Créatures célestes

Créatures célestes

A quoi rêvent les jeunes filles ? Le réalisateur Peter Jackson raconte l'aventure de eux gamines
à l'imagination un peu trop exacerbée. Créatures célestes a obtenu le Lion d'argent à Venise.

Le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson a conquis une audience internationale avec des oeuvres
monstrueuses d'iconoclastie saignante et déjantée,comme Bad taste (1987),The Feebles (1989),
la consécration lui venant avec le paroxystique Brain Dead,qui obtint le grand prix du Festival d'Avoriaz
en 1993.Mais l'irrévérence pasticheuse et la charcuterie horrifique en gros ont fini par lasser ce vieux potache
qui,en signant le raffiné et délétère Créatures célestes - Lion d'argent du Festival de Venise 94,
Grand prix Gerardmer - Fantastica en 95 - a laissé pantois ses admirateurs - et détracteurs ! - de la première
heure.Heavenly creatures est la minutieuse et fantasmatique relation d'un authentique fait divers criminel
qui frappe de stupeur la Nouvelle Zélande du début des années 50.Consciencieuse élève de troisième
dans la stricte école de Christchurch,Pauline Parker (Melanie Linskey) est une adolescente boulotte,renfrognée,
de modeste condition,qui compense ses frustrations en recourant à son imaginaire romanesque exacerbé.
La sombre Pauline va se lier d'amitié indéfectible avec la plus lumineuse et extravertie Juliet Hulme
(Kate Winslet),une nouvelle venue,issue de la bonne société anglaise,poliment arrogante,cultivée,
et atteinte de tuberculose.Différentes mais inséparables,car rassemblées par leur propension à enjoliver
de merveilleux la prosaïque réalité,Pauline et Juliet vont aggraver,par leurs jeux ésotériques incessants,
l'inquiétude de leurs parents respectifs.Qui songent à mettre un terme à cette amitié jugée équivoque
et malsaine.Et les deux gamines d'échafauder,entre moult projets de fugue,de suicide,de revanche
hollywoodienne,un assassinat sordide,un trop réel matricide.Peter Jackson,qu'on n'attendait vraiment pas
en émule de Claude Chabrol (Violette Nozière,La cérémonie...) décrit et image cette lente maturation
criminogène entre fantaisie,cruauté et tendresse,opposant aux froideurs du monde adulte de fiévreuses
gamberges adolescentes."Maman,reviens,je ne te tuerai plus pour de vrai",explique le compréhensif Jackson.

José Gil

Télé K7