En ce temps-là j'étais dans mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà
plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou , dans la ville
des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple d’Ephèse
ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.
Le Kremlin était comme un immense
gâteau tartare
Croustillé d’or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l’or mielleux des cloches…
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J’avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s’envolaient
sur la place
Et mes mains s’envolaient aussi, avec des bruissements d’Albatros
Et ceci, c'était les dernières réminiscences du
dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.
Pourtant, j'étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu’au bout.
J’avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous
les verres
J’aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les
mauvais pavés
J’aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaives
Et j’aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étrangers et nus sous
les vêtements qui m’affolent…
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution
russe…
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s’ouvrait comme un brasier.
En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà
plus de ma naissance
J'étais à Moscou, où je voulais me nourrir de
flammes
Et je n’avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes
yeux
En Sibérie tonnait le canon, c'était
la guerre
La faim le froid la peste le choléra
Et les eaux limoneuses de l’Amour charriaient
des millions de charogne
Dans toutes les gares je voyais partir tous les derniers trains
Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de
billets
Et des soldats qui s’en allaient auraient bien voulu rester…
Un vieux moine me chantait la légende de Novgorode.
Moi, le mauvais poète qui ne voulait aller nulle part, je pouvais
aller partout
Et aussi les marchands avaient encore assez d’argent
Pour aller tenter faire fortune.
Leur train partaient tous les vendredis matin.
On disait qu’il y avait beaucoup de morts.
L’un emportait cent caisses de réveils et de coucous de la Forêt-Noire
Un autre, des boîtes à chapeaux, des cylindres et un assortiment
de tire-bouchons de Sheffield
Un autre, des cercueils de Malmoë remplis
de boîtes de conserve et de sardine à l’huile
Puis il y avait beaucoup de femmes
Des femmes des entre-jambes à louer qui pouvaient aussi servir
Des cercueils
Elles étaient toutes patentées
On disait qu’il y avait beaucoup de morts là-bas
Elles voyageaient à prix réduits
Et avaient toutes un compte courant à la banque.
Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour
On était en décembre
Et je partais moi aussi pour accompagner le voyageur en bijouterie
qui se rendait à Kharbine
Nous avions deux coupés dans l’express et 34 coffres de joaillerie
de Pforzheim
De la camelote allemande « made in Germany »
Il m’avait habillé de neuf, et en montant dans le train j’avais
perdu un bouton
- Je m’en souviens, je m’en souviens, j’y ai souvent pensé depuis
?
Je couchais sur les coffres et j'étais tout heureux de pouvoir
jouer avec le browning nickelé qu’il
m’avait aussi donné
J'étais très heureux insouciant
Je croyais jouer aux brigands
Nous avions volé le trésor de Golconde
Et nous allions, grâce au transsibérien
, le cacher de l’autre côté du monde
Je devais le défendre contre les voleurs de l’Oural qui avaient
attaqué les saltimbanques de Jules Verne
Contre les khoungouzes, les boxers
de Chine
Et les enragés petits mongoles
du Grand-Lama
Alibaba et les quarante voleurs
Et les fidèles du terrible Vieux de la montagne
Et surtout, contre les plus modernes
Les rats d’hôtel
Et les spécialistes des express internationaux.
Et pourtant, et pourtant
J'étais triste comme un enfant
Les rythmes du train
La « moëlle chemin-de-fer » des psychiatres américains
Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails
congelés
Le ferlin d’or de mon avenir
Mon browning le piano et les jurons des joueurs
de cartes dans le compartiment d’à côté
L’épatante présence de Jeanne
L’homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement dans le couloir
et qui me regardait en
passant
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières
du ciel
Les vitres givrées
Pas de nature !
Et derrière, les plaines sibériennes le ciel bas et les
grandes ombres des Taciturnes qui montent et qui
descendent
Je suis couché dans un plaid
Bariolé
Comme ma vie
Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle
Ecossais
Et l’Europe tout entière aperçue au coupe-vent d’un express
à toute vapeur
N’est pas plus riche que ma vie
Ma pauvre vie
Ce châle
Effiloché sur les coffres remplis d’or
Avec lesquels je roule
Que je rêve
Que je fume
Et la seule flamme de l’univers
Est une pauvre pensée…
Au fond de mon cœur des larmes me viennent
Si je pense, Amour, à ma maîtresse ;
Elle n’est qu’une enfant, que je trouvai ainsi
Pâle, immaculée, au fond d’un bordel.
Ce n’est qu’une enfant, blonde, rieuse et triste,
Elle ne sourit pas et ne pleure jamais ;
Mais au fond de ses yeux, quand elle vous y laisse boire,
Tremble un doux lys d’argent, la fleur du poète.
Elle est douce et muette, sans aucun reproche,
Avec un long tressaillement à votre approche ;
Mais quand moi je lui viens, de-ci, de-là, de fête,
Elle fait un pas, puis ferme les yeux ? et fait un pas.
Car elle est mon amour, et les autres femmes
N’ont que des robes d’or sur de grands corps de flammes,
Ma pauvre amie est si esseulée,
Elle est toute nue, n’a pas de corps ? elle est trop pauvre.
Elle n’est qu’une fleur candide, fluette,
La fleur du poète, un pauvre lys d’argent,
Tout froid, tout seul, et déjà si fané
Que les larmes me viennent si je pense à son cœur.
Et cette nuit est pareille à cent mille autres quand un train
file dans la nuit
- Les comètes tombent ?
et que l’homme et la femme, même jeunes, s’amusent à faire
l’amour.
Le ciel est comme la tente déchirée d’un cirque pauvre
dans un petit village de pêcheurs
En Flandres
Le soleil est un fumeux quinquet
Et tout au haut d’un trapèze une femme fait la lune.
La clarinette le piston une flûte aigre et un mauvais tambour
Et voici mon berceau
Mon berceau
Il était toujours près du piano quand ma mère
comme Madame Bovary jouait les sonates de Beethoven
J’ai passé mon enfance dans les jardins suspendus de Babylone
Et l’école buissonnière, dans les gares devant les trains
en partance
Maintenant, j'ai fait courir tous les trains derrière moi
Bâle -Tombouctou
J'ai aussi joué des courses à Auteuil et à Longchamp
Paris-New-York
Maintenant, j'ai fait courir tous les trains le long de ma vie
Madrid-Stockholm
Et j'ai perdu tous mes paris
Il n’y a plus que la Patagonie , la Patagonie,
qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un
voyage dans les mers du Sud
Je suis en route
J’ai toujours été en route
Je suis en route avec la petite Jehanne de France
Le train fait un saut périlleux et retombe sur toutes ses roues
Le train retombe sur ses roues
Le train retombe toujours sur toutes ses roues
« Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre ? »
Nous sommes loin, Jeanne, tu roules depuis sept jours
Tu es loin de Montmartre, de la butte qui t’as nourrie du Sacré-Cœur
contre lequel tu t’es blottie
Paris a disparu et son énorme flambée
Il n’y a plus que les cendres continues
La pluie qui tombe
La tourbe qui se gonfle
La Sibérie qui tourne
Les lourdes nappes de neige qui remontent
Et le grelot de la folie qui grelotte comme un dernier désir
dans l’air bleui
Le train palpite au cœur de horizons plombés
Et ton chagrin ricane…
« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? »
Les inquiétudes
Oublie les inquiétudes
Toutes les gares lézardées obliques sur la route
Les fils téléphoniques auxquels elles pendent
Les poteaux grimaçants qui gesticulent et les étrangleurs
Le monde s’étire s’allonge et se retire comme un accordéon
qu’une main sadique tourmente
Dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie
S’enfuient
Et dans les trous
Les roues vertigineuses les bouches les voix
Et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
Les démons sont enchaînés
Ferrailles
Tout est un faux accord
Le boum-boum-boum des roues
Chocs
Rebondissements
Nous sommes un orage sous le crâne d’un sourd…
« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? »
Mais oui, tu t’énerves, tu le sais bien, nous sommes bien loin
La folie surchauffée beugle dans la locomotive
La peste le choléra se lèvent comme des braises ardentes
sur notre route
Nous disparaissons dans la guerre en plein dans un tunnel
La faim, la putain, se cramponne aux nuages en débandade
Et fiente des batailles en tas puants de morts
Fais comme elle, fais ton métier…
« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? »
Oui, nous le sommes, nous le sommes
Tous les boucs émissaires ont crevé dans ce désert
Entends les sonnailles de ce troupeau galeux Tomsk
Tchéliabinsk Kainsk Obi Taïchet
Verkné Oudinsk Kourgane Samara Pensa-Touloune
La mort en Mandchourie
Est notre débarcadère est notre dernier repaire
Ce voyage est terrible
Hier matin
Ivan Oulitch avait les cheveux blancs
Et Kolia Nicolaï Ivanovitch se ronge les doigts depuis quinze
jours…
Fais comme elles la Mort la Famine fais ton métier
Ça coûte cent sous, en transsibérien, ça
coûte cent roubles
En fièvre les banquettes et rougeois sous la table
Le diable est au piano
Ses doigts noueux excitent toutes les femmes
La Nature
Les Gouges
Fais ton métier
Jusqu’à Kharbine…
« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? »
Non mais… fiche-moi la paix… laisse-moi tranquille
Tu as les hanches angulaires
Ton ventre est aigre et tu as la chaude-pisse
C'est tout ce que Paris a mis dans ton giron
C'est aussi un peu d’âme… car tu es malheureuse
J'ai pitié j'ai pitié viens vers moi sur mon cœur
Les roues sont les moulins à vent du pays de Cocagne
Et les moulins à vent sont les béquilles qu’un mendiant
fait tournoyer
Nous sommes les culs-de-jatte de l’espace
Nous roulons sur nos quatre plaies
On nous a rogné les ailes
Les ailes de nos sept péchés
Et tous les trains sont les bilboquets du diable
Basse-cour
Le monde moderne
La vitesse n’y peut mais
Le monde moderne
Les lointains sont par trop loin
Et au bout du voyage c'est terrible d’être un homme avec une
femme…
« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? »
J'ai pitié j'ai pitié viens vers moi je vais te conter
une histoire
Viens dans mon lit
Viens sur mon cœur
Je vais te conter une histoire…
Oh viens ! viens !
Aux Fidji règne l’éternel printemps
La paresse
L’amour pâme les couples dans l’herbe haute et la chaude syphilis
rôde sous les bananiers
Viens des îles perdues du Pacifique !
Elles ont un nom du Phénix, des Marquises
Bornéo et Java
Et Célèbes à la forme d’un chat.
Nous ne pouvons pas aller au Japon
Viens au Mexique !
Sur les hauts plateaux les tulipiers fleurissent
Les lianes tentaculaires sont la chevelure du soleil
On dirait la palette et les pinceaux d’un peintre
Des couleurs étourdissantes comme des gongs,
Rousseau y a été
Il y a ébloui sa vie
C'est le pays des oiseaux
L’oiseau du paradis, l’oiseau-lyre
Le toucan, l’oiseau moqueurs
Et le colibri niche au cœur des lys noirs
Viens !
Nous nous aimerons dans les ruines majestueuses d’un temple aztèque
Tu seras mon idole
Une idole bariolée enfantine un peu laide et bizarrement étrange
Oh viens !
Si tu veux nous irons en aéroplane et nous survolerons les pays
des mille lacs,
Les nuits y sont démesurément longues
L’ancêtre préhistorique aura peur de mon moteur
J’atterrirai
Et que construirai un hangar pour mon avion avec les os fossiles de
mammouth
Le feu primitif réchauffera notre pauvre amour
Samowar
Et nous nous aimerons bien bourgeoisement près du pôle
Oh viens !
Jeanne, Jeannette Ninette nini ninon nichon
Mimi mamour ma poupoule mon Pérou
Dodo dondon
Carotte ma crotte
Chouchou p’tit-cœur
Cocotte
Chérie p’tite chèvre
Mon p’tit péché mignon
Concon
Coucou
Elle dort.
Elle dort
Et de toutes les heures du monde elle n’en a pas gobé une seule
Tous les visages entrevus dans les gares
Toutes les horloges
L’heure de Paris l’heure de Berlin l’heure de Saint-Pétersbourg
et l’heure de toutes les gares
Et à Oufa, le visage ensanglanté du canonnier
Et le cadran bêtement lumineux du Grodno
Et l’avance perpétuelle du train
Tous les matins on met les montres à l’heure
Le train avance et le soleil retarde
Rien n’y fait, j’entends les cloches sonores
Le gros bourdon de Notre-Dame
La cloche aigrelette du Louvre qui sonna la Barthélémy
Les carillons rouillés de Bruges-La-Morte
Les sonneries électriques de la bibliothèque de New-York
Les campagnes de Venise
Et les cloches de Moscou, l’horloge de la Porte-Rouge qui me comptait
les heures quand j'étais dans un
bureau
Et mes souvenirs
Le train tonne sur les plaques tournantes
Le train roule
Un gramophone grasseye une marche tzigane
Et le monde, comme l’horloge du quartier juif de Prague, tourne éperdument
à rebours.
Effeuille la rose des vents
Voici qui bruissent les orages déchaînés
Les trains roulent en tourbillon sur les réseaux enchevêtrés
Bilboquets diaboliques
Il y a des trains qui ne se rencontrent jamais
D’autres se perdent en route
Les chefs de gare jouent aux échecs
Tric-trac
Billard
Caramboles
Paraboles
La voie ferrée est une nouvelle géométrie
Syracuse
Archimède
Et les soldats qui l’égorgent
Et les galères
Et les vaisseaux
Et les engins prodigieux qu’il inventa
Et toutes les tueries
L’histoire antique
L’histoire moderne
Les tourbillons
Les naufrages
Même celui du Titanic que j’ai lu dans le journal
Autant d’images-associations que je ne peux pas développer dans
mes vers
Car je suis encore fort mauvais poète
Car l’univers me déborde
Car j'ai négligé de m’assurer contre les accidents de
chemin de fer
Car je ne sais pas aller jusqu’au bout
Et j'ai peur.
J'ai peur
Je ne sais pas aller jusqu’au bout
Comme mon ami Chagall je pourrais faire une série de tableaux
déments
Mais je n’ai pas pris de notes en voyage
« Pardonnez-moi mon ignorance
« Pardonnez-moi de ne plus connaître l’ancien jeu de vers
»
Comme dit Guillaume Apollinaire
Tout ce qui concerne la guerre on peut le lire dans mes Mémoires
de Kouropatkine
Ou dans les journaux japonais qui sont aussi cruellement illustrés
A quoi bon me documenter
Je m’abandonne
Aux sursauts de ma mémoire…
A partir de d’Irkoutsk le voyage devint beaucoup trop lent
Beaucoup trop long
Nous étions dans le premier train qui contournait le lac Baïkal
On avait orné la locomotive de drapeaux et de lampions
Et nous avions quitté la gare aux accents tristes de l’hymne
au Tzar.
Si j'étais peintre je déverserais beaucoup de rouge,
beaucoup de jeune sur la fin de ce voyage
Car je crois bien que nous étions tous un peu fous
Et qu’un délire immense ensanglantait les faces énervées
des mes compagnons de voyage
Comme nous approchions de la Mongolie
Qui ronflait comme un incendie
La train avait ralenti son allure
Et je percevais dans le grincement perpétuel des roues
Les accents fous et les sanglots
D’une éternelle liturgie
J'ai vu
J'ai vu les trains silencieux les trains noirs qui revenaient de l’Extrême-Orient
et qui passaient en
fantômes
Et mon œil, comme le fanal d’arrière, court encore derrière
ces trains
A Talga 100.000 blessés agonisaient faute de soins
J'ai visité les hôpitaux de Krasnoïarsk
Et à Khilok nous avons croisé un long convoi de soldats
fous
J'ai vu dans les lazarets des plaies béantes des blessures qui
saignaient à pleines orgues
Et les membres amputés dansaient autour ou s’envolaient dans
l’air rauque
L’incendie était sur toutes les faces dans tous les cœurs
Des doigts idiots tambourinaient sur toutes les vitres
Et sous la pression de la peur les regards crevaient comme des abcès
Dans toutes les gares on brûlait tous les wagons
Et j'ai vu
J’ai vu des trains de 60 locomotives qui s’enfuyaient à toute
vapeur pourchassée par les horizons en rut
et des bandes de corbeaux qui s’envolaient désespérément
après
Disparaître
Dans la direction de Port-Arthur.
A Tchita nous eûmes quelques jours de répit
Arrêt de cinq jours vu l’encombrement de la voie
Nous le passâmes chez Monsieur Iankéléwitch qui
voulait me donner sa fille unique en mariage
Puis le train repartit.
Maintenant c'est moi qui avais pris place au piano et j’avais mal aux
dents
Je revois quand je veux cet intérieur si calme le magasin du
père et les yeux de la fille qui venait le soir
dans mon lit
Moussorgsky
Et les lieders de Hugo Wolf
Et les sables du Gobi
Et à Khaïlar une caravane de chameaux blancs
Je crois bien que j'étais ivre durant plus de 500 kilomètres
Mais j'étais au piano et c'est tout ce que je vis
Quand on voyage on devrait fermer les yeux
Dormir
J’aurais tant voulu dormir
Je reconnais tous les pays les yeux fermés à leur odeur
Et je reconnais tous les trains au bruit qu’ils font
Les trains d’Europe sont à quatre temps tandis que ceux d’Asie
sont à cinq ou sept temps
D’autres vont en sourdine sont des berceuses
Et il y en a qui dans le bruit monotone des roues me rappellent la
prose lourde de Maeterlinck
J'ai déchiffré tous les textes confus des roues et j'ai
rassemblé les éléments épars d’une violente
beauté
Que je possède
Et qui me force.
Tsitsika et Kharbine
Je ne vais pas plus loin
C'est la dernière station
Je débarquai à Kharbine comme on venait de mettre le
feu aux bureaux de la Croix-Rouge.
O Paris
Grand foyer chaleureux avec les tisons entrecroisés de tes rues
et tes vieilles maisons qui se penchent
au-dessus et se réchauffent
Comme des aïeules
Et voici des affiches, du rouge du vert multivolores comme mon passé
bref du jaune
Jaune la fière couleur des romans de la France à l’étranger.
J’aime me frotter dans les grandes villes aux autobus en marche
Ceux de la ligne Saint-Germain-Montmartre m’emportent à l’assaut
de la Butte
Les moteurs beuglent comme les taureaux d’or
Les vaches du créouscule broutent le Sacré-Cœur
O Paris
Gare centrale débarcadère des volontés carrefour
des inquiétudes
Seuls les marchands de couleur ont encore un peu de lumière
sur leur porte
La Compagnie Internationale des Wagons-Lits et des Grands Express Européens
m’a envoyé son
prospectus
C'est la plus belle église du monde
J'ai des amis qui m’entourent comme des garde-fous
Ils ont peur quand je pars que je ne revienne plus
Toutes les femmes que j'ai rencontré se dressent aux horizons
Avec les gestes piteux et les regards tristes des sémaphores
sous la pluie
Bella, Agnès, Catherine et la mère de mon fils en Italie
Et celle, la mère de mon amour en Amérique
Il y a des cris de sirène qui me déchirent l’âme
Là-bas en Mandchourie un ventre tressaille encore dans un accouchement
Je voudrais
Je voudrais n’avoir jamais fait mes voyages
Ce soir un grand amour me tourmente
Et malgré moi je pense à la petite Jehanne de France.
C'est par un soir de tristesse que j'ai écrit ce poème
en son honneur
Jeanne
La petite prostituée
Je suis triste je suis triste
J’irai au Lapin agile me ressouvenir de ma jeunesse perdue
Et boire des petits verres
Puis je rentrerai seul
Paris
Ville de la Tour unique au grand Gibet et de la Roue.
Paris, 1913
« Moscou » : capitale et ville
la plus importante de Russie. La ville a été capitale de
l’URSS jusqu'en 1991. Desservie par quatre aéroports et neuf gares,
Moscou est au centre du réseau de communications avec toutes les
parties de la Russie et les autres États de l'ex-URSS.
PAYSAGE URBAIN
Le développement industriel qui eut lieu en Russie au tournant
du siècle entraîna l'émergence d'une bourgeoisie qui
fit construire des hôtels particuliers et des bâtiments plus
importants, mais c'est dans les années 1930 que Staline, voulant
faire de sa capitale une ville grandiose et imposante, fit raser les vieux
quartiers et les bâtiments anciens ; il donna à Moscou sa
physionomie actuelle si caractéristique de la période soviétique.
Depuis les années 1980, d'importants travaux de rénovation
et d'aménagement ont été entrepris. Ainsi, la cathédrale
du Christ-Sauveur, démolie en 1938 pour laisser la place à
une gigantesque piscine, vient d'être rebâtie à l'identique
et réouverte au culte. Aujourd'hui, Moscou est divisée en
dix préfectures réparties sur une superficie de 1 060 km?.
Des boulevards concentriques, construits à l'emplacement d'anciens
remparts, divisent la ville en plusieurs zones, dont les plus périphériques
forment les quartiers résidentiels ; au centre se trouvent le Kremlin,
ancien siège du gouvernement de l'URSS, et la place Rouge (en vieux
russe, le même adjectif signifiait à la fois « beau
» et « rouge »), la plus ancienne et la plus vaste de
la ville (73 000 m?), vers lesquels convergent un réseau de voies
transversales.
« Ephèse » : l'une
des douze cités d'Ionie, près de l'actuelle Izmir, en Turquie.
La cité était connue dans l'Antiquité pour ses sanctuaires,
dont le plus célèbre était le temple de la déesse
Artémis, l'une des Sept Merveilles du monde antique. La cité
fut également un des premiers centres du christianisme. Des fouilles
entreprises sur son site en 1863 ont mis au jour la majeure partie de la
cité, dont des temples, des édifices publics, des magasins,
des maisons, des rues, un théâtre splendide et des églises.
« Kremlin » : Haut lieu
historique et artistique de Moscou. Le Kremlin est une enceinte fortifiée
triangulaire édifiée au centre de Moscou. Construit en briques,
le Kremlin (du russe, kreml, forteresse) est ceint d'une muraille composée
de dix-neuf tours, dont chacune avait autrefois une fonction précise
et au sommet desquelles étaient placés des aigles bicéphales,
symbole des tsars ; aujourd'hui, les aigles ont été remplacés
par de gigantesques étoiles recouvertes de rubis.
« Novgorode », écrit
Novgorod en russe. Ville de l'ouest de la Russie, près du lac Ilmen.
Population (1989) : 235 000 habitants. C'est le pôle commercial d'une
région agricole fertile. La ville a gardé de nombreux témoignages
de sa grandeur passée. Outre le kremlin, citadelle du XI siècle
surmontée de neuf tours, on compte de très nombreux édifices
médiévaux, dont la cathédrale Sainte-Sophie (XI siècle),
l'église Saint-Nicolas-le-Thaumaturge (1113), ornée de célèbres
fresques, et la collégiale Saint-Georges (1119). La ville a donné
naissance à une école de peinture fameuse qui s'est surtout
illustrée, jusqu'au début du XVI siècle, dans l'art
des icônes. Novgorod, une des plus anciennes villes de Russie, est
mentionnée pour la première fois en 859. La principauté
de Novgorod fut fondée par Riourik en 862, et son successeur, Oleg
le Sage, y installa sa capitale en 882 après avoir conquis Kiev.
Devenue une cité commerçante prospère, Novgorod se
détacha de la tutelle de Kiev en 1136 et se constitua en une république
féodale.
« Sibérie » :
vaste région comprenant la partie orientale de la région
asiatique de la Russie, délimitée à l'ouest par l'Oural,
au nord par l'océan Arctique, à l'est par l'océan
Pacifique et au sud par la Chine, la Mongolie et le Kazakhstan. Le terme
de Sibérie n'a plus de signification administrative. D'une superficie
de près de 13 millions de km?, la Sibérie ne compte que 35
Millions d'habitants.
SOL ET CLIMAT
La Sibérie peut être divisée en trois grandes régions.
Sur le tiers occidental c'est un vaste territoire de basses terres dont
une grande partie est marécageuse. La Sibérie centrale, dont
les sommets varient entre 300 et 1 200 m. À l'est se rencontre un
système complexe de chaînes montagneuses. Au sud-ouest se
trouvent les montagnes plus élevées. Au nord-est, une chaîne
volcanique, dont plusieurs sont encore actifs, s'étend sur toute
la longueur de la péninsule du Kamtchatka.
La Sibérie est traversée par de grands fleuves. Ils s'écoulent
tous vers le nord, vers l'océan Arctique, et sont gelés six
à neuf mois par an. Des principaux fleuves sibériens, seul
l'Amour coule vers l'est et le Pacifique.
La Sibérie a un climat continental extrême aux hivers
longs et froids et aux étés courts et chauds. Dans
le nord, des températures de 33,9°C en été et
de -69,4°C en hiver ont été relevées.
POPULATION
Dans l'ensemble, la Sibérie est peu peuplée et l'essentiel
de sa population est concentrée dans le sud-ouest. Presque toutes
les grandes villes sont situées dans le sud, le long de la ligne
de chemin de fer du Transsibérien. D'autres centres urbains sont
situés au nord, le long des principaux fleuves. La majorité
de la population est russe.
HISTOIRE
Avant l'invasion russe, la Sibérie était occupée
par divers peuples nomades vivant essentiellement de la garde des troupeaux,
de la chasse, du piégeage, de la pêche et de la collecte.
Ces peuples menaient une existence tribale autonome. Cependant, des États
puissants mais éphémères ont vu le jour sur les limites
méridionales de la Sibérie. C'était le territoire
d'un peuple de redoutables cavaliers nomades qui étaient un peu
plus avancés culturellement et politiquement que les peuples de
la zone forestière du nord. Au XIII siècle, les guerriers
mongols déferlèrent le long de la bordure méridionale
de la Sibérie et envahirent ensuite la Russie. Pendant les deux
siècles qui suivirent, les Mongols dominèrent le sud et l'ouest
de la Sibérie, tout comme la Russie elle-même. L'empire mongol
s'affaiblit finalement et éclata en plusieurs petits États.
Conquête russe : Dès le XII siècle, des explorateurs
de l'État-cité de Novgorod traversèrent l'Oural et
se dirigèrent vers le nord-ouest de la Sibérie où
ils collectèrent un impôt auprès de certaines des tribus
locales. Pour une domination plus formelle, il fallut toutefois attendre
l'effondrement du pouvoir mongol et l'émergence d'une puissante
monarchie centralisée en Russie. La conquête commença
avec l'expédition de l'aventurier russe Iermak Timofejevitch, dont
les Cosaques envahirent le khanat de Sibir au début des années
1580.
Afflux de Russes : Aux XVII et XVIII siècles, l'intérêt
principal de la Russie en Sibérie était le commerce très
lucratif de la fourrure. Durant cette période, la population russe
de Sibérie resta réduite, elle crût de façon
spectaculaire au cours des dernières décennies du régime
tsariste (XIXè). Cet afflux fut encouragé du fait de la surpopulation
de certaines régions de Russie européenne, par l'abolition
du servage en 1861, et par la construction de la ligne ferroviaire du Transsibérien
entre 1891 et 1900, qui facilita grandement le transport et les communications.
« l’Amour » : Fleuve de l'Extrême-Orient qui mesure 4 354 km de long, ce qui en fait le quatrième plus long fleuve d'Asie. Il coule d'abord en direction du sud-est et matérialise la frontière entre la Russie et la Chine sur presque 1 600 km. Puis il oblique vers le nord-est et entre en Russie. Son cours est entièrement navigable mais il est fermé à la navigation six mois par an car il est paralysé par les glaces, l'hiver, qui est aussi la saison d'étiage. Il est alimenté par la fonte des neiges au printemps et par la mousson en été.
« Forêt-Noire » : région montagneuse couverte de forêts, située dans le sud-ouest de l'Allemagne, qui mesure environ 160 km de long, et sa largeur varie de 25 km au nord à 60 km au sud. Sa superficie est de 5 200 km?. Son nom fait référence aux plantations épaisses de sapins qui couvrent les zones supérieures des versants. Plus bas, on trouve de grandes forêts de chênes et de hêtres. La taille de rondins est d'ailleurs l'une des principales activités économiques de la région. De nombreux fleuves, dont le Danube et le Neckar, prennent leur source dans la Forêt-Noire. On trouve de nombreux lacs sur le versant oriental du massif. La région est célèbre pour sa fabrication de pendules à coucou et de jouets en bois.
« Scheffield » : ville du Royaume-Uni, en Angleterre, dans le comté du South Yorkshire. Située dans une importante région minière, Sheffield est renommée pour ses produits en acier inoxydable (en particulier la coutellerie) et son argenterie. L'énergie hydraulique fournie par les rivières environnantes ainsi que les ressources naturelles en minerai de fer et en charbon furent à l'origine du développement industriel de la ville. Une méthode de plaquage de l'argent fut inventée ici en 1742. En 1855, un ingénieur, sir Henry Bessemer, mit au point une méthode de production de l'acier qu'il appliqua dans ses usines de Sheffield. De telles innovations ont contribué à faire de la ville le centre du commerce de l'acier britannique. Actuellement, la production est concurrencée par celle d'Asie.
« Malmoë » : écrit Malmö dans l’Encyclopédie : ville du sud de la Suède, en face de Copenhague, au Danemark. Malmö est un centre de transport important et un grand port maritime réputé pour ses chantiers de construction navale et ses usines de fabrication de cigares, de sucre, de bière et de lainages. Malmö fut une ville danoise jusqu'en 1658, année où le roi Charles X de Suède s'en empara. Population (estimation 1990) : 223 700 habitants.
« Kharbine » : écrit
‘Kharbin’ dans l’Encyclopédie : Ville du nord-est de la Chine, carrefour
ferroviaire et port sur le Songhua. C'est un grand centre du commerce,
de l'industrie et des transports, dans une riche région d'élevage.
Ses établissements sont spécialisés dans la fabrication
de matériel électrique, de roulements à billes, dans
les constructions mécaniques, dans les industries chimiques, alimentaires,
et dans les matériaux de construction (cimenteries). La ville fut
fondée par des investisseurs russes comme carrefour ferroviaire
en 1900. Population (1993) : 2 827 100 habitants.
« Pforzheim » : Ville d’Allemagne située à quelques kilomètres de Stuttgart, et où est né l’humaniste cabaliste allemand Reuchlin Johannes (XVè ? XVIè).
« Browning » : mot qui date de 1906 et qui porte le même nom que son inventeur : pistolet automatique à chargeur.
« Golconde » : Les diamants connus par les Romains venaient certainement d'Inde, qui, jusqu'au XVIII siècle, a été la seule source connue de ces pierres. On pense qu'ils se trouvaient uniquement dans les légendaires mines de Golconde, la ville du commerce du diamant.
« Transsibérien
» : Voie ferrée qui traverse les steppes sibériennes
depuis Moscou jusqu'au port de Vladivostok, sur l'océan Pacifique.
Sa conception, qui remonte aux années 1880, fut en partie motivée
par des considérations militaires, mais surtout par le désir
de coloniser les terres vierges et cultivables de l'Est. L'objectif était
d'y exploiter des ressources minérales et de soulager la surpopulation
rurale de la Russie d'Europe. C'est le tsar Alexandre III qui décida
de construire cette voie ferrée. Dès 1890, la voie s'étendait
vers l'Est sur environ 2 000 km, de Moscou à Tchéliabinsk.
Sa construction fut achevée à la fin de l'année 1904.
Un tracé confiné dans le territoire russe aurait exigé
un détour par une région accidentée, à l'est
du lac Baïkal. Grâce à un accord signé avec la
Chine en 1896, le tracé fut dévié : à
partir de l'est de Tchita, il traversait la Mandchourie en empruntant la
voie ferrée orientale chinoise, construite entre 1897 et 1904 avec
des capitaux privés. Par cet itinéraire, les voies ferrées
reliaient Tchéliabinsk à Vladivostok en 4 045 km.
Cependant, en 1904 et en 1905, la guerre russo-japonaise remit en question
la sécurité de la voie mandchourienne, et un tracé
entièrement russe fut réalisé, entre 1908 et 1914,
à un coût au kilomètre deux fois plus élevé
que celui des autres sections du Transsibérien. Ce tracé
fait partie des 9 297 km du Transsibérien actuel (qui va de Moscou
à Omsk en passant par Iekaterinbourg et non plus par Tchéliabinsk).
Au départ, il se composait d'une seule voie, ce qui posa des problèmes
d'engorgement durant la guerre contre le Japon. C'est pourquoi on décida
de doubler cette voie sur presque toute la longueur, travaux qui s'achevèrent
en 1918. L'électrification complète des voies a été
réalisée entre 1950 et 1970.
Le transport de marchandises, qui constitue l'essentiel du trafic,
est parmi les plus importants dans le monde. Les minéraux et les
produits frais représentent une part importante du fret, ce qui
nécessite un nombre considérable de wagons réfrigérés
pour parcourir de telles distances. Jusqu'à la Révolution
russe de 1917, la Compagnie Internationale des Wagons-Lits eut un contrat
avec le tsar pour faire circuler le Trans-Siberian Express entre Moscou
et Harbin, en Mandchourie. Le voyage durait neuf jours. Outre les wagons-lits
et les wagons restaurants habituels, le train était équipé
d'une chapelle, d'une bibliothèque et d'une salle de musique. Quant
au personnel à bord, il comptait notamment un coiffeur et une infirmière.
« Révolte des Boxers » : insurrection nationaliste chinoise contre les étrangers et les Chinois chrétiens, en 1900. Survenue en réaction au démantèlement de la Chine par les puissances occidentales, le but de cette révolte était leur expulsion du pays. En 1899, une société secrète chinoise du Shandong, la Yihequan («Poings de justice et de concorde»), entreprit une campagne de terreur contre les missionnaires chrétiens dans les provinces du Nord-Est. Ses membres étaient surnommés les Boxers par les Occidentaux, en raison de leur pratique des arts martiaux qui, disaient-ils, les rendaient insensibles aux balles. Officiellement dénoncés par le pouvoir chinois, les Boxers furent en réalité soutenus par certains membres de la cour. L'exploitation économique et politique de la Chine par les puissances occidentales et le Japon était la cause principale du ressentiment chinois, accentué par la crise économique. Malgré les efforts des Américains pour empêcher d'autres ingérences territoriales (après la signature d'un traité de paix, le 17 septembre 1901), la Russie profita de la révolte pour étendre son influence à la Mandchourie. La conséquence directe de cette politique fut la guerre russo-japonaise (1904-1905).
« Mongols » :Tribus rivales, parfois organisées en confédérations, les Mongols constituèrent une nation au début du XIII siècle sous la conduite de Genghis Khan. Sous son commandement, ils constituèrent une armée qui envahit l'Europe à l'ouest et la Chine à l'est, et finirent par former un immense empire eurasien (Empire mongol). Les descendants de Genghis Khan ont ainsi dominé de vastes régions de la Chine, de l'est de l'Asie, de la Russie, de l'Iran et de la Turquie. Les Mongols finirent par être vaincus, et revinrent à une situation politique secondaire.
« Grand-lama » : Dalaï-Lama
chef spirituel du bouddhisme tibétain et autrefois dirigeant du
pays. Il passe pour l'incarnation de Bouddha. À sa mort, son âme
est supposée entrer dans le corps d'un nouveau-né qui, après
avoir passé avec succès les tests traditionnels, devient
le nouveau Dalaï-lama.
Le premier titre de Dalaï-lama fut accordé par le chef
mongol Altan Khan à Sonam Gyatso, grand lama du monastère
de Drepung et supérieur de la secte des Gelugpas («Chapeau
jaune»). Ses successeurs gouvernèrent le Tibet, d'abord comme
tributaires des Mongols, puis de 1720 à 1911, comme vassaux de l'empereur
de Chine.
« Bâle » : Population
(estimation 1993) : 172 000 habitants. (en allemand Basel), ville du Nord
de la Suisse, située entre la France et l'Allemagne. La ville de
Bâle se trouve dans une région agricole consacrée aux
arbres fruitiers, à la production vinicole et à l'élevage.
Cette ville est un grand centre de commerces, de banques et d'industries
qui fabriquent des produits pharmaceutiques et chimiques, des produits
métallurgiques, des denrées alimentaires et des textiles.
Une foire industrielle s'y tient chaque année. Au cœur de l'Europe
du Nord, Bâle est un centre de communications prédominant,
en particulier grâce à son port fluvial, très actif,
à son réseau ferroviaire et à l'aéroport. La
rive gauche de la ville abrite de nombreux monuments historiques et culturels,
tels que la cathédrale romane et gothique du XIV siècle,
l'hôtel de ville du XVI siècle, la plus ancienne université
du pays, fondée en 1460 par le pape Pie II, ainsi qu'un musée
des Beaux-Arts, riche en œuvres des XIX et XX siècles. Un carnaval,
occasion de réjouissances animées et costumées, s'y
déroule tous les ans.
La cité fut fondée sous le nom de Basilia par les Romains,
en 374 apr. J.-C. Son rôle prépondérant en tant que
centre commercial débuta dès cette époque et se developpa
au Moyen Âge, en particulier grâce au marché du textile.
La Renaissance fut une époque fastueuse pour Bâle, qui joua
un rôle prédominant dans le mouvement humaniste ; ainsi le
penseur hollandais Érasme enseigna dans l'université de la
ville ; son corps est maintenant enseveli dans la cathédrale. En
1831, le canton de Bâle fut le lieu d'une révolte opposant
les différentes catégories de population qui aboutit, en
1833, à la division du canton en deux demi-cantons.
« Tombouctou », Population
(estimation 1989) : plus de 35 000 habitants.ville du centre du Mali, en
bordure méridionale du Sahara, au nord de la grande boucle du fleuve
Niger. Reliée au Niger par des canaux et desservie par le petit
port fluvial de Kabara, Tombouctou est le centre régional du commerce
du sel et autres produits de première nécessité. Son
activité manufacturière est limitée : textiles de
coton, articles de cuir et poterie.
Naguère grand entrepôt commercial et centre international
d'études islamiques, la ville fut probablement fondée à
la fin du XI siècle par des nomades touaregs. Au début du
XIV siècle, lorsqu'elle fut incorporée dans l'ancien empire
du Mali, Tombouctou devint un important terminus caravanier transaharien
et un point de distribution pour le commerce le long du haut Niger. Après
sa conquête par le puissant Empire songhaï en 1468, la ville
atteint son apogée comme pôle commercial et religieux. Les
marchands y échangeaient du sel et des étoffes contre de
l'or et des esclaves noirs. L'école, aménagée dans
la mosquée Sankoré, était encadrée par des
tuteurs issus des principales académies islamiques du Proche-Orient.
En 1591, des envahisseurs marocains prirent Tombouctou et la ville commença
à décliner. Elle fut, plus tard, occupée par les Français
(1893-1894). Le premier à la visiter fut l'explorateur René
Caillié, en 1828.
« Stockholm » : (Population
(estimation 1993) : 684 576 habitants; agglomération : 1 517 285
habitants). Ville et port maritime, capitale de la Suède, à
l'endroit où le lac Mälar rejoint la mer Baltique. Stockholm,
qui se répartit sur environ une vingtaine d'îles et sur le
continent adjacent, est la plus grande ville ainsi que le centre du commerce,
de la production industrielle, de la finance, des transports et de la culture
de la Suède. Le port de Göteborg, d'accès plus facile,
est le premier port du pays pour le trafic des marchandises. Les industries
englobent principalement l'imprimerie, la fabrication d'équipement
électrique, les produits alimentaires, la fabrication de machines,
d'éléments métalliques, de papier, de produits chimiques
et de textiles, la construction navale.
Stockholm, belle ville dotée de nombreux canaux et parcs, est
souvent appelée «la Venise du Nord». Elle abrite de
nombreux centres scolaires et culturels.
Le site fut habité bien avant la fondation de Stockholm au milieu
du XIII siècle. Au Moyen Âge, la communauté se transforma
en un centre économique important après l'instauration de
liens commerciaux avec les membres de la Hanse, en particulier Lübeck.
Pour renforcer sa position en Suède, il fit éliminer les
chefs du Parti national suédois, lors des événements
connus sous le nom du «bain de sang» de Stockholm. Elle fut
un centre culturel réputé au XVII siècle et sa croissance
industrielle commença vers 1850.
« Patagonie » : région du sud de l'Argentine, à l'est des Andes et au sud du fleuve Colorado. Couvrant environ 800 000 km?, elle est délimitée par des plateaux arides comprenant la partie orientale de la Terre de Feu. L'élevage des moutons est la principale activité économique de la région qui possède également des gisements de pétrole. Le nom Patagonie désignait autrefois la partie la plus australe du continent sud-américain, comprenant les régions australes des pays actuels de l'Argentine et du Chili. Le navigateur portugais Magellan fut le premier à l'explorer en 1520. Toutefois, la région ne fut colonisée qu'à partir de 1880. Le partage définitif de la Patagonie entre l'Argentine et le Chili eut lieu en 1902.
« Tomsk » : Population (1989) : 506 600 habitants.ville de Russie, située en Sibérie occidentale, sur le Tom (affluent de l'Ob). Tomsk, qui est aussi un port, est un centre scientifique et industriel dont les activités sont étroitement liées au bassin houiller de Kouzbass. L'industrie du cuir, du bois et l'industrie alimentaire participent aussi à la prospérité de la ville. La première université de Sibérie y fut fondée (1888) ; de nombreuses écoles supérieures font de Tomsk le centre universitaire de la région.Fondée en 1604, cette ancienne forteresse est l'une des plus anciennes villes de Sibérie.
« Tcheliabinsk » : Population (1989) : 1 143 000 habitants.ville du sud-ouest de la Sibérie en Russie, sur la rivière Miass, au pied de l'Oural. Située sur le parcours du Transsibérien, dans un bassin houiller, c'est l'un des grands centres industriels de Russie. La ville est dotée d'industries sidérurgiques, aéronautiques et chimiques, ainsi que d'usines fabriquant des tracteurs et d'autres machines agricoles. Une forteresse fut fondée en 1736 sur le site, à la frontière russe. L'industrialisation massive de la ville commença dans les années 1890.
« Samara », ville, au centre-sud
de la Russie européenne, située au confluent de la Volga
et de la Samara. La ville est un port important, un centre ferroviaire
et industriel. Ses activités industrielles sont spécialisées
dans les constructions automobiles, le matériel roulant, l'industrie
chimique et les constructions mécaniques.
Fondée en 1586 comme avant-poste militaire, elle se transforma
en centre du commerce des céréales du bassin de la Volga.
Son essor industriel date du début du XX siècle. De 1935
à 1991, la ville s'appela Kouïbychev, en l'honneur du responsable
soviétique V.V. Kouïbychev. Lorsque Moscou fut menacée
par les troupes allemandes au cours de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement
soviétique s'y réfugia (1941-1942). Population (1989) : 1
239 000 habitants.
« Mandchourie » : région
du nord-est de la Chine de 778 000 km?, et sa population en 1986 était
estimée à 92 900 000 habitants. Autrefois, la région
couvrait une superficie beaucoup plus grande, qui s'étendait davantage
à l'ouest en direction de l'actuelle république de Mongolie.
Le nom de la région provient de Mandchou, qui désignait un
peuple d'origine mongole proche, du point de vue ethnologique, des Toungouzes.
Géographie
La région est formée d'une grande plaine centrale, entourée
au nord, à l'est et à l'ouest par de hautes chaînes
de montagnes très boisées. Cette plaine est peu cultivée
en dépit de sa fertilité, car la période de croissance
est brève. Les principales cultures sont le sorgho, le millet, le
soja, le maïs et le blé. Les ressources minérales consistent
en gisements de houille, de plomb, de zinc, de cuivre, de fer, de bauxite
et de molybdène.
Histoire
Profitant de l'affaiblissement des Ming, les tribus Juchen retrouvèrent
leurs forces et s'unirent. Elles prirent alors le nom de Mandchou et envahirent
la Chine en 1644, instaurant la dynastie mandchoue ou Qing, qui dirigea
la Chine jusqu'en 1912. Les autorités mandchoues commencèrent
par empêcher le développement de la Mandchourie notamment
en interdisant l'immigration chinoise dans la région jusqu'à
la fin du XVIII siècle ; des colons chinois s'installèrent
néanmoins en Mandchourie avant cette date. Les empiètements
continuels des Russes à la frontière nord aboutirent à
des accords entre les Russes et les Chinois : il fut alors décidé
d'établir la frontière sino-russe le long des fleuves Amour
et Oussouri.
Vers la fin du XIXe siècle, les Chinois formaient environ 80
% de la population mandchoue. Les vastes ressources exploitables de la
Mandchourie devinrent l'enjeu d'une lutte pour le contrôle de la
région entre la Chine, la Russie et le Japon. Après la défaite
chinoise dans la guerre sino-japonaise (1894-1895), le Japon exerça
son pouvoir pendant une brève période sur la péninsule
de Liaodong. En 1898, la Russie obtint une concession de vingt-cinq ans
sur le sud de la péninsule qui comprenait Dairen (aujourd'hui Dalian)
et Port Arthur, ce qui lui permit de construire une voie ferrée
pour relier Vladivostock au Transsibérien. La Russie occupa la Mandchourie
de 1900 jusqu'à sa défaite dans la guerre russo-japonaise
de 1904-1905.
"Khoungouzes" : écrit Toungouzes ou
toungouses dans le Larousse. Ethnie Mongole, disséminée à
travers toute la Sibérie Orientale de l'Ienisseï au Pacifique
(URSS et Chine du Nord-Ouest).