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La belle histoire de l'Opéra de Lille
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                  ACTE 1: LA COMEDIE

     Tout a démarré en 1697 lorsque Pascal Colasse, ancien secrétaire de Lully, a tenté d’installer à Lille une académie de musique sur le modèle versaillais mais, l’expérience a tourné court car, dans la nuit du 17 au 18 Novembre 1700, un incendie a ravagé la salle de spectacles aménagée dans l’antique Palais Rihour des ducs de Bourgogne. Très rapidement est prise la décision de construire, tout près de là, une nouvelle salle, « La Comédie » inaugurée en 1702, qui donnera son nom à la Rue de la Vieille Comédie. Dans cette salle, Charles Courtois et Jacques Haubourdin, deux « bourgeois de cette ville de Lille », obtiennent le privilège de représenter « la comédie et l’opéra ». Voltaire y vient, en 1741, pour assister à la Première de sa tragédie  Mahomet. Cette salle, qualifiée de « médiocrement belle » ne déchaînera jamais les enthousiasmes et la vie musicale se déroulera surtout dans l’intimité des salons et des concerts privés qui se mettront en place à partir des années 1720. Les sociétés « d’amateurs et de connoisseurs », comme par exemple, « Le Grand Concert » (140 membres, acquittant un abonnement annuel de 100 livres, somme considérable)  fleurissent alors et ce sont elles qui vont faire pression, dans les années 1770-1780, pour la construction d’une nouvelle salle. Deux grands commis de l’Etat, les intendants Charles-Alexandre de Calonne (1778-1783) puis, surtout Charles-François Esmangart (1783-1789) « feront sauter les verrous » et rendront le projet réalisable. Charles-François Esmangart arrive de Bordeaux où il a fait construire le Grand Théâtre sur les plans de l’architecte Victor Louis ; il accueille donc favorablement la délégation de 4 lillois qui se présentent comme « commissaires du concert », venant lui présenter un dossier solide et une proposition de lieu : la Petite Place située derrière la Bourse du commerce (notre « Vieille Bourse ») construite en 1652. La nouvelle salle de concert sera donc située en face de ce que l’on appelle le « Rang du Beauregard » qui prolonge la Bourse du Commerce. Une société est créée par tontine et chargée de réunir 150 000 livres réparties en actions de 1500 livres chacune pour assurer le financement de la construction. Plus de la moitié des 65 premiers signataires sont de fidèles abonnés du Concert de Lille. Le Conseil d’Etat, à Versailles, donne son feu vert le 26 Janvier 1785.

Il s’agit maintenant de se préoccuper du choix de l’architecte et du type de salle. Charles-François Esmangart a d’abord pensé à Victor Louis avec qui il a travaillé à Bordeaux et qui construit une église à Dunkerque, mais l’affaire ne se fait pas et il choisit finalement Michel Lequeux qui est en train de s’imposer sur le marché lillois et provincial.

    ACTE2 : LE THEATRE DE MICHEL LEQUEUX

Le théâtre construit par Michel Lequeux sera un édifice dans le goût antique, selon les canons de la mode, avec péristyle et colonnades. Les travaux commencent en Juin 1785 : le bâtiment est implanté dans l’alignement de la Bourse. Il fait 25 mètres de large et 47 de long et s’ouvre au sud avec 6 colonnes en façade et une balustrade qui dissimule le toit. Sur les 3 autres côtés, on a prévu d’établir 23 boutiques qui seront louées au profit des actionnaires de la tontine. Michel Lequeux meurt assassiné à Lille le 15 avril 1786, mais son associé, Joseph-Marie Deledicque prend le relais et livre l’édifice dans les délais prévus. L’inauguration aura lieu le lundi 16 avril 1787.

C’est une directrice, Marguerite Desnarelle, qui est nommée à la tête de l’établissement, mais, découragée ou avide d’aventures nouvelles, elle démissionnera en Octobre de la même année pour prendre la direction du théâtre de Gand où elle restera 5 ans.

La « nouvelle salle de spectacle » sera associée pendant plus d’un siècle aux grandes heures de la vie lyrique et musicale de Lille : la tragédie, la comédie, le « grand opéra », l’opéra comique et l’opérette y seront donnés tour à tour, ce qui fait une moyenne de 140 représentations par saison, ce chiffre pouvant dépasser 250 pendant les « années fastes » (1815-1820). A plusieurs reprises, on a pensé à modifier cette salle jugée « malpropre, obscure et incommode ». Finalement, c’est en 1841 que l’architecte Charles-César Benvignat sera chargé de repenser complètement le théâtre : il rallonge le péristyle en lui rajoutant 2 colonnes, aménage à l’arrière une rotonde de 10 mètres de rayon et porte la capacité de la salle de 1400 à 2000 places. La nouvelle salle est inaugurée le 1° Septembre 1842. Le personnel de l’établissement, encadrement et troupe permanente atteint 150 personnes. Les grands artistes qui triomphent à Paris honorent les invitations lancées par Lille ; la grande Sarah Bernardt viendra y jouer plusieurs pièces.

Dans la nuit du 5 au 6 avril 1903, une demi-heure après la fin d’une représentation qui avait fait salle comble, un incendie se déclare au jeu d’orgues à l’orchestre ; il détruira complètement le théâtre de Michel Lequeux qui sera totalement rasé.

 

   ACTE 3: LE THEATRE DE  CORDONNIER

Le Grand Théâtre de Louis-Marie Cordonnier : En 1906, le projet d’un grand théâtre est associé à la construction d’une nouvelle Chambre de Commerce et la percée d’un Grand Boulevard reliant Lille à Roubaix et Tourcoing. L’opération est confiée à l’architecte Louis-Marie Cordonnier. Le nouveau théâtre sera reconstruit sur l’emplacement du théâtre de Lequeux, mais légèrement en retrait à cause du percement, en 1869, de la rue de la Gare (maintenant rue Faidherbe) Le nouveau théâtre sera de style néoclassique, en pierre et non plus en brique, avec des dimensions monumentales et de larges volumes, dans l’esprit de ce que Charles Garnier vient de terminer à Paris, avec un escalier monumental, un large perron, 3 grandes doubles portes ; à l’intérieur, un escalier à double distribution conduisant, d’un côté, au parterre et aux galeries des étages, de l’autre, au grand foyer qui occupe toute la longueur de la façade.

Sur une assise impressionnante -3000 mètres carrés, 75 mètres de long et 40 de large- le nouveau Grand Théâtre commence à sortir de terre en 1907, après d’impressionnants travaux de fondations ; le chantier est mené en parallèle avec celui de la nouvelle Chambre de Commerce.

La nouvelle salle hébergera 1268 fauteuils et la surface de la scène sera de 468 mètres carrés (26 mètres de large sur 18 de profondeur). Les ornementations et décorations sont signées de plus grands artistes régionaux. Le « coup de tonnerre » de l’été 1914 empêchera l’ouverture de l’édifice qui vient d’être terminé.

 

Le Deutsches Theater : Dès 1915, le théâtre sera investi par l’état major de la 6° armée du prince Ruprecht de Bavière et le 25 Décembre 1915, une troupe allemande vient y donner Iphigénie en Tauride de Goethe, puis une saison allemande s’établit l’année suivante et le « Deutsches Theater » est inauguré en grande pompe le 6 Juin 1916, inauguration particulièrement mal ressentie par la population.

 

Enfin l’inauguration : Après le long cauchemar de l’occupation allemande, plusieurs années seront nécessaires pour assurer la rénovation du Grand Théâtre qui conduira à son inauguration, à l’automne 1923. Le jeune directeur nommé sera Paul Fiard, dit Frady ; il mettra en place des programmations qui comblent d’aise les artistes aussi bien que le public. Selon le témoignage du baryton P. Jacobs, « cet opéra est grand et fort beau, considéré comme l’une des 6 meilleures salles de France, avec une importante troupe sédentaire. Les plus grands noms du théâtre lyrique y viennent régulièrement en représentation ».

Depuis l’ouverture du Grand Théâtre, l’année est répartie en 2 saisons distinctes : celui-ci accueille l’opéra, l’opéra-comique, la traduction, l’opérette, la comédie donnée par les troupes engagées à l’année ou les vedettes invitées venues de l’Opéra de Paris, de l’Opéra-Comique ou du Théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Les représentations dramatiques et les spectacles donnés par les troupes de passage auront lieu au Théâtre Sébastopol.

Dès1931 la crise économique commence à frapper durement la région lilloise et la paupérisation de la population affectera durement la fréquentation du Grand Théâtre qui perdra de son lustre.

 

Le Deutsches Theater bis : La guerre de 1940 conduira à une nouvelle occupation allemande à Lille et, cette fois, c’est quasiment avec un plan préétabli que l’OFK 670 (Oberfeldkommandantur) prendra possession du Grand Théâtre, considérant que Lille et le Nord-Pas-de-Calais sont partie intégrante de la « Grande Allemagne ». Lille se verra donc, comme La Haye et Oslo, affublée, une nouvelle fois, d’un « Deutsches Theater » inauguré le 10 Mai 1941. Pendant l’été 1941, les allemands procèderont à d’importants et coûteux travaux de réfection et de modernisation, qui seront facturés à l’administration française comme « frais d’occupation » ! 450 hommes ou femmes, allemands pour leur immense majorité, constituent 3 troupes permanentes, un orchestre de 68 musiciens et un chœur de 40 chanteurs. Pendant cette période, ce sont les opérettes jouées au Sébastopol qui constituent l’essentiel de la vie musicale lilloise.

 

L’édifice actuel : Le 26 Septembre 1944, le Grand Théâtre est enfin rendu aux lillois avec un concert de musique française.

Dès la réouverture du Grand Théâtre, Paul Frady est confirmé comme directeur et relance des programmations solides, mais, il sera limogé durant la saison 1948-1949. Ses successeurs, Louis, Guénot, Maurice Cottinet, puis Alexandre Vanderdonckt programmeront encore quelques belles saisons mais l’Opéra vivra ensuite des années difficiles, avec des déficits importants, ce qui conduira à une réorganisation.

 

L’Opéra du Nord : Au début de l’année 1979 sera créé l’Opéra du Nord, association de 3 villes : Lille qui gardera les productions lyriques au Grand Théâtre, Roubaix qui hébergera le Ballet du Nord et Tourcoing où est créé l’Atelier Lyrique, pour les ouvrages de création. Les débuts sont très prometteurs, mais cette structure connaîtra de grosses difficultés financières dès 1982-1983 et se sabordera en 1985.

 

L’Opéra de Lille : Après 3 ans de fermeture, l’opéra de Lille rouvrira ses portes en 1989, sous l’impulsion de Jackie Buffin et Ricardo Swarcer dont les programmations courageuses seront unanimement saluées. Mais, les moyens font défaut et la volonté politique manque pour inscrire dans la durée un projet artistique. Au printemps 1998, Pierre Mauroy décide de fermer l’Opéra, officiellement pour des travaux urgents, en écourtant la saison, ce qui provoque une grande émotion.

 

La réouverture 2004 : L’Opéra restera fermé pendant 4 ans puis les travaux commenceront en 2002 ; ils dureront 2 ans car le bâtiment sera revu, des sous-sols à la toiture, de la scène à la régie et des aménagements importants seront effectués. Une véritable et ambitieuse opération de rénovation-transformation du grand vaisseau de Cordonnier, affecté par la vétusté, sera conduite avec le succès que l’on sait. La réouverture, programmée dans le cadre de l’opération « Lille 2004, capitale européenne de la culture », a eu lieu en Décembre 2003 et les représentations lyriques ont débuté le 15 Janvier 2004…….

                                                               Michel SANCHOLLE

Nous remercions Jean Marie Duhamel et la revue "Lille Magazine" , en particulier Mr Daniel Rapaich et Mr François Rousseaux pour les photographies.