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Voici les sommaires et présentations des trois derniers numéros parus depuis le début de l'année et du prochain devant sortir en septembre 1999.

Un important congrès international consacré à l'œuvre de Sándor Ferenczi et ses répercussions sur la psychanalyse contemporaine s'est tenu à Madrid, du 6 au 8 mars 1998. Le congrès était organisé par l'Association Psychanalytique de Madrid et par la Société Sándor Ferenczi, en association avec l'Association Internationale d'Histoire de la Psychanalyse, la Fédération Européenne de Psychanalyse, l'Association Psychanalytique Hongroise et l'Institut Sándor Ferenczi de New York. Le Coq-Héron a publié un certain nombre de ces textes dans les Numéros 154 et 155.


Le Coq-Héron N° 154, Février 1999, 134 pages

"FERENCZI ET LA PSYCHANALYSE CONTEMPORAINE" - TOME I - Congrès de Madrid, Mars 1998

SOMMAIRE
Présentation, p3
Contribution de Ferenczi au concept de contre-transfert (L. Martin Cabré), p6
La Métapsychologie chez Ferenczi (José Jimenez Avello), p17
Débats de 1924 autour de Rank et les origines de la psychanalyse herméneutique (A. Bókay), p26
Notion de trauma selon Ferenczi et recherche psychanalytique ultérieure (J. Dupont), p42
Entre Freud et Ferenczi : le " trauma ", (T. Bokanowski), p53
L'allégation de Jones, sur la détérioration mentale de Ferenczi (C. Bonomi), p59
A propos de Nicolas Rand et Maria Torok sur le traumatisme (C. Sopena), p68
Sándor Ferenczi et Frieda Fromm-Reichmann (Ann Louise Silver), p73
Douze concepts ferencziens dans le traitement des abus sexuels précoces (P. Sabourin), p81
Balint entre Freud et Ferenczi (Michelle Moreau-Ricaud), p94
Penser aux lettres (Luiz Eduardo Prado de Oliveira), p103
Le Coq International (Luiz Eduardo Prado de Oliveira), p121
 
 

Notes de lecture

Apprivoiser les maladies de bébé de S. Rubin (J.J. Pailler), p131
Une existence tranquille de Kenzaburo Oe (S. Gerber), p132
 

DETAILS DES ARTICLES

" La contribution de Ferenczi au concept de contre-transfert ", de Martin Cabré, où l'auteur montre comment ce phénomène, considéré par Freud comme un inconvénient à maîtriser, est devenu, avec et à partir de Ferenczi un outil de travail en psychanalyse.

José Jimenez Avello, dans " La métapsychologie chez Ferenczi - pulsion de mort ou passion de mort ", poursuit la réflexion commencée dans son article " Au-delà de la pulsion de mort " que nous avons publié dans le n° 149 du Coq-Héron qui préparait ce congrès : Ferenczi à Madrid .

Antal Bókay étudie les débats et conflits dans le Mouvement psychanalytique dans " Nouvelle donne pour la psychanalyse - Les débats de 1924 autour de Rank et les origines de la psychanalyse herméneutique ". Judith Dupont examine la notion de trauma selon Ferenczi et ses effets sur la recherche psychanalytique ultérieure, notamment chez Michael Balint, Nicolas Abraham et Maria Torok, ainsi que chez Leonard Schengold.

Thierry Bokanowski réagit au travail de Judith Dupont en développant ses propres vues sur la question, dans " Entre Freud et Ferenczi - le trauma ".

Carlos Sopena, dans son article " A propos de Nicolas Rand et Maria Torok sur le traumatisme ", résume l'étude que font ces deux auteurs des travaux de Ferenczi sur le trauma.

" Les allégations de Jones concernant la détérioration mentale de Ferenczi - une réévaluation " par Carlo Bonomi, reprend l'histoire du mythe de la folie de Ferenczi, répandu par Jones dans le tome III de sa biographie de Freud, pour montrer, preuves à l'appui, l'absence totale de fondement de ces assertions.

Anne-Louise Silver décrit les relations entre Ferenczi et Frieda Fromm-Reichmann.

Pierre Sabourin donne la liste de " Douze concepts ferencziens incontournables dans le cadre du traitement psychanalytique des abus sexuels ".

Enfin Michelle Moreau Ricaud s'intéresse au problème de la régression, notion particulièrement importante dans la démarche tant de Ferenczi que de son élève et continuateur, Michael Balint, dans son article " Balint entre Freud et Ferenczi. La régression comme exemple de double filiation théorique "

Cette publication s'intègre dans un projet plus vaste, conçu par trois participants du congrès. Carlo Bonomi de la revue anglophone International Forum of Psycho-Analysis, Mechthild Zeul de la revue allemande Psyche et Judith Dupont du Coq-Héron. Le choix des textes a été effectué conjointement par les trois revues, avec quelques différences tenant compte des intérêts particuliers de leurs lecteurs.

 

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Le Coq-Héron N° 155, Avril 1999, 102 pages

"FERENCZI ET LA PSYCHANALYSE CONTEMPORAINE" - TOME II - Congrès de Madrid, Mars 1998

SOMMAIRE

II

Présentation, p3
Michael Balint, continuateur de l'œuvre de Ferenczi (André Haynal), p5
Remarques sur la théorie de la féminité chez Ferenczi (Mechthild Zeul), p14
Renaissance d'Orpha : Pour une reconnaissance d'E.Severn (Nancy A.Smith), p28
Le COQ joue, p36
Ferenczi, la régression et la honte (Benjamin - Kilborne), p37
L'organe Ventriloque, Transfert de pensée et paroles d'organe (Roland Gori), p43
La maîtrise du contre-transfert ou le Labyrinthe du Minotaure. (Pedro J. Boschàn), p51
Succès tragique de la.psychanalyse européenne. L'École de Budapest (J. Mészàros), p59
L'acceptation par la communauté analytique des affirmations de Jones concernant la santé mentale de Ferenczi (J. Dupont), p69
Deuxième partie
Anthropologie et psychanalyse : La rôtie (Bernard Defrenet), p79
Notes de lecture
La schizophrénie, processus humain, Harry Stack Sullivan (L. E. Prado de Oliveira), p90
Psychoses I, II et III, Monographies de la Revue Française de Psychanalyse (L. E. Prado de Oliveira), p95
Étrangetés radicales et folies ordinaires, C. Cachard (Ghislain Lévy), p97
Le sujet emprunté, G. Benedetti, (L. E. Prado de Oliveira), p99
Le Coq International (L. E. Prado de Oliveira), p100
 
 

 

 

DETAILS DES ARTICLES

André Haynal nous montre comment Michael Balint, penseur original certes, a aussi, par ailleurs, continué à développer les idées de son analyste, maître et ami Sándor Ferenczi. Comme celui-ci, il s'est intéressé aux problèmes de la régression, du contre-transfert, et à l'intérêt thérapeutique de ces deux phénomènes. Il a introduit quelques notions nouvelles, tel l'amour primaire ou le renouveau (new beginning). Il a également cherché le moyen de mettre les découvertes de la psychanalyse au service des médecins généralistes, une idée que Ferenczi avait commencé à soulever. les " groupes Balint " créés à cet effet sont désormais bien connus. Haynal évoque également la controverse historique entre Freud et Ferenczi, qui a assombri les dernières années de leur amitié, sans pourtant la briser. Balint est certainement un des meilleurs analystes des causes et des effets de cette controverse.

Mechthild Zeul étudie la théorie de la féminité chez Ferenczi, ses liens avec la position "constructiviste" de Freud à ce sujet, ses rapports intimes avec les spéculations phylogénétiques personnelles de Ferenczi. L'auteur souligne l'importance des positions de Ferenczi sur l'universalité de la "tendance à la régression maternelle" et son rôle déterminant dans la sexualité génitale. Ferenczi postule que l'absence d'un pénis "réel" chez la femme appelle dans le développement féminin tout une série de motions régressives et de renoncements, un passage de 1'urétralité à l'analité (c'est à dire de l'activité à la passivité), 1"'abandon" du clitoris au profit du vagin, et un investissement narcissique secondaire de tout le corps. L'auteur critique la position de Ferenczi, réduisant la femme à sa fonction de "mère", et compare cette position avec les théories de la féminité récemment élaborées par deux psychanalystes françaises, qui rejoignent Ferenczi sur ce point. L'auteur présente ensuite sa propre position sur l'établissement d'une théorie de la féminité. Elle situe les thèses qu'elle avance dans le cadre des tensions existant entre la théorie de la féminité selon Ferenczi, insatisfaisante en tant qu'elle montre une condition féminine "défectueuse", et sa tentative courageuse et louable de donner à la métapsychologie freudienne un fondement biologique.

Nancy Smith présente Elisabeth Severn, la célèbre élève et patiente de Ferenczi, et nous montre qu'elle mérite aussi d'être connue pour elle-même. L'auteur nous montre, en analysant les trois ouvrages publiés par Severn, les effets de sa cure avec Ferenczi, bien que sa thérapie ait été interrompue par la maladie et la mort de celui-ci.

Benjamin Kilborne propose le résumé suivant de son article : "Mes commentaires rapides se divisent en trois parties librement assemblées. La première porte sur le concept de régression. La deuxième, sur le débat concernant la place de la gratification et de l'abstinence dans le contrôle de la profondeur de la régression, et dans la perlaboration de la honte nécessairement provoquée par la régression. La troisième, enfin, traite de la relation entre le trauma, la régression et la honte dans l'œuvre de Ferenczi, ainsi que de la blessure narcissique/de honte provoquée par son désaccord avec Freud et les allégations ultérieures de Jones et d'autres au sujet du délire paranoïaque de Ferenczi et de ses troubles psychotiques".

La position adoptée par Roland Gori par rapport à l'œuvre ferenczienne diffère sensiblement de celle des autres auteurs qui ont participé au colloque de Madrid. C'est certainement celui qui se montre le plus critique à l'égard des idées de Ferenczi. Il oppose l'inconscient tel que le conçoit Ferenczi, à l'inconscient selon Freud, en insistant sur la tendance de Ferenczi à biologiser la psychanalyse. Cet article, soigneusement argumenté, fera réfléchir et donnera lieu à de nombreuses discussions.

Pedro Boschán résume son intervention de la façon suivante : " Cet article porte sur la modification fondamentale introduite par Ferenczi en 1919 lorsqu'il a proposé l'utilisation du contre-transfert en tant qu'instrument de travail. Cela correspond à une remise en cause radicale du concept de neutralité analytique: on parvient à la maîtrise du contre-transfert en acceptant celui-ci et en surmontant les résistances qu'il suscite, ce qui exige un engagement très intense de l'analyste, diamétralement opposé à l'analyste vu comme chirurgien ou miroir ". L'article analyse les implications de cette position pour la psychanalyse, il place ces concepts dans le contexte scientifique et personnel où l'article a été écrit puis suit les développements ultérieurs de ces idées dans l'œuvre de Ferenczi, ainsi que dans celles de quelques autres auteurs. Il commente ensuite les conséquences que ces idées ont eu sur le mouvement psychanalytique. L'article contient enfin quelques considérations relatives à l'utilisation actuelle du contre-transfert dans le travail clinique, suivies du bref exposé de deux cas qui les éclairent.

Judith Mészáros esquisse le développement de la psychanalyse en Hongrie. Ce pays où l'intérêt pour la psychanalyse a été parmi les plus précoces, où tout un génération de psychanalystes de premier plan a pu se développer, a vu l'interruption brutale de cette évolution par les lois anti-juives, la guerre, la shoah, le régime communiste. Les analystes hongrois ont émigré en masse et sont allés enrichir le groupes analytiques anglais, français, américains, australiens, et autres. D'autres ont péri du fait du nazisme. L'auteur fait le bilan de ces événements tragiques.

Judith Dupont cherche à analyser pourquoi les allégations de Jones concernant 1a soi-disant maladie mentale de Ferenczi ont été si facilement acceptées par la quasi totalité de la communauté analytique. En effet, les affirmations sans preuve de Jones ont balayé tous les démentis appuyés sur des preuves irréfutables de témoins oculaires. Il a fallu cinq ans pour que l'œuvre de Ferenczi surmonte cette sorte de meurtre moral et soit de nouveau publiée, lue et appréciée à sa juste valeur. Le phénomène mérite d'être étudié.

Dans une deuxième partie, indépendamment du congrès de Madrid mais toujours en rapport avec Ferenczi, le N° 155 présente une étude de Bernard Defrenet qu'on pourrait qualifier d'éthno-psychanalytique. Appuyé sur la notion d'amphimixie introduite par Ferenczi il analyse une coutume répandue dans diverses provinces françaises à l'occasion de la célébration des mariages.

Nos habituelles notes de lecture terminent le Journal.

 

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Le Coq-Héron N° 156, Juin 1999, 110 pages

"LA FOI QUI GUERIT" - Journée d'études de Propédeutique à la connaissance de l'Inconscient

SOMMAIRE

I

La foi qui guérit (Jean-Martin Charcot, 1892), p1
Présentation de la Journée d'Étude " La foi qui guérit, un défi à la psychanalyse " (Gérard Bonnet), p11
Ce que le magnétiseur nous a appris (Jean-Pierre Peter), p14
Discussion avec G. Botitiel, B. Marleau-Clérin, W. Gauthier, J. Postel, J. Carroy, p24
La foi qui guérit : à propos du texte de Charcot (Jacqueline Carroy), p30
Discussion avec G. Bonnet, M. Bonduelle, JP. Peter, p35
Le cas Françoise Dolto (Gérard Séverin), p38
A propos de Guérir avec Freud, de S. Nacht (Nicole Fabre), p42
Discussion avec G. Séverin, D. Brunschvig, Hélène Salez, p49
Croyance et/ou Théorie (Gérard Bonnet), p53
Discussion avec M. L. Piéron, G. Séverin, J. Postel, p60
II
La part de Dieu (Francis Martens), p65
Du fantasme de la mère à la folie du fils : Le cas Surin (Nicole de Grox), p72
Wo die Angst war, soll das Ich werden (Olga Chaverneff), p87
La demande d'immortalité : entretien par Olga Chaverneff, p92
La théorie freudienne en Chine (Jacques Seurre), p97
III : Notes de lecture
Le Mouvement Psychanalytique, Revue des revues Freudienne N°l, 1998 (Luiz Eduardo Prado de Oliveira), p107
Les Lettres de la Société de Psychanalyse Freudienne (Luiz Eduardo Prado de Oliveira), p109
 

DETAILS DES ARTICLES

Dans la première partie de ce numéro, le Coq-Héron propose les interventions de la Journée d'Etude du 5 Octobre 1996 organisée par l'Ecole de Propédeutique à la Connaissance de l'inconscient, journée intitulée, d'après Charcot : " La foi qui guérit ".

Les textes de ces interventions sont regroupés autour de l'article de Jean-Martin Charcot, paru sous ce titre, en 1892. Ces textes montrent de diverses manières comment, dans les cas d'hystérie mais aussi dans d'autres circonstances, la foi peut conduire à un résultat qu'il est intéressant de mettre en rapport avec celui d'une psychanalyse. On peut se demander d'ailleurs si la foi ne correspond pas à une forme de transfert, comme le suggérait ce mécréant de Sigmund Freud.

Dans une deuxième partie, les textes de cette Journée sont suivis par un article de Francis Martens, illustrant une manifestation africaine de ce thème.

Nicole de Grox étudie et analyse ensuite le cas de l'Abbé Surin, qui s'est fait connaître à l'occasion des phénomènes de possession chez les Carmélites de Loudun et qui a intéressé, il y a un certain temps, Michel de Certeau.

Puis, Olga Chaverneff, qui travaille au Service des maladies infectieuses et tropicales à l'Hôpital Saint-Antoine et, à ce titre, s'occupe de personnes atteintes du sida, nous montre que la foi ne guérit, hélas, pas toujours. Mais que la confiance, un transfert solidement établi, peut être d'un grand secours pour ces personnes qui se savent atteintes d'une maladie encore incurable, voire peut agir sur leurs symptômes et prolonger leur vie.

Enfin, Jacques Seurre nous donne un aperçu de la difficile introduction de la psychanalyse en Chine, un pays à la culture si différente de la culture germanique européenne dans laquelle naquit la psychanalyse. Un cas clinique vient illustrer quelle sorte de foi préside à la guérison en Chine.

 

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Le Coq-Héron, n° 158, septembre 1999 .

"FAMILLE D'ORIGINE, FAMILLES D'ACCUEIL"

Préface de S. Gerber et A. Raffy

C'est avec plusieurs voix que le Coq Héron parlera du placement en famille d'accueil : juridique, anthropologique, psychanalytique, psychologique, "psychopédiatrique", voire littéraire. Cet ensemble polyphonique sera parfois dissonant, les propos engagés tenus par les auteurs, ne jouant pas nécessairement la même partition.

Le placement d'une personne en famille d'accueil - enfant comme adulte - ne laisse jamais indifférent. Il pose une série de questions cruciales dépassant le thème initial : Qu'est-ce qu'une famille ? Un lien familial ? Une fonction parentale ? Qu'est-ce que l'intérêt de l'enfant ? Existe-t-il une compétence certaine ou une incapacité définitive à soutenir une position parentale ? Tandis que des questions plus spécifiques se posent aussi : Qu'est-ce qu'un placement réussi ? Quelle légitimité avons-nous à demander ou même à souhaiter un placement ?

Appelés à un titre professionnel ou à un autre, à intervenir dans une situation de placement potentiel ou réalisé, nous sommes subjectivement acculés à prendre position avec nos questions restées en suspens, notre propre roman familial et nos idéaux. A l'heure où la crise sociale actuelle touche à la déliquescence de la fonction paternelle et à ce qu'Irène Théry appelle le malaise dans la filiation, notre sujet se trouve en décalage apparent, puisque c'est le maternel qui sera évoqué ici. En effet, le placement est toujours "maternel", même si par exception c'est un homme qui assume ce travail (il sera qualifié d'assistant maternel).

Mais peut-être sommes-nous surtout pris dans un présupposé théorique : il y aurait d'abord le maternant, puis viendrait la structure avec la loi du père. C'est évidemment une vue de l'esprit, car autant qu'un "désaccordage" affectif ou qu'une "carence d'amour maternel", c'est la référence à la loi, voire aux règles les plus élémentaires du quotidien qui s'avèrent problématiques chez les parents d'origine.

- Anne Cadoret a déjà eu la bonne idée de pencher son regard ethnologique sur les us, coutumes et règlements des placements en famille d'accueil dans le Morvan (observation mise en annexe). Dans un article original, elle revient ici sur la définition de la famille, composée d'une filiation sociale généralement associée à un lien biologique, et d'une pratique de la vie quotidienne accompagnant le passage de la naissance à la mort. C'est par ce dernier point qu'elle légitimera la place et restituera l'importance pour l'enfant, de la vie familiale en placement. Elle montre qu'au bagage narcissique de la famille d'origine, s'ajoute celui acquis par l'enfant dans sa famille d'accueil. Alors que l'on évoque de plus en plus la parentalité comme un métier, les familles d'accueil sont promues ici comme participant à la parentalité, car "la résidence constitue l'une des entrées créatrices de la parentalité."

- Josiane Bigot souligne la mission législative du juge des enfants : sa décision de retrait de la famille doit être prise en référence au danger encouru par l'enfant. De même, la décision d'un retour au foyer, repose exclusivement sur l'évaluation d'une absence d'élément de danger. Mme Bigot s'inquiète des risques d'exclusion du jeune placé, et d'un droit parental trop souvent bafoué ; d'où sa proposition d'une prise en charge plus adaptée des jeunes en déshérence. Sa position se situe dans le droit fil de la loi, car le Code Civil précise que l'assistance éducative décidée par le juge des enfants "doit toujours s'efforcer de recueillir l'adhésion de la famille à la mesure envisagée" (Loi du 4 juin 1970, article 375-1).

- A l'inverse, Dominique Fua décrit la violence contraignante consistant à exiger de parents défaillants, d'assurer une fonction qu'ils sont incapables de tenir. Quant aux soignants, leur culpabilité œdipienne les enfermerait dans une "idéologie du lien", à savoir, "le fantasme que tout lien est préférable à une séparation." Ces projections défensives des soignants provoquent un "mouvement institutionnel pervers", empêchant l'abandon et l'adoption des enfants retirés à leur famille. C'est donc un certain forçage thérapeutique qui est dénoncé. Comme toute position polémique, cette analyse psychologique décapante, alimentera les débats.

- Le texte de Carine Hurstel apprendra à bien des lecteurs, qu'il existe aussi des placements familiaux pour personnes âgées. A partir d'une étude de cas, l'auteur subdivise ce placement en trois périodes : un premier temps spéculaire de face-à-face entre la personne placée et l'accueillante ("temps du retour aux origines"), le temps de l'attachement réciproque où le transfert se stabilise dans une économie psychique vivable pour tous, et enfin, le temps du dénouement qui pourrait être la mort, mais qui prend ici la forme d'une aggravation symptomatique rendant impossible la poursuite du placement familial. Mme Jacob nous laisse entrevoir par la même occasion, la fonction de psychologue dans une telle situation.

- Annie Buhler utilise sa double expérience clinique et institutionnelle pour décrire et questionner la souffrance de l'enfant placé, que ce soit dans sa situation de délaissement ou de maltraitance initiale, ou dans le temps de la séparation familiale. Elle préconise la mise en place de garde-fous institutionnels, afin de prévenir ou de limiter la souffrance de l'enfant.

- Francine Renault analyse le statut, la fonction et les difficultés structurelles des assistantes maternelles dans l'exercice de leur profession. En s'appuyant sur la clinique, sur le concept sociologique de "parentalité domestique", et en faisant parler les textes régissant le placement, elle fait du maternel, le signifiant refoulé de l'assistante. La mère et la femme ne font pas bon ménage... Prise dans une sorte de double lien institutionnel, l'aide maternelle serait confrontée à un impossible.

- Catherine Gantheret-Carré et Michel Hénin pédopsychiatres, développent des hypothèses originales sur les adolescents placés. Curieusement, cette tranche d'âge majoritaire dans les placements inspire moins souvent les travaux des cliniciens. C'est évidemment l'émergence de la puberté et de la génitalité qui réactive les symptômes et "pas-sages" à l'acte du jeune, et sème le trouble dans sa famille d'accueil. Les auteurs repèrent une "pathologie de l'espace" développée par ces jeunes, renvoyant à un questionnement sur la filiation et sur leur place dans l'économie affective de la famille d'accueil. L'instauration de groupes de parole pour des assistantes maternelles engagées transférentiellement dans leur travail, s'avère d'un grand intérêt.

Les trois derniers travaux relatent un point de vue de psychothérapeute :

- Simone Gerber, pédiatre, se trouve engagée comme psychothérapeute dans une véritable saga d'assistantes maternelles sur trois générations. A travers les différents enfants amenés en psychothérapie - enfants placés ou progéniture - l'auteur dégage la complexité des identifications et des fantasmes éveillés par la situation de placement : croyance en l'hérédité des comportements, fantasme de vol d'enfant, crainte anxieuse de la répétition fatale d'un accident mortel... Cet abord pédiatrique, puis psychothérapique - atypique dans sa forme - s'avère aussi pacifiant que bien des cures classiques.

- Yves Rémond insiste sur l'importance de la préservation du lien de l'enfant avec sa famille d'origine, montrant que dans ce domaine, il n'y a pas de consensus chez les "psy" ! A partir du cas d'une fillette, l'auteur insiste sur la déchirure provoquée par le placement, et le brouillage des repères identificatoires. Les symptômes de l'enfant paraissent étroitement corrélés à cette conjoncture. La situation ne s'arrange pas lorsque l'A.S.E. demande une procédure d'abandon sans en avoir informé l'enfant ni sa famille d'accueil. Heureusement que toutes les situations de placement ne se déroulent pas aussi mal !

- Alex Raffy tente de repérer les traits structuraux dans la problématique de l'enfant en famille d'accueil. Déchiré entre deux fidélités, l'enfant tend à devenir l'objet de projection de tous les intervenants. L'auteur décrit les différentes positions de l'enfant dans le fantasme de ses partenaires, en insistant sur leur relation singulière au don et à la dette. Il dépeint les chicanes transférentielles inhérentes aux psychothérapies des enfants placés. Ce texte s'achève sur la question des indications psychothérapiques et suggère que l'Aide Sociale à l'Enfance assure un étayage subjectif des enfants.

Pour faire bonne mesure, nous avons ajouté à ce corpus :

- Une interview d'Anne Cadoret sur le placement familial dans le Morvan , accompagnée d'un commentaire très fin du psychiatre Boris Cyrulnik qui voit un coucou en l'enfant placé.

- La description d'un mode de prise en charge original au Foyer de l'Enfance de Strasbourg.: l'accueil de jour. Il s'agit d'un travail pluridisciplinaire visant à proposer, étayer et élaborer un lien parent-enfant perturbé, puis interrompu par une séparation de l'enfant d'avec son milieu familial. Jean-Jacques Muller décrit les objectifs du projet initial et la longue gestation de cet accueil destiné aux enfants âgés de quelques mois à quatre-cinq ans. Cécile Antoni en définit l'organisation et le fonctionnement, tandis que Bernadette Legrand explicite le sens de cette entreprise. Ce lieu propose un espace-temps offrant l'occasion d'une rencontre parent-enfant dans le cadre d'une médiation ; c'est à cette condition que l'institution peut s'offrir comme lieu d'écoute.

- Un extrait du livre Quels pères ? Quels fils ? d'Evelyne Sullerot terminera ce numéro . Dans le contexte d'une critique de la législation actuelle relative aux pères, l'auteur dresse un plaidoyer pour un retour du balancier : la société serait allée trop loin, emportée dans son élan pour défendre la femme en général et la mère en particulier. Elle décrit ici la détresse d'un père divorcé retrouvant son enfant, lors d'un temps de rencontre défini par le juge. Cette vignette littéraire illustrera les affres des parents rencontrant leur enfant placé en famille d'accueil, dans le cadre d'un droit de visite.

Ce Coq-Héron, proche parent de la cigogne par la majorité des auteurs alsaciens y contribuant, espère répondre aux néophytes intéressés par les situations de placement, comme aux professionnels travaillés par ces questions.

(S. Gerber et A. Raffy)

 

Le Coq-Héron, n° 159, novembre/décembre 1999

 

Hétéros

Sommaire

Présentation
Collaboration avec la revue Filigrane
Présentation de Filigrane (Hélène Richard)
Indiana ou le manque de mots. Enjeux techniques (Hélène Richard)
Parentalité obligée : le forçage identitaire (Dominique Fua)
La psychanalyse au coeur de la médecine (J.-C. Weber)
L'année du crabe ou le "corps errant" (Danièle Reiser)
A chacun son crabe (Andrée Orienter)
Un exemple de psychothérapie focale (Thérèse Virag)
Un inédit en français
Pourquoi Oedipe a tué Laïos (Georges Devereux)
Barrière paranoïaque contre invasion autistique (Régine Prat)
Rectificatif rélatif au n° 157
Les liens de parenté (Anne Cadoret)

NOTES DE LECTURE

Que cherche l'enfant dans les psychotthérapies par M.-C. et E. Ortigues
(S. Gerber)
Que t'a-t-on fait, pauvre enfant par Jenny Lodéon (Bernard Thys)

Le Coq joue

LE COQ INTERNATIONAL (L. E. Prado de Oliveira)
International Forum of Psychoanalysis

Ouvrages reçus

Ecriture de soi et sincérité (Jean-François Chiantaretto)
Critique de la raison psychiatrique (David Frank Allen)
Constructions schizophrènes, constructions cartésiennes (Patricia Janody)
Position et objet dans l'oeuvre de Melanie Klein (Willy Baranger)
Enseigner aux élèves à la pensée troublée (Marie-Agnès Simon)
Le sujet en état limite (Jean-Jacques Rassial)