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THÉÂTRE RELIGIEUX ET PROFANE Comme dans la Grèce antique, le théâtre
français a une origine religieuse. À partir du Xème siècle,
on représente, à l'intérieur des églises et en latin, de brefs
drames liturgiques, dont le sujet est tiré de la Bible. Il avait
été oublié sous les Mérovingiens et les
Carolingiens et renaît au Moyen Age en
s'inspirant de la vie liturgique. La liturgie dramatise
le mystère sacré; elle le représente et donne
naissance au drame liturgique,
partie intégrante de l'office.
Autour de lan mille, les tropes
font leur apparition. Cest, à loffice de
Pâques, le dialogue des saintes femmes et de lange
(un enfant en robe blanche debout sur un podium dressé
au milieu du chur): A l'extérieur des églises, camelots, vendeurs de drogues, arracheurs de dents, acrobates, escamoteurs, montreurs de bêtes curieuses ameutent les badauds par leurs boniments emphatiques (tel le Dit de lherberie , de Rutebeuf), comme le font de leur côté les "jongleurs", qui sont des conteurs ambulants. Ce théâtre de la rue coule dans un moule littéraire le parler commun. Dès la fin du XIIème siècle, s'accomplit un changement radical : avec le Jeu dAdam et Ève, la plus ancienne pièce de théâtre qui a pour objet de raconter la mésaventure de Adam au paradis, composée en français par un moine anglo-normand, la pièce se joue sur le parvis, en langue vulgaire (le drame sacré sémancipe du latin), avec des acteurs laïcs et un décor multiple (le Paradis, Jérusalem, l'Enfer). C'est le drame semi-liturgique, qui prend le nom de miracle quand son argument provient de la Vie des Saints (le Jeu de saint Nicolas). Il et se déploie sur le parvis de léglise, au grand jour de la place publique. Le clergé garde la haute main sur les représentations; cest lui qui dirige le travail des nombreux corps de métiers (confrérie) qui construisent les décors et les machines. Il règle la mise en scène, lexécution musicale, et y tient même certains rôles. Mais les éléments profanes, par le biais des intermèdes bouffons qui tiennent en haleine le menu peuple, prendront dans le spectacle une place de plus en plus importante. Lapparition décrivains professionnels, même sils remplissent, comme Rutebeuf, des fonctions cléricales, accentue le processus de laïcisation. Cest le cas de deux trouvères arrageois, Jean Bodel (1210) et Adam le Bossu (1290): de lun, le Jeu de saint Nicolas traite la donnée hagiographique en roman daventures corsé de scènes de taverne; du second, le Jeu de la feuillée , sorte de revue dintérêt local, et le Jeu de Robin et de Marion , divertissement de cour, sont dinspiration tout à fait profane. Et pourtant le théâtre religieux senrichit de deux thèmes nouveaux : la Fête-Dieu, instituée en 1264, se célèbre en juin par des processions; aux reposoirs, des estrades sont dressées, où des tableaux vivants remémorent des scènes de lÉcriture et les "miracles de Notre-Dame", dune spiritualité plus tempérée, plus bourgeoise. La vogue durable des deux genres est attestée par de nombreux recueils qui nous en sont parvenus. Le terme de mystère nest guère usité avant le XVème siècle. Il sapplique plus spécialement aux "passions", succédanés dramatiques de poèmes narratifs en latin dont le plus ancien remonte à la fin du Xe siècle. La plupart déroulent comme une immense tapisserie (de 15 000 à 45 000 vers) la vie du Christ, de lAnnonciation à la Résurrection puis plus tard, les vies de saints. Par le sujet, la farce de Maître Pathelin est encore un fabliau; par les rebondissements de lintrigue (découpée en trois actes dans des versions ultérieures) et surtout par le relief des caractères, cest déjà une comédie. La sotie, elle aussi, pouvait comporter un développement étoffé. Les sots, ce sont les "fous" de cour. Aux mains de leur "prince", une marotte à grelots tient lieu du fouet de la satire. Cest le sceptre de la Folie, laquelle, en principe, a licence de tout dire. En fait, le pouvoir contrôle ce franc-parler ou lutilise à son profit. CHANTEFABLE : jeu dramatique médiéval, où les parties narratives en prose alternent avec des passages versifiés chantés. La composition la plus connue de ce type est Aucassin et Nicolette (env.1200). Le genre littéraire de la chantefable a survécut jusquà la fin du XIVème siècle mais sans porter le même nom. AUCASSIN ET NICOLETTE : récit anonyme du nord
de la région picarde datant de 1200; le plus ancien
récit de ce type écrit, pour lessentiel, en
prose. D'une forme unique, lauteur l'appelle
"chantefable", mot qui ne désigne aucun genre
littéraire connu. C'est un texte charmant, tendre et
ironique, coloré, qui est lun des plus parfaits de
cette époque. Au XVème siècle, le mystère, mise en scène de la Passion du Christ, attire des foules énormes, car il est un enseignement autant qu'une confession de la foi rassemblant les croyants. Les origines de la comédie sont plus controversées. D'apparition plus tardive, elle nuit sans doute de l'introduction d'éléments profanes, souvent comiques, dans le drame religieux, pour s'affirmer progressivement comme un genre autonome au XIIème siècle. Puis elle évolue sous la double influence de la comédie antique, familière aux clercs, et des "dits" ou monologues lyriques des jongleurs. Le Jeu de Robin et Marion, ancêtre de la pastorale, met déjà en oeuvre divers procédés littéraires commue l'allusion, la transposition, la parodie. Le genre le plus fécond, qui perdurera jusqu'au XVIIème siècle, sera la farce, intermède bouffon dont en "farcit"' le drame religieux. Tournant en ridicule maris bernés, moines paillards ou trompeurs trompés, elle plaît pu son réalisme et sa causticité. |
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