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La
vie seigneuriale : le cas de l'Italie normande
D'après
Jean-Marie Martin
Au
XIe siècle, l'Italie méridionale est
envahie par les normands. Ils viennent ici sans l'aide d'un chef,
conquérir des territoires.
En Italie méridionale, le régime seigneurial semble
s'être facilement développé sous l'impulsion
des Normands. Les seigneuries
ecclésiastiques avant la conquête normande ne sont
pas très nombreuses et la seigneurie de cette région
est donc avant tout laïque. Les seigneurs sont donc des
laïcs qui ont arraché les droits publics aux pouvoirs
préexistants avec la conquête militaire.
Lorsque le pouvoir des Normands n'est pas suffisant, la
guerre privée
sévit comme en Pouille, au Bénévent, à
Salerne, dans les Abruzzes.
Il faut attendre l'époque de Roger II (1127-1154) pour
observer la réorganisations des comtés.
Dans les principautés lombardes, le mouvement de création
de seigneuries a débuté au Xe siècle
avec le regroupement de principautés ecclésiastiques
: par exemple le
Mont-Cassin.
Les seigneurs allotissent dans un second temps la plus grand
partie des réserves au moyen de contrat de livelli. Les contrats
ad
pastinandum
sont ceux pour lesquels on demande au paysan d'utiliser sa houe
(pastinum) pour creuser le sol afin d'y planter arbres et vignes.
Plus rares sont les contrats de pastinatio in partem qui stipulent
qu'au bout d'un certain nombre d'années consacrées
à la mise en valeur, le paysan devient propriétaire
de la moitié du terrain cultivé.
Dans la Pouille byzantine et normande, les contrats sont pratiquement
inconnus. Alors que ici comme ailleurs, dans tout l'Occident,
les réserves diminuent, elles tendent ici à se
développer. De surcroît, les seigneurs s'emparent
de toutes les terres incultes qui servent de terrain de pâture,
de réserve de bois, de terrain de chasse. Ils prélèvent
taxes directes et indirectes et détiennent un droit de
justice.
Lorsqu'il ne participe pas à l'ost, le chevalier se livre
dans le midi, surtout après la mort de Robert Guiscard
(1057-1085), à des guerres
privées.
Autres activités seigneuriales, l'administration du domaine,
la chasse dont la chasse au faucon à partir du XIIe
siècle connue par la traité laissé par Frédéric
II. Les chevaliers font enfin preuve de piété ;
ils sont les milites christi, les soldats du Christ.
L'Occident
aux XIVe et XVe siècles
d'après Jacques
Heers
À
cette époque du Moyen-Age, si la seigneurie rurale garde
une belle vitalité, elle évolue. Les grandes seigneuries
princières se maintiennent et se développent. C'est
le cas par exemple dans les terres de l'Est européen conquises
par les Chevaliers Teutoniques, par les grandes abbayes et par
les puissants seigneurs des marches frontières. Les seigneuries
sont immenses, évaluées en milliers de Hufen, tenures
paysannes qui correspondent aux manses, et comptent une dizaine
d'hectares chacune. Le comte de Hainaut, dans une autre région,
garde de très riches domaines et reconstitue vers 1300
de nouvelles et vastes réserves.
En d'autres régions, souvent proches, les seigneuries
passent entre les mains des citadins : marchands et financiers,
hommes de loi et hommes de robe. Thiébaut de Heu, habitant
de Metz comme les grands marchands de Ravensburg où les
prêteurs lombards et les négociants de Toulouse,
Marseille et Lyon sont les bénéficiaires de cette
nouvelle tendance. En Angleterre, moins urbanisée pourtant,
les transferts de seigneuries se multiplient. Les bourgeois de
Metz achètent dans les années 1300 de nombreuses
parcelles rassemblées dans des domaines appelés
gagnages où les enclosures sont multipliées.
Les sources font pourtant état d'une baisse des revenus
: les abandons de villages et de terres, les mortalités
et les destructions font que le seigneur, très souvent,
ne perçoit que de faibles rentes. En contrepartie, les
dépenses augmentent : les seigneurs souvent nobles habitent
dans de belles demeures avec d'élégantes pièces
d'habitation ; l'alimentation et les vêtements coûtent
de plus en plus. Les guerres qui engendrent des rançons
à payer contribuent à la chute des revenus. La
famille des Chalon-Tonnerre qui, dans les années 1420,
avait pris parti pour les Orléans, vit tous ses biens
confisqués par le duc de Bourgogne. Les procès
ponctionnent dans les caisses.
Des seigneurs abandonnent alors leurs réserves et les
louent aux paysans. Ils vivent de leurs rentes. Mais dans l'ensemble,
les réductions des cultures sont peu nombreuses et temporaires
tandis que le blé maintient son pouvoir d'achat. Nous
trouvons même des cas de renforcement du domaine comme
en Toscane, près des villes de Champagne et dans certains
manoirs anglais. Cette réaction seigneuriale fait peser
sur les tenanciers de nouvelles charges : les paysans sont accablés
de taxes et d'amendes. Les cours de justice sont plus actives
en Angleterre et les chartes de coutumes anglaises plus sévères.
La hausse des salaires et la fuite des paysans est freinée.
Des législations contraignantes sont mises en place à
cet effet comme en Angleterre en 1349 et 1351 : interdiction
d'offrir des salaires élevés, contrôle de
l'embauche....
Le fermage se répand à ce moment. "Le maître
cède à un paysan riche, parfois à un petit
seigneur, parfois à un citadin, une part importante de
sa réserve contre un loyer appréciable". Le
contrat prévoit aussi la construction de nouveaux édifices
et la poursuite des défrichements.
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