l’italienne, etc.), Côté cour, Côté jardin, Costume, Coulisses,
Décor, Diction, Distanciation, Distribution, Dramaturgie, Hors-scène, Identification, Interprétation, Jeu, Mise en scène, Scénographie.