Le syndrome de Stendhal

Le syndrome de Stendhal

Dario Argento revient au giallo, à savoir le thriller horrifique italien, le genre qui créa son mythe.
Un genre qui ne doit pas s'expatrier aux Etats-Unis pour préserver son intégralité. Car, des Etats-Unis,
le cinéaste en est revenu. Dans tous les sens du terme...

Dario Argento revient en Italie,frustré de son escapade américaine."Les producteurs de Trauma
m'ont demandé d'atténuer la violence,de couper tout ce qui pouvait déranger.En guise d'excuses,il me disait :
"L'horreur,ce n'est pas ce que veut le public aujourd'hui".Pourtant,dans les conventions et les festivals
américains,les amateurs du genre me harcelaient : "Pourquoi ne me donnez-vous pas notre dose de frissons
sanglants ?","On voudrait un préambule à la Suspiria"... Mieux encore,les fans tenaient à ce que je retourne
en Italie parce que les villes là-bas apportent un cachet unique à la terre,une atmosphère absente du cinéma
américain.J'avais la possibilité de tourner Le syndrome de Stendhal aux Etats-Unis mais je n'y tenais pas
".
Il aurait effectivement pu à une époque faire du Syndrome de Stendhal un film américain,avec soit Bridget Fonda
soit Jennifer Jason Leigh dans le rôle aujourd'hui tenu par sa fille Asia.

D'Amérique,Dario Argento n'en rêve plus.Il n'y a qu'en Italie qu'il se sent bien.Il n'y a qu'en Italie
où son cinéma s'épanouit.L'Italie,il souligne bien qu'il y pose ses caméras dès les premiers instants
du Syndrome de Stendhal.Florence plus précisément,une cité historique,mondialement renommée
pour ses musées.Des statues en contre-plongée,des monuments écrasants,un flot de touristes,
des fresques peintes... Dépaysement assuré pour les fans américains du Maître en quête de terreur exotique.
Un cadre idéal justement pour mettre en scène le "Syndrome Stendhal",une maladie qui se traduit
par une réceptivité extrême aux oeuvres d'art.Une réceptivité si forte que l'admirateur la vit de l'intérieur,
ressentant les pulsions créatrices de l'artiste."Sigmund Freud lui-même en a analysé les symptômes
en visitant des temples de la Grèce Antique
",précise Argento.Pourquoi Syndrome de Stendhal ?
Parce que c'est cet illustre écrivain français qui ressentit le premier cet étrange trouble,devant une toile immense
exposée dans l'une des plus belles églises de Florence.On y reste.

Le nouveau thriller de Dario Argento ne se focalise pas sur l'expérience de l'auteur de "Le rouge et le noir".
Elle n'en constitue que le prétexte.C'est Anna Manni qui tombe en pâmoison devant les oeuvres de Rembrandt,
Carravagio et Bruegal.A tel point qu'elle s'évanouit.A son réveil,elle rencontre un jeune homme très attentif,
Alfredo Grossi.Un maniaque déjà responsable du meurtre sauvage d'une quinzaine de femmes.
Il poursuit Anna partout de ses assiduités.Jusqu'à son village natal,chez son père.Jusqu'à la séquestrer,
la violer à plusieurs reprises sur un matelas craspec.Presque impuissante au départ,Anna finit par se rebiffer
méchamment."Le syndrome de Stendhal est certainement ce que j'ai fait de plus brutal.Ce n'est pas gratuit.
Les esprits criminels surenchérissant actuellement dans la violence,l'horreur.Le film ne reflète que la réalité.
J'ai décidé de ne jamais m'auto-censurer,de coller au plus près à ma vision artistique,sans accorder le moindre
compromis à quiconque
".Même pas à sa fille Asia,malmenée,se roulant nue dans les pots de peinture.
"Mon objectif consiste à porter explicitement à l'écran les sensations folles,épouvantables qu'endure Anna,
de les transmettre émotionnellement aux spectateurs.Je voulais que le public ressente sa douleur,
qu'il plonge au plus profond de sa détresse
".Détresse toute relative puisque,dans la seconde partie du film,
Anna Manni change radicalement de comportement.La brune timorée prend de l'assurance,porte une perruque
blonde platine à la Veronica Lake... Et l'assassin,supposé mort,continue de rôder,décime son entourage.
Alfredo Grossi aurait-il le cuir aussi dur que Freddy Krueger ? Dario Argento ménage alors quelques coups
de théâtre,de ceux qui firent les beaux jours du thriller horrifique italien.De L'oiseau au plumage de cristal,
Quatre mouches de velours gris et Le chat à neuf queues,des classiques signés Dario Argento et remontant
au tout début des années 70.Comme le temps passe...

Marc Toullec

Mad Movies N° 105