Le talentueux Mr. Straw
Jack Straw, le ministre de l'intérieur britannique, fait des miracles. Grâce à lui, le dictateur Pinochet a retrouvé sa santé, perdue à Londres par la faute du juge Garzon. Jack Straw s'est déclaré satisfait de ce dénouement. Les familles de disparus, les torturés et les exilésde la dictature chilienne, ne le sont pas. Mais de ceux là, Jack-le-fourbe-Straw n'en a cure. Il a, au même moment, fait refuser l'asile politique à des réfugiés afghans fuyant la tyrannie des intégristes Talibans.
Nos correspondants à Santiago
Des membres du Cercle Marc Bloch ont participé avec les familles de disparus aux manifestations contre le retour de Pinochet à Santiago du Chili. Le jour de la prise de fonction du nouveau président Ricardo Lagos, à peine celui-ci avait il entamé son discours : "Chilenas, Chilenos..." que la foule scandait : "Juicio a Pinochet", "Procès pour Pinochet" ! Un juge intègre, Juan Guzmàn, a pris le relais de l'espagnol Garzon. Malgré les manoeuvres visant à accorder l'impunité à l'ancien dictateur, il ne renonce pas à le traduire en justice : "Il y a des moments dans la vie, dit-il, où un homme est confronté à quelquechose de plus important que son image. Ce moment est venu pour moi".
Une éducation anglaise
Le Faurisson britannique s'appelle David Irving. Comme son homologue français, celui-ci aime à se présenter en "scientifique". C'est pourquoi il a intenté un procès à l'historienne Deborah Lipstadt qui le qualifiait de falsificateur. Il en est pour ses frais. Il vient d'être condamné par la Haute Cour de Londres comme "négationniste, raciste et antisémite" au terme d'un long procès et de 300 pages d'attendus. La presse a eu l'occasion d'évoquer la personnalité d'Irving : le brave homme décore son bureau d'un autographe d'Hitler et offre à ses amis des coktails dans des verres frappés de la croix gammée. Pour la naissance de sa fille (la malheureuse a 6 ans), il a écrit un poème : "Je suis un bébé aryen/Ni uif ni sectaire/je n'épouserai ni un singe ni un rastafarien." La revue de Plantin, Akribeia (n°2, 1998, p.208), va encore plus loin dans le sordide en rapportantles souvenirs d'un fasciste anglais sur une séance de "manustupration (sic) d'Irving en uniforme nazi". Entre eux, les nazis ne prennent pas de gants. Les 20 millions de francs de frais de justice qu'Irving doit désormais payer vont sans doute limiter l'éventail de ses loisirs.
L'histoire niée au Sénat
Le 24 avril 2000 marque le 85ème anniversaire du déclenchement du génocide arménien. Une date terrible dans l'histoire de ce siècle que l'Etat turc nie toujours. Il n'est pas le seul, malheureusement. En mars, les sénateurs, sous la pression de l'Elysée, ont refusé de ratifier le projet de loi votée par l'Assemblée Nationale : "La France reconnait publiquement le génocide arménien de 1915". C'est le prix à payer pour le commerce avec l'Etat turc négationniste. Le vote de la honte. Nous participons aux manifestations arméniennes.
La Lettre en arménien
Le journal Haratch (En avant !), quotidien arménien fondé en 1925 à Paris pour les réfugiés, a traduit la Lettre de notre Cercle consacrée à l'affaire Veinstein, le négateur du génocide nommé au Collège de France grâce à la complicité du mandarinat universitaire le plus corporatiste. Les Nouvelles d'Arménie avaient, sur ce sujet, publié une tribunne de nos amis Jean Paul Bret, Didier Daeninckx et Philippe Videlier : "Le déficit d'éthique institutionnelle"
Justice de plomb à l'italienne
Un appel à la solidarité a été lancé pour Adriano Sofri, Ovidio Bompressi et Giorgio Pietrostefani, militants injustement condamnés. Nous nous y associons.
Allègrement
Claude Allègre, l'ancien ministre de l'Education Nationale, a une dent contre les enseignants, c'est entendu. Mais pas contre tous et cela est moins connu. En 1991, la Cour des Comptes s'est penchée sur le cas Faurisson. Le négationniste a été payé à ne rien faire par l'Université Lyon 2 de 1979 à 1990 (20 à 25000F par mois) puis muté au Centre National d'Enseignement à Distance. Le 9 août 1991, le Procureur général s'est inquiété : "La Cour n'a pu obtenir le moindre élément prouvant une activité quelconque de sa part ni au profit de l'Université ni à celui des établissements successivement chargés de l'enseignement à distance". Le ministère était sommé d'expliquer cette grave anomalie. Un certain Claude Allègre s'en était chargé : "On a rien à lui reprocher. C'est un prof de faculté : si on lui donne des copies d'élèves du secondaire à corriger, il peut refuser. Et s'il accepte, on court le risque de le voir distiller ses théories". Et le virer ? Allègre n'y a jamais pensé. Ce ne sont pas des choses qui se font à l'égard de "collègues" universitaires même quand ils font profession d'antisémitisme militant.
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Des magistrats pour cible
Quelques jours avant le procès en appel de Plantin, le 9 février, des magistrats lyonnais ont trouvé dans leur casier du Palais de Justice un tract antisémite intitulé "Lyon capitale de la Résistance et du Révisionnisme", accompagné de trente pages de Faurisson. Le tract glorifie les noms "des enseignants et des intellectuels lyonnais" résistant "à la puissance nocive du lobby juif". sont cités dans cette catégorie : Pierre Zind, Jean-Paul Allard, Jean Haudry, Bernard Lugan, François Robert, Jean Brière, etc. , à quoi s'ajoutent "les cas récents de Régis Ladous et Yves Lequin" victimes d'une "impitoyble chasse aux sorcières". Le tract est signé : "Université Lumière (Lyon 2) - Université Jean Moulin (Lyon 3)". Interrogé par L'Humanité qui a révélé l'affaire, le Parquet s'est refusé à tout commentaire, se contentant de faire part de l'ouverture d'une enquête". Les deux universités ont annoncé le dépôt d'une plainte pour faux, usage de faux et incitation à la haine raciale, confiée à Maître Chanon, bâtonnier et adjoint au Maire. Aux dernières nouvelles, la plainte aurait été jugée irrecevable. Un enterrement à la lyonnaise ?

Bis repetita
Début avril, deux mois après l'affaire du Palais de Justice, les enseignants de la future Ecole Normale Supérieure de Lyon ont reçu à leur domicile le paquet cadeau du Palais de Justice (tract + faurissonnerie) accompagné d'une lettre commençant par "Chers collègues", toujours signée "Université Lyon 2 - Université Lyon 3". La coordination de vigilance face à l'extrême droite a tenu une conférence de presse pour alerter l'opinion et présenter un dossier d'enquête sur ces faits et les nombreux précédents. cela devrait aider les universités et le Parquet qui ne semblent pas très réveillés.
Si les petits cochons ne le mangent pas
Le chirurgien Jean-Michel Dubernard, qui a des vues sur la mairie de Lyon, a procédé à une greffe de mains très médiatisée (mais aussi très contestée). Interrogé par france Inter, il s'est déclaré, dans une tirade enthousiaste, disciple d'Alexis Carrel. Celui-ci n'était pas seulement lyonnais, mais aussi un propagandiste de l'eugénisme à l'idéologie pro-nazie. La faculté lyonnaise qui portait son nom a été débaptisée pour cette raison en octobre 1996. Dubernard le sait bien puisqu'il en était membre. Il vise sans doute le "créneau Millon". Alexis Carrel a encore ses fans : au même moment des savants fous, anglais cette fois, ont cloné cinq petits cochons dont deux ont été nommés... Alexis et... Carrel. Qui a dit que tout était bon dans le cochon ?
Une ville muette
Quoi de plus normal que l'attachement des citoyens à l'image de leur ville ? A l'aube du XXIème siècle, le journal Le Progrès a voulu savoir comment ses habitants percevaient Lyon. Du résultat du sondage IPSOS paru le 4 janvier, il ressort que pour 8 % des personnes interrogées, le négationnisme au sein des universités est "l'élément le plus négatif pour l'image de Lyon". Cela traduit une forte préoccupation devant les affaires récurrentes qui déshonorent la cité et que les institutions se refusent à traiter sérieusement. M. Raymond Barre, maire de Lyon, a dit dans une lettre à notre Cercle son inquiétude de voir la ville éclaboussée par l'affaire Plantin et ses implications universitaires. Il s'agit, affirme-t-il, "d'un débat de la plus haute importance. Le négationnisme historique est une manifestation d'essence totalitaire et raciste qu'il convient de combattre avec la plus grande résolution, mais aussi la plus grande rigueur". Nous ne pouvons que souscrire à ces propos. Nous attendons les actes. Que penser du responsable du dossier en mairie, le bâtonnier Chanon, qui, ayant reçu à la mi-décembre le Livre rouge des associations, répond le 25 janvier : "Je vous remercie de votre contre-rapport dont je vais prendre connaissance le plus rapidement possible" !... Quand on sait qu'au même bâtonnier Chanon a été confiée par les universités la tâche de déposer plainte contre les tracts négationnistes du Palais de Justice et que l'on apprend que ladite plainte a été rejetée comme irrecevable, on peut s'inquiéter. Si la réputation de Lyon est, sur ce point, aussi détestable n'est ce pas que le monde universitaire et la classe politique, à quelques exceptions près, restent muets ? Notre ami Jean-Paul Bret, député socialiste de Villeurbanne, s'interroge justement dans sa Lettre d'informationsur ses activités parlementaires : "Que font les enseignants de Lyon 2 ?" ; "C'est vrai que les universitaires lyonnais sont frappés de mutisme. Certains se sont pourtant brillamment attaqués à Millon et à son alliance nauséeuse. Pourquoi ne font ils pas preuve de la même vigilance pour dénoncer ce qui se passe à côté d'eux ?". C'est exactement la question que se posent un nombre croissant de citoyens. Au bout d'un moment, le silence devient complicit. La classe politique lyonnaise qui a emboîté le pas aux universitaires devra s'en soucier au moment des municipales : 8 %, cela fait beaucoup de monde.
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