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Un nord protecteur,un sud radiculariste
Peu d'aficionados et nombres de profanes
Taureau,la souffrance en question
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Espagne: premières victoires!
Les courses de taureaux à la mode espagnole semblent ne s'être jamais aussi bien portées. Nîmes, première ville taurine française, en est la parfaite illustration.Chaque année,sa féria de la Pentecôte met en ébullition la tranquille petite bourgade méridionale.Pourtant nombreux sont les professionnels du "mundillo" qui craignent pour la survie de leur art, "On peut se demander si . ce spectacle,archaïque pour lessentiel,pourra se maintenir dans un monde qui évolue sans cesse..."S'interroge Claude Pelletier,aficionado et ancien chroniqueur taurin à la revue Toros dans son livre L'heure de la corrida (1). Même angoisse chez Jean-Marie Bourret, banderillero du célèbre matador espagnol Enrique Ponce : "Il est à notre époque la corrida devient difficile à éfendre. Peu de gens comprennent qu'il y ait encore des bommes qui se battent avec des taureaux et qui remettent leur vie enjeu.
Comble de l'ironie,c'est en Espagne,berceau de la tauromachie,que l'on assiste aux premières victoires anti-taurines. Alors que les arènes françaises ouvrent gratuitement leurs portes aux enfants de moins de 12 ans, la Catalone espagnole interdit (depuis 1998) aux mineurs de moins de 14 ans d'assister aux corridas.De plus,en l'espace de 10 ans, quatre villes catalanes se sont illustrées en refusant ce genre de manifestation sur leurs terres.Les professionnels de l'arène craignent-ils de voir la France prendre exemple sur son voisin ? Aficionados comme anti-corridas, tous sont d'accord : aucun politicien français ne prendra le risque de légiférer sur la corrida dans l'Hexagone ni dans un sens, ni dans l'autre. "Bien des hommes politiques viennent assister aux corridas,mais pas un n'a le courage électoral de la régulariser",souligne Jean-Marie Bourret. Et Luc Jalabert, papa du jeune torero Bautista, d'enfoncer le clou : 'Aimer la corrida, c'est politiquement incorrect. Ils sont aficionados dans leur fief taurin mais, une fois à Paris, oublient son existence.Et nos hommes politiques sont bien loin de se prononcer en faveur de son interdiction. "Les groupes de pression tauromachiques sont incroyablement puissants.Le jour où la protection animale sera,elle aussi,capable de pesersur une élection, alors les politiques seront peut-être plus attentifs... "déclare le
vétérinaire Ch r i s top h e Guitton, auteur de L'homme et l'animal,de Lascaux à la vache foIle (2).Frilosité politique ? Le phénomène nouveau. Depuis l'apparition de la corrida dans l'hexagone en 1853,un seul maître mot:laisser-faire. En 1951,aprés 100 ans de cache-cache entre aficionados et gouvernement, le législateur offre finalement une dérogation à la corrida. Désormais, les sanctions pénales en cas de mauvais traitement envers un animal domestique, prévues par la loi Grammont de 1850, ne s'appliqueront pas aux courses de taureaux, lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée" (La corrida (3) Eric Baratay et Elizabeth Hardouin-Eugier). En clair, piquer et tuer publiquement un taureau à Arles, c'est une tradition, mais à Paris, c'est un acte de cruauté puni par la loi ! Bel exemple d'incohérence... et preuve que si la corrida est amenée à disparaître, ce ne sera sûrement pas une volonté politique française.

Diminuer le taureau,cest le ridiculiser
Et si la corrida se trouvait remise en question par ceux-là mêmes qui la pratiquent ? Les puristes de la première heure en conviennent, il existe dans le "mundillo" un certain laxisme qui empêche les règles de "l'art" d'être respectées. Une pratique en particulier est dénoncée au sein même de la tauromachie : l'afeitado. Elle consiste à scier les cornes de l'animal pour les raccourcir avant l'entrée dans l'arène.Un taureau "afeité" occasionnerait des blessures moindres. En fait, l'avantage pour l'homme est avant tout physique et technique. Scier les cornes du taureau revient à modifier son sens spatial. "Le taureau a une connaissance précise de ce que sont ses cornes et de là où il va taper", explique Guy Queinnec, ancien professeur de zootechnie à l'école vétérinaire de Toulouse, 'Si on renie la corne, ne serait-ce que d'un ou deux centimètres,il va taper dans le vide et rater son coup.Le truquage au profit de l'homme nef ait aucun doute."La corrida est-elle vraiment ce combat loyal entre l'homme et l'animal,comme ne cessent de le clamer ses défenseurs ? René Chavagneu, exprésident de l'Union Taurine Nîmoise, parle fort et n'hésite pas à heurter la sensibilité de certains aficionados :"Diminuer le taureau,c'est le ridiculiser et je suis très en colère contre les vétérinaires taurins qui ne dénoncent pas l'afeitado.Moi, spectateur,je ne peux pas savoir si les cornes des taureaux sont rognées.Eux, oui.Alors qu'ils fassent leur travail ! Si les règles de l'art ne sont pas respectés,la corrida n'ira pas bien loin. Mais René Chavagneu ne s'arrête pas là.Il dénonce également le laxisme qui règne dans le "mundillo" et fa banalisation de la corrida servie par un public "mal éduqué,connaissant peu le règlement taurin".

Un Nord protecteur,un Sud traditionaliste
La corrida est symptomatique de la relation que l'homme du Sud entretient avec l'animal.Alors qu'au Nord de l'Europe,les pays anglo-saxons restent les champions de la protection animale,le bassin méditerranéen ne lui accorde pas la même place."Autant les gens du Nord, descendants des Celtes,ont une vision d'harmonie avec l'animal,autant la civilisation méditerranéenne, pastoraliste, possède une culture dans laquelle seul le cheval et,à la rigueule lévrier ont une place noble.De tous temps, elle a relégué l'animal dans une tâche subordonnée ou inférieure à celle de l'homme" constate Guy Queinnec,auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.Les courses de taureaux, considérées par leurs plus fidèles partisans comme un art à la gloire du taureau,qui meurt dans l'arène et non à l'abattoir,ne rencontrent aucun succès auprés de nos voisins nordiques et demeurent bien un phénomène du Sud. Phénomène qui, selon Christophe Guitton,est lié à une organisation différente de la société: "Au Sud, c'est la tradition qui prévaut.Peu importe si elle a des côtés barbares"Différence d'organisation sociale, mais également variation religieuse. "Plus la religion on est récente, plus elle est ouverte vers l'animal,explique le Pr Nouet. Les plus sensibles sont les protestants, les juifs et les catholiques étant les moins perméables à la souffrance animale" Notre civilisation judéochrétienne serait-elle donc incapable d'éprouver la moindre compassion à l'égard de nos amies les bêtes ? Difficile de passer outre la sentence biblique: "Le 6e jour,Dieu a créé l'homme à son image et mis les animaux à son service, rappelle le président la LFDA. Et puis ily a l'épisode de Noé où Dieu passe un contrat avec les survivants et dit : "Soyez la crainte et l'effroi de tous les animaux de la terre... ils sont livrés entre vos mains"

Peu d'aficionados et nombre de
profanesHormis les aficionados,censés apprécier l'esthétisme et l'art du spectacle,qui viennent voir le reste des personnes qui remplissent les arènes ? "Il est vrai qu'il y a des gens qui ne viennent que par voyeurisme " reconnaît Jocelyne Pezet-Romieux,adjointe au maire de Nîmes,déléguée aux arènes.Même son de cloche chez Alain Speller, simple aficionado : "Dans l'arène, il y a toutes sortes de personnes.Il y a des aficionados et ily a des tricheurs."Un public venu voir du sang et la mortdu taureau. Choqué que l'on puisse prendre autant de plaisir à voir souffrir un animal,Guy Queinnec ose une explication: "C'est le même désir qui poussait les Romains à assister aux combats de gladiateurs dans les arènes: celui de voir du sang et de sentir la souffrance de l'autre.C'est une perversité sadique qu'il y a dans l'âme humaine depuis la nuit des temps." Selon Robert Piles, les véritables aficionados,ceux qui assistent à près de 50 corridas par an, constituent un quart du public de Nîmes durant les trois férias de février,de Pentecôte et de septembre.La grande majorité est donc composée de spectateurs occasionnels,voyeurs ou simples curieux.Si sous la pression des défenseurs de la protection animale, ce public là déserte les arènes, il y a fort à parier que la corrida n'y résistera pas.Christophe Guitton en est convaincu :"La corrida devrait s'éteindre grâce à l'évolution des mentalites des nouvelles générations du Sud.Au fur et à mesure,la fréquentation des arènes diminuera, il y aura donc moins de manifestations. A Nîmes,Claire Starozinsky s'y emploie depuis 6 ans, date à laquelle elle a créé l'Alliance pour la suppression des corridas.Dans La mort donnée en spectacle (4),elle aborde toutes les zones d'ombre de la tauromachie. Et même la revue taurine Tendido,qui regrette que son livre "comporte bien peu d'erreurs", concède : '..la lutte contre la corrida devenue plus efficace.Bien fait pour nous,qui n'avons pas su balayerà temps devant notre porte
Europe: le salut?
S'il existe réellement un salut pour les taureaux de combat, c'est vers Bruxelles qu' il faut le chercher. Faudra-t-il passer par une interdiction dictée par les membres de l'Union Européenne? Une solution que n'envisage pas Hubert Yonnet,éleveur:"Le taureau de combat est une race à part uniquement destinée aux arènes.La fin de la corrida signifierait la fin de cette race!" Pour Juc Jalabert,la signication est claire:"Si l'Europe s'en mêle,les gens du Sud se révolteront.Quel autre spectacle est capable de déplacer plus de 500 000 personnes? Le taureau est un fédérateur fantastique. personne ne peut y toucher!" Claude Pelletier estime,quant à lui,que l'Union Européenne évitera de se mêler de ce qu'il considère comme "un fait de civilisation incontournable":"Bruxelles aura sans doute la patience d'attendre que "le peuple du taureau" décide de lui-même du moment..." Pourtant, dans une Europe où tout est réglementé,où mon s'intéresse à la condition de l'animal dans les élevages,où se multiplient recommandations et directives quant aux normes de détention des veaux,des porcs ou des poules etc... va-t-on faire l'impasse sur la corrida ? Les pays du Nord, porteurs d'une certaine tradition de protection animales ne seront-ils pas tentés de presser leurs homologues latins pour que le sang cesse de couler dans les arènes ? Jacques Dary, fondateur du CRAC (Comité Réformiste Anti-Corrida) en est convaincu: "La corrida disparaîtra grâce à l'Europe. Les nations du nord voudront en finir.L'Allemagne, I'Angleterre,les Pays-bas,ils ont tous trés puissants et font souvent bouger les choses."Si les aficionados français sont persuadés de la survie de la corrida en Espagne, ils s'inquiètent, en revanche, du sort réservé à leur passion dans l'hexagone. Et beaucoup voient poindre avec inquiétude le spectre de Bruxelles. "Je crois que si problème il y a, il viendra sûrement de l'Europe,confie la torera Patricia Peflen. Je compends que la tauromachie puisse choquer les gens et je crains qu'il n'y ait pas grand monde capable de se mobiliser pour la défendre" Ce qu' il fait dire à Jean-Marie Bourret : 'je ne me fais aucune illusion, je sais que la corrida disparaîtra un jour."
"Le salut viendra de l'Europe"
Médecin biologiste et professeur à la Faculté de Médecine,Jean-Claude Nouet préside depuis 1991 la Ligue française des Droits de l'Animal.
Luc Jalabert, père de torero,déclare que pro et anti-corridas ne peuvent pas communiquer puisqu'ils vivent dans deux mondes différents...
Pr Nouet: C'est comme les croyants et les non-croyants.Un croyant ne convaincra jamais un non-croyant et réciproquement. Par exemple, on a beau démontrer scientifiquement que l'animal souffre, les procorridas répondent: 'Oui, le taureau souffre. Et alors ?"
Qu'est-ce qui vous choque le plus dans la corrida ?
Pr Nouet: Incontestablement, le public. La présence d'un public dans une arène fait partie de la violence exercée sur l'animal.Il existe différentes formes de violence dans notre société: la violence individuelle, prise en compte par le code pénal,et la violence collective acceptée et réglementée par la société. Dans la corrida, il y a la violence individuelle de celui qui est dans l'arène, mais aussi la violence collective d'un public qui se rend complice des exactions exercées sur l'animal.
Comment faire dispararitre cette violence ?
Pr Nouet: Il faut maintenir la pression et l'information. La France est un pays qui ne peut faire de progrès que par la politique des petits pas, surtout en matière de protection animale. D'un point de vue général, la condition animale n'intéresse pas beaucoup les Français. Nous sommes le pays de Descartes, philosophe célèbre pour sa théorie sur la séparation de l'âme et du corps. Toutes les réflexions des aficionados de la corrida qui veulent nous convaincre que le taureau ne souffre pas,c'est du cartésianisme à l'état pur.
Vous n'êtes pas vraiment optimiste quant à un possible arrêt de la corrida ?
Pr Nouet: A court terme non. Mais à long terme, je pense que le salut viendra de l'Europe.Il va bien falloir que les préoccupations de l'Union Européenne dans le domaine de la protection animale s'appliquent aussi à la France et à l'Espagne.Les pays du Nord ne vont pas supporter éternellement que l'Europe du Sud ne se conforme pas aux règles européennes.

Taureau: la souffrance en question
La souffrance du taureau dans l'arène est,de loin, la pierre d'achoppement la plus importante entre les pro et les anticorridas. La majorité des professionnels du milieu taurin affirment que l'animal n'éprouve aucune douleur: "il faut connaître le taureau de combat, il est fait pour se battre et il n'a pas le temps de souffrir,explique Hubert Yonnet, héritier d'une famille d'éleveurs depuis 1859. Plus il prend les piques, plus il en veut. Si on ne l'enlève pas de l'arène, il continue.'Thèse soutenue par René Chavagneu: "Son moteur, c'est l'adrénaline. En Espagne,on dit: bruta bestia. Parce que le taureau se bat, il fait moins attention aux coups qu'il recoit. Et c'est là que le bât blesse. Est-on en droit d'affirmer que parce que l'animal ne tient plus compte de la douleur, il ne souffre pas ? 'Erreur' répond Jean-François Courreau, professeur ,de zootechnie, spécialisé dans les races domestiques à l'école vétérinaire d'Alfort. 'il est vrai que les bovins supportent bien la douleur ils l'oublient partiellement grâce à leur agressivité et au combat qu'ils livrent.Mais cela ne veut pas dire que le taureau ne souffre pas. La douleur est bel et bien présente.'Une souffrance difficile à vérifier puisque l'animal ne peut en témoigner lui-même. Et Christophe Guitton de conclure: 'Dire que le taureau ne souffre pas,c'est remettre en cause toutes les bases physiologiques et tous les travaux de la neurobiologie moderne.Et sans parler de l'aspect psychologique, avec l'affolement délibéré de l'animal...
(1). Ed. Découverte Gallimard
(2). Ed. Belin pour la science
(3). Ed.Que sais-je, Presse Universitaire de France
(4) Dsponible sur commande auprès
de pour la suppression des corridas, BP 85, 30009 Nîmes Cedex Site internet
http://www.anticorri.org