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Récit
d'une vision des mutations féodales, aujourd'hui discutée
En
Catalogne, vers l'an 1000, les affaires criminelles se multiplient.
Les enjeux de ces luttes sont variés, parmi lesquels la
valorisation des terrains, la lutte pour la possession des châteaux.
Les premières victimes de ce nouveau climat sont les femmes
et les enfants même si la protection des lignages se renforce.
La simonie (trafic des objets religieux) se développe
dans le même temps au sein de l'Eglise de Catalogne comme
les pratiques violentes au sein du haut clergé.
Le pouvoir politique ne freine pas la violence car la mort du
comte Raimond Borrell, en 1017, a créé un vide
politique. À Barcelone, les puissants sont incapables
de faire face.
Les premières guerres
privées
se livrent sur les zones frontalières. Les forteresses
et les terres et revenus qui en dépendent passent entre
les mains de nouveaux châtelains qui osent même les
inféoder.
Dans le même temps, la justice devient vénale ;
la pratique de l'ordalie (le jugement
de Dieu) se répand comme celle du duel judiciaire. La
justice s'exerce même de plus en plus au niveau de la seigneurie
tandis que la haute justice est de plus en plus féodale.
Les liens entre les puissants sont scellés par des documents
appelés "convenentiae" : il s'agit d'engagements
réciproques négociés librement lesquels
peuvent porter sur le règlement de problèmes successoraux,
le partage de revenus, les promesses de mariage...
Un nouveau type de guerrier naît à cette époque
appelé fideles
ou homines,
nourri et équipé par le maître. Les châteaux
sont confiés à des gardiens appelés castlans
: ils dirigent une troupe d'hommes à cheval. L'ost ou obligation
féodale de combattre pour son seigneur se généralise.
Les violences se déchaînent avec beaucoup de brutalité.
La terre change de mains tandis que la frontière qui sépare
le monde chrétien du monde musulman se stabilise à
cette époque ; les alleutiers disparaissent au profit
d'une concentration de la terre en faveur de ceux qui ont la
puissance : "il suffit au châtelain (ou à l'abbé
ou à l'évêque) d'inviter le propriétaire
de l'alleu convoité à prouver lui-même son
droit en plongeant par exemple son bras dans l'eau bouillante".
Les alleutiers deviennent souvent de simples tenanciers qui payent
en outre des taxes de plus en plus lourdes.
La seigneurie
banale
s'affirme comme le modèle avec son droit de commander
les résidents de la châtellenie, de lever l'ost,
de réclamer des redevances et des services. Même
les terres en commun sont réquisitionnées par les
seigneurs.
Parmi les devoirs des vassaux, citons le devoir d'hospitalité
(service d'albergue), une redevance en nature (en l'occurrence
des vivres), des devoirs militaires (transports du ravitaillement,
service de guet, cultures pour le compte du château), corvée
et travaux de labour. La justice seigneuriale est aussi source
de revenus (cautions, amendes et confiscations des biens)...
Des biens sont extorqués aux paysans par la coercition
selon le bon vouloir du seigneur : droits sur les mariages (par
exemple le pouvoir de choisir l'époux ou l'épouse)
; part dans les successions ; droit sur les biens trouvés
sur la seigneurie...
La mutation féodale prend tout son sens entre 1041 et
1059 lorsque le comté de Barcelone est en proie à
des luttes exacerbées. Pendant toute la période
s'y développe une révolte qui, sous la direction
d'un puissant magnat, Mir Géribert, soulève une
grande partie de l'aristocratie contre le comte Raimond Béranger
Ier et met en jeu jusqu'au principe même de l'autorité
publique.
D'après
Pierre Bonnassie, La Catalogne au tournant de l'an mil, Albin
Michel
L'antithèse
(extrait
de la thèse de Dominique Barthélemy, La société
dans le comté de Vendôme, Fayard)
Ce
chapitre a regroupé les données antérieures
à 1060 et les arguments qui nous font rejeter au Vendômois
et en pays de Loire, après mûre réflexion,
le modèle de la «mutation de l'an mil». En
effet, ceux des historiens qui lui font allégeance ne
voient plus, dès lors, dans toute la documentation du
XIe siècle, que des signes de crise: une justice
dégradée, une chevalerie déchaînée,
une paysannerie à la dérive. «L'ordre intime
et profond» du monde féodal, que Michelet appelait
à déchiffrer, ils le prennent pour une série
d'accidents. Une fois qu'on s'est émancipé, au
contraire, on a l'oeil et la plume disponibles pour d'autres
perspectives, d'autres intrigues.
On peut suivre, là où c'est possible, les suggestions
de l'anthropologie.
Et si l'on nous demande, pourtant, où nous mettons les
origines de la société féodale, nous répondrons:
peu importe, c'est hors de notre vue mais à tout prendre,
le concept d'une société carolingienne déjà
féodale n'est pas si mauvais. L'admirable livre de Marc
Bloch, en 1939-1940, fait un peu l'impasse sur la question classique
du «principe vassalique» minant l'empire carolingien,
et il a le tort de privilégier la genèse cataclysmique
avec les invasions norrrandes, à la fin du IXe
siècle. Pour le «mutationnisme», ce sont les
troubles liés à la multiplication des châteaux,
un siècle plus tard.
Mais l'une et l'autre de ces crises ne sont-elles pas exagérées
par les moines?
La construction des châteaux périphériques,
une catastrophe? Non, pas plus que les raids scandinaves ; comme
eux, cependant, elle occasionne sûrement une certaine montée
des tensions sociales, à laquelle il n'est pas interdit,
pour l'an mil, de relier indirectement le nouvel essor des moines
noirs, par lesquels nous vient la révélation féodale...
De tout cela, on discutera encore, dans les prochaines années
!
Fresque
de Saint-Jacques-des-Guérets, XIIIe siècle
(départ à la croisade)
La
naissance de la chevalerie en Provence
Dans
la société provençale autour de lan
mil, ceux qui possèdent les terres sont appelés
homines
et boni homines
quand ils font partie dune cour de justice. Les textes
permettent de comprendre que ces familles -les plus importantes
de Provence- obtiennent la noblesse. Mais dautres personnes
se joignent à ce groupe et prennent le titre de chevalier
ou, plus exactement, caballarii ou milites. Le premier
texte qui les mentionne est daté de 1029 : larchevêque
dArles, Pons donne à sa cathédrale le quart
de la villa de Marignane et il précise quil excepte
de cette donation les manses des chevaliers, au nombre de sept,
quil désigne nommément. Le chevalier
doit acheter un cheval, un haubert et prêter laide.
Le sire lui confiera la garde de son défend celle
de de son château. Le chevalier sassociera à
lui pour édifier un nouveau clos de vigne. Il se tiendra
à ses côtés pour le conseiller (...).
Les combattants à cheval, parfois chasés par le
maître, sont soumis à lui.
Au milieu du siècle, le terme de miles supplante celui de caballarius.
Le concile de Saint-Gilles distingue les milites majores et milites
minores.
Daprès
J.P. Poly, la Provence et la société féodale
879-1166
Définition
de la chevalerie daprès
J.M. Lemarignier, La France médiévale, institutions
et société
Ils
appartiennent au monde des seigneurs mais surtout de ceux
qui combattent à cheval, qui sont intégrés
dans les liens féodo-vassaliques ; le monde des chefs,
de ceux qui encadrent la paysannerie. Les origines de la
chevalerie sont situées à des moments différents
selon les historiens : autour de lan mil ou dans le monde
carolingien. LEglise a généré la chevalerie
en détournant les guerres privées vers des objectifs
mystiques.
La cérémonie du chevalier est ladoubement.
Ladoubement consiste en la remise des armes effectuée
liturgiquement : lépée du futur chevalier
est déposée sur lautel ; elle sera bénite
avant de lui être remise et elle sera remise autant que
possible un jour saint (Pâques, Pentecôte) ; la cérémonie
sera présidée par lévêque qui,
en principe, aura lui-même béni lépée.
Avant ladoubement, le futur chevalier est encore un enfant.
Le chevalier porte lécu, le bouclier, la lance,
lépée et ils combattent à cheval ;
il est jugé par ses pairs ; exempté dimpôts
de nature publique.
Origines
carolingiennes de la chevalerie
daprès
Pierre Riché, Lempire carolingien
Un
noble se livre à la guerre avec la convocation à
lost. Charles écrit à un de ses vassaux :
Sache que nous avons convoqué notre plaid général
cette année en Saxe orientale, sur le fleuve de Bode,
au lieu de Srassfurt. Nous tenjoignons de ty rendre
le 15 des calendes de juillet (17 juin), avec tous tes hommes,
bien armés et équipés avec armes et bagages
et tout le fourniment de guerre, en vivres et vêtements.
Que chaque cavalier ait un bouclier, une lance, une épée
longue, une épée courte, un arc et un carquois
garni de flèches. Quil y ait dans vos chariots des
outils de tout genre et aussi des vivres pour trois mois à
partir de ce lieu de rassemblement....
Le pillage chez lennemi, le saccage des soldats et officiers
est récurrent. Ecoutons Ernold le Noir raconter
lexpédition de Bretagne : Tout ainsi quen
automne, par escadrons serrés, les grives et dautres
oiseaux volent à travers les vignobles et pillent les
grappes...ainsi les Francs...survenaient et dépouillaient
la province de ses trésors (...). On recherche les vivres
que recèlent les bois et marais et qui ont été
dissimulés dans des fosses. On emmène hommes, moutons
et boeufs. Le franc porte partout ses ravages. Les églises,
comme lavait demandé lempereur sont respectées,
mais tout le reste est livré aux flammes.
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