Pour un cours nouveau
dans le mouvement ouvrier et révolutionnaire
Le mouvement ouvrier et plus particulièrement,
en son sein, les organisations, courants et militants marxistes révolutionnaires
qui forment son avant-garde politique, se trouvent aujourd'hui confrontés
à des défis d'une ampleur sans précédent.
D'un côté, les contradictions
du capitalisme sont plus explosives et insolubles que jamais. La domination
capitaliste détruit de façon accélérée
les ressources naturelles de la planète et, depuis la fin du boom
d'après-guerre, enfonce dans la misère et pousse en marge
de la société des centaines de millions d'êtres humains.
D'un autre côté, la classe contemporaine des travailleurs (les salariés exploités dans toute leur hétérogénéité, ainsi que les chômeurs) éprouve de grandes difficultés à faire face à cette situation, car elle se trouve dépourvue des outils théoriques, politiques et organisationnels qui lui permettraient de répondre aux attaques du capital et à la crise même du système. C'est ainsi qu'aux yeux d'un grand nombre de militants d'avant-garde dans le monde, le combat pour le socialisme, pourtant la seule alternative à la barbarie capitaliste, ne représente pas aujourd'hui une option viable.
Un ensemble de facteurs a contribué à cette situation, incluant aussi bien les changements objectifs dans les conditions d'existence de la classe des travailleurs que les conséquences politiques et idéologiques du cours assumé par la lutte de classes au long de ce siècle. Le processus de la mondialisation du capital, d'une part, la chute des régimes de l'Est de l'Europe et de l'ex-URSS, d'autre part, sont les deux plus importantes de ces transformations historiques.
Face à tous ces changements et événements, les organisations révolutionnaires ont montré d'importantes limites dans leur capacité à interpréter la nouvelle réalité et à élaborer des réponses qui permettraient de construire au sein du prolétariat une nouvelle alternative révolutionnaire.
Nous nous trouvons aujourd'hui confrontés au défi de contribuer à l'indispensable recomposition du mouvement des travailleurs, ce qui implique de faire face à la crise qui se développe dans nos propres organisations, y compris celles qui, provenant du trotskysme, sont demeurées fidèles à la classe ouvrière et au marxisme.
Ce sont ces processus, vécus actuellement pas la classe ouvrière et par le mouvement marxiste révolutionnaire, qui déterminent à notre avis la nécessité d'un cours nouveau - et exigent que nous l'ouvrions.
Le processus de la mondialisation du capital
Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, le boom économique impérialiste permit à la bourgeoisie de répandre parmi les travailleurs l'illusion qu'ils pourraient bénéficier, dans le cadre du capitalisme, d'une amélioration constante et pacifique de leurs conditions d'existence. C'était les années de l'Etat-providence, de l'apogée de la social-démocratie et de sa politique de conciliation avec la bourgeoisie, s'appuyant aussi sur le partage du monde organisé entre l'impérialisme nord-américain et la bureaucratie du Kremlin, laquelle garantissait la stabilité au sein de son propre bloc et torpillait les processus révolutionnaires dans le monde entier. Le mouvement ouvrier perdit ainsi, peu à peu, ses meilleures traditions d'internationalisme, d'indépendance de classe et de démocratie interne.
La crise économique du début des années 70 révéla le caractère factice de cette construction idéologique et mit à nouveau en évidence la contradiction historique entre la bourgeoisie et le prolétariat.
En réponse à cette crise, comme à celles qui suivirent dans les années 80 et 90, l'exploitation capitaliste de la planète se transforma, jusqu'à aboutir à une nouvelle phase, définie aujourd'hui sous le nom de mondialisation du capital. Essentiellement caractérisé par la totale liberté de mouvement des capitaux par-delà les frontières, ce processus a pour la classe des travailleurs des conséquences néfastes :
- niveaux alarmants de chômage structurel et aggravation des formes innombrables de précarisation du travail (temps partiel, intérim, sous-traitance, tertiairisation…), à tel point qu'une majorité de travailleurs dans le monde est affectée par l'un ou l'autre de ces phénomènes ;
- exclusion de l'accès à l'emploi pour la jeunesse comme pour les "vieux" travailleurs ; développement des conditions quasi esclavagistes subies par les travailleurs immigrés ; accroissement du travail des enfants, comme de la surexploitation des femmes, soumises à de graves discriminations salariales et d'emploi.
Ces transformations ont contribué à faire en sorte que la classe des travailleurs soit aujourd'hui plus divisée et plus hétérogène qu'auparavant, et à ce qu'elle ne se reconnaisse elle-même en tant que classe que de façon faible et confuse.
Contradictoirement, les classes dominantes sont de moins en moins en condition d'offrir des concessions aux travailleurs et aux secteurs populaires. Elles se trouvent au contraire contraintes d'attaquer systématiquement tous les acquis que le mouvement ouvrier et de masse avait engrangés au fil des années comme résultat de ses luttes. Il en résulte que les politiques "réformistes" appliquées traditionnellement par la social-démocratie, les partis staliniens et les mouvements nationalistes bourgeois, ont pour une part substantielle perdu ce qui constituait leur base matérielle : le fait de s'appuyer sur les mobilisations des travailleurs et des peuples afin de négocier avec la bourgeoisie et l'impérialisme, en échange du statu quo pour le système, quelques améliorations à la situation des masses exploitées. C'est cette réalité objective qui sous-tend le tournant à droite opéré sans exception, depuis près de vingt années, par toutes les directions politiques et syndicales du mouvement ouvrier et de masse, lesquelles ont fini par s'intégrer totalement, ou quasi totalement, à l'Etat bourgeois et aux mécanismes de la domination impérialiste.
La combinaison de ces facteurs produit une situation dans laquelle le mouvement ouvrier traverse une crise d'ampleur historique, qui ne touche pas seulement ses directions, mais aussi ses organisations traditionnelles. D'une part, ces directions et organisations se sont adaptées aux changements structurels impulsés par la bourgeoisie, en devenant des agents de plus en plus directs du capital. Sans parler d'obtenir de nouveaux acquis, elles ne sont même pas capables de préserver ce que les travailleurs ont arraché en presque deux siècles de combats. D'autre part, de larges secteurs de la bourgeoisie s'efforcent de mettre à profit la précarisation et la peur de perdre de son emploi, dans une situation marqué par un chômage de masse, afin de faire disparaître toute organisation syndicale, même bureaucratique et collaborationniste.
Le vieux mouvement ouvrier a ainsi perdu le poids politique qu'il avait gagné par des décennies de lutte, et qui avait été institutionnalisé dans la période de l'après-guerre.
Aujourd'hui, contradictoirement, la dislocation de l'ensemble des conquêtes sociales auparavant garanties par les Etats bourgeois, ainsi que la soumission de toutes les activités économiques aux "lois du marché", mettent en évidence le rôle destructeur du capitalisme. Cela concourt positivement à miner les illusions quant à la possibilité d'obtenir la moindre amélioration dans le cadre du système capitaliste et des frontières nationales. Mais en même temps, le mouvement de masse ne voit pas encore quelles alternatives opposer à ce cours dégénéré et destructeur du capitalisme.
La chute du bloc de l'Est et du stalinisme
La révolution soviétique d'Octobre 1917 a constitué la plus haute manifestation de la capacité de la classe ouvrière à se présenter comme alternative globale à la domination capitaliste mondiale. Cet événement transcendant a ouvert le 20ème siècle et offert une démonstration sans appel de ce que le capitalisme pouvait être renversé. De la même façon, la nécessité et la possibilité de lutter pour le socialisme, compris en tant que contrôle social (non étatique) des moyens de production et de la totalité du pouvoir politique et économique, comme pas préalables indispensables à la disparition de tout Etat et de toute oppression (de classe, de caste, de genre, etc.), se sont installées dans la conscience de millions d'exploités et d'opprimés sur toute la planète.
La stratégie bolchevique de révolution européenne et internationale a cependant été défaite sous le coup des échecs en Allemagne et dans d'autres pays du continent. Sur cette base ont été développées la théorie stalinienne du "socialisme dans un seul pays", puis la coexistence pacifique avec le capitalisme. A l'échec de la révolution européenne s'étaient ajoutés les difficultés de construire le socialisme dans le cadre d'une économie arriérée, l'encerclement politique, économique et militaire auquel l'URSS avait été soumise dès sa naissance, ainsi que les erreurs des révolutionnaires eux-mêmes dans la conduite du premier Etat ouvrier. Tout cela donna lieu au développement et à la consolidation d'une caste bureaucratique qui, dans le cours des événements, s'appropria l'Etat soviétique en expulsant la classe ouvrière du pouvoir. L'Etat ouvrier se transforma ainsi en Etat bureaucratique, dans lequel réapparurent l'exploitation des salariés et l'oppression des minorités nationales, des femmes, de la jeunesse - c'est-à-dire les tares du capitalism********************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************************ées 80), notamment, ne parvinrent pas à renverser la bureaucratie.
Finalement, en 1989-91, confrontés à des difficultés économiques qui paraissent de plus en plus insurmontables, à la contestation croissante de grèves ouvrières et de mouvements nationaux et populaires, les secteurs majoritaires des bureaucraties au pouvoir choisirent, pour sauver leur domination et leurs privilèges, de miser résolument sur la restauration du capitalisme, en même temps qu'ils étaient contraints, au niveau politique, de concéder l'introduction de libertés démocratiques-bourgeoises.
Pour conduire ce changement, ils profitèrent de la confusion régnant dans la conscience de la classe des travailleurs. Celle-ci, du fait de l'action de la bureaucratie elle-même, qui était parvenue à identifier les privilèges et l'oppression totalitaire au socialisme, se retrouva dépourvue de toute perspective socialiste et de toute organisation indépendante. Les membres les plus influents ou habiles de la couche sociale dominante se partagèrent donc la vieille propriété bureaucratique collective et se transformèrent en capitalistes, dans le même temps où ils ouvraient en grand les portes de leurs pays aux investisseurs et spéculateurs occidentaux. Les Etats bureaucratiques devinrent des Etats bourgeois, restaurationnistes du capitalisme.
Cette restauration a évidemment représenté une victoire politique et économique des forces capitalistes-impérialistes.
Victoire politique, parce que bien que le mouvement de masse eut mené en 1989-91 d'importants processus de lutte, l'impérialisme avait réussi à empêcher les travailleurs de s'ériger comme alternative réelle de pouvoir, tant face à la bourgeoisie qu'à la bureaucratie. De ce fait, la bourgeoisie continue d'utiliser ces événements pour affirmer qu'il n'existe aucune alternative au capitalisme.
Et victoire économique aussi, puisque ces pays, sous l'action de la bureaucratie restaurationniste, ont fini par se réintégrer au capitalisme mondial et à ses institutions internationales. Cela permet désormais au capital d'être présent et de bénéficier d'une liberté de mouvement quasi illimitée sur toute la planète.
Cependant, à plus long terme, les événements de 1989-91 apparaîtront comme une victoire de la bourgeoisie pleine de contradictions. En effet, le capitalisme impérialiste s'est débarrassé d'un "adversaire" qui, dans une très large mesure, était aussi son allié. L'appareil international du stalinisme a été pendant près de 70 années le principal acteur contre-révolutionnaire à l'intérieur du mouvement ouvrier. Il a bloqué et dévié nombre de processus révolutionnaires dans le monde capitaliste, en y provoquant d'innombrables et terribles défaites des travailleurs, et a noyé dans le sang les mouvements qui, à l'intérieur de son propre bloc, menaçaient de prendre une direction authentiquement socialiste. La dislocation de l'Etat soviétique a également signifié la disparition de l'une des deux super-puissances qui assuraient l'ordre contre-révolutionnaire dans le monde. Plus important encore, la fin de cet Etat a provoqué une crise considérable de l'idéologie stalinienne qui envenimait le mouvement ouvrier depuis des décennies, ainsi que la disparition du centre bureaucratique international dont les partis communistes étaient des succursales nationales.
La permanence de la lutte de classes
La bourgeoisie mondiale a développé, non sans succès, une intense campagne idéologique dans le but de faire croire que ce qui s'est effondré à l'Est, ce serait le socialisme et le communisme, et qu'il aurait ainsi été démontré qu'il n'y a pas d'alternative au capitalisme. Les effets contre-révolutionnaires du stalinisme continuent ainsi de se manifester, même après sa mort. La combinaison des conséquences dramatiques de la mondialisation du capital et de cette "crise d'alternative" qui s'exprime dans le camp des travailleurs explique pour partie la force nouvelle acquise par des courants ultra-réactionnaires - intégristes, nationalistes ou néofascistes.
En dépit de la propagande impérialiste, les transformations historiques qui se sont produites n'ont cependant pas signifié - comme l'affirmaient les apologistes du système - "la fin de l'histoire". Tout au contraire, l'histoire de l'humanité demeure l'histoire de la lutte de classes, des combats sociaux.
A peine libérées de la barbarie de l'oppression et de l'exploitation bureaucratiques, les masses de l'ex-URSS et des pays de l'Est font actuellement la dure expérience des formes barbares du capitalisme, avec son cortège de chômage, de misère et d'affrontements fratricides. Les classes ouvrières de ces pays, qui ont été atomisées pendant des années sous le talon de fer de leurs bureaucraties, font en ce moment leurs premiers pas dans un chemin qui sera long et difficile, afin de pouvoir commencer à recomposer leur conscience de classe et leurs organisations.
A l'Ouest et au Sud, la chute de ces systèmes (faussement considérés "socialistes") a provoqué un grand désarroi au sein du mouvement ouvrier et de la gauche. La majeure partie des militants et travailleurs d'avant-garde ont été désorientés par la rapidité de la conversion de ces pays à "l'économie de marché", ainsi que par l'absence de toute mobilisation populaire en défense de structures étatiques et socio-économiques qui leur apparaissaient, à tort, comme s'opposant au capitalisme.
Mais en même temps, les germes d'un nouveau mouvement ouvrier, qui recherche encore confusément la voie de son indépendance, sont non seulement apparus mais ont commencé à se développer. Sans doute cette réalité est-elle présente, par exemple, dans les grandes mobilisations qui se sont développées depuis un an en Corée du Sud et aux Etats-Unis, ainsi qu'en France où se combinent le développement de mouvements sociaux combatifs et démocratiques, comportant d'importants éléments d'auto-organisation, l'affirmation d'une avant-garde ouvrière antisystème, notamment dans le cadre de nouvelles organisations syndicales et associatives, la crise d'agonie du Parti communiste et une percée électorale significative de l'extrême-gauche trotskyste. La situation française ne doit pas être surestimée, car les illusions et obstacles y sont encore forts et nombreux, mais comprise comme une indication du type de processus qui se développeront dans la nouvelle période à l'échelle internationale.
Les débuts d'action commune en Europe, à l'occasion des marches contre le chômage ou lors de la mobilisation contre la fermeture de l'usine Renault de Vilvoorde, revêtent, dans le même sens, une grande importance. Une mobilisation telle que la grève des routiers en France a quant à elle entravé le fonctionnement de toute l'économie européenne. Face à la politique des bourgeoisies européennes, unifiée à travers les traités de Maastricht et d'Amsterdam, les conditions tendent donc à se réunir pour que le prolétariat reprenne ses bannières internationalistes. L'élaboration par les travailleurs et la gauche révolutionnaire de réponses politiques globales et unifiées est à l'ordre du jour.
La reconstruction du mouvement des travailleurs et le marxisme révolutionnaire
Les transformations énumérées précédemment déterminent le changement d'époque et de tâches pour le mouvement des travailleurs et le marxisme révolutionnaire.
Dans cette nouvelle époque, l'alternative "socialisme ou barbarie", que Rosa Luxemburg avait posée au début du siècle et dont la validité a été vérifiée en de multiples occasions, s'avère non seulement actuelle mais revêt pour l'ensemble de l'humanité sa pleine signification, immédiate et historique, particulière et globale. A la réalité quotidienne de l'exploitation des travailleurs, de la marginalisation d'un tiers de l'humanité qui ne peut même plus accéder au travail, à l'oppression et aux guerres, à la crise écologique planétaire et à la menace persistante des armes de destruction massive, s'ajoute la perspective d'une régression permanente des conditions d'existence de la grande majorité de la population mondiale, processus que seule l'abolition du système capitaliste serait à même de stopper et d'inverser.
Alors qu'un cycle historique a pris fin, le mouvement marxiste est ainsi confronté aux tâches de sa reconstruction globale.
Il lui faut en premier lieu réactualiser et réélaborer les outils théoriques qui permettront à la classe des travailleurs de se constituer en sujet réel de la transformation révolutionnaire. Il s'agit d'une condition nécessaire afin de dépasser des décennies de déformations et de mener à bien les indispensables changements dans la conscience, l'organisation et la direction du mouvement des travailleurs, aux niveaux politique comme syndical, associatif et culturel.
Il faut reconstruire une théorie du socialisme. Celui-ci ne peut définitivement plus être confondu avec l'étatisme. Nous sommes pour la propriété sociale des moyens de production, pour le contrôle par la majorité de la société, avec à sa tête la classe des travailleurs, de l'ensemble des ressources de l'économie et de la totalité du pouvoir politique et social. Nous sommes pour la démocratie directe des travailleurs auto-organisés, nous refusons la dictature du parti unique comme tout substitutisme par rapport à la classe des travailleurs. Nous sommes pour disparition de tout Etat et la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme.
Pour atteindre ces objectifs, le mouvement ouvrier et de masse a besoin de nouvelles organisations, qui soient capables d'unir dans un combat commun l'ensemble des travailleurs, quel que soit leur statut et leur situation, qu'ils soient en activité ou au chômage.
Des organisations qui interviennent sur l'ensemble des terrains de lutte (mobilisations pour le droit au logement, le droit au travail, les droits des immigrés, des femmes, etc.) et au sein desquelles disparaisse toute frontière corporatiste, xénophobe ou sexiste ; qui soient à même de développer une politique internationaliste en termes de mobilisation et de programme, à la hauteur de "l'internationalisme" dont savent faire preuve les multinationales et le capital financier ; qui soient indépendantes des institutions de l'Etat national bourgeois et ne fassent confiance qu'à l'action des travailleurs auto-organisés et autodéterminés dans la lutte.
Des organisations, enfin, qui soient la propriété collective effective de leurs membres, qui tirent les leçons de la dégénérescence bureaucratique du vieux mouvement ouvrier et, par conséquent, fonctionnent sur la base de la démocratie directe : participation et contrôle permanent de la base, élection et révocabilité des responsables, absence de tout privilège lié à la fonction, etc.
Pourquoi Cours Nouveau ?
A travers l'édition (en espagnol et en français) de Cours Nouveau, nous entendons contribuer activement au débat qui commence à se développer à l'échelle internationale entre différentes organisations politiques et une série d'intellectuels marxistes révolutionnaires. Nous sommes conscients que la réactualisation théorique et programmatique dont notre mouvement a un besoin impératif ne progressera qu'à travers une discussion associant différentes forces du camp révolutionnaire, provenant d'expériences et de processus d'élaboration très divers, mais qui s'efforceront de dépasser les cadres étroits de leurs organisations nationales, en ouvrant entre elles un dialogue respectueux, ouvert et loyal. Seul un tel processus permettra d'affronter avec succès les nouveaux défis et les nouvelles tâches que la réalité nous impose.
Pour cela, il est également indispensable de suivre un cours nouveau dans nos méthodes de construction et de collaboration, en enterrant des décennies d'intolérance, de divisions et d'exclusions au sein de nos organisations - tous procédés qui continuent aujourd'hui à saper nombre de forces révolutionnaires.
Les marxistes révolutionnaires ont pour tâche de favoriser le développement des processus de lutte et d'organisation de la nouvelle classe ouvrière, en intervenant dans les mouvements syndicaux, associatifs ou politiques qui surgissent, en éclairant à chaque pas l'avant-garde et les masses quant aux tâches à mettre en avant dans la lutte contre le capital et ses agents, et en menant une action permanente de défense et de diffusion des idées et de la perspective révolutionnaires socialistes. C'est à travers cette activité globale, et de façon étroitement liée aux avancées qui se produiront dans la reconstruction du mouvement des travailleurs, que les organisations révolutionnaires parviendront à assimiler et intégrer les expériences et combats de la nouvelle classe des travailleurs, en même temps qu'ils contribueront positivement à son émancipation et à son autodétermination. Un tel objectif impose de rompre résolument avec toutes les vieilles conceptions et pratiques d'appareils, paternalistes et substitutistes, au sein du mouvement de masse.
Cours Nouveau entend également contribuer, dans toute la mesure de ses forces et possibilités, au nécessaire processus de regroupement international des marxistes révolutionnaires. Celui-ci ne pourra résulter que de la conjonction d'efforts conscients de rénovation sur les terrains de la théorie, du programme et des méthodes de construction, ainsi que de la capacité à placer ses efforts au service de la reconstruction mondiale du mouvement des travailleurs et d'une nouvelle organisation socialiste révolutionnaire internationale.
__________________
Nous sommes issus de la Ligue internationale des travailleurs - IV° Internationale (LIT)
Les organisations et militants à l'initiative de Cours Nouveau sont issus de la Ligue Internationale des Travailleurs (LIT), fondée en 1982 et qui avait pour l'essentiel ses racines dans le groupe constitué en 1943, en Argentine, par Nahuel Moreno (décédé en 1987).
L'organisation internationale formée en 1982 n'avait jamais prétendu incarner la IV° Internationale. Dans ses bases de fondation, elle affirmait à l'inverse lutter afin de construire avec d'autres secteurs du marxisme révolutionnaire une organisation internationale révolutionnaire, dans laquelle nous, trotskystes, nous retrouverions probablement en minorité.
La base organisationnelle fondamentale de la LIT était constituée par une importante structure de cadres en Argentine (PST), qui avait pu se maintenir malgré les persécutions ayant coûté la vie de plus de 100 militants et conduit tant d'autres dans les prisons de la sinistre dictature qui s'était emparée du pouvoir en 1976. Après la chute de la dictature, survenue en 1982, le PST fit face aux tâches nouvelles en construisant une forte organisation - le MAS, Mouvement vers le Socialisme - qui gagna une influence certaine dans l'avant-garde, s'implanta dans un grand nombre d'entreprises, notamment les plus importantes, s'avéra capable de réunir des dizaines de milliers de militants et adhérents dans ses meetings et manifestations, et obtint en outre une représentation parlementaire.
Principalement implantée en Amérique Latine (avec une présence importante au Brésil), la LIT disposait également de noyaux solides dans quelques pays européens - surtout l'Espagne, mais aussi le Portugal et la France.
La crise du MAS et de la LIT a éclaté au début des années 90. Elle a principalement résulté du choc frontal qui s'est alors produit entre une série de conceptions (théoriques, programmatiques, politiques et organisationnelles) que nous défendions, et la réalité de la nouvelle situation mondiale qui avait commencé à germer au milieu des années 70. Le tournant opéré par le capitalisme avec le lancement des politiques "néolibérales" avait pour l'essentiel échappé à la compréhension de la LIT, de même que la gravité des défaites que la classe des travailleurs commençait à subir (Grande-Bretagne, révolution centre-américaine, Bolivie, etc.).
Alors que l'impérialisme et les différentes bourgeoisies reprenaient globalement l'offensive, la LIT maintenait sa caractérisation selon laquelle il y avait une situation révolutionnaire mondiale. Les importants processus de lutte qui se développaient à la même époque en Amérique Latine, de même que les succès obtenus dans ce cadre par certaines organisations de la LIT, renforçaient la caractérisation d'une crise sans issue du capitalisme mondial, en même temps qu'ils conduisaient à sous-estimer les problèmes auxquels la classe des travailleurs était confrontée, tant au niveau de sa conscience que de ses organisations, pour assumer ses tâches révolutionnaires.
Ainsi, lorsque se sont produits les événements de l'Est européen, ceux-ci furent caractérisés comme marquant le début de la "révolution politique" qui avait été pronostiquée par Trotsky, ainsi que par Moreno, processus dans le cadre duquel, après le renversement du pouvoir bureaucratique stalinien, les travailleurs entreprendraient la construction de leur propre pouvoir, dans la voie du socialisme. L'ensemble de ces analyses conduisit la LIT a estimer que dans la nouvelle étape qui s'ouvrait, la révolution socialiste était à l'ordre du jour, particulièrement dans le cône sud de l'Amérique Latine, et plus précisément encore en Argentine, là où les trotskystes se développaient en nombre et en influence. Cette orientation impliqua l'ensemble des organisations de la LIT, dont une bonne part de l'activité tourna alors autour d'un soutien pratique, y compris financier, à cette fausse perspective.
Les pronostics commencèrent donc à se heurter au mur de la réalité. La restauration du capitalisme s'imposait dans les pays de l'Est, tandis qu'en Argentine, à partir de l'installation du gouvernement péroniste de Menem, la classe des travailleurs dut faire face à une violente contre-offensive bourgeoise et impérialiste, qui infligea au mouvement de masse des défaites importantes sur le terrain économique comme politique, parvenant à le faire reculer qualitativement par rapport à la période antérieure (1982-89).
Sur la base de ces processus, un fort débat commença à se développer dans les rangs de la LIT. Malheureusement, nous ne fûmes pas capables d'élaborer des réponses théoriques et politiques adaptées à la nouvelle réalité mondiale, ni ne sûmes trouver les mécanismes permettant de mener un débat fraternel et sérieux, qui aurait permis de détecter les raisons de fond de la crise qui se développait dans nos rangs. La constitution de tendances et fractions dans les sections nationales et à l'échelle internationale déboucha sur une suite de ruptures, non sous la forme d'exclusions, mais de différentes scissions. La plus grave d'entre elles se produisit en 1992, lorsque la majorité des membres de la vieille direction du MAS, mise en minorité dans le MAS et dans la LIT, décida de rompre et de constituer une nouvelle organisation, au niveau national (MST) et international (UIT).
En 1993, au cours du débat préparatoire au V° Congrès mondial de la LIT, différentes tendances se constituèrent, parmi lesquelles Cours Nouveau, dont furent membres ceux qui intègrent aujourd'hui le conseil de rédaction de la revue qui porte le même nom.
En tant que tendance, nous fîmes dès le début des efforts afin de commencer à apporter des réponses de fond à la crise dans laquelle l'organisation se débattait. Contre la majorité de la direction de la LIT, nous affirmions que les pays de l'Est évoluaient vers la restauration du capitalisme, et soulignions également qu'il en résultait une crise profonde des organisations marxistes révolutionnaires, y compris trotskystes, à l'échelle internationale. Ces organisations étaient traversées par de graves contradictions et problèmes de bilan, mais ne parvenaient pas à donner une explication marxiste des nouveaux phénomènes qui, dans une plus ou moins large mesure, démentaient leurs théories et pronostics.
C'est pourquoi nous défendions la nécessité, tant pour notre organisation que pour l'ensemble du mouvement marxiste révolutionnaire et trotskyste, d'une profonde réélaboration théorique et programmatique, d'un réarmement pour nous permettre de répondre à la nouvelle réalité mondiale.
En cinq années, nous avons apporté au sein de la LIT différentes élaborations. Parmi elles, un travail critique de la catégorie "d'Etat ouvrier dégénéré" que Trotsky soutenait pour l'ex-URSS, et des conséquences programmatiques et politiques que cette analyse avait entraînée pour le mouvement trotskyste lui-même. Egalement, des travaux sur la nouvelle phase du capitalisme mondial, et sur d'autres thèmes. Nous avons soutenu qu'il nous fallait nous doter d'un nouveau projet de construction, en effectuant un bilan critique - théorique, programmatique et organisationnel - de notre courant et du mouvement trotskyste, tout en ouvrant un débat public et sain avec d'autres organisations du marxisme révolutionnaire dans le but de trouver les réponses théoriques, programmatiques et de construction dont nous avions besoin.
Mais loin de répondre à cette nécessité, la majorité de la direction de la LIT "décida" qu'il n'était nul besoin de réarmement ni de bilan. Dogmatiquement, elle affirma et réaffirma que tout avait été dit par Trotsky et les premiers congrès de la III° Internationale, et que ceux qui avançaient la nécessité de bilans et de réponses nouvelles étaient "révisionnistes" et "liquidateurs" de la LIT et de ses organisations.
Ceux qui éditent Cours Nouveau représentaient près de 40 % des forces organisées dans la LIT au moment de son VI° Congrès (décembre 1997). Lors de ce congrès, le MAS et les militants de l'ex-LST (aujourd'hui membres de VdT) furent exclus, et ces exclusions furent ratifiées au cours de la réunion de mai 1998 du Comité exécutif international. Par la suite, des militants et cadres de l'organisation brésilienne (PSTU), qui avaient certains accords politiques avec les militants argentins et français, furent également exclus. En outre, les sections d'Uruguay et du Venezuela se virent enjointes de se plier au "centralisme démocratique". Ainsi, du fait de l'action de ses actuels dirigeants, la Ligue internationale des travailleurs ne fut pas à même de surmonter la crise ouverte dans ses rangs en 1989-90. Au contraire, le IV° Congrès mondial et les comités exécutifs internationaux qui ont suivi, en consommant les processus d'exclusion, ont terminé d'enterrer toute possibilité de recomposition en son sein.
A partir de Cours Nouveau, nous entendons - comme cela est affirmé dans le texte précédent - contribuer de toutes nos forces au nécessaire processus de regroupement international des marxistes révolutionnaires, qui ne pourra résulter que de la conjonction des efforts qui seront destinés, à partir de l'intervention au sein du mouvement des travailleurs, à rénover la théorie, le programme et les méthodes de construction du marxisme révolutionnaire, vers une nouvelle organisation révolutionnaire et socialiste mondiale.
____________________
Autre sites:
World
March of Women - 2000 - Why a march
Sans papiers
Voix des travailleurs
Lcr-rouge.org